JOURNAL D’UNE ENFANT VICIEUSE - Lecture en ligne - Partie 3

Note des utilisateurs: / 31
MauvaisTrès bien 
Index de l'article
JOURNAL D’UNE ENFANT VICIEUSE
Lecture en ligne - Partie 1
Lecture en ligne - Partie 2
Lecture en ligne - Partie 3
Lecture en ligne - Partie 4
Toutes les pages

― Ça va être drôle de la voir fesser tout à l’heure.

 

― Prenez garde qu’on ne vous fesse aussi, vous, méchante, dit une religieuse. Il fallait que les sœurs vinssent elles-mêmes menacer ces misérables bavardes pour les faire se taire, mais elles-mêmes, tout en restant silencieuses, ne prenaient pas moins de plaisir que leurs élèves à mon châtiment. Leur sourire, leurs yeux brillants le disaient assez.

 

Enfin je découvre l’estrade où je dois subir mon châtiment. La tourière me fait monter à genoux les cinq degrés où je vois les instruments de mon supplice : la pelle à bois, le martinet de cuir, un balai d’épines et d’orties. Toujours agenouillée, j’écoute une longue remontrance de la mère supérieure qui, par-dessus ses lunettes, me coule un mauvais regard, jouissant beaucoup de l’émotion que je laisse paraître, mais ce ne sont pas ses paroles que j’écoute. Je ne vois que la pelle à bois, le martinet et le balai d’orties. Il semble que mon derrière les sent déjà sur sa peau.

 

On me les donne à baiser ou plutôt on me passe le manche des verges et du martinet sous les lèvres ; puis, c’est la main de la sœur correctrice que je dois baiser. Cette fois je me révolte et je crache contre elle. J’entends une grande rumeur dans la cour, puis une voix à mon oreille qui dit : « Demandez pardon tout de suite. » Je dis « Pardon », sans trop savoir ce que je fais. Mais cela n’a pas apaisé la sœur correctrice qui me dit à l’oreille : « Je vais bien te soigner, je te le promets. »

 

Mes jambes tremblent et je peux à peine me soutenir, mais on m’en épargne la peine. Deux sœurs m’ont courbée contre l’estrade ; mes jambes, mes mains, sont attachées aussitôt, j’ai le haut du corps très incliné, je ne m’appuie sur l’estrade que par les coudes et le haut de la poitrine. Mon derrière est rejeté en arrière, maintenu par une tringle qui me passe sous le ventre. La position est si incommode que c’est presque une torture. Pour l’accroître encore, voici que la mère supérieure me fait attacher mes cheveux à la ceinture ce qui me force à relever la tête. Je vois toutes les élèves qui passent devant moi, me regardant ; quelques-unes font des grimaces. Je veux répondre, mais déjà les premiers coups de la pelle à bois tombent sur mon derrière, m’arrachant un horrible hurlement. Vainement je veux retenir mes cris, ils jaillissent malgré moi, à chaque coup qui vient me surprendre à une place inattendue. Il me semble que toute ma peau se soulève, éclate sous la plaque trouée ; mais le martinet a remplacé la pelle. Les cinglades me courbent, m’anéantissent. Toute mon âme, tout mon être sont dans mes pauvres fesses, et je ne vis plus que dans l’attente d’une douleur ; les coups sont si rapprochés bientôt, que je perds, au milieu de mon supplice, le sentiment de moi-même. Je ne suis plus qu’un cri, une plainte, un sanglot.

 

― Saigne-t-elle ? demanda la mère supérieure. Elle était un peu inquiète, car « je ne devais pas saigner encore ». Une bonne correctrice doit pouvoir appliquer le martinet sans entamer la peau. La correctrice me passa indécemment la main sur les fesses et même dans l’anus et sur ma fente, puis montrant sa paume sèche à la supérieure, elle lui prouva qu’elle s’était acquittée de ce premier châtiment en fouetteuse expérimentée.

 

Cependant je n’avais pas fini avec la sœur fesseuse ; elle saisit le balai d’orties et m’en frotta le cul. Il me sembla que mes fesses prenaient feu et avec elles tout mon corps. La cuisson était si vive que je hurlais comme une chienne, je ne me sentais plus moi-même. Je n’étais plus qu’un cul fessé par la plus terrible des fessades. J’avais la sensation qu’on me coulait de la poix bouillante et de la chaux vive dans le trou de mon derrière, et alors comme si j’avais pu repousser mon bourreau, je lui donnais des coups de fesses, je les ouvrais, je les tendais menaçantes, et à un moment, malgré les précautions de la tourière, trouvant à son poste mes défenses ordinaires, je lâchai au nez de la fesseuse une décharge fort copieuse, et j’inondai l’estrade. De grands rires partirent derrière moi et aussi des murmures d’étonnement et de réprobation.

 

― La correction serait finie, me dit la mère supérieure, mais cet acte d’indécence est trop grand et trop honteux pour qu’elle en réchappe ainsi. Continuez la fouettée d’orties, ma sœur, et puis toi, crotte, ma fille, si le cœur t’en dit, seulement je te promets que tu ne crotteras pas demain avec plaisir.

 

Dès lors il n’y eut plus aucun ménagement de la part de mes fouetteuses.

 

Je crus qu’on allait me tuer ; elles s’étaient mises deux à me fouetter ; les verges volaient, se brisaient sur mon cul ; la pisse, le sang se mêlaient aux excréments. Mes hurlements étaient suivis de rires et de remarques immondes que les religieuses provoquaient à présent au lieu de chercher à les punir.

 

Finissez, dit la Mère supérieure qui craignait de me voir m’évanouir.

 

Les verges s’arrêtèrent enfin, mais je n’en sus rien pendant longtemps, je continuai à tordre mon corps. La douleur était à un point qu’on ne pouvait pas dépasser. Je souffrais tellement que je n’avais plus conscience de ce qui se passait. On me laissa ainsi attachée plusieurs heures ; et comme la douleur s’apaisait peu à peu, j’eus la honte de voir mes condisciples passer devant moi s’arrêter, me regarder, se moquer. À un moment, j’entendis une voix chuchoter derrière moi :

 

― Ah ! ton cul n’est pas joli aujourd’hui, ma mignonne.

 

C’était Valentine.

 

― Il est encore trop joli pour toi, lui dis-je, et comme elle s’approchait de l’estrade, je lui poussai un pet qu’elle dut renifler.

 

― Cochonne ! s’écria-t-elle, je vais dire à la sœur ce que tu viens de faire. Tu vas en avoir encore, je te le promets.

 

Et en effet, la petite saleté courut à une religieuse qui passait, et me montrant du doigt, lui rapporta mon incongruité, mais la religieuse haussa les épaules et continua sa promenade.

 

On me détacha le soir, et l’on dut me conduire à l’infirmerie pour me panser, mes souffrances n’étant pas finies. Il fallait me retirer les échardes et les épines du derrière. Pendant plusieurs jours je ne pus pas m’asseoir, et quand j’allais aux latrines, toutes les jeunes filles qui y étaient, se penchaient pour regarder mon trou ensanglanté.

