LA TULIPE NOIRE - Lecture en ligne - Partie 4

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LA TULIPE NOIRE
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Tout à coup les yeux de la jeune fille s’enflammèrent, elle relut haletante ce papier mystérieux, et poussant un cri en tendant le papier au prince :

 

– Oh ! lisez, monseigneur, dit-elle, au nom du Ciel, lisez ! Guillaume passa le troisième caïeu au président, prit le papier et lut. À peine Guillaume eut-il jeté les yeux sur cette feuille qu’il chancela ; sa main trembla comme si elle était prête à laisser échapper le papier ; ses yeux prirent une effrayante expression de douleur et de pitié. Cette feuille, que venait de lui remettre Rosa, était la page de la Bible que Corneille de Witt avait envoyée à Dordrecht, par Craeke, le messager de son frère Jean, pour prier Cornélius de brûler la correspondance du grand pensionnaire avec Louvois. Cette prière, on se le rappelle, était conçue en ces termes :

 

« Cher filleul,

 

« Brûle le dépôt que je t’ai confié, brûle-le sans le regarder, sans l’ouvrir, afin qu’il demeure inconnu à toi-même : les secrets du genre de celui qu’il contient tuent les dépositaires. Brûle-le, et tu auras sauvé Jean et Corneille.

 

« Adieu, et aime-moi.

 

« CORNEILLE DE WITT.

« 20 août 1672. »

 

Cette feuille était à la fois la preuve de l’innocence de Van Baerle et son titre de propriété aux caïeux de la tulipe.

 

Rosa et le stathouder échangèrent un seul regard.

 

Celui de Rosa voulait dire : « Vous voyez bien ! »

 

Celui du stathouder signifiait : « Silence et attends ! »

 

Le prince essuya une goutte de sueur froide qui venait de couler de son front sur sa joue. Il plia lentement le papier, laissant son regard plonger avec sa pensée dans cet abîme sans fond et sans ressource qu’on appelle le repentir et la honte du passé.

 

Bientôt relevant la tête avec effort :

 

– Allez, M. Boxtel, dit-il, justice sera faite, je l’ai promis.

 

Puis au président :

 

– Vous, mon cher M. Van Herysen, ajouta-t-il, gardez ici cette jeune fille et la tulipe. Adieu.

 

Tout le monde s’inclina, et le prince sortit courbé sous l’immense bruit des acclamations populaires.

 

Boxtel s’en retourna au Cygne blanc, assez tourmenté. Ce papier, que Guillaume avait reçu des mains de Rosa, qu’il avait lu, plié et mis dans sa poche avec tant de soin, ce papier l’inquiétait.

 

Rosa s’approcha de la tulipe, en baisant religieusement la feuille, et se confia tout entière à Dieu en murmurant :

 

– Mon Dieu ! saviez-vous vous-même dans quel but mon bon Cornélius m’apprenait à lire ?

 

Oui, Dieu le savait, puisque c’est lui qui punit et qui récompense les hommes selon leurs mérites.

 

XXVIII

La chanson des fleurs

Pendant que s’accomplissaient les événements que nous venons de raconter, le malheureux Van Baerle, oublié dans la chambre de la forteresse de Loevestein, souffrait de la part de Gryphus tout ce qu’un prisonnier peut souffrir quand son geôlier a pris le parti bien arrêté de se transformer en bourreau.

 

Gryphus ne recevant aucune nouvelle de Rosa, aucune nouvelle de Jacob, Gryphus se persuada que tout ce qui lui arrivait était l’œuvre du démon, et que le docteur Cornélius Van Baerle était l’envoyé de ce démon sur la terre.

 

Il en résulta qu’un beau matin – c’était le troisième jour depuis la disparition de Jacob et de Rosa –, il en résulta qu’un beau matin, il monta à la chambre de Cornélius plus furieux encore que de coutume.

 

Celui-ci, les deux coudes appuyés sur la fenêtre, la tête appuyée sur ses deux mains, les regards perdus dans l’horizon brumeux que les moulins de Dordrecht battaient de leurs ailes, aspirait l’air pour refouler ses larmes et empêcher sa philosophie de s’évaporer.

 

Les pigeons y étaient toujours, mais l’espoir n’y était plus ; mais l’avenir manquait.

 

Hélas ! Rosa surveillée ne pourrait plus venir. Pourrait-elle seulement écrire, et si elle écrivait, pourrait-elle lui faire parvenir ses lettres ?

 

Non. Il avait vu la veille et la surveille trop de fureur et de malignité dans les yeux du vieux Gryphus pour que sa vigilance se ralentît un moment, et puis, outre la réclusion, outre l’absence, n’avait-elle pas à souffrir des tourments pires encore. Ce brutal, ce sacripant, cet ivrogne, ne se vengeait-il pas à la façon des pères du théâtre grec ? Quand le genièvre lui montait au cerveau, ne donnait-il pas à son bras, trop bien raccommodé par Cornélius, la vigueur de deux bras et d’un bâton ?

 

Cette idée, que Rosa était peut-être maltraitée, exaspérait Cornélius.

 

Il sentait alors son inutilité, son impuissance, son néant. Il se demandait si Dieu était bien juste d’envoyer tant de maux à deux créatures innocentes. Et certainement dans ces moments-là il doutait. Le malheur ne rend pas crédule.

 

Van Baerle avait bien formé le projet d’écrire à Rosa. Mais où était Rosa ?

 

Il avait bien eu l’idée d’écrire à la Haye pour prévenir de ce que Gryphus voulait sans doute amasser, par une dénonciation, de nouveaux orages sur sa tête.

 

Mais avec quoi écrire ? Gryphus lui avait enlevé crayon et papier. D’ailleurs, eût-il l’un et l’autre, ce ne serait certainement pas Gryphus qui se chargerait de sa lettre.

 

Alors Cornélius passait et repassait dans sa tête toutes ces pauvres ruses employées par les prisonniers.

 

Il avait bien songé à une évasion, chose à laquelle il ne songeait pas quand il pouvait voir Rosa tous les jours. Mais plus il y pensait, plus une évasion lui paraissait impossible. Il était de ces natures choisies qui ont horreur du commun, et qui manquent souvent toutes les bonnes occasions de la vie, faute d’avoir pris la route du vulgaire, ce grand chemin des gens médiocres, et qui les mène à tout.

 

– Comment serait-il possible, se disait Cornélius, que je pusse m’enfuir de Loevestein, d’où s’enfuit jadis M. de Grotius ? Depuis cette évasion, n’a-t-on pas tout prévu ? Les fenêtres ne sont-elles pas gardées ? Les portes ne sont-elles pas doubles ou triples ? Les postes ne sont-ils pas dix fois plus vigilants ?

 

« Puis outre les fenêtres gardées, les portes doubles, les postes plus vigilants que jamais, n’ai-je pas un Argus infaillible, un Argus d’autant plus dangereux qu’il a les yeux de la haine, Gryphus ?

 

« Enfin n’est-il pas une circonstance qui me paralyse ? L’absence de Rosa. Quand j’userais dix ans de ma vie à fabriquer une lime pour scier mes barreaux, à tresser des cordes pour descendre par la fenêtre, ou me coller des ailes aux épaules pour m’envoler comme Dédale… Mais je suis dans une période de mauvaise chance ! La lime s’émoussera, la corde se rompra, mes ailes fondront au soleil. Je me tuerai mal. On me ramassera boiteux, manchot, cul-de-jatte. On me classera dans le musée de la Haye, entre le pourpoint taché de sang de Guillaume le Taciturne et la femme marine recueillie à Stavoren, et mon entreprise n’aura eu pour résultat que de me procurer l’honneur de faire partie des curiosités de la Hollande.

 

« Mais non, et cela vaut mieux, un beau jour Gryphus me fera quelque noirceur. Je perds la patience depuis que j’ai perdu la joie et la société de Rosa, et surtout depuis que j’ai perdu mes tulipes. Il n’y a pas à en douter, un jour ou l’autre Gryphus m’attaquera d’une façon sensible à mon amour-propre, à mon amour ou à ma sûreté personnelle. Je me sens, depuis ma réclusion, une vigueur étrange, hargneuse, insupportable. J’ai des prurits de lutte, des appétits de bataille, des soifs incompréhensibles de horions. Je sauterai à la gorge de mon vieux scélérat, et je l’étranglerai ! »

 

Cornélius, à ces derniers mots, s’arrêta un instant, la bouche contractée, l’œil fixe.

 

Il retournait avidement dans son esprit une pensée qui lui souriait.

 

– Eh mais ! continua Cornélius, une fois Gryphus étranglé, pourquoi ne pas lui prendre les clefs ? Pourquoi ne pas descendre l’escalier comme si je venais de commettre l’action la plus vertueuse ? Pourquoi ne pas lui expliquer le fait, et sauter avec elle de sa fenêtre dans le Wahal ? Je sais certes assez bien nager pour deux. Rosa ! mais mon Dieu, ce Gryphus est son père ; elle ne m’approuvera jamais, quelque affection qu’elle ait pour moi, de lui avoir étranglé ce père, si brutal qu’il fût, si méchant qu’il ait été. Besoin alors sera d’une discussion, d’un discours pendant la péroraison duquel arrivera quelque sous-chef ou quelque porte-clefs qui aura trouvé Gryphus râlant encore ou étranglé tout à fait, et qui me remettra la main sur l’épaule. Je reverrai alors le Buitenhof et l’éclair de cette vilaine épée, qui cette fois ne s’arrêtera pas en route et fera connaissance avec ma nuque. Point de cela, Cornélius, mon ami ; c’est un mauvais moyen ! Mais alors que devenir ? et comment retrouver Rosa ?

 

Telles étaient les réflexions de Cornélius trois jours après la scène funeste de séparation entre Rosa et son père, juste au moment où nous avons montré au lecteur Cornélius accoudé sur sa fenêtre.

 

C’est dans ce moment même que Gryphus entra.

 

Il tenait à la main un énorme bâton, ses yeux étincelaient de mauvaises pensées ; un mauvais sourire crispait ses lèvres ; un mauvais balancement agitait son corps, et dans sa taciturne personne tout respirait les mauvaises dispositions.

 

Cornélius, rompu comme nous venons de le voir, par la nécessité de la patience, nécessité que le raisonnement avait menée jusqu’à la conviction, Cornélius l’entendit entrer, devina que c’était lui, mais ne se détourna même pas.

 

Il savait que cette fois Rosa ne viendrait pas derrière lui.

 

Rien n’est plus désagréable aux gens qui sont en veine de colère que l’indifférence de ceux à qui cette colère doit s’adresser.

 

On a fait des frais, on ne veut pas les perdre.

 

On s’est monté la tête, on a mis son sang en ébullition. Ce n’est pas la peine si cette ébullition ne donne pas la satisfaction d’un petit éclat.

 

Tout honnête coquin qui a aiguisé son mauvais génie désire au moins en faire une bonne blessure à quelqu’un.

 

Aussi Gryphus, voyant que Cornélius ne bougeait point, se mit à l’interpeller par un vigoureux :

 

– Hum ! hum !

 

Cornélius chantonna entre ses dents la chanson des fleurs, triste mais charmante chanson.

 

Nous sommes les filles du feu secret,

Du feu qui circule dans les veines de la terre ;

Nous sommes les filles de l’aurore et de la rosée,

Nous sommes les filles de l’air,

Nous sommes les filles de l’eau ;

Mais nous sommes avant tout les filles du ciel.

 

Cette chanson, dont l’air calme et doux augmentait la placide mélancolie, exaspéra Gryphus. Il frappa la dalle de son bâton en criant :

 

– Eh ! monsieur le chanteur, ne m’entendez-vous pas ?

 

Cornélius se retourna.

 

– Bonjour, dit-il.

 

Et il reprit sa chanson.

 

Les hommes nous souillent et nous tuent en nous aimant.

Nous tenons à la terre par un fil.

Ce fil c’est notre racine, c’est-à-dire notre vie.

Mais nous levons le plus haut que nous pouvons nos bras vers le ciel.

 

– Ah ! sorcier maudit, tu te moques de moi, je pense ! cria Gryphus.

 

Cornélius continua :

 

C’est que le ciel est notre patrie,

Notre véritable patrie, puisque de lui vient notre âme,

Puisqu’à lui retourne notre âme,

Notre âme, c’est-à-dire notre parfum.

 

Gryphus s’approcha du prisonnier :

 

– Mais tu ne vois donc pas que j’ai pris le bon moyen pour te réduire et pour te forcer à m’avouer tes crimes ?

 

– Est-ce que vous êtes fou, mon cher M. Gryphus ? demanda Cornélius en se retournant.

 

Et, comme en disant cela, il vit le visage altéré, les yeux brillants, la bouche écumante du vieux geôlier :

 

– Diable ! dit-il, nous sommes plus que fou, à ce qu’il paraît ; nous sommes furieux !

 

Gryphus fit le moulinet avec son bâton.

 

Mais, sans s’émouvoir :

 

– Ça, maître Gryphus, dit Van Baerle en se croisant les bras, vous paraissez me menacer ?

 

– Oh ! oui, je te menace ! cria le geôlier.

 

– Et de quoi ?

 

– D’abord, regarde ce que je tiens à la main.

 

– Je crois que c’est un bâton, dit Cornélius avec calme, et même un gros bâton ; mais je ne suppose point que ce soit là ce dont vous me menacez.

 

– Ah ! tu ne supposes pas cela ! Et pourquoi ?

 

– Parce que tout geôlier qui frappe un prisonnier s’expose à deux punitions ; la première, art. 9 du règlement de Loevestein :

 

« Sera chassé tout geôlier, inspecteur ou porte-clefs qui portera la main sur un prisonnier d’État. »

 

– La main, fit Gryphus ivre de colère ; mais le bâton ; ah ! le bâton, le règlement n’en parle pas.

 

– La deuxième, continua Cornélius, la deuxième, qui n’est pas inscrite au règlement mais que l’on trouve dans l’Évangile, la deuxième, la voici :

 

« Quiconque frappe de l’épée périra par l’épée. « Quiconque touche avec le bâton sera rossé par le bâton. »

 

Gryphus de plus en plus exaspéré par le ton calme et sentencieux de Cornélius, brandit son gourdin ; mais au moment où il le levait, Cornélius s’élança sur lui, le lui arracha des mains et le mit sous son propre bras. Gryphus hurlait de colère.

 

– Là, là, bonhomme, dit Cornélius, ne vous exposez point à perdre votre place.

 

– Ah ! sorcier, je te pincerai autrement, va ! rugit Gryphus.

 

– À la bonne heure.

 

– Tu vois que ma main est vide ?

 

– Oui, je le vois, et même avec satisfaction.

 

– Tu sais qu’elle ne l’est pas habituellement lorsque le matin je monte l’escalier.

 

– Ah ! c’est vrai, vous m’apportez d’habitude la plus mauvaise soupe ou le plus piteux ordinaire que l’on puisse imaginer. Mais ce n’est point un châtiment pour moi ; je ne me nourris que de pain, et le pain, plus il est mauvais à ton goût, Gryphus, meilleur il est au mien.

 

– Meilleur il est au tien ?

 

– Oui.

 

– Et la raison ?

 

– Oh ! elle est bien simple.

 

– Dites-la donc, alors.

 

– Volontiers, je sais qu’en me donnant du mauvais pain, tu crois me faire souffrir.

 

– Le fait est que je ne te le donne pas pour t’être agréable, brigand.

 

– Eh bien ! moi qui suis sorcier, comme tu le sais, je change ton mauvais pain en un pain excellent, qui me réjouit plus que des gâteaux, et alors j’ai un double plaisir, celui de manger à mon goût d’abord, et ensuite de te faire infiniment enrager.

 

Gryphus hurla de colère.

 

– Ah ! tu avoues donc que tu es sorcier ! dit-il.

 

– Parbleu ! si je le suis. Je ne le dis pas devant le monde, parce que cela pourrait me conduire au bûcher comme Gaufredy ou Urbain Grandier ; mais quand nous ne sommes que nous deux, je n’y vois pas d’inconvénient.

 

– Bon, bon, bon, répondit Gryphus, mais si un sorcier fait du pain blanc avec du pain noir, le sorcier ne meurt-il pas de faim s’il n’a pas de pain du tout ?

 

– Hein ! fit Cornélius.

 

– Donc, je ne t’apporterai plus de pain du tout et nous verrons au bout de huit jours.

 

Cornélius pâlit.

 

– Et cela, continua Gryphus, à partir d’aujourd’hui. Puisque tu es si bon sorcier, voyons, change en pain les meubles de ta chambre ; quant à moi, je gagnerai tous les jours les dix-huit sous que l’on me donne pour ta nourriture.

 

– Mais c’est un assassinat ! s’écria Cornélius, emporté par un premier mouvement de terreur bien compréhensible, et qui lui était inspiré par cet horrible genre de mort.

 

– Bon, continua Gryphus le raillant, bon puisque tu es sorcier, tu vivras malgré tout.

 

Cornélius reprit son air riant, et haussa les épaules :

 

– Est-ce que tu ne m’as pas vu faire venir ici les pigeons de Dordrecht ?

 

– Eh bien ? … dit Gryphus.

 

– Eh bien ! c’est un joli rôti que le pigeon ; un homme qui mangerait un pigeon tous les jours ne mourrait pas de faim, ce me semble ?

 

– Et du feu ? dit Gryphus.

 

– Du feu ! mais tu sais bien que j’ai fait un pacte avec le diable. Penses-tu que le diable me laissera manquer de feu quand le feu est son élément ?

 

– Un homme, si robuste qu’il soit, ne saurait manger un pigeon tous les jours. Il y a eu des paris de faits, et les parieurs ont renoncé.

 

– Eh bien ! mais, dit Cornélius quand je serai fatigué des pigeons, je ferai monter les poissons du Wahal et de la Meuse.

 

Gryphus ouvrit de larges yeux effarés.

 

– J’aime assez le poisson, continua Cornélius ; tu ne m’en sers jamais. Eh bien ! je profiterai de ce que tu veux me faire mourir de faim pour me régaler de poisson.

 

Gryphus faillit s’évanouir de colère et même de peur. Mais se ravisant :

 

– Eh bien ! dit-il en mettant la main dans sa poche, puisque tu m’y forces.

 

Et il en tira un couteau qu’il ouvrit.

 

– Ah ! un couteau ! fit Cornélius se mettant en défense avec son bâton.

 

XXIX

Où Van Baerle, avant de quitter Loevestein, règle ses comptes avec Gryphus

Tous deux demeurèrent un instant, Gryphus sur l’offensive, Van Baerle sur la défensive.

 

Puis, comme la situation pouvait se prolonger indéfiniment, Cornélius s’enquérant des causes de cette recrudescence de colère chez son antagoniste :

 

– Eh bien, lui demanda-t-il, que voulez-vous encore ?

 

– Ce que je veux, je vais te le dire, répondis Gryphus. Je veux que tu me rendes ma fille Rosa.

 

– Votre fille ! s’écria Cornélius.

 

– Oui, Rosa ! Rosa que tu m’as enlevée par ton art du démon. Voyons, veux-tu me dire où elle est ?

 

Et l’attitude de Gryphus devint de plus en plus menaçante.

 

– Rosa n’est point à Loevestein ? s’écria Cornélius.

 

– Tu le sais bien. Veux-tu me rendre Rosa, encore une fois ?

 

– Bon, dit Cornélius, c’est un piège que tu me tends.

 

– Une dernière fois, veux-tu me dire où est ma fille ?

 

– Eh ! devine-le, coquin, si tu ne le sais pas.

 

– Attends, attends, gronda Gryphus pâle et les lèvres agitées par la folie qui commençait à envahir son cerveau. Ah ! tu ne veux rien dire ? Eh bien ! je vais te desserrer les dents.

 

Il fit un pas vers Cornélius, et lui montrant l’arme qui brillait dans sa main :

 

– Vois-tu ce couteau ? dit-il ; eh bien, j’ai tué avec lui plus de cinquante coqs noirs. Je tuerai bien leur maître, le diable, comme je les ai tués eux : attends, attends !

 

– Mais, gredin, dit Cornélius, tu veux donc décidément m’assassiner !

 

– Je veux t’ouvrir le cœur, pour voir dedans l’endroit où tu caches ma fille.

 

Et en disant ces mots avec l’égarement de la fièvre, Gryphus se précipita sur Cornélius, qui n’eut que le temps de se jeter derrière sa table pour éviter le premier coup.

 

Gryphus brandissait son grand couteau en proférant d’horribles menaces.

 

Cornélius prévit que, s’il était hors de la portée de la main, il n’était pas hors de la portée de l’arme ; l’arme lancée à distance pouvait traverser l’espace, et venir s’enfoncer dans sa poitrine. Il ne perdit donc pas de temps, et du bâton qu’il avait précieusement conservé, il assena un vigoureux coup sur le poignet qui tenait le couteau.

 

Le couteau tomba par terre, et Cornélius appuya son pied dessus. Puis, comme Gryphus paraissait vouloir s’acharner à une lutte que la douleur du coup de bâton et la honte d’avoir été désarmé deux fois auraient rendue impitoyable, Cornélius prit un grand parti.

 

Il roua de coups son geôlier avec un sang-froid des plus héroïques, choisissant l’endroit où tombait chaque fois le terrible gourdin.

 

Gryphus ne tarda point à demander grâce.

 

Mais avant de demander grâce, il avait crié, et beaucoup ; ses cris avaient été entendus et avaient mis en émoi tous les employés de la maison. Deux porte-clefs, un inspecteur et trois ou quatre gardes parurent donc tout à coup et surprirent Cornélius opérant le bâton à la main, le couteau sous le pied.

 

À l’aspect de tous ces témoins du méfait qu’il venait de commettre, et dont les circonstances atténuantes, comme on dit aujourd’hui, étaient inconnues, Cornélius se sentit perdu sans ressources.

 

En effet, toutes les apparences étaient contre lui.

 

En un tour de main, Cornélius fut désarmé ; et Gryphus entouré, relevé, soutenu, put compter, en rugissant de colère, les meurtrissures qui enflaient ses épaules et son échine, comme autant de collines diaprant le piton d’une montagne.

 

Procès-verbal fut dressé, séance tenante, des violences exercées par le prisonnier sur son gardien, et le procès-verbal soufflé par Gryphus ne pouvait pas être accusé de tiédeur ; il ne s’agissait de rien moins que d’une tentative d’assassinat, préparée depuis longtemps et accomplie sur le geôlier, avec préméditation par conséquent, et rébellion ouverte.

 

Tandis qu’on instrumentait contre Cornélius, les renseignements donnés par Gryphus rendant sa présence inutile, les deux porte-clefs l’avaient descendu dans sa geôle, moulu de coups et gémissant.

 

Pendant ce temps, les gardes qui s’étaient emparés de Cornélius s’occupaient à l’instruire charitablement des us et coutumes de Loevestein, qu’il connaissait du reste, aussi bien qu’eux, lecture lui ayant été faite du règlement au moment de son entrée en prison, et certains articles du règlement lui étaient parfaitement entrés dans la mémoire.

 

Ils lui racontaient en outre comment l’application de ce règlement avait été faite à l’endroit d’un prisonnier nommé Mathias, qui, en 1668, c’est-à-dire cinq ans auparavant, avait commis un acte de rébellion bien autrement anodin que celui que venait de se permettre Cornélius.

 

Il avait trouvé sa soupe trop chaude et l’avait jetée à la tête du chef des gardiens, qui, à la suite de cette ablution, avait eu le désagrément en s’essuyant le visage de s’enlever une partie de la peau.

 

Mathias dans les douze heures, avait été extrait de sa chambre ; puis conduit à la geôle, où il avait été inscrit comme sortant de Loevestein ; puis mené à l’esplanade, dont la vue est fort belle et embrasse onze lieues d’étendue. Là on lui avait lié les mains ; puis bandé les yeux, récité trois prières.