 

― Il a l’air d’un gros sucre d’orge, faisaient-elles.

 

― Suce-le donc, disais-je.

 

Pendant longtemps, au couvent de Corbeil, on disait aux fillettes pour leur faire peur :

 

― On vous donnera une fessée à la rose.

 

C’était dire qu’elles auraient le cul bien écorché. L’une d’elles fit un jour aux sœurs cette réplique :

 

― Oh, ma mère, si j’ai la malice, je n’ai pas le derrière de Rose, mon cul n’est pas assez grand pour servir d’exemple.

 

Il est certain que le mien était un objet d’étonnement, et les religieuses comme les élèves prenaient un amusement extrême à considérer la grosseur considérable de mes fesses. À l’infirmerie, dans les draps chauds, nous nous amusions à dire des balivernes et à nous montrer.

 

Nous nous tendions les fesses, parfois d’un lit à l’autre, la tête cachée dans l’oreiller, nous nous envoyions des vents. À certains après-midi où les religieuses étaient absentes, on ne voyait que de petits ou gros cuis braqués les uns devant les autres.

 

― Je ne m’étonne pas qu’elle soit paresseuse, faisait Charlotte, elle en a des coussins pour se reposer !

 

― Tant mieux, répliquais-je, vous n’avez pas de quoi vous asseoir, vous autres. Quand on vous fesse, il faut viser, moi, on a beau me déchirer le derrière, j’ai toujours de l’étoffe pour le raccommoder.

 

― Votre derrière est indécent, quand vous pétez, on vous entend du fond de l’église.

 

― C’est mon réveille-matin, faisais-je en riant. Il ne manque jamais de sonner à six heures. Les vôtres, on ne sait jamais quelle heure ils marquent.

 

Quand je me dressais et je m’asseyais, j’avais l’air de porter un enfant au bas de mon dos, tant mon cul était large et épanoui. À chaque instant on me disait :

 

― Ton cul est indécent, ramasse-le donc. On ne le tend pas comme cela !

 

― Il prend l’air, vous voyez bien, pour sentir bon.

 

 

 

CHAPITRE IX. J’enseigne à une petite dévote les dévotions de Vénus

 

Les vacances étaient venues, mais comme ma tante était en voyage, je ne partis pas avec mes condisciples. Je laissai s’en aller Valentine toute seule. Elle avait honte de moi depuis que l’on m’avait fessée en pleine cour, et moi je la trouvais trop oublieuse. Nous ne nous dîmes pas même adieu. Je restai donc au couvent avec une de mes condisciples, âgée de douze ans, gracieuse enfant toute blonde, mais un peu maigre d’apparence. J’aime les bonnes grosses joues où l’on mord comme à des pêches, et les beaux gros culs qui vivent dans les jupons comme des bouffons savants en facéties et des acrobates qui n’ignorent rien des jolis tours. Mais mon amie, qui s’appelait Germaine, ne pensait qu’au bon Dieu et aux saints, et semblait ignorer qu’elle avait un derrière. J’en étais réduite au mien. Et malheureusement il n’y avait pas de Manon chez les religieuses de Corbeil, de sorte que je ne pouvais lui dire bonjour et bonsoir que par mes doigts. Je n’y manquais pas. Nous couchions dans une grande salle, mais mon lit était rapproché de celui de la sœur qui était chargée de nous surveiller et couchait avec Germaine. La religieuse s’appelait mère Sainte-Ildefonse. C’était une grosse fille de campagne, encore jeune, rouge, corpulente tout en étant encore fort alerte, aimant gronder et fesser, claquant à pleines et solides paumes, mais sans trop de cruauté pourtant. Naturellement, Germaine, qui était une petite sainte et ne jouissait qu’en rêvant au paradis, avait toutes les faveurs de la sœur. On ne lui levait point les jupons, on ne les lui avait même jamais levés ; et si elle faisait quelque faute, on se contentait d’une petite remontrance sans jamais toucher ni à ses joues, ni à ses fesses. Moi, j’empochais pour deux. Mais ce qu’il y avait de singulier, c’est que tandis que les fessées administrées par les sœurs m’étaient infiniment douloureuses et me remplissaient d’humiliation, celles, au contraire, que me donnait la mère Sainte-Ildefonse, tout en me causant beaucoup de honte et en n’étant pas précisément agréables à mon derrière, me causaient pourtant au milieu même de la souffrance, je ne sais quel singulier plaisir.

 

Bien qu’on m’eût surprise plus d’une fois la main sous mes jupes, on ne me mettait pas les fameux gants comme au cachot pour ne pas donner de mauvaises pensées à Germaine. Seulement, chaque matin, lorsque Germaine était descendue se laver à la pompe, la sœur me faisait lever tout en chemise, et elle me prenait les mains et me sentait les doigts en les reniflant très fort.

 

― Tu t’es chatouillée aujourd’hui, faisait-elle ; ou bien : Tu as mis ton doigt dans le trou de ton derrière. Dis que ce n’est pas vrai ! Ah ! cochonne, on ne te corrigera donc jamais !

 

― Mais, mère, ce n’est pas vrai, faisais-je toute confuse.

 

― Ce n’est pas vrai ? Tiens, voilà pour ton mensonge, et elle me donnait une paire de gifles qui m’aplatissait comme une pomme cuite. Et puis tourne-toi, veux-tu te tourner, et tout de suite, et montre-moi ton derrière que je le soigne. Veux-tu bien, ou tu l’auras devant Germaine !

 

Il fallait me mettre à plat ventre sur le lit, et alors la religieuse me levait le drapeau comme elle disait, et retirant sa savate, une savate dont la semelle était dure et souple, elle me repoussait convenablement le fondement, mes deux fesses, le trou, la petite fente, les cuisses, tout en recevait. J’avais beau pleurer, j’avais ma fessée.

 

Le jour, je devais lui demander la permission pour tout faire, même pour aller aux latrines. Il fallait lui dire si j’avais besoin de pisser ou d’autre chose. Elle ne me donnait que le temps strictement nécessaire, et quand je partais comme lorsque je revenais, regardait l’horloge. Une fois je m’attardai. Elle me fit présenter mes doigts.

 

― Ah, cochonne ! cria-t-elle, qu’as-tu fait depuis que tu es partie ? Tu t’es touchée ? Ne mens pas ! C’est excellent, c’est excellent. Viens ici que je te sente tes doigts.

 

Elle les reniflait, puis :

 

― Heureusement qu’aujourd’hui j’ai de quoi améliorer ces pays bas. On m’a apporté de Corbeil un instrument qui va m’être bien utile.

 

Et elle tirait d’une armoire un grand martinet de cuir. Je tremblai. La savate suffisait déjà et me faisait bien assez mal. Mais la grosse religieuse m’avait déjà empoignée et elle m’avait mis la tête entre ses cuisses qu’elle serrait à m’étrangler. J’étais là, la face dans sa robe, suffoquée par les fortes odeurs qu’elle dégageait, toute honteuse et étourdie dans l’obscurité de ses jupes. Cependant elle m’avait levé mon jupon, ma chemise poissait aux fesses.