 

Puis on l’avait invité à faire une génuflexion ; et les gardes de Loevestein, au nombre de douze, lui avaient, sur un signe fait par un sergent, logé fort habilement chacun une balle de mousquet dans le corps.

 

Ce dont Mathias était mort incontinent.

 

Cornélius écouta avec la plus grande attention ce récit désagréable.

 

Puis, l’ayant écouté :

 

– Ah ! ah ! dit-il dans les douze heures, dites-vous ?

 

– Oui, la douzième heure n’était pas même encore sonnée, à ce que je crois, dit le narrateur.

 

– Merci, dit Cornélius. Le garde n’avait pas terminé le sourire gracieux qui servait de ponctuation à son récit qu’un pas sonore retentit dans l’escalier. Des éperons sonnaient aux arêtes usées des marches. Les gardes s’écartèrent pour laisser passer un officier. Celui-ci entra dans la chambre de Cornélius au moment où le scribe de Loevestein verbalisait encore.

 

– C’est ici le n° 11 ? demanda-t-il.

 

– Oui, colonel, répondit un sous-officier.

 

– Alors, c’est ici la chambre du prisonnier Cornélius Van Baerle ?

 

– Précisément, colonel.

 

– Où est le prisonnier ?

 

– Me voici, monsieur, répondit Cornélius en pâlissant un peu malgré tout son courage.

 

– Vous êtes M. Cornélius Van Baerle ? demanda-t-il, s’adressant cette fois au prisonnier lui-même.

 

– Oui, monsieur.

 

– Alors suivez-moi.

 

– Oh ! oh ! dit Cornélius, dont le cœur se soulevait, pressé par les premières angoisses de la mort, comme on va vite en besogne à la forteresse de Loevestein, et le drôle qui m’avait parlé de douze heures !

 

– Hein ! qu’est-ce que je vous ai dit ? fit le garde historien à l’oreille du patient.

 

– Un mensonge.

 

– Comment cela ?

 

– Vous m’aviez promis douze heures.

 

– Ah ! oui. Mais l’on vous envoie un aide de camp de Son Altesse, un de ses plus intimes même, M. Van Deken. Peste ! on n’a pas fait un pareil honneur au pauvre Mathias.

 

– Allons, allons, fit Cornélius, en renflant sa poitrine avec la plus grande quantité d’air possible ; allons, montrons à ces gens-là qu’un bourgeois, filleul de Corneille de Witt, peut, sans faire la grimace, contenir autant de balles de mousquet qu’un nommé Mathias.

 

Et il passa fièrement devant le greffier qui, interrompu dans ses fonctions, se hasarda à dire à l’officier :

 

– Mais, colonel Van Deken, le procès-verbal n’est pas encore terminé.

 

– Ce n’est point la peine de le finir, répondit l’officier.

 

– Bon ! répliqua le scribe en serrant philosophiquement ses papiers et sa plume dans un portefeuille usé et crasseux.

 

– Il était écrit, pensa le pauvre Cornélius, que je ne donnerai mon nom en ce monde ni à un enfant, ni à une fleur, ni à un livre, ces trois nécessités dont Dieu impose une au moins, à ce que l’on assure, à tout homme un peu organisé qu’il daigne laisser jouir sur terre de la propriété d’une âme et de l’usufruit d’un corps.

 

Et il suivit l’officier le cœur résolu et la tête haute. Cornélius compta les degrés qui conduisaient à l’esplanade, regrettant de ne pas avoir demandé au gardien combien il y en avait ; ce que, dans son officieuse complaisance, celui-ci n’eût certes pas manqué de lui dire.

 

Tout ce que redoutait le patient dans ce trajet, qu’il regardait comme celui qui devait définitivement le conduire au but du grand voyage, c’était de voir Gryphus et de ne pas voir Rosa. Quelle satisfaction, en effet, devait briller sur le visage du père ! Quelle douleur sur le visage de la fille !

 

Comme Gryphus allait applaudir à ce supplice, à ce supplice, vengeance féroce d’un acte éminemment juste, que Cornélius avait la conscience d’avoir accompli comme un devoir !

 

Mais Rosa, la pauvre fille, s’il ne la voyait pas, s’il allait mourir sans lui avoir donné le dernier baiser ou tout au moins le dernier adieu ; s’il allait mourir enfin, sans avoir aucune nouvelle de la grande tulipe noire, et se réveiller là-haut, sans savoir de quel côté il fallait tourner les yeux pour la retrouver !

 

En vérité, pour ne pas fondre en larmes dans un pareil moment, le pauvre tulipier avait plus d’œs triplex autour du cœur qu’Horace n’en attribue au navigateur qui le premier visita les infâmes écueils acrocérauniens.

 

Cornélius eut beau regarder à droite, Cornélius eut beau regarder à gauche, il arriva sur l’esplanade sans avoir aperçu Rosa, sans avoir aperçu Gryphus.

 

Il y avait presque compensation.

 

Cornélius, arrivé sur l’esplanade, chercha bravement des yeux les gardes ses exécuteurs, et vit en effet une douzaine de soldats rassemblés et causant ; mais rassemblés et causant sans mousquets, rassemblés et causant sans être alignés ; chuchotant même entre eux plutôt qu’ils ne causaient, conduite qui parut à Cornélius indigne de la gravité qui préside d’ordinaire à de pareils événements.

 

Tout à coup Gryphus clopinant, chancelant, s’appuyant sur une béquille, apparut hors de sa geôle. Il avait allumé pour un dernier regard de haine tout le feu de ses vieux yeux gris de chat. Alors il se mit à vomir contre Cornélius un tel torrent d’abominables imprécations que Cornélius, s’adressant à l’officier :

 

– Monsieur, dit-il, je ne crois pas qu’il soit bien séant de me laisser ainsi insulter par cet homme, et cela surtout dans un pareil moment.

 

– Écoutez donc, dit l’officier en riant, il est bien naturel que ce brave homme vous en veuille : il paraît que vous l’avez roué de coups.

 

– Mais, monsieur, c’était à mon corps défendant.

 

– Bah ! dit le colonel en imprimant à ses épaules un geste éminemment philosophique ; bah ! laissez-le dire. Que vous importe à présent ?

 

Une sueur froide passa sur le front de Cornélius à cette réponse, qu’il regardait comme une ironie un peu brutale, de la part surtout d’un officier qu’on lui avait dit être attaché à la personne du prince.

 

Le malheureux comprit qu’il n’avait plus de ressource, qu’il n’avait plus d’amis, et se résigna.

 

– Soit, murmura-t-il en baissant la tête ; on en a fait bien d’autres au Christ, et si innocent que je sois, je ne puis me comparer à lui. Le Christ se fût laissé battre par son geôlier et ne l’eût point battu.

 

Puis, se retournant vers l’officier, qui paraissait complaisamment attendre qu’il eût fini ses réflexions :

 

– Allons, monsieur, demanda-t-il, où vais-je ?

 

L’officier lui montra un carrosse attelé de quatre chevaux, qui lui rappela fort le carrosse qui dans une circonstance pareille avait déjà frappé ses regards au Buitenhof.

 

– Montez là-dedans, dit-il.

 

– Ah ! murmura Cornélius, il paraît qu’on ne me fera pas les honneurs de l’esplanade, à moi !

 

Il prononça ces mots assez haut pour que l’historien qui semblait attaché à sa personne l’entendît.

 

Sans doute crut-il que c’était un devoir pour lui de donner de nouveaux renseignements à Cornélius, car il s’approcha de la portière, et tandis que l’officier, le pied sur le marchepied, donnait quelque ordres, il lui dit tout bas :

 

– On a vu des condamnés conduits dans leur propre ville, et, pour que l’exemple fût plus grand, y subir leur supplice devant la porte de leur propre maison. Cela dépend.

 

Cornélius fit un signe de remerciement.

 

Puis à lui-même :

 

– Eh bien, dit-il, à la bonne heure ! voici un garçon qui ne manque jamais de placer une consolation quand l’occasion s’en présente. Ma foi, mon ami, je vous suis bien obligé. Adieu !

 

La voiture roula.

 

– Ah ! scélérat ! ah ! brigand ! hurla Gryphus en montrant le poing à sa victime qui lui échappait. Et dire qu’il s’en va sans me rendre ma fille !

 

– Si l’on me conduit à Dordrecht, dit Cornélius, je verrai, en passant devant ma maison, si mes pauvres plates-bandes ont été bien ravagées.

 

XXX

Où l’on commence de se douter à quel supplice était réservé Cornélius Van Baerle

La voiture roula tout le jour. Elle laissa Dordrecht à gauche, traversa Rotterdam, atteignit Delft. À cinq heures du soir, on avait fait au moins vingt lieues.

 

Cornélius adressa quelques questions à l’officier qui lui servait à la fois de garde et de compagnon ; mais, si circonspectes que fussent ses demandes, il eut le chagrin de les voir rester sans réponse.

 

Cornélius regretta de n’avoir plus à côté de lui ce garde si complaisant qui parlait, lui, sans se faire prier.

 

Il lui eût sans doute offert sur cette étrangeté, qui survenait dans sa troisième aventure, des détails aussi gracieux et des explications aussi précises que sur les deux premières.

 

On passa la nuit en voiture. Le lendemain, au point du jour, Cornélius se trouva au-delà de Leyde, ayant la mer du Nord à sa gauche et la mer de Harlem à sa droite.

 

Trois heures après, il entrait à Harlem.

 

Cornélius ne savait point ce qui s’était passé à Harlem, et nous le laisserons dans cette ignorance jusqu’à ce qu’il en soit tiré par les événements.

 

Mais il ne peut pas en être de même du lecteur, qui a le droit d’être mis au courant des choses, même avant notre héros.

 

Nous avons vu que Rosa et la tulipe, comme deux sœurs et comme deux orphelines, avaient été laissées, par le prince d’Orange, chez le président Van Herysen.

 

Rosa ne reçut aucune nouvelle du stathouder avant le soir du jour où elle l’avait vu en face.

 

Vers le soir, un officier entra chez Van Herysen ; il venait de la part de Son Altesse inviter Rosa à se rendre à la maison de ville.

 

Là, dans le grand cabinet des délibérations où elle fut introduite, elle trouva le prince qui écrivait.

 

Il était seul et avait à ses pieds un grand lévrier de Frise qui le regardait fixement, comme si le fidèle animal eût voulu essayer de faire ce que nul homme ne pouvait faire, lire dans la pensée de son maître.

 

Guillaume continua d’écrire un instant encore ; puis, levant les yeux et voyant Rosa debout près de la porte :

 

– Venez, mademoiselle, dit-il sans quitter ce qu’il écrivait.

 

Rosa fit quelques pas vers la table.

 

– Monseigneur, dit-elle en s’arrêtant.

 

– C’est bien, fit le prince. Asseyez-vous.

 

Rosa obéit, car le prince la regardait. Mais à peine le prince eut-il reporté les yeux sur son papier qu’elle se retira toute honteuse.

 

Le prince achevait sa lettre.

 

Pendant ce temps, le lévrier était allé au-devant de Rosa et l’avait examinée et caressée.

 

– Ah ! ah ! fit Guillaume à son chien, on voit bien que c’est une compatriote ; tu la reconnais.

 

Puis, se retournant vers Rosa et fixant sur elle son regard scrutateur et voilé en même temps :

 

– Voyons, ma fille, dit-il.

 

Le prince avait vingt-trois ans à peine, Rosa en avait dix-huit ou vingt ; il eût mieux dit en disant « ma sœur ».

 

– Ma fille, dit-il avec cet accent étrangement imposant qui glaçait tous ceux qui l’approchaient, nous ne sommes que nous deux, causons.

 

Rosa commença de trembler de tous ses membres, et cependant il n’y avait rien que de bienveillant dans la physionomie du prince.

 

– Monseigneur, balbutia-t-elle.

 

– Vous avez un père à Loevestein ?

 

– Oui, monseigneur.

 

– Vous ne l’aimez pas ?

 

– Je ne l’aime pas, du moins, monseigneur, comme une fille devrait aimer.

 

– C’est mal de ne pas aimer son père, mon enfant, mais c’est bien de ne pas mentir à son prince.

 

Rosa baissa les yeux.

 

– Et pour quelle raison n’aimez-vous point votre père ?

 

– Mon père est méchant.

 

– De quelle façon se manifeste sa méchanceté ?

 

– Mon père maltraite les prisonniers.

 

– Tous ?

 

– Tous.

 

– Mais ne lui reprochez-vous pas de maltraiter particulièrement quelqu’un ?

 

– Mon père maltraite particulièrement M. Van Baerle, qui…

 

– Qui est votre amant.

 

Rosa fit un pas en arrière.

 

– Que j’aime, monseigneur, répondit-elle avec fierté.

 

– Depuis longtemps ? demanda le prince.

 

– Depuis le jour où je l’ai vu.

 

– Et vous l’avez vu… ?

 

– Le lendemain du jour où furent si terriblement mis à mort le grand pensionnaire Jean et son frère Corneille.

 

Les lèvres du prince se serrèrent, son front se plissa, ses paupières se baissèrent de manière à cacher un instant ses yeux. Au bout d’un instant de silence, il reprit :

 

– Mais que vous sert-il d’aimer un homme destiné à vivre et à mourir en prison ?

 

– Cela me servira, monseigneur, s’il vit et meurt en prison, à l’aider à vivre et à mourir.

 

– Et vous accepteriez cette position d’être la femme d’un prisonnier ?

 

– Je serai la plus fière et la plus heureuse des créatures humaines étant la femme de M. Van Baerle ; mais…

 

– Mais quoi ?

 

– Je n’ose dire, monseigneur.

 

– Il y a un sentiment d’espérance dans votre accent ; qu’espérez-vous ?

 

Elle leva ses beaux yeux sur Guillaume, ses yeux limpides et d’une intelligence si pénétrante qu’ils allèrent chercher la clémence endormie au fond de ce cœur sombre, d’un sommeil qui ressemblait à la mort.

 

– Ah ! je comprends.

 

Rosa sourit en joignant les mains.

 

– Vous espérez en moi, dit le prince.

 

– Oui, monseigneur.

 

– Hum !

 

Le prince cacheta la lettre qu’il venait d’écrire et appela un de ses officiers.

 

– M. Van Deken, dit-il, portez à Loevestein le message que voici ; vous prendrez lecture des ordres que je donne au gouverneur, et en ce qui vous regarde, vous les exécuterez.

 

L’officier salua, et l’on entendit retentir sous la voûte sonore de la maison le galop d’un cheval.

 

– Ma fille, poursuivit le prince, c’est dimanche la fête de la tulipe, et dimanche c’est après-demain. Faites-vous belle avec les cinq cents florins que voici ; car je veux que ce jour-là soit une grande fête pour vous.

 

– Comment Votre Altesse veut-elle que je sois vêtue ? murmura Rosa.

 

– Prenez le costume des épousées frisonnes, dit Guillaume, il vous siéra fort bien.

 

XXXI

Harlem

Harlem, où nous sommes entrés il y a trois jours avec Rosa et où nous venons d’entrer à la suite du prisonnier, est une jolie ville, qui s’enorgueillit à bon droit d’être une des plus ombragées de la Hollande.

 

Tandis que d’autres mettaient leur amour-propre à briller par les arsenaux et par les chantiers, par les magasins et par les bazars, Harlem mettait toute sa gloire à primer toutes les villes des États par ses beaux ormes touffus, par ses peupliers élancés, et surtout par ses promenades ombreuses, au-dessus desquelles s’arrondissaient en voûte, le chêne, le tilleul, et le marronnier.

 

Harlem, voyant que Leyde sa voisine, et Amsterdam sa reine, prenaient, l’une, le chemin de devenir une ville de science, et l’autre celui de devenir une ville de commerce, Harlem avait voulu être une ville agricole ou plutôt horticole.

 

En effet, bien close, bien aérée, bien chauffée au soleil, elle donnait aux jardiniers des garanties que toute autre ville, avec ses vents de mer ou ses soleils de plaine, n’eût point su leur offrir.

 

Aussi avait-on vu s’établir à Harlem tous ces esprits tranquilles qui possédaient l’amour de la terre et de ses biens, comme on avait vu s’établir à Rotterdam et à Amsterdam tous les esprits inquiets et remuants, que possède l’amour des voyages et du commerce, comme on avait vu s’établir à la Haye tous les politiques et les mondains.

 

Nous avons dit que Leyde avait été la conquête des savants.

 

Harlem prit donc le goût des choses douces, de la musique, de la peinture, des vergers, des promenades, des bois et des parterres.

 

Harlem devint folle des fleurs, et, entre autres fleurs, des tulipes.

 

Harlem proposa des prix en l’honneur des tulipes, et nous arrivons ainsi, fort naturellement comme on voit, à parler de celui que la ville proposait, le 15 mai 1673, en l’honneur de la grande tulipe noire sans tache et sans défaut, qui devait rapporter cent mille florins à son inventeur.

 

Harlem ayant mis en lumière sa spécialité, Harlem ayant affiché son goût pour les fleurs en général et les tulipes en particulier, dans un temps où tout était à la guerre ou aux séditions, Harlem ayant eu l’insigne joie de voir fleurir l’idéal de ses prétentions et l’insigne honneur de voir fleurir l’idéal des tulipes, Harlem, la jolie ville pleine de bois et de soleil, d’ombre et de lumière, Harlem avait voulu faire de cette cérémonie de l’inauguration du prix une fête qui durât éternellement dans le souvenir des hommes.

 

Et elle en avait d’autant plus le droit que la Hollande est le pays des fêtes ; jamais nature plus paresseuse ne déploya plus d’ardeur criante, chantante et dansante que celle des bons républicains des Sept-Provinces à l’occasion des divertissements.

 

Voyez plutôt les tableaux des deux Teniers.

 

Il est certain que les paresseux sont de tous les hommes les plus ardents à se fatiguer, non pas lorsqu’ils se mettent au travail, mais lorsqu’ils se mettent au plaisir.

 

Harlem s’était donc mise triplement en joie, car elle avait à fêter une triple solennité : la tulipe noire avait été découverte ; puis le prince Guillaume d’Orange assistait à la cérémonie, en vrai Hollandais qu’il était ; enfin, il était de l’honneur des États de montrer aux Français, à la suite d’une guerre aussi désastreuse que l’avait été celle de 1672, que le plancher de la république batave était solide à ce point qu’on y pût danser avec accompagnement du canon des flottes.

 

La société horticole de Harlem s’était montrée digne d’elle en donnant cent mille florins d’un oignon de tulipe. La ville n’avait pas voulu rester en arrière, et elle avait voté une somme pareille, qui avait été remise aux mains de ses notables pour fêter ce prix national.

 

Aussi était-ce, au dimanche fixé pour cette cérémonie, un tel empressement de la foule, un tel enthousiasme des citadins, que l’on n’eût pu s’empêcher, même avec ce sourire narquois des Français, qui rient de tout et partout, d’admirer le caractère de ces bons Hollandais, prêts à dépenser leur argent aussi bien pour construire un vaisseau destiné à combattre l’ennemi, c’est-à-dire à soutenir l’honneur de la nation, que pour récompenser l’invention d’une fleur nouvelle destinée à briller un jour et destinée à distraire pendant ce jour les femmes, les savants et les curieux.

 

En tête des notables et du comité horticole, brillait M. Van Herysen, paré de ses plus riches habits.

 

Le digne homme avait fait tous ses efforts pour ressembler à sa fleur favorite par l’élégance sobre et sévère de ses vêtements, et hâtons-nous de dire à sa gloire qu’il y avait parfaitement réussi.

 

Noir de jais, velours scabieuse, soie pensée, telle était, avec du linge d’une blancheur éblouissante, la tenue cérémoniale du président, lequel marchait en tête de son comité, avec un énorme bouquet pareil à celui que portait, deux cent vingt et un ans plus tard, M. de Robespierre, à la fête de l’Être-Suprême.

 

Seulement, le brave président, à la place de ce cœur gonflé de haine et de ressentiments envieux du tribun français, avait dans la poitrine une fleur non moins innocente que la plus innocente de celles qu’il tenait à la main.

 

On voyait derrière ce comité, diapré comme une pelouse, parfumé comme un printemps, les corps savants de la ville, les magistrats, les militaires, les nobles et les rustres.

 

Le peuple, même chez MM. les républicains des Sept-Provinces, n’avait point son rang dans cet ordre de marche ; il faisait la haie.

 

C’est, au reste, la meilleure de toutes les places pour voir… et pour avoir.

 

C’est la place des multitudes, qui attendent, philosophie des États, que les triomphes aient défilé, pour savoir ce qu’il en faut dire, et quelquefois ce qu’il en faut faire.

 

Mais cette fois, il n’était question ni du triomphe de Pompée, ni du triomphe de César. Cette fois, on ne célébrait ni la défaite de Mithridate ni la conquête des Gaules. La procession était douce comme le passage d’un troupeau de moutons sur terre, inoffensive comme le vol d’une troupe d’oiseaux dans l’air.

 

Harlem n’avait d’autres triomphateurs que ses jardiniers. Adorant les fleurs, Harlem divinisait le fleuriste.

 

On voyait au centre du cortège pacifique et parfumé, la tulipe noire, portée sur une civière couverte de velours blanc frangé d’or. Quatre hommes portaient les brancards et se voyaient relayés par d’autres, ainsi qu’à Rome étaient relayés ceux qui portaient la mère Cybèle, lorsqu’elle entra dans la ville éternelle, apportée d’Étrurie au son des fanfares et aux adorations de tout un peuple.

 

Cette exhibition de la tulipe, c’était un hommage rendu par tout un peuple sans culture et sans goût, au goût et à la culture des chefs célèbres et pieux dont il savait jeter le sang aux pavés fangeux du Buitenhof, sauf plus tard à inscrire les noms de ses victimes sur la plus belle pierre du panthéon hollandais.

 

Il était convenu que le prince stathouder distribuerait certainement lui-même le prix de cent mille florins, ce qui intéressait tout le monde en général, et qu’il prononcerait peut-être un discours, ce qui intéressait en particulier ses amis et ses ennemis.

 

En effet, dans les discours les plus indifférents des hommes politiques, les amis ou les ennemis de ces hommes veulent toujours y voir reluire et croient toujours pouvoir interpréter par conséquent un rayon de leur pensée.

 

Comme si le chapeau de l’homme politique n’était pas un boisseau destiné à intercepter toute lumière.

 

Enfin, ce grand jour tant attendu du 15 mai 1673 était donc arrivé, et Harlem tout entière, renforcée de ses environs, s’était rangée le long des beaux arbres du bois, avec la résolution bien arrêtée de n’applaudir cette fois ni les conquérants de la guerre, ni ceux de la science, mais tout simplement ceux de la nature, qui venaient de forcer cette inépuisable mère à l’enfantement, jusqu’alors cru impossible, de la tulipe noire.

 

Mais rien ne tient moins chez les peuples que cette résolution prise de n’applaudir que telle ou telle chose. Quand une ville est en train d’applaudir, c’est comme lorsqu’elle est en train de siffler, elle ne sait jamais où elle s’arrêtera.

 

Elle applaudit donc d’abord Van Herysen et son bouquet, elle applaudit ses corporations, elle s’applaudit elle-même ; et enfin, avec toute justice cette fois, avouons-le, elle applaudit l’excellente musique que les musiciens de la ville prodiguaient généreusement à chaque halte.

 

Tous les yeux cherchaient, après l’héroïne de la fête, qui était la tulipe noire, le héros de la fête, qui, tout naturellement, était l’auteur de cette tulipe.

 

Ce héros paraissant à la suite du discours que nous avons vu le bon Van Herysen élaborer avec tant de conscience, ce héros eût produit certes plus d’effets que le stathouder lui-même.