 

― Salope ! cria-t-elle, tu vas salir mon martinet neuf, mais tu l’essuieras avec ta langue, je te le promets. Qui m’a donné une merdeuse de fille pareille. Sale et vicieuse, elle a tous les vices.

 

Les lanières bientôt fouillèrent dans mes fesses, en écrasèrent et en balayèrent l’ordure, et hachèrent la peau vive. Je rugissais et je la mordis à la cuisse.

 

― Ah ! je vais te faire la dent molle, tu vas voir ça.

 

Elle m’emporta comme une poupée, me jeta en travers du lit et mit son derrière presque entièrement sur ma tête. Puis, m’ayant ainsi à sa merci, sans avoir besoin de me tenir, elle m’ouvrait les fesses et me fouettait les peaux tendres de ma fente et de mon trou du derrière.

 

Ce fut une terrible correction, mais j’avais je ne sais quel plaisir d’esclave à recevoir le fouet de cette religieuse.

 

Mais quand Germaine rentra et me vit tout en larmes, cette charitable petite dévote se mit à rire derrière.

 

Je fus si outrée de colère que je me dis : « Toi ma chère, je te veux faire fesser et avant qu’il soit longtemps. »

 

― Pourquoi riez-vous ? lui dis-je. On pourrait bien vous corriger aussi.

 

― Oh ! non, pas moi !

 

― Enfin, cela pourrait vous arriver. Vous avez un cul, vous aussi !

 

Tout son visage s’empourpra de honte et elle ne m’adressa pas un mot de la journée. Elle faisait un grand mystère lorsqu’elle allait aux latrines, comme si elle eût voulu laisser croire qu’elle était réellement un petit ange. Elle n’y allait que le soir, quand la sœur et moi étions couchées. Et lorsque la sœur fatiguée reposait, je profitai de ce sommeil et de l’obscurité pour aller surprendre mon ange à ses fonctions terrestres, et me couvrant du drap de mon lit, j’allai me cacher dans les latrines. À peine y étais-je, que mon ange, une chandelle à la main, arrive et se retrousse. J’eus alors le plaisir de voir que la maigreur de Germaine n’était qu’apparente. Sa taille était fine et souple, mais au bas s’épanouissait un copieux fessier, bien gras, gonflé à en éclater, et qui tendait ses lèvres comme pour y jouer un air de flûte. De fait j’entendis sonner l’air, de jolies notes. Il y avait réellement dans ce cul des petites voix angéliques, claires, argentines, et aussi parfois de grosses et de graves sonorités comme en rend un cul de dame mûre et vénérable. En même temps se projetait entre les grosses joues tendues, une belle coulée de pâte qui pendait comme une queue au crâne d’un Chinois. Elle était accroupie, montée sur le siège des latrines, tendant bien et ouvrant bien son mignon trou rose et pissant d’un jet doré. Alors sous mon drap, je me mis à pousser de grands cris et à remuer les bras. Elle eut tellement peur que je crus qu’elle allait tomber dans le trou ; mais non, elle eut la force de descendre du siège et se sauva laissant tomber ses cotillons sans peut-être prendre la peine de couper la queue grasse qui pendait à son derrière.

 

Je marchais derrière elle assez vite ; je l’atteignis comme elle allait rentrer à notre dortoir, soufflai sur sa chandelle à travers mon drap, l’éteignis, rentrai bien vite et allai me blottir dans mon lit.

 

À peine y étais-je que la sœur se réveillait.

 

― Tiens, où est donc Germaine ? se demanda-t-elle.

 

Mais elle ne s’en inquiéta pas. Elle devait aller à des prières que les religieuses, au moment de la fête de la Vierge, récitaient la nuit, et elle s’habillait à la hâte, car elle était un peu en retard, et elle craignait, elle aussi, de mériter la discipline, car les mères la reçoivent jusqu’à la supérieure qui l’a du père abbé.

 

Elle sortit donc et Germaine rentra morte de peur, se glissa dans le lit, récita toutes sortes d’oraisons à haute voix pour se protéger du diable, et je crus qu’elle délirait tant elle parla longtemps. Enfin elle s’assoupit.

 

Après une prière, voici la mère Sainte-Ildefonse qui rentre, moi je somnolais un peu, mais la lumière me réveilla tout à fait. La sœur se déshabille, se signe avec plus de précipitation que de coutume, car elle avait sommeil, et va se coucher ; mais au moment où elle lève le drap, elle s’arrête.

 

― Qu’est cela ? fait-elle.

 

Cela, c’était la longue traînée de pâte que, dans sa frayeur, mon petit ange de Germaine avait emportée entre ses deux fesses et venait d’abandonner dans les draps. Ah ! ma Germaine n’était plus une sainte, ni un ange aux yeux de ma mère Sainte-Ildefonse, je vous prie de croire. Paf ! Paf ! voici qu’elle la réveille. Germaine se réveille, crie, croit voir le diable.

 

― Voulez-vous me dire ce que vous avez fait, dégoûtante.

 

Germaine se mit à pleurer en regardant son œuvre.

 

― Ce n’est pas moi.

 

― Comment ce n’est pas vous ?

 

― C’est le diable ou Rose. (Je m’étais mise à ronfler.) Rose dort, et le diable ne vient pas dans mon lit, apprenez-le, mademoiselle. Je sais bien où est le diable, moi, tenez, je vais vous le dire… Tournez-vous ! Vas-tu te tourner, dégoûtante !

 

Et la sœur donne à Germaine une grosse claque sur le cul. Germaine, qui jamais n’avait été fouettée, était folle de douleur et de honte. Elle sanglotait, criant à chaque chiquenaude de la sœur comme si on l’avait écorchée. Cependant la sœur, les lunettes sur son nez, regardait la chemise poissée, l’arrachait des fesses, et découvrait une raie du cul tout embourbée.

 

― C’est trop fort, par exemple ! cria-t-elle. Et elle alla chercher son martinet dans son armoire, puis surmontant son dégoût, elle prit mon petit ange sous le bras et son cul barbouillé, elle fouetta et refouetta, si bien qu’au milieu de l’ordure de belles gouttes de sang perlèrent.

 

― Vous allez lécher cela avec votre langue, cochonne ! dit la religieuse, et elle la força à nettoyer le lit puis à se nettoyer elle-même. Enfin elle la fit se coucher et se coucha auprès d’elle, mais comme Germaine sanglotait bruyamment, plus d’une fois la lourde main de la sœur s’abattit sur le postérieur de l’ange.

 

Germaine, le lendemain, ne savait où se mettre tant elle était honteuse ; enfin la correction de la nuit avait été sérieuse, car, malgré son orgueil de sainte, elle portait fréquemment la main à ses fesses.

 

À un moment que nous étions seules, je lui dis :

 

― Germaine, tu as mal ?

 

Elle ne me répondit pas. Je recommençai ma question. Cette fois elle ne put s’empêcher de dire :

 

― Oh, oui ! j’ai grand mal.

 

Et des larmes lui vinrent aux yeux. Le fouet lui avait fait du bien, car il l’avait attendrie.

 

― Veux-tu que je te fasse passer ton mal ?

 

― Comment cela ?

 

― Laisse-toi faire. Étends-toi sur le lit et ferme les yeux.

 

Mais la sœur, si elle vient ! Elle m’a dit, la méchante, ce matin : « Si vous souffrez, tant mieux. Je ne vous ai pas donné la fessée pour que vous ne souffriez pas ! Et si c’est la première fois, ce ne sera pas la dernière, a-t-elle ajouté. On a jusqu’ici été trop bonnes pour vous. »

 

― Je vais te montrer qu’on ne doit pas craindre le fouet. Allons, couche-toi sur le lit.

 

― Mais si la sœur vient.

 

― Laisse la sœur tranquille ; elle est à manger, elle ne se dérangera pas.

 

Alors je retroussai ma Germaine, je mis à l’air ces jolies petites cuisses.

 

― Montre-moi tes fesses, dis-je.

 

Elle voulut refuser.

 

― Oh, non ! non ! non !

 

Je l’étreignais avec force, et alors sans craindre ce qu’il pouvait y rester de la veille, ravie par ces deux fesses angéliques, qu’elles étaient réellement, je léchais ces traces livides qu’avait laissées le martinet, et insérant ma langue dans le petit trou écorché, je léchais le sang frais, et pendant ce temps je frottais vivement la petite languette rose de sa fente, puis je picotais le bouton mignon et ses jolies lèvres comme Valentine me l’avait appris à lui faire. Elle se tordait, voulait me repousser, disant toujours :

 

― Assez ! Assez !

 

Mais je continuais sans relâche, sans fatigue. Enfin je vis qu’elle allait se pâmer, je lui entrai un doigt dans le trou du derrière et je secouai énergiquement le petit goulot. Elle se roula sur le lit, puis demeura immobile les bras étendus.

 

― Oh, mon Dieu ! dit-elle en se relevant au bout d’un instant comme si elle se réveillait d’un rêve, je vais être damnée.

 

― Non, seulement ce soir, quand la sœur dormira, tu viendras dans mon lit. Je t’apprendrai autre chose.

 

― Quoi donc ?

 

― La sœur m’a fessée ce matin, eh bien il faut que tu me rendes ce que je viens de te faire.

 

― Ça, jamais !

 

― Alors je raconte à la sœur que tu t’es touchée entre les fesses.

 

― Elle ne te croira pas.

 

― Elle croira tout de toi depuis ta correction d’hier soir. Ah ! maintenant, tu es, que tu le veuilles ou non, ma petite chose.

 

― Ah ! mon Dieu ! secourez-moi ! s’écria-t-elle.

 

― Va, je ne te ferai pas de mal, tu peux être tranquille. Je rendrai heureuses tes petites fesses que la sœur a meurtries si cruellement. Et puis aussi quand la sœur te fessera, car elle te refessera.

 

― Tu crois ?

 

― C’est sûr. Quand elle te refessera donc, remue ton derrière sous les coups, et au lieu d’avoir mal, au moins sur le moment, tu n’auras que du plaisir.

 

― J’en aurai, dit Germaine.

 

 

 

 

 

LIVRE II

 

CHAPITRE PREMIER. Je jouis en grande fille et l’on me traite en enfant

 

Paris, 1776.

 

Quel bonheur ! Ma tante est venue la semaine dernière me chercher au couvent. Il paraît que je n’y retournerai plus. Je ne connaîtrai plus le fouet, les pensums, le cachot, les moqueries de mes camarades, la voix aigre des religieuses, et les devoirs qui empêchent de sortir par les beaux jours de soleil, et la cloche qui vous prive de sommeil le matin. Je n’ai plus maintenant qu’à me promener et à lire des histoires.

 

Malheureusement celles qu’on me donne sont un peu plus morales que je ne le souhaiterais.

 

À la place de ces ennuyeuses et sévères maîtresses d’autrefois, j’ai pour professeur un monsieur qui, ma foi, n’a point mauvaise tournure, et qui m’enseigne le chant et la danse. Je ne puis pourtant faire avec lui tout ce que je désirerais ; par exemple, je souhaiterais d’être seule avec lui, quand je prends mes leçons, mais ma tante ne me quitte pas des yeux tout le temps que le professeur est avec moi. Cela est ridicule et m’ennuie beaucoup. Est-ce que je ne suis pas une assez grande fille à présent pour qu’on ne puisse oublier une seule minute de me surveiller.

 

Songez donc ! Je suis bonne à marier. Hier, après m’être lavée, pendant que ma tante était sortie, je me suis regardée, dans la grande glace de sa chambre, toute nue. Cela m’a fait plaisir de me voir, et par-devant et par-derrière ; je ne m’étais jamais regardée avec autant d’attention. Je suis plus belle que toutes mes amies. Valentine, il est vrai, a des traits plus réguliers que les miens, mais n’a pas des yeux si beaux et une bouche si expressive : on me l’a toujours dit. J’ai de jolies dents, une oreille bien dessinée, mes cheveux, qui me descendent jusqu’aux reins, sont fins et d’un blond agréable. Je ne connais que les seins d’Olympe qui soient d’un dessin plus ferme et plus délicat que les miens : et encore, à mon goût, sont-ils trop gros. Mes hanches s’arrondissent délicatement, mes cuisses sont fortes, mon mollet mince, mais bien fait. Après m’être regardée le devant, je me suis tournée et j’ai aimé mes larges épaules et mes belles grosses fesses. S’est-on amusé à taper sur elles au couvent. N’importe ! Je suis une jolie fille et l’homme qui me prendra ne sera pas malheureux. Mais, j’y songe ? Comment sera-t-il, mon mari ? Blond ou brun, grand ou petit ? Je veux toujours qu’il soit bien doux, bien empressé à me satisfaire et à m’aimer. Un baiser d’un mari, ça doit être si bon ! Je voudrais embrasser mon professeur de danse : ça me donnerait un avant-goût de la chose.

 

Pendant que je me divertissais à me regarder le derrière, à écarter et à avancer mes fesses vers la glace, j’ai entendu la porte de la rue se refermer : c’était ma tante. J’ai eu grand peur d’être surprise et je me suis hâtée de m’habiller.

 

Ma grande joie, maintenant, c’est de pouvoir me coucher et me lever à l’heure qu’il me plaît. Pourvu que je sois prête aux heures des repas, ma tante ne me fait aucune observation. Mon lit est si moelleux, surtout si je le compare à la petite et dure couchette que j’avais au couvent. L’autre soir, à huit heures, après le souper, le vent s’était levé et il faisait froid au jardin : je demandai à ma tante la permission de me coucher, alléguant la grande fatigue que j’éprouvais. Ma tante voulut bien me permettre de me retirer. En réalité, je me portais à merveille, mais la conversation de ma tante et des dames, ses amies, m’ennuyait, et j’avais hâte de jouer dans mon bon lit. Je me déshabille à la hâte, puis me mets un instant devant la glace, dégrafant ma chemise par-devant pour regarder mes seins que je caresse doucement quelques minutes, puis la troussant par derrière pour voir mes fesses, que je tends et que je gonfle à plaisir. D’abord satisfaite de ce spectacle, je me coule dans mon lit où le froid des draps, puis la chaleur que je parviens à ressentir au milieu des couvertures me procure des sensations délicieuses. Une fois réchauffée, je rejette les couvertures, je retire ma chemise elle-même, et, toute nue, je m’enveloppe dans les draps, de manière à ce qu’ils couvrent mes formes sans les déguiser. Le contact fin de la toile me chatouillait agréablement et je prenais plaisir à me caresser tout le corps. À un moment, je fus si excitée, que je roulai une partie du drap entre mes jambes, puis je me frottai sur ce bourrelet voluptueux jusqu’à ce que j’eusse éprouvé la plus exquise des jouissances. Un peu honteuse, je m’éveillais de mon ivresse, quand, tout à coup, la porte s’est ouverte et ma tante a paru :

 

― Est-ce que vous êtes souffrante, Rose ? M’a-t-elle dit.