 

Mais, pour nous, l’intérêt de la journée n’est ni dans ce vénérable discours de notre ami Van Herysen, si éloquent qu’il fût, ni dans les jeunes aristocrates endimanchés croquant leurs lourds gâteaux, ni dans les pauvres petits plébéiens, à demi nus, grignotant des anguilles fumées, pareilles à des bâtons de vanille. L’intérêt n’est même pas dans ces belles Hollandaises, au teint rose et au sein blanc, ni dans les mynheer gras et trapus qui n’avaient jamais quitté leurs maisons, ni dans les maigres et jaunes voyageurs arrivant de Ceylan ou de Java, ni dans la populace altérée qui avale, en guise de rafraîchissement, le concombre confit dans la saumure. Non, pour nous, l’intérêt de la situation, l’intérêt puissant, l’intérêt dramatique n’est pas là.

 

L’intérêt est dans une figure rayonnante et animée qui marche au milieu des membres du comité d’horticulture, l’intérêt est dans ce personnage fleuri à la ceinture, peigné, lissé, tout d’écarlate vêtu, couleur qui fait ressortir son poil noir et son teint jaune.

 

Ce triomphateur rayonnant, enivré, ce héros du jour destiné à l’insigne honneur de faire oublier le discours de Van Herysen et la présence du stathouder, c’est Isaac Boxtel, qui voit marcher en avant de lui, à sa droite, sur un coussin de velours, la tulipe noire, sa prétendue fille ; à sa gauche, dans une vaste bourse, les cent mille florins en belle monnaie d’or reluisante, étincelante, et qui a pris le parti de loucher en dehors pour ne pas les perdre un instant de vue.

 

De temps en temps, Boxtel hâte le pas pour aller frotter son coude à celui de Van Herysen. Boxtel prend à chacun un peu de sa valeur, pour en composer une valeur à lui, comme il a volé à Rosa sa tulipe, pour en faire sa gloire et sa fortune.

 

Encore un quart d’heure, au reste, et le prince arrivera, le cortège fera halte au dernier reposoir, la tulipe étant placée sous son trône, le prince, qui cède le pas à sa rivale dans l’adoration publique, prendra un vélin magnifiquement enluminé sur lequel est écrit le nom de l’auteur, et il proclamera à haute et intelligible voix qu’il a été découvert une merveille ; que la Hollande, par l’intermédiaire de lui, Boxtel, a forcé la nature à produire une fleur noire, et que cette fleur s’appellera désormais tulipa nigra Boxtellea.

 

De temps en temps cependant Boxtel quitte pour un moment des yeux la tulipe et la bourse et regarde timidement dans la foule, car dans cette foule il redoute par-dessus tout d’apercevoir la pâle figure de la belle Frisonne.

 

Ce serait un spectre, on le comprend, qui troublerait sa fête, ni plus ni moins que le spectre de Banco troubla le festin de Macbeth.

 

Et, hâtons-nous de le dire, ce misérable, qui a franchi un mur qui n’était pas son mur, qui a escaladé une fenêtre pour entrer dans la maison de son voisin, qui, avec une fausse clef, a violé la chambre de Rosa, cet homme, qui a volé enfin la gloire d’un homme et la dot d’une femme, cet homme ne se regarde pas comme un voleur.

 

Il a tellement veillé sur cette tulipe, il l’a suivie si ardemment du tiroir du séchoir de Cornélius jusqu’à l’échafaud du Buitenhof, de l’échafaud du Buitenhof à la prison de la forteresse de Loevestein, il l’a si bien vue naître et grandir sur la fenêtre de Rosa, il a tant de fois réchauffé l’air autour d’elle avec son souffle, que nul n’en est plus l’auteur que lui-même ; quiconque à cette heure lui prendrait la tulipe noire la lui volerait.

 

Mais il n’aperçut point Rosa.

 

Il en résulta que la joie de Boxtel ne fut pas troublée.

 

Le cortège s’arrêta au centre d’un rond-point dont les arbres magnifiques étaient décorés de guirlandes et d’inscriptions ; le cortège s’arrêta au son d’une musique bruyante, et les jeunes filles de Harlem parurent pour escorter la tulipe jusqu’au siège élevé qu’elle devait occuper sur l’estrade, à côté du fauteuil d’or de Son Altesse le stathouder.

 

Et la tulipe orgueilleuse, hissée sur son piédestal, domina bientôt l’assemblée, qui battit des mains et fit retentir les échos de Harlem d’un immense applaudissement.

 

XXXII

Une dernière prière

En ce moment solennel et comme ces applaudissements se faisaient entendre, un carrosse passait sur la route qui borde le bois, et suivait lentement son chemin à cause des enfants refoulés hors de l’avenue d’arbres par l’empressement des hommes et des femmes.

 

Ce carrosse, poudreux, fatigué, criant sur ses essieux, renfermait le malheureux Van Baerle, à qui, par la portière ouverte, commençait de s’offrir le spectacle que nous avons essayé, bien imparfaitement sans doute, de mettre sous les yeux de nos lecteurs.

 

Cette foule, ce bruit, ce miroitement de toutes les splendeurs humaines et naturelles, éblouirent le prisonnier comme un éclair qui serait entré dans son cachot.

 

Malgré le peu d’empressement qu’avait mis son compagnon à lui répondre lorsqu’il l’avait interrogé sur son propre sort, il se hasarda à l’interroger une dernière fois sur tout ce remue-ménage, qu’au premier abord il devait et pouvait croire lui être totalement étranger.

 

– Qu’est-ce cela, je vous prie, M. le lieutenant ? demanda-t-il à l’officier chargé de l’escorter.

 

– Comme vous pouvez le voir, monsieur, répliqua celui-ci, c’est une fête.

 

– Ah ! une fête ! dit Cornélius de ce ton lugubrement indifférent d’un homme à qui nulle joie de ce monde n’appartient plus depuis longtemps.

 

Puis, après un instant de silence et comme la voiture avait roulé quelques pas :

 

– La fête patronale de Harlem ? demanda-t-il, car je vois bien des fleurs.

 

– C’est en effet une fête où les fleurs jouent le principal rôle, monsieur.

 

– Oh ! les doux parfums ! oh ! les belles couleurs ! s’écria Cornélius.

 

– Arrêtez, que monsieur voie, dit avec un de ces mouvements de douce pitié qu’on ne trouve que chez les militaires, l’officier au soldat chargé du rôle de postillon.

 

– Oh ! merci, monsieur, de votre obligeance, repartit mélancoliquement Van Baerle ; mais ce m’est une bien douloureuse joie que celle des autres : épargnez-la-moi donc, je vous prie.

 

– À votre aise ; marchons, alors. J’avais commandé qu’on arrêtât, parce que vous me l’aviez demandé, et ensuite parce que vous passiez pour aimer les fleurs, celles surtout dont on célèbre la fête aujourd’hui.

 

– Et de quelles fleurs célèbre-t-on la fête aujourd’hui, monsieur ?

 

– Celle des tulipes.

 

– Celle des tulipes ! s’écria Van Baerle ; c’est la fête des tulipes aujourd’hui ?

 

– Oui monsieur ; mais puisque ce spectacle vous est désagréable, marchons.

 

Et l’officier s’apprêta à donner l’ordre de continuer la route.

 

Mais Cornélius l’arrêta ; un doute douloureux venait de traverser sa pensée.

 

– Monsieur, demanda-t-il d’une voix tremblante, serait-ce donc aujourd’hui que l’on donne le prix ?

 

– Le prix de la tulipe noire, oui.

 

Les joues de Cornélius s’empourprèrent, un frisson courut par tout son corps, la sueur perla sur son front. Puis, réfléchissant, que, lui et sa tulipe absents, la fête avorterait sans doute faute d’un homme et d’une fleur à couronner.

 

– Hélas ! dit-il, tous ces braves gens seront aussi malheureux que moi, car ils ne verront pas cette grande solennité à laquelle ils sont conviés, ou du moins ils la verront incomplète.

 

– Que voulez-vous dire, monsieur ?

 

– Je veux dire que jamais, dit Cornélius en se rejetant au fond de la voiture, excepté par quelqu’un que je connais, la tulipe noire ne sera trouvée.

 

– Alors, monsieur, dit l’officier, ce quelqu’un que vous connaissez l’a trouvée ; car ce que tout Harlem contemple en ce moment, c’est la fleur que vous regardez comme introuvable.

 

– La tulipe noire ! s’écria Van Baerle en jetant la moitié de son corps par la portière. Où cela ? où cela ?

 

– Là-bas, sur le trône, la voyez-vous ?

 

– Je vois !

 

– Allons ! monsieur, dit l’officier, maintenant, il faut partir.

 

– Oh ! par pitié, par grâce, monsieur, dit Van Baerle, oh ! ne m’emmenez pas ! laissez-moi regarder encore ! Comment, ce que je vois là-bas est la tulipe noire, bien noire… est-ce possible ? Oh ! monsieur, l’avez-vous vue ? Elle doit avoir des taches, elle doit être imparfaite, elle est peut-être teinte en noir seulement ; oh ! si j’étais là je saurais bien le dire, moi, monsieur, laissez-moi descendre, laissez-moi la voir de près, je vous prie.

 

– Êtes-vous fou, monsieur ? Le puis-je ?

 

– Je vous en supplie.

 

– Mais vous oubliez que vous êtes prisonnier ?

 

– Je suis prisonnier, il est vrai, mais je suis un homme d’honneur ; et sur mon honneur, monsieur, je ne me sauverai pas ; je ne tenterai pas de fuir ; laissez-moi seulement regarder la fleur !

 

– Mais, mes ordres, monsieur ?

 

Et l’officier fit un nouveau mouvement pour ordonner au soldat de se remettre en route. Cornélius l’arrêta encore.

 

– Oh ! soyez patient, soyez généreux, toute ma vie repose sur un mouvement de votre pitié. Hélas ! ma vie, monsieur, elle ne sera probablement pas longue maintenant. Ah ! vous ne savez pas, monsieur, ce que je souffre ; vous ne savez pas, monsieur, tout ce qui se combat dans ma tête et dans mon cœur ; car enfin, continua Cornélius avec désespoir, si c’était ma tulipe à moi, si c’était celle que l’on a volée à Rosa. Oh ! monsieur, comprenez-vous bien ce que c’est que d’avoir trouvé la tulipe noire, de l’avoir vue un instant, d’avoir reconnu qu’elle était parfaite, que c’était à la fois un chef-d’œuvre de l’art et de la nature et de la perdre, de la perdre, à tout jamais ? Oh ! il faut que j’aille la voir, vous me tuerez après si vous voulez, mais je la verrai, je la verrai.

 

– Taisez-vous, malheureux, et rentrez vite dans votre carrosse, car voici l’escorte de Son Altesse le stathouder qui croise la vôtre, et si le prince remarquait un scandale, entendait un bruit, c’en serait fait de vous et de moi.

 

Van Baerle, encore plus effrayé pour son compagnon que pour lui-même, se rejeta dans le carrosse, mais il ne put y tenir une demi-minute, et les vingt premiers cavaliers étaient à peine passés qu’il se remit à la portière, en gesticulant et en suppliant le stathouder juste au moment où celui-ci passait.

 

Guillaume, impassible et simple comme d’ordinaire, se rendait à la place pour accomplir son devoir de président. Il avait à la main son rouleau de vélin, qui était, dans cette journée de fête, devenu son bâton de commandement.

 

Voyant cet homme qui gesticulait et qui suppliait, reconnaissant aussi peut-être l’officier qui accompagnait cet homme, le prince stathouder donna l’ordre d’arrêter.

 

À l’instant même, ses chevaux frémissant sur leurs jarrets d’acier firent halte à six pas de Van Baerle encagé dans son carrosse.

 

– Qu’est-ce cela ? demanda le prince à l’officier qui, au premier ordre du stathouder, avait sauté en bas de la voiture, et qui s’approchait respectueusement de lui.

 

– Monseigneur, dit-il, c’est le prisonnier d’État que, par votre ordre, j’ai été chercher à Loevestein, et que je vous amène à Harlem, comme Votre Altesse l’a désiré.

 

– Que veut-il ?

 

– Il demande avec instance qu’on lui permette d’arrêter un instant ici.