 

― Non, ma tante, mais je ne puis dormir.

 

― Aussi pourquoi vous agitez-vous comme cela, s’est-elle écriée, en remettant les couvertures sur mon lit. Il faut souffler cette bougie et ne plus songer à rien : vous êtes trop préoccupée, ma fille.

 

Je me suis tournée dans la ruelle pour qu’elle ne vît pas ma figure rouge et elle ne s’est pas aperçue de mon trouble ni de ma frayeur.

 

28 mai.

 

Il faisait si chaud aujourd’hui, que j’ai obtenu de ma tante la permission d’aller aux bains.

 

L’eau tiède m’a rafraîchie tout en me donnant cette sensation de chaleur modérée qui est si agréable.

 

Quand j’en suis sortie, j’étais alerte et joyeuse, un petit vent s’était élevé qui me fouettait les jupes sur mon corps et devait joliment dessiner ma croupe et mes jambes. À un moment, je me retournai et je vis deux jeunes garçons qui regardaient précisément le bas de mon corps ; je leur ai fait de gros yeux de reproche et d’indignation, mais je n’ai pu ensuite m’empêcher d’éclater de rire, en songeant qu’un coup de vent malhonnête pourrait me trousser complètement à leurs yeux.

 

― Qu’avez-vous ? me dit ma tante en me considérant d’un air étonné et soupçonneux.

 

Je ne lui ai rien répondu et suis redevenue subitement sérieuse.

 

De retour à la maison, j’ai eu très grand faim et j’ai demandé à Manon, la cuisinière, de me donner quelque chose à manger, bien que le souper dût avoir lieu dans une heure, je ne pouvais attendre, j’étais impatiente de manger. Ma tante s’y est opposée, mais je sais où elle met ses confitures de fraises, qu’elle sucre avec autant de science que la meilleure des pâtissières. Je lui ai volé un pot de ces excellentes confitures et j’ai fait la gourmande et la goulue jusqu’au souper. Comme devant ma tante je mangeais très peu et qu’elle s’en étonnait :

 

― Ma faim est passée, Madame, lui ai-je répondu.

 

Mais après le dîner j’eus besoin de délacer mon corset, de dégrafer ma robe et de me jeter sur mon lit, en léchant, comme ma chatte, mes lèvres encore sucrées et parfumées. J’étais punie de ma gourmandise.

 

Moulin-Galant, 28 mai.

 

Nous sommes allées à la campagne, ma tante, notre jeune cuisinière Manon et moi. Ma tante alla faire visite à monsieur le curé, et, pendant ce temps-là, Manon et moi, nous fumes à la promenade.

 

Je n’ai pu voir ces belles prairies couvertes d’une herbe haute et toutes ombragées du soleil par de grands chênes, sans avoir l’idée de m’étendre tout de mon long par terre :

 

― Mademoiselle ! Mademoiselle ! M’a crié Manon, quand elle me vit m’élancer dans l’herbe. Que va dire votre tante ? Vous allez salir votre belle robe blanche. Votre tante est capable de vous battre.

 

On ne bat pas une fille de mon âge, Manon, répondis-je avec fierté.

 

Et pour prouver que je n’avais pas peur de ma tante, je me jetai d’abord à plat ventre dans l’herbe fraîche et m’y roulai avec délices. Dans cette couche encore plus voluptueuse qu’un lit, flairant l’odeur exquise du foin, je glissai un doigt entre mes cuisses et me pâmai de plaisir.

 

Quand je rentrai j’avais très grand soif et je cherchai Manon pour lui demander à boire ; elle n’était pas à la cuisine, ni dans l’office. J’eus l’idée d’aller moi-même dans la cave. Qu’est-ce que je vois ? Dans la pénombre, couchée sur une barrique, la robe relevée, Manon qui avait une longue carotte entre les jambes et poussait des soupirs :

 

― À quelle pratique vous livrez-vous, Manon, lui dis-je.

 

― Ah ! Mademoiselle, on fait ce qu’on peut quand on n’a pas d’amoureux.

 

Et elle continua l’opération que j’avais si mal à propos interrompue. Je voulus aussi, moi, suivre son exemple. J’allai chercher, dans la cuisine, une grosse carotte qui trempait dans l’eau fraîche, je me mis à côté de Manon et prit son attitude. Je n’enfonçai pas la carotte, mais je m’en chatouillai mon petit bouton avec un vif plaisir, puis, peu à peu, je l’introduisis dans mon derrière.

 

― La sucerez-vous bien à présent, me dit Marion en riant.

 

― Suce-la toi-même, lui dis-je.

 

Et je mis presque de force, dans sa bouche, la carotte souillée ; elle me repoussa et rejeta le légume de dégoût, en crachant.

 

Une idée bizarre me vint alors d’exprimer le jus des prunes sur cette délicate partie qui venait de me procurer de si grandes jouissances. Je fis part de mon idée à Marion, et bientôt nous étions toutes deux à écraser de belles prunes de Reine-Claude entre nos cuisses et entre nos fesses, excitées de la plus voluptueuse façon par ce jus de fruit gluant qui nous inondait devant et derrière.

 

La voix sévère de ma tante se fit alors entendre, nous n’eûmes que le temps d’abaisser nos jupes. Ma tante était accompagnée de monsieur le curé et venait avertir Manon que nous aurions le soir plusieurs invités.

 

― Que complotez-vous ensemble toutes les deux, nous a-t-elle demandé, en nous jetant à toutes deux un coup d’œil scrutateur.

 

Soudain elle a vu ma robe et est entrée en fureur.

 

― C’est ainsi que vous arrangez votre toilette, Mademoiselle. Ah ! c’est trop fort.

 

La poussière de la cave s’était jointe à la tache verte de l’herbe, pour faire de ma jupe un chiffon fort sale. J’avais honte de paraître ainsi devant le prêtre, mais ma tante m’a forcée de me présenter à lui et de la plus honteuse façon. M’attirant jusqu’à la porte du jardin et me faisant courber, elle m’a administré sur le derrière une dizaine de cinglées d’une petite houssine qu’elle avait coupée dans une haie durant sa promenade. Par égard pour le prêtre, elle ne m’avait pas levé ma robe, mais j’ai bien senti tout de même la force de sa main ; j’étais si confuse et si humiliée que je ne me suis pas défendue et je me suis retenue de crier. Quand elle eut fini de me fouetter :

 

― Allez, Mademoiselle, et soyez exacte à revenir pour le dîner, m’a-t-elle crié.

 

Je suis partie sans demander mon reste, tandis que le prêtre souriait de la correction ; mais à peine me suis-je trouvée dans ma chambre, que j’ai éclaté en sanglots. Quoi ! me disais-je, me donner le fouet ! à mon âge et comme à une fillette ! Méchante ! misérable tante ! J’étais indignée. Et je rêvai mille vengeances. Ce qui me révoltait le plus, c’était cette ironie cruelle de m’inviter à dîner après m’avoir battue. Je jurai de mourir de faim plutôt que d’assister au repas. Mais ma tante vint elle-même me chercher et me contraignit de descendre, me menaçant d’une seconde correction si je refusais de la suivre.

 

Je dus me montrer avec mes yeux rouges, non seulement au prêtre, mais à l’assistance qui était assez nombreuse. Je crus mourir de honte. Il fallut m’asseoir au milieu de cette compagnie et soutenir les regards railleurs des invités. Pour comble d’humiliation, on parla, ce soir-là, de la façon de punir les enfants.

 

Décidément on ne me regardait pas comme une grande fille.

 

― Ma pauvre demoiselle, me dit mon voisin, un gros homme rouge qui avait des verrues sur le nez, vous avez donc eu le fouet.

 

― Et ce ne sera pas la dernière fois qu’elle le recevra, dit ma tante, tant que Mademoiselle se conduira aussi mal, on n’aura point d’égards pour son derrière.

 

― Le fouet est d’ailleurs bien bon pour la santé, dit le médecin d’un air grave, cela prévient la constipation et donne au sang de l’activité.

 

Je me retirai du dîner toute confuse et sans avoir eu le courage de rien manger.

 

2 juin.

 

Comme cette correction m’avait toute bouleversée, que ce matin j’étais fort pâle et que je n’avais point d’appétit au déjeuner, ma tante a fait venir le docteur qui a ordonné de me purger. J’étais honteuse d’un pareil remède, mais j’ai dû l’accepter. Moi qui avais si grand plaisir à montrer mon derrière aux jeunes filles du couvent, il a fallu me menacer d’une correction pour que je me décidasse à me mettre en position. Rose était chargée de la délicate opération de me donner le lavement et, sans le vouloir, elle m’a causé un plaisir auquel je ne m’attendais pas. Comme je m’étais mise sur le côté pour lui présenter mon postérieur, elle ne put faire pénétrer la canule. Je dus me coucher à plat ventre, en travers du lit, la tête en bas et les fesses en l’air bien écartées. Rose m’amusa vivement à chercher le trou, comme si elle était aveugle, et quand elle l’eut trouvé, l’introduction de la canule dans mon derrière ne me causa que du plaisir. J’eus même de la peine à retenir un rire, réellement désastreux s’il avait éclaté, car il aurait renvoyé la canule et le lavement au nez de mon apothicaire. Enfin je me laissai emplir le derrière : le gourmand bouffa tout.

 

Ce qui suivit, par exemple, m’a causé un vif désagrément. Les latrines sont à côté de la cuisine et, pour aller me soulager, je dus quatre fois passer devant l’amoureux de Rose, qui ne put s’empêcher de rire en me voyant dans mon accoutrement de malade, me rendre aussi souvent au seul réduit, sans compter que le bruit malhonnête que produisaient presque inévitablement ces violents soulagements leur devait bien parvenir à l’oreille.

 

Le soir, enfin, ma tante, pour laquelle je cherchais à me guérir de ma frayeur, me prouva que je n’avais pas tort de craindre sa sévérité. Comme le médecin m’avait ordonné de demeurer au lit et que j’étais un peu impatiente de n’y rien faire, pour me divertir j’eus l’idée d’aller voir, en l’absence de ma tante, si je ne découvrirais pas, dans la petite bibliothèque qui se trouvait dans une chambre voisine de la mienne, un livre amusant. On m’a défendu de lire des livres autres que ceux qu’on me donnait. Mais c’étaient justement les autres que je désirais connaître. J’aperçus derrière les vitres de la bibliothèque des titres qui m’alléchèrent : Les Amours d’Élise, Le Nain amoureux, La belle Maîtresse. Je me disais que ces livres parlaient d’amour et qu’ils devaient être fort intéressants. La bibliothèque, malheureusement, était fermée, mais en cherchant ici et là, j’eus le bonheur de trouver la clef. Avec quelle précipitation je l’introduisis dans la serrure ! j’ouvris et je saisis les livres, sans même prendre le soin de remettre à leur place les volumes que j’avais dérangés. Je me recouchai à la hâte avec les livres précieux et je les ouvris le cœur battant. Quel ravissement ! On n’y parlait que de caresses et de baisers ! Des gravures ne représentaient que de belles femmes et de beaux hommes, mais je me suis étonnée de la façon dont les hommes sont conformés, ce qu’ils portent au milieu du corps m’intrigue et me fait rire. Est-ce une difformité ? Je ne comprends pas tout ce que je lis, mais cela m’intéresse aussi vivement que si je comprenais tout, j’essaie de deviner des énigmes, je me pose des questions. Il y a ça et là des passages qui me plaisent tant à l’imagination qu’il m’en coûte, au milieu d’une si profonde jouissance, d’oublier mon pauvre corps ; bientôt je ne tiens plus le livre que d’une main, l’autre vient me gratter nerveusement mon bouton ; tout à ma lecture et à mon divertissement, je suis sur le point de me pâmer encore une fois, quand ma tante apparaît, m’arrache le livre des mains et m’applique une paire de terribles soufflets qui m’enflamment les joues et les oreilles :

 

― Ah ! je vais vous apprendre, Mademoiselle, à me désobéir de la sorte.

 

Un drap mince, une chemise me défendent seuls du châtiment. On les écarte et ma tante m’a vite jetée en travers du lit, les fesses en l’air. Tout lui est bon pour me châtier, et du cuir de ma propre ceinture oubliée près de mon lit, ma tante fait un fouet qui me déchire la peau. Alors je n’essaie plus de retenir les cris, je pleure et je demande grâce, mais on ne m’écoute pas et on me frappe sans pitié.

 

Je n’avais jamais été traitée aussi durement. Elle a voulu, sans doute, m’en laisser un long souvenir. Pendant quelques jours, je n’ai pu m’asseoir, sans ressentir au derrière une vive douleur ; pour excuser ma tante il est bon de dire, qu’à ses yeux, je méritais cette dure punition.

 

Je suis allée aujourd’hui avec Manon chercher de la crème, à un petit village qui se trouve sur le bord d’une jolie rivière.

 

Le matin était gai de soleil. Il y avait des roulades d’oiseaux d’un bout à l’autre des haies. Une petite pluie avait rafraîchi l’air et donnait aux feuilles une odeur d’humidité qui m’énervait. Je m’amusais de la boue des chemins, sautant pardessus les ornières pleines d’eau, qu’avaient creusées les charrettes des paysans. Deux fois je me trempai les pieds et de la boue jaillit sur ma robe :

 

― Vous serez grondée à votre retour, Mademoiselle, s’écria Manon.