 

– Pour voir la tulipe noire, monseigneur, cria Van Baerle en joignant les mains, et après, quand je l’aurai vue, quand j’aurai su ce que je dois savoir, je mourrai, s’il le faut, mais en mourant je bénirai Votre Altesse miséricordieuse, intermédiaire entre la divinité et moi ; Votre Altesse, qui permettra que mon œuvre ait eu sa fin et sa glorification.

 

C’était, en effet, un curieux spectacle que celui de ces deux hommes, chacun à la portière de son carrosse, entouré de leurs gardes ; l’un tout-puissant, l’autre misérable ; l’un près de monter sur son trône, l’autre se croyant près de monter sur son échafaud.

 

Guillaume avait regardé froidement Cornélius et entendu sa véhémente prière. Alors, s’adressant à l’officier :

 

– Cet homme, dit-il, est le prisonnier rebelle qui a voulu tuer son geôlier à Loevestein ?

 

Cornélius poussa un soupir et baissa la tête. Sa douce et honnête figure rougit et pâlit à la fois. Ces mots du prince omnipotent, omniscient, cette infaillibilité divine qui, par quelque messager secret et invisible au reste des hommes, savait déjà son crime, lui présageaient non seulement une punition plus certaine, mais encore un refus.

 

Il n’essaya point de lutter, il n’essaya point de se défendre : il offrit au prince ce spectacle touchant d’un désespoir naïf bien intelligible et bien émouvant pour un si grand cœur et un si grand esprit que celui qui le contemplait.

 

– Permettez au prisonnier de descendre, dit le stathouder, et qu’il aille voir la tulipe noire, bien digne d’être vue au moins une fois.

 

– Oh ! fit Cornélius près de s’évanouir de joie et chancelant sur le marchepied du carrosse, oh ! monseigneur !

 

Et il suffoqua ; et sans le bras de l’officier qui lui prêta son appui, c’est à genoux et le front dans la poussière que le pauvre Cornélius eût remercié Son Altesse.

 

Cette permission donnée, le prince continua sa route dans le bois au milieu des acclamations les plus enthousiastes. Il parvint bientôt à son estrade, et le canon tonna dans les profondeurs de l’horizon.

 

XXXIII

Conclusion

Van Baerle, conduit par quatre gardes qui se frayaient un chemin dans la foule, perça obliquement vers la tulipe noire, que dévoraient ses regards de plus en plus rapprochés.

 

Il la vit, enfin, la fleur unique qui devait, sous des combinaisons inconnues de chaud, de froid, d’ombre et de lumière, apparaître un jour pour disparaître à jamais. Il la vit à six pas ; il en savoura les perfections et les grâces ; il la vit derrière les jeunes filles qui formaient une garde d’honneur à cette reine de noblesse et de pureté. Et cependant, plus il s’assurait par ses propres yeux de la perfection de la fleur, plus son cœur était déchiré. Il cherchait tout autour de lui pour adresser une question, une seule. Mais partout des visages inconnus ; partout l’attention s’adressant au trône sur lequel venait de s’asseoir le stathouder.

 

Guillaume, qui attirait l’attention générale, se leva, promena un tranquille regard sur la foule enivrée, et son œil perçant s’arrêta tour à tour sur les trois extrémités d’un triangle formé en face de lui par trois intérêts et par trois drames bien différents.

 

À l’un des angles, Boxtel, frémissant d’impatience et dévorant de toute son attention le prince, les florins, la tulipe noire et l’assemblée.

 

À l’autre, Cornélius haletant, muet, n’ayant de regard, de vie, d’amour, que pour la tulipe noire, sa fille.

 

Enfin, au troisième, debout sur un gradin parmi les vierges de Harlem, une belle Frisonne vêtue de fine laine rouge brodée d’argent et couverte de dentelles tombant à flots de son casque d’or ; Rosa, enfin, qui s’appuyait défaillante et l’œil noyé, au bras d’un des officiers de Guillaume.

 

Le prince, alors, voyant tous ses auditeurs disposés, déroula lentement le vélin, et, d’une voix calme, nette, bien que faible, mais dont pas une note ne se perdait, grâce au silence religieux qui s’abattit tout à coup sur les cinquante mille spectateurs et enchaîna leur souffle à ses lèvres :

 

– Vous savez, dit-il, dans quel but vous avez été réunis ici.

 

« Un prix de cent mille florins a été promis à celui qui trouverait la tulipe noire.

 

« La tulipe noire ! – et cette merveille de la Hollande est là exposée à vos yeux – ; la tulipe noire a été trouvée, et cela dans toutes les conditions exigées par le programme de la société horticole de Harlem.

 

« L’histoire de sa naissance et le nom de son auteur seront inscrits au livre d’honneur de la ville.

 

« Faites approcher la personne qui est propriétaire de la tulipe noire. »

 

Et en prononçant ces paroles, le prince, pour juger de l’effet qu’elles produiraient, promena son clair regard sur les trois extrémités du triangle.

 

Il vit Boxtel s’élancer de son gradin.

 

Il vit Cornélius faire un mouvement involontaire.

 

Il vit enfin l’officier chargé de veiller sur Rosa, la conduire, ou plutôt la pousser devant son trône.

 

Un double cri partit à la fois à la droite et à la gauche du prince.

 

Boxtel foudroyé, Cornélius éperdu, avaient tous deux crié :

 

– Rosa ! Rosa !

 

– Cette tulipe est bien à vous, n’est-ce pas, jeune fille ? dit le prince.

 

– Oui, monseigneur ! balbutia Rosa, qu’un murmure universel venait de saluer en sa touchante beauté.

 

– Oh ! murmura Cornélius, elle mentait donc, lorsqu’elle disait qu’on lui avait volé cette fleur. Oh ! voilà donc pourquoi elle avait quitté Loevestein ! Oh ! oublié, trahi par elle, par elle que je croyais ma meilleure amie !

 

– Oh ! gémit Boxtel de son côté, je suis perdu !

 

– Cette tulipe, poursuivit le prince, portera donc le nom de son inventeur, et sera inscrite au catalogue des fleurs sous le titre de tulipa nigra Rosa Baerlensis, à cause du nom de Van Baerle, qui sera désormais le nom de femme de cette jeune fille.

 

Et en même temps, Guillaume prit la main de Rosa et la mit dans la main d’un homme qui venait de s’élancer, pâle, étourdi, écrasé de joie, au pied du trône, en saluant tour à tour son prince, sa fiancée et Dieu qui, du fond du ciel azuré, regardait en souriant le spectacle de deux cœurs heureux.

 

En même temps aussi tombait aux pieds du président Van Herysen un autre homme frappé d’une émotion bien différente.

 

Boxtel, anéanti sous la ruine de ses espérances, venait de s’évanouir.

 

On le releva, on interrogea son pouls et son cœur ; il était mort.

 

Cet incident ne troubla point autrement la fête, attendu que ni le président ni le prince ne parurent s’en préoccuper beaucoup.

 

Cornélius recula épouvanté : dans son voleur, dans son faux Jacob, il venait de reconnaître le vrai Isaac Boxtel, son voisin, que dans la pureté de son âme, il n’avait jamais soupçonné un seul instant d’une si méchante action.

 

Ce fut, au reste, un grand bonheur pour Boxtel que Dieu lui eût envoyé si à propos cette attaque d’apoplexie foudroyante, qu’elle l’empêcha de voir plus longtemps des choses si douloureuses pour son orgueil et son avarice.

 

Puis, au son des trompettes, la procession reprit sa marche sans qu’il y eût rien de changé dans son cérémonial, sinon que Boxtel était mort et que Cornélius et Rosa, triomphants, marchaient côte à côte et la main de l’un dans la main de l’autre.

 

Quand on fut rentré à l’hôtel de ville, le prince, montrant du doigt à Cornélius la bourse aux cent mille florins d’or :

 

– On ne sait trop, dit-il, par qui est gagné cet argent, si c’est par vous ou si c’est par Rosa ; car si vous avez trouvé la tulipe noire, elle l’a élevée et fait fleurir ; aussi ne l’offrira-t-elle pas comme dot, ce serait injuste. D’ailleurs, c’est le don de la ville de Harlem à la tulipe.

 

Cornélius attendait pour savoir où voulait en venir le prince. Celui-ci continua :

 

– Je donne à Rosa cent mille florins, qu’elle aura bien gagnés et qu’elle pourra vous offrir ; ils sont le prix de son amour, de son courage et de son honnêteté. Quant à vous, monsieur, grâce à Rosa encore, qui a apporté la preuve de votre innocence – et en disant ces mots, le prince tendit à Cornélius le fameux feuillet de la Bible sur lequel était écrite la lettre de Corneille de Witt, et qui avait servi à envelopper le troisième caïeu –, quant à vous, l’on s’est aperçu que vous aviez été emprisonné pour un crime que vous n’aviez pas commis. C’est vous dire, non seulement que vous êtes libre, mais encore que les biens d’un homme innocent ne peuvent être confisqués. Vos biens vous sont donc rendus. M. Van Baerle, vous êtes le filleul de M. Corneille de Witt et l’ami de M. Jean. Restez digne du nom que vous a confié l’un sur les fonts de baptême, et de l’amitié que l’autre vous avait vouée. Conservez la tradition de leurs mérites à tous deux, car ces MM. de Witt, mal jugés, mal punis, dans un moment d’erreur populaire, étaient deux grands citoyens dont la Hollande est fière aujourd’hui.

 

Le prince, après ces deux mots qu’il prononça d’une voix émue, contre son habitude, donna ses deux mains à baiser aux deux époux, qui s’agenouillèrent à ses côtés.

 

Puis, poussant un soupir :

 

– Hélas ! dit-il, vous êtes bien heureux vous, qui peut-être rêvant la vraie gloire de la Hollande et surtout son vrai bonheur, ne cherchez à lui conquérir que de nouvelles couleurs de tulipes.

 

Et jetant un regard du côté de la France, comme s’il eût vu de nouveaux nuages s’amonceler de ce côté-là, il remonta dans son carrosse et partit.

 

De son côté, Cornélius, le même jour, partit pour Dordrecht avec Rosa, qui, par la vieille Zug, qu’on lui expédia en qualité d’ambassadeur, fit prévenir son père de tout ce qui s’était passé.

 

Ceux qui, grâce à l’exposé que nous avons fait, connaissent le caractère du vieux Gryphus, comprendront qu’il se réconcilia difficilement avec son gendre. Il avait sur le cœur les coups de bâton reçus, il les avait comptés par les meurtrissures ; ils montaient, disait-il, à quarante et un ; mais il finit par se rendre, pour n’être pas moins généreux, disait-il, que Son Altesse le stathouder.

 

Devenu gardien de tulipes, après avoir été geôlier d’hommes, il fut le plus rude geôlier de fleurs qu’on eût encore rencontré dans les Pays-Bas. Aussi fallait-il le voir, surveillant les papillons dangereux, tuant les mulots et chassant les abeilles trop affamées.

 

Comme il avait appris l’histoire de Boxtel et qu’il était furieux d’avoir été la dupe du faux Jacob, ce fut lui qui démolit l’observatoire élevé jadis par l’envieux derrière le sycomore ; car l’enclos de Boxtel, vendu à l’encan, s’enclava dans les plates-bandes de Cornélius, qui s’arrondit de façon à défier tous les télescopes de Dordrecht.

 

Rosa, de plus en plus belle, devint de plus en plus savante ; et au bout de deux ans de mariage, elle savait si bien lire et écrire, qu’elle put se charger seule de l’éducation de deux beaux enfants, qui lui étaient poussés au mois de mai 1674 et 1675, comme des tulipes, et qui lui avaient donné bien moins de mal que la fameuse fleur à laquelle elle devait de les avoir.

 

Il va sans dire que l’un étant garçon et l’autre une fille, le premier reçut le nom de Cornélius, et la seconde, celui de Rosa.

 

Van Baerle resta fidèle à Rosa, comme à ses tulipes ; toute sa vie, il s’occupa du bonheur de sa femme et de la culture des fleurs, culture grâce à laquelle il trouva un grand nombre de variétés qui sont inscrites au catalogue hollandais.