 

Mais je ne fis pas attention à ses paroles.

 

Enfin nous sommes arrivées. La fermière qui nous a vendu la crème a, derrière sa maison, un petit jardin auquel elle donne les plus grands soins. Je n’ai vu que chez monsieur de Vieilleville, fermier général, de si belles fleurs, et encore monsieur de Vieilleville serait-il jaloux de ses héliotropes. Mon Dieu ! les belles fleurs. Leur odeur mielleuse et pimentée me transportait. Sans Manon, je me fusse jetée à plat ventre parmi ces longues tiges violettes et embaumées. Mais Manon m’en a empêchée en me disant « qu’encore que je fusse une dame de la ville, la fermière pourrait très bien me battre, car elle tient plus à ses fleurs qu’à ma dignité et que si je lui déplaisais elle me trousserait et me claquerait le cul (ce sont les expressions de Marion), ni plus ni moins qu’une petite vachère. » J’ai eu peur de la paysanne, d’autant plus que lorsque nous sommes arrivées, elle venait justement de houssiner une grande fille qui sanglotait, tout en se frottant le derrière, tandis que son bourreau la considérait d’un œil brillant de cruauté, qui ne m’a point rassurée. « La méchante femme », ai-je dit tout bas à Manon, en lançant un coup d’œil de pitié à la pauvre enfant fessée. Il s’en est fallu de peu, sous prétexte que la fillette l’ennuyait par ses gémissements, que sa marâtre ne la fouettât encore. La mégère contait à une commère, qui était là, les prétendus méfaits de la petite.

 

― Une pie borgne, faisait-elle, qui ne fait œuvre de ses dix doigts et qui est tout le jour à jouer à la biscambille et à gueuler à tout le village, à plein baquet, des histoires qui ne sont que des menteries. Croit-on que ça fasse bien de l’honneur à une brave femme comme moi, de gaver de mangeaille des creyatures à ne rien faire. Mais je lui torcherai le cû proprement à c’te guenipe ; je l’y baillerai le fouet à sa récréance. J’ai dans les champs assez de genêt qui n’attend que ma main pour lui décrotter le fessier.

 

La femme menaçait toujours la pauvre enfant qui voulait s’enfuir, mais qui n’osait. Elle parlait d’une façon si drôle que j’avais grand peine à me retenir de rire, bien que les paroles qu’elle prononçait me fissent rougir. À peine sorties, je me suis mise à l’imiter, à contrefaire sa voix, ses gestes. Et je disais des gros mots, et je roulais des yeux et je levais la main. Manon se tenait les côtés à force de rire, mais de temps à autre elle s’écriait :

 

― Ah ! si votre tante vous entendait.

 

Puis aussitôt sa gaieté reprenait de plus belle.

 

Nous sommes allées ensemble jusqu’à la rivière où nous avons trouvé, sur le bord, un petit coin de terre où le soleil donnait en plein et où nous avons eu plaisir à nous asseoir. Le sol, bien chauffé, nous cuisait agréablement les fesses, tandis qu’à côté de nous, le feuillage léger des saules, agité par le vent, nous éventait d’une façon délicieuse. Nous avons regardé la rivière qui étincelait, puis Manon a tiré d’un panier qu’elle avait apporté, des assiettes, des cuillers et du pain. Ma tante nous avait permis d’aller goûter au bord de l’eau et je lui en ai su bon gré, car jamais je n’ai eu plus de plaisir. La crème était excellente et le parfum piquant des fruits s’y mêlait délicieusement. Nous avons croqué le pain frais à belles dents, puis nous nous sommes couchées sur l’herbe. Comme l’ombre commençait à s’étendre et il faisait un peu plus frais, nous avons arraché des ciguës, des pissenlits et des marguerites et nous nous sommes diverties à nous chatouiller le nez et la figure. Manon était toute rouge, les yeux animés, des petites gouttes de sueur perlaient à son front. Je n’ai pu m’empêcher de lui dire ce que j’éprouvais :

 

― Sais-tu que tu es jolie, Manette.

 

Puis, j’ai avancé les lèvres pour lui donner un baiser, mais elle n’a pas voulu le prendre. Pourquoi ? aurait-elle un amoureux !

 

Elle s’est alors levée un peu lourdement, et sans le vouloir m’a effleuré le visage de son vaste postérieur.

 

― Quel cul tu as, Manon ! me suis-je écriée, mais au même instant un gros et odorant pet a retenti sous ses jupes.

 

Tandis que Manon retournait la tête vers moi en éclatant de rire, j’ai feint la colère, et pour la punir je l’ai poussée si vivement qu’elle s’est étalée par terre, à plat ventre. La coquine alors, comme je tournais autour d’elle, pour se venger, m’a attrapé le bout de la robe, j’ai glissé et je suis tombée sur l’herbe, près d’elle.

 

Je n’avais point de dégoût d’elle, car je l’ai embrassée à pleine bouche avant qu’elle n’eût le temps de s’en défendre. Mais la sale n’a-t-elle pas lâché, presque à mon nez, un nouveau vent non moins infect et bruyant que le premier. Alors je lui ai cinglé les fesses avec une baguette, d’un coup si vif qu’elle a poussé un cri de douleur, s’est relevée, puis jetée sur moi, et comme elle est la plus grande et la plus forte, elle n’a pas eu beaucoup de peine à me rendre ce que je lui avais fait. Ça a été mon tour de crier et de demander ma grâce que j’ai enfin obtenue. Enfin, nous avons fait la paix ; nous nous sommes de nouveau étendues sur l’herbe et le doigt sous les jupes, les sens excités par la cinglade que nous venions de nous donner, nous servant réciproquement, remuant les fesses à qui mieux mieux, nous nous sommes fait jouir l’une l’autre jusqu’au soir.

 

 

 

CHAPITRE II. Comment je suis courtisée par le fils, par le père et par le Saint-Esprit

 

Ma tante, sur les conseils de monsieur le Curé, a résolu de me mener chaque matin à la messe, pour m’exciter, dit-elle, au travail et à la piété. Elle m’a dit, que pour aller à l’église, je devais revêtir une robe simple et négliger toute parure, mais le moyen de ne pas avoir quelque coquetterie quand on se sent regardée par tous les jeunes gens de l’endroit ! Je crois bien que ces visites à l’église n’auront point le résultat qu’elle espère. J’ai, au couvent, assez goûté de la religion pour en être à jamais rassasiée. Et puis ces vieilles bigotes ont tant de ridicules ! Valentine, dont le père est athée, m’a répété à ce sujet des paroles qu’elle avait entendues dans sa famille, et qui m’ont beaucoup donné à réfléchir. Comme beaucoup de bons esprits, aujourd’hui, monsieur Helvetius et monsieur de Voltaire, disait-il, jugent ainsi, je me passerais fort bien de la religion, des prêtres et des églises.

 

Pour le moment, à la messe, je joue comme il est nécessaire mon rôle de point de mire des hommes. À défaut de bijoux, j’ai soin de me mettre au corsage et dans les cheveux quelques fleurs du jardin de ma tante ; j’ai pu faire venir, de Paris, de la poudre et de l’essence à la maréchale, et ainsi fleurie et parfumée je m’embaume et me respire moi-même. Ma tante aussi m’a fait faire une nouvelle robe. Ce m’a été un grand amusement de livrer ma taille, mes hanches, mes jambes à la couturière qui me prenait la mesure. Avec tout cela, j’ai tourné la tête à un fils du bailli, assez joli garçon, mais qui n’a pas la figure qui me plaît chez un homme. Il m’a écrit une lettre passionnée qu’il m’a passée à l’église en me donnant de l’eau bénite. J’ai pris la lettre en rougissant et parce que c’était le seul moyen de ne pas me faire remarquer. Seulement, l’autre jour, il était avec la fille de la vachère, elle avait la main dans sa culotte et lui il lui tenait le cul à pleines mains. Est-ce ainsi qu’il entend me faire la cour ? Je ne l’aime pas, et cependant je serais heureuse de le voir quelquefois. Mais comment échapper à la surveillance de ma tante ? Je me suis contentée de lui sourire en clignant de l’œil du côté de ma tante pour lui dire combien il était difficile de tromper mon Argus. A-t-il compris ? Il ne m’a plus écrit depuis.

 

8 août.

 

Il y a eu aujourd’hui un concert chez le docteur. On m’a invitée à chanter, et, malgré ma timidité, j’ai fini par accepter. J’ai été surprise de voir le fils du bailli qui était assis devant le clavecin pour m’accompagner. Est-ce le plaisir de chanter devant une nombreuse assistance, ou ce qu’il y a dans la musique de passionné et d’enivrant ? Toujours est-il que j’ai mis dans mon chant tout le sentiment dont je suis capable, et que j’ai tiré des larmes aux assistants. Quand je me suis dérobée aux félicitations de tous les invités, mes joues étaient en feu et humides de larmes, mon cœur battait plus fort et mes jambes tremblaient sous moi. Ma tante était aussi fière que si c’était elle qui avait remporté ce triomphe. Le fils du bailli est venu me baiser la main, et le docteur m’a donné un verre de son vieux vin de Syracuse.

 

Faut-il le dire ? À peine rentrée chez moi, mon démon de luxure m’a reconquise. J’avais envie de me soulager ; je suis allée m’enfermer dans les latrines, et bien assise sur le siège, je me suis amusée à me chatouiller le bouton, tandis que mon derrière ouvert laissait tomber lentement la charge de mon ventre. Est-ce étrange ! Moi qui aime tant les fins parfums, l’odeur infecte que j’exhalais en ce moment me faisait jouir, non moins que l’excitation que je me donnais par-devant. De même j’ai pris plaisir à m’essuyer longuement les parois de l’orifice, me chatouillant le trou embrené de mon derrière. Puis j’ai eu envie encore, je me suis replacée, et les efforts que je faisais pour me soulager le ventre et le frottement de mon bouton me causaient tant de plaisir que je me suis encore tordue de jouissance, et j’ai failli tomber dans les latrines. Quand je me suis relevée j’étais toute humide par-devant ; ma robe avait de l’ordure et le siège des lieux d’aisance aussi. Mon cœur battait précipitamment j’ai eu hâte d’aller me changer.

 

Comme je sortais toute rouge de la garde-robe, ma tante m’a rencontrée et remis une lettre de monsieur le Curé.

 

Elle était ainsi conçue :

 

« Ma chère enfant, je suis étonné que depuis plus de trois mois que vous êtes parmi nous, la pensée ne vous soit pas venue encore de vous confesser. J’ai fait part de ma surprise à madame votre tante qui m’a dit combien elle tenait à vous voir remplir vos devoirs religieux. C’est à sa prière que je vous invite à venir au sacré tribunal de la pénitence. S’il vous est désagréable de vous mêler à la foule de mes paroissiens, venez donc dans la soirée, de trois à quatre heures, à mon presbytère : je vous y attendrai.

 

« Votre dévoué pasteur, « Louis PLANCHETEAU, curé. »

 

Cette lettre m’épouvante. Quoi ! me confesser ! et à un prêtre qui a ri de me voir fouetter, et qui va savoir tout ce que j’ai commis en secret ! Je ne crois guère au silence que peut garder ce prêtre, et je m’imagine que celui-là va tout dire à ma tante. Je sais bien que je puis lui conter des mensonges, ou même sans cela ne lui rien dire, mais je suis une si mauvaise menteuse, et je dissimule si mal même mes secrets ! Lorsque le curé me demandera : « Est ce bien tout ? » je rougirai, je me trahirai et il devinera que j’ai menti. Je pourrais à la rigueur ne pas aller à confesse, mais ma tante m’y contraindrait. Puis, j’ai beau partager avec Valentine les idées de son père, à certains moments les préjugés que m’a donnés l’éducation sont plus forts que les raisonnements. Décidément, il faudra demain aller voir monsieur le curé.

 

11 août.

 

Par cette chaude nuit je ne pouvais dormir, je me tournais et me retournais dans mon lit : alors je me suis levée, j’ai couru à ma fenêtre qui donne sur la campagne et je l’ai ouverte. Le ciel est d’une limpidité admirable ; la lune brille au-dessus des grands feuillages sombres et immobiles. Toute la campagne disparaît dans un brouillard lumineux. Que Valentine n’est-elle ici, avec moi, sa nature sensible et rêveuse me ferait si bien goûter le charme de cette belle nuit. Moi, je ne suis qu’une fille passionnée qui est malheureuse seulement de ne pas avoir près d’elle un homme qui l’aime. Ah ! si je n’avais pas dédaigné les hommages du fils du bailli ? Mais qu’est-ce que ce bruit que j’entends au-dehors, au-dessous de mes fenêtres, quelqu’un monte ? Je suis sur le point de crier quand j’aperçois justement le jeune homme auquel je pensais. Il monte à l’échelle appuyée contre le mur de ma fenêtre, lorsqu’il m’aperçoit, il m’envoie un baiser, puis, comme je veux lui fermer la fenêtre, il me fait un signe de la main qui me paralyse et met le doigt sur sa bouche comme pour m’imposer silence. Je suis maintenant indignée de son audace, furieuse qu’il ose venir chez moi ainsi, me compromettre sans y avoir été encouragé, ce n’est que la frayeur et l’émotion qui m’ont empêchée d’appeler au secours, puis je me sens dominée par ses gestes impératifs et par ses yeux, qui, dans cette nuit, apparaissent blancs dans son visage sombre.

 

À peine est-il sur le haut de l’échelle qu’à voix basse je le supplie de se retirer, lui disant qu’il peut me perdre à jamais, que ma tante couche à côté de moi, que son imprudence est ridicule, que d’ailleurs je ne l’aime pas. Mais il me répondit ces simples mots :

 

― Moi je vous aime et je vous veux.

 

Ses regards brillent, et avant que j’aie pu l’en empêcher, il enjambe l’appui de la fenêtre et entre dans ma chambre.