 

Les deux principaux ornements de son salon étaient dans deux grands cadres d’or, ces deux feuillets de la Bible de Corneille de Witt ; sur l’un, on se le rappelle, son parrain lui avait écrit de brûler la correspondance du marquis de Louvois ; sur l’autre, il avait légué à Rosa le caïeu de la tulipe noire, à la condition qu’avec sa dot de cent mille florins elle épouserait un beau garçon de vingt-six à vingt-huit ans, qui l’aimerait et qu’elle aimerait, condition qui avait été scrupuleusement remplie, quoique Cornélius ne fût point mort, et justement parce qu’il n’était point mort.

 

Enfin pour combattre les envieux à venir, dont la Providence n’aurait peut-être pas eu le loisir de le débarrasser comme elle avait fait de mynheer Isaac Boxtel, il écrivit au-dessus de sa porte ce vers, que Grotius avait gravé, le jour de sa fuite, sur le mur de sa prison :

 

« On a quelquefois assez souffert pour avoir le droit de ne jamais dire : Je suis trop heureux. »

Bibliographie – Œuvres complètes

Tiré de Bibliographie des Auteurs Modernes (1801 - 1934) par Hector Talvart et Joseph Place, Paris, Editions de la Chronique des Lettres Françaises, Aux Horizons de France, 39 rue du Général Foy , 1935 Tome 5.

 

1. Élégie sur la mort du général Foy. Paris, Sétier, 1825, in-8 de 14 pp.

 

2. La Chasse et l'Amour.

Vaudeville en un acte, par MM. Rousseau, Adolphe (M. Ribbing de Leuven) et Davy (Davy de la Pailleterie : A. Dumas).

Représenté pour la première fois, à Paris, au théâtre de l'Ambigu-Comique (22 sept.1825).

Paris, Chez Duvernois, Sétier, 1825, in-8 de 40 pp.

 

3. Canaris.

Dithyrambe. Au profit des Grecs.

Paris, Sanson, 1826, in-12 de 10 pp.

 

4. Nouvelles contemporaines.

Paris, Sanson, 1826, in-12 de 4 ff., 216 pp.

 

5. La Noce et l'Enterrement.

Vaudeville en trois tableaux, par MM. Davy, Lassagne et Gustave.

Représenté pour la première fois, à Paris, au théâtre de la Porte-Saint-Martin (21 nov.1826).

Paris, Chez Bezou, 1826, in-8 de 46 pp.

 

6. Henri III et sa cour.

Drame historique en cinq actes et en prose.

Représenté au Théâtre-Français (11 fév.1829).

Paris, Vezard et Cie, 1829, in-8 de 171 pp.

 

7. Christine ou Stockholm, Fontainebleau et Rome.

Trilogie dramatique sur la vie de Christine, cinq actes en vers, avec prologue et épilogue.

Représenté à Paris sur le Théâtre Royal de l'Odéon (30 mars 1830).

Paris, Barba, 1830, in-8 de 3 ff. et 191 pp.

 

8. Rapport au Général La Fayette sur l'enlèvement des poudres de Soissons. Paris, Impr. de Sétier, s.d. (1830), in-8 de 7 pp.

 

9. Napoléon Bonaparte, ou trente ans de l'histoire de France.

Drame en six actes.

Représenté pour la première fois, sur la Théâtre Royal de l'Odéon (10 janv.1831).

Paris, chez Tournachon-Molin, 1831, in-8 de XVI-219 pp.

 

10. Antony.

Drame en cinq actes en prose.

Représenté pour la première fois sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin (3 mai 1831).

Paris, Auguste Auffray, 1831, in-8 de 4 ff. n. ch., 106 pp.et 1 f.n. ch. (post-scriptum).

 

11. Charles VII chez ses grands vassaux.

Tragédie en cinq actes.

Représentée pour la première fois sur le Théâtre Royal de l'Odéon (20 oct. 1831).

Paris, Publications de Charles Lemesle, 1831, in-8 de 120 pp.

 

12. Richard Darlington.

Drame en cinq actes et en prose, précédé de La Maison du Docteur, prologue par MM. Dinaux.

Représenté pour la première fois sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin (10 déc. 1831).

Paris, J.-N. Barba, 1832, in-8 de 132 pp.

 

13. Teresa.

Drame en cinq actes et en prose.

Représenté pour la première fois sur le Théâtre Royal de l'Opéra-Comique (6 fév. 1832).

Paris, Barba; Vve Charles Béchet; Lecointe et Pougin, 1832, in-8 de 164 pp.

 

14. Le Mari de la veuve.

Comédie en un acte et en prose, par M.***.

Représentée pour la première fois sur le Théâtre-Français (4 avr. 1832).

Paris, Auguste Auffray, 1832, in-8 de 63 pp.

 

15. La Tour de Nesle.

Drame en cinq actes et en neuf tableaux, par MM. Gaillardet et ***.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin (29 mai 1832).

Paris, J.-N. Barba, 1832, in-8 de 4 ff., 98 pp.

 

16. Gaule et France.

Paris, U. Canel ; A. Guyot, 1833, in-8 de 375 pp.

 

17. Impressions de voyage.

Paris, A. Guyot, Charpentier et Dumont, 1834-1837, 5 vol. in-8.

 

18. Angèle.

Drame en cinq actes.

Paris, Charpentier, 1834, in-8 de 254 pp.

 

19. Catherine Howard.

Drame en cinq actes et en huit tableaux.

Paris, Charpentier, 1834, in-8 de IV-208 pp.

 

20. Souvenirs d'Antony.

Paris, Librairie de Dumont, 1835, in-8 de 360 pp.

 

21. Chroniques de France. Isabel de Bavière (Règne de Charles VI).

Paris, Librairie de Dumont, 1835, 2 vol. in-8 de 406 pp. et 419 pp.

 

22. Don Juan de Marana ou la chute d'un ange.

Mystère en cinq actes.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de la Porte-Saint-Martin (30 avr.1836).

Paris, Marchant, Éditeur du Magasin Théâtral, 1836 in-8 de 303 p.

 

23. Kean.

Comédie en cinq actes.

Représentée pour la première fois aux Variétés (31 août 1836).

Paris, J.-B. Barba, 1836, in-8 de 3 ff. et 263 pp.

 

24. Piquillo.

Opéra-comique en trois actes.

Représenté pour la première fois sur le Théâtre Royal de l'Opéra-Comique (31 oct. 1837).

Paris, Marchant, 1837, in-8 de 82 pp.

 

25. Caligula.

Tragédie en cinq actes et en vers, avec un prologue.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français (26 déc. 1837).

Paris, Marchant, Editeur du Magasin Théâtral, 1838 in-8 de 170 p.

 

26. La Salle d'armes. I. Pauline II. Pascal Bruno (précédé de Murat).

Paris, Dumont, Au Salon littéraire, 1838, 2 vol. in-8 de 376 e t 352 pp.

 

27. Le Capitaine Paul

(La main droite du Sire de Giac).

Paris, Dumont, 1838, 2 vol. in-8 de 316 et 323 pp.

 

28. Paul Jones.

Drame en cinq actes.

Représenté pour la première fois, à Paris (8 oct. 1838).

Paris, Marchant, 1838, gr. in-8 de 32 pp.

 

29. Nouvelles impressions de voyage.

Quinze jours au Sinaï, par MM. A. Dumas et A. Dauzats.

Paris, Dumont, 1839, 2 vol. in-8 de 358 et 406 pp

 

30. Acté.

Paris, Librairie de Dumont, 1839, 2 vol. in-8 de 3 ff., 242 et 302 pp.

 

31. La Comtesse de Salisbury. Chroniques de France.

Paris, Dumont, (et Alexandre Cadot), 1839-1848, 5 vol. in-8.

 

32. Jacques Ortis.

Paris, Dumont, 1839, in-8 de XVI pp. (préface de Pier-Angelo-Fiorentino) et 312 pp.

 

33. Mademoiselle de Belle-Isle.

Drame en cinq actes, en prose.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français(2 avr. 1839).

Paris, Dumont, 1839, in-8 de 202 pp.

 

34. Le Capitaine Pamphile.

Paris, Dumont, 1839, 2 vol. in-8 de 307 et 296 pp.

 

35. L'Alchimiste.

Drame en cinq actes en vers.

Représenté pour la première fois, sur le Théâtre de la Renaissance (10 avr. 1839).

Paris, Dumont, 1839, in-8 de 176 pp.

 

36. Crimes célèbres.

Paris, Administration de librairie, 1839-1841, 8 vol. in-8.

 

37. Napoléon, avec douze portraits en pied, gravés sur acier par les meilleurs artistes, d'après les peintures et les dessins de Horace Vernet, Tony Johannot, Isabey, Jules Boily, etc.

Paris, Au Plutarque français; Delloye, 1840, gr; in-8 de 410 pp.

 

38. Othon l'archer.

Paris, Dumont, 1840, in-8 de 324 pp.

 

39. Les Stuarts.

Paris, Dumont, 1840, 2 vol. in-8 de 308 et 304 pp.

 

40. Maître Adam le Calabrais.

Paris, Dumont, 1840, in-8 de 347 pp.

 

41. Aventures de John Davys.

Paris, Librairie de Dumont, 1840, 4 vol. in-8.

 

42. Le Maître d'armes.

Paris, Dumont, 1840-1841, 3 vol. in-8 de 320, 322 et 336 pp.

 

43. Un Mariage sous Louis XV.

Comédie en cinq actes.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français (1er juin 1841).

Paris, Marchant; C. Tresse, 1841, in-8 de 140 pp.

 

44. Praxède, suivi de Don Martin de Freytas et de Pierre-le-Cruel.

Paris, Dumont, 1841, in-8 de 307 pp.

 

45. Nouvelles impressions de voyage. Midi de la France.

Paris, Dumont, 1841, 3 vol. in-8 de 340, 326 et 357 pp.

 

46. Excursions sur les bords du Rhin.

Paris, Dumont, 1841, 3 vol. in-8 de 328, 326 et 334 pp.

 

47. Une année à Florence.

Paris, Dumont, 1841, 2 vol. in-8 de 340 et 343 pp.

 

48. Jehanne la Pucelle. 1429-1431.

Paris, Magen et Comon, 1842, in-8 de VII-327 pp.

 

49. Le Speronare

Paris, Dumont, 1842, 4 vol. in-8.

 

50. Le Capitaine Arena.

Paris, Dolin, 1842, 2 vol. in-8 de 309 et 314 pp.

 

51. Lorenzino. Magasin théâtral. Théâtre français.

Drame en cinq actes et en prose.

Paris, Marchant; Tarride, s. d. (1842), gr. in-8 de 36 pp.

 

52. Halifax. Magasin théâtral. Choix de pièces nouvelles, jouées sur tous les théâtres de Paris. Théâtre des Variétés.

Comédie en trois actes et un prologue.

Paris, Marchant; Tarride, s. d. (1842), gr. in-8 de 36 pp.

 

53. Le Chevalier d'Harmental.

Paris, Dumont, 1842, 4 vol. in-8.

 

54. Le Corricolo.

Paris, Dolin, 1843, 4 vol. in-8.

 

55. Les Demoiselles de Saint-Cyr.

Comédie en cinq actes, suivie d'une lettre à l'auteur à M. Jules Janin.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français (25 juill.1843). Paris, chez Marchant, et tous les Marchands de Nouveautés, 1843, gr.

in-8 de 1 f. (lettre de Dumas à son éditeur), 38 pp. et VIII pp. (lettre à J. Janin).

 

56. La Villa Palmieri.

Paris, Dolin, 1843, 2 vol. in-8.

 

57. Louise Bernard. Magasin théâtral. Choix de pièces nouvelles, jouées sur tous les théâtres de Paris.

Théâtre de la Porte-Saint-Martin.

Drame en cinq actes.

Paris, Marchant; Tarride, s. d. (1843), gr. in-8 de 34 pp.

 

58. Un Alchimiste au dix-neuvième siècle.

Paris, Imprimerie de Paul Dupont, 1843, in-8 de 23 pp.

 

59. Filles, Lorettes et Courtisanes.

Paris, Dolin, 1843, in-8. de 338 pp.

 

60. Ascanio.

Paris, Petion, 1844, 5 vol. in-8.

 

61. Le Laird de Dumbicky. Magasin théâtral. Choix de pièces nouvelles, jouées sur tous les théâtres de Paris.

Théâtre Royal de l'Odéon.

Drame en cinq actes.

Paris, Marchant; Tarride, s. d. (1844), gr. in-8 de 42 pp.

 

62. Sylvandire.

Paris, Dumont, 1844, 3 vol. in-8 de 318, 310 et 324 pp.

 

63. Fernande.

Paris, Dumont, 1844, 3 vol. in-8 de 320, 336 et 320 pp.

 

64. A. Les Trois Mousquetaires

Paris, Baudry, 1844, 8 vol. in-8.

 

B. Les Mousquetaires

Drame en cinq actes et douze tableaux, précédé de L'Auberge de Béthune,

prologue par MM. A. Dumas et Auguste Maquet.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre de l'Ambigu-Comique (27 oct. 1845).

Paris, Marchant, 1845, gr. in-8 de 59 pp.

 

C. La Jeunesse des Mousquetaires.

Pièce en 14 tableaux, par MM. A. Dumas et Auguste Maquet.

Paris, Dufour et Mulat, 1849, in-8 de 76 pp.

 

D. Le Prisonnier de la Bastille, fin des Mousquetaires.

Drame en cinq actes et neuf tableaux.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre Impérial du Cirque (22 mars 1861).

Paris, Michel Lévy frères, s. d. (1861), gr. in-8 de 24 pp.

 

65. Le Château d'Eppstein.

Paris, L. de Potter, 1844, 3 vol. in-8 de 323, 353 et 322 pp.

 

66. Amaury.

Paris, Hippolyte Souverain, 1844, 4 vol. in-8.

 

67. Cécile.

Paris, Dumont, 1844, 2 vol. in-8 de 330 et 324 pp.

 

68. A. Gabriel Lambert.

Paris, Hippolyte Souverain, 1844, 2 vol. in-8.

 

B. Gabriel Lambert.

Drame en cinq actes et un prologue, par A. Dumas et Amédée de Jallais.

Paris, Michel Lévy frères, 1866, in-18 de 132 pp.

 

69. Louis XIV et son siècle.

Paris, Chez J.-B. Fellens et L.-P. Dufour, 1844-1845, 2 vol. gr. in-8 de II-492 et 512 pp.

 

70. A. Le Comte de Monte-Cristo.

Paris, Pétion, 1845-1846, 18 vol. in-8.

 

B. Monte-Cristo.

Drame en cinq actes et onze tableaux, par MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, N. Tresse, 1848, gr. in-8 de 48 pp.

 

C. Le Comte de Morcerf.

Drame en cinq actes et dix tableaux de MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, N. Tresse, 1851, gr. in-8 de 50 pp.

 

D. Villefort.

Drame en cinq actes et dix tableaux de MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, N. Tresse, 1851, gr. in-8 de 59 pp.

 

71. A. La Reine Margot.

Paris, Garnier frères, 1845, 6 vol. in-8.

 

B. La Reine Margot.

Bibliothèque dramatique. Théâtre moderne. 2ème série.

Drame en cinq actes et en 13 tableaux, par MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, Michel Lévy frères, 1847, in-12 de 152 pp.

 

72. Vingt Ans après, suite des Trois Mousquetaires. Paris, Baudry, 1845, 10 vol.

 

73. A. Une Fille du Régent.

Paris, A. Cadot, 1845, 4 vol. in-8.

 

B. Une Fille du Régent.

Comédie en cinq actes dont un prologue.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre-Français (1er avr. 1846).

Paris, Marchant, 1846, gr. in-8 de 35 pp.

 

74. Les Médicis. Paris, Recoules, 1845, 2 vol. in-8 de 343 et 345 pp.

 

75. Michel-Ange et Raphaël Sanzio.

Paris, Recoules, 1845, 2 vol. in-8 de 345 et 306 pp.

 

76. Les Frères Corses.

Paris, Hippolyte Souverain, 1845, 2 vol. in-8 de 302 et 312 pp.

 

77. A. Le Chevalier de Maison-Rouge.

Paris, A. Cadot, 1845-1846, 6 vol. in-8.

 

B. Le Chevalier de Maison-Rouge. Bibliothèque dramatique.

Théâtre moderne. 2ème série.

Épisode du temps des Girondins, drame en 5 actes et 12 tableaux, par MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, Michel Lévy frères, 1847, in-18 de 139 pp.

 

78. Histoire d'un casse-noisette.

Paris, J. Hetzel, 1845, 2 vol. pet. in-8.

 

79. La Bouillie de la Comtesse Berthe.

Paris, J. Hetzel, 1845, pet. in-8 de 126 pp.

 

80. Nanon de Lartigues.

Paris, L. de Potter, 1845, 2 vol. in-8 de 324 et 331 pp.

 

81. Madame de Condé.

Paris, L. de Potter, 1845, 2 vol. in-8 de 315 et 307 pp.

 

82. La Vicomtesse de Cambes.

Paris, L. de Potter, 1845, 2 vol. in-8 de 334 et 324 pp.

 

83. L'Abbaye de Peyssac.

Paris, L. de Potter, 1845, 2 vol. in-8 de 324 et 363 pp.

 

N. B. Ces 8 volumes (n 80 à 83) constituent une série intitulée : La Guerre des femmes, qui a inspiré la pièce :

 

La Guerre des femmes.

Drame en cinq actes et dix tableaux, par MM. A. Dumas et A. Maquet. Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre Historique (1er oct. 1849). Paris, A. Cadot, 1849, gr. in-8 de 57 pp.

 

84. A. La Dame de Monsoreau.

Paris, Pétion, 1846, 8 vol. in-8.

 

B. La Dame de Monsoreau.

Drame en cinq actes et dix tableaux, précédé de L'Etang de Beaugé, prologue par MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, Michel Lévy, 1860, in-12 de 196 pp.

 

85. Le Bâtard de Mauléon.

Paris, A. Cadot, 1846-1847, 9 vol. in-8.

 

86. Les Deux Diane.

Paris, A. Cadot, 1846-1847, 10 vol. in-8.

 

87. Mémoires d'un médecin.

Paris, Fellens et Dufour (et A. Cadot), 1846-1848, 19 vol. in-8.

 

88. Les Quarante-Cinq.

Paris, A. Cadot, 1847-1848, 10 vol. in-8.

 

89. Intrigue et Amour. Bibliothèque dramatique.

Théâtre moderne. 2ème série.

Drame en cinq actes et neuf tableaux.

Paris, Michel Lévy frères, 1847, in-12 de 99 pp.

 

90. Impressions de voyage. De Paris à Cadix.

Paris, Ancienne maison Delloye, Garnier frères, 1847-1848, 5 vol. in-8.

 

91. Hamlet, prince de Danemark.

Bibliothèque dramatique. Théâtre moderne. 2ème série.

Drame en vers, en 5 actes et 8 parties, par MM. A. Dumas et Paul Meurice.

Paris, Michel Lévy frères, 1848, in-18 de 106 pp.

 

92. Catilina.

Drame en 5 actes et 7 tableaux, par MM. A. Dumas et A. Maquet.

Paris, Michel Lévy frères, 1848, in-18 de 151 pp.

 

93. Le Vicomte de Bragelonne.ou Dix ans plus tard, suite des Trois Mousquetaires et de Vingt Ans après.

Paris, Michel Lévy frères, 1848-1850, 26 vol. in-8.

 

94. Le Véloce, ou Tanger, Alger et Tunis.

Paris, A. Cadot, 1848-1851, 4 vol. in-8.

 

95. Le Comte Hermann.

2ème Série du Magasin théâtral...

Drame en cinq actes, avec préface et épilogue.

Paris, Marchant, s. d. (1849), gr. in-8 de 40 pp.

 

96. Les Mille et un fantômes.

Paris, A. Cadot, 1849, 2 vol. in-8 de 318 et 309 pp.

 

97. La Régence.

Paris, A. Cadot, 1849, 2 vol. in-8 de 349 et 301 pp.

 

98. Louis Quinze.

Paris, A. Cadot, 1849, 5 vol. in-8.

 

99. Les Mariages du père Olifus.

Paris, A. Cadot, 1849, 5 vol. in-8.

 

100. Le Collier de la Reine.

Paris, A. Cadot, 1849-1850, 11 vol. in-8.

 

101. Mémoires de J.-F. Talma.

Écrits par lui-même et recueillis et mis en ordre sur les papiers de sa famille, par A. Dumas.

Paris, 1849 (et 1850), Hippolyte Souverain, 4 vol. in-8.

 

102. La Femme au collier de velours.

Paris, A. Cadot, 1850, 2 vol. in-8 de 326 et 333 pp.

 

103. Montevideo ou une nouvelle Troie.

Paris, Imprimerie centrale de Napoléon Chaix et Cie, 1850, in-18 de 167 pp.

 

104. La Chasse au chastre.

Magasin théâtral. Pièces nouvelles...

Fantaisie en trois actes et huit tableaux.

Paris, Administration de librairie théâtrale. Ancienne maison Marchant, 1850, gr. in-8 de 24 pp.

 

105. La Tulipe noire.

Paris, Baudry, s. d. (1850), 3 vol. in-8 de 313, 304 et 316 pp.

 

106. Louis XVI (Histoire de Louis XVI et de Marie-Antoinette.) Paris, A. Cadot, 1850-1851, 5 vol. in-8.

 

107. Le Trou de l'enfer. (Chronique de Charlemagne).

Paris, A. Cadot, 1851, 4 vol. in-8.

 

108. Dieu dispose.

Paris, A. Cadot, 1851, 4 vol. in-8.

 

109. La Barrière de Clichy.

Drame militaire en 5 actes et 14 tableaux.

Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre National (ancien Cirque, 21 avr. 1851).

Paris, Librairie Théâtrale, 1851, in-8 de 48 pp.

 

110. Impressions de voyage. Suisse.

Paris, Michel Lévy frères, 1851, 3 vol. in-18.

 

111. Ange Pitou.

Paris, A. Cadot, 1851, 8 vol. in-8.

 

112. Le Drame de Quatre-vingt-treize. Scènes de la vie révolutionnaire. Paris, Hippolyte Souverain, 1851, 7 vol. in-8.

 

113. Histoire de deux siècles ou la Cour, l'Église et le peuple depuis 1650 jusqu'à nos jours.

Paris, Dufour et Mulat, 1852, 2 vol. gr. in-8.

 

114. Conscience.

Paris, A. Cadot, 1852, 5 vol. in-8.

 

115. Un Gil Blas en Californie.

Paris, A. Cadot, 1852, 2 vol. in-8 de 317 et 296 pp.

 

116. Olympe de Clèves.

Paris, A. Cadot, 1852, 9 vol. in-8.

 

117. Le Dernier roi (Histoire de la vie politique et privée de Louis-Philippe.) Paris, Hippolyte Souverain, 1852, 8 vol. in-8. 118. Mes Mémoires.

Paris, A. Cadot, 1852-1854, 22 vol. in-8.

 

119. La Comtesse de Charny.

Paris, A. Cadot, 1852-1855, 19 vol. in-8.

 

120. Isaac Laquedem.

Paris, A la Librairie Théâtrale, 1853, 5 vol. in-8.

 

121. Le Pasteur d'Ashbourn.

Paris, A. Cadot , 1853, 8 vol. in-8.

 

122. Les Drames de la mer.

Paris, A. Cadot, 1853, 2 vol. in-8 de 296 et 324 pp.

 

123. Ingénue.

Paris, A. Cadot, 1853-1855, 7 vol. in-8.

 

124. La Jeunesse de Pierrot. par Aramis. Publications du Mousquetaire

Paris, A la Librairie Nouvelle, 1854, in-16, 150 pp.

 

125. Le Marbrier.

Drame en trois actes.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville (22 mai 1854).

Paris, Michel Lévy frères, 1854, in-18 de 48 pp.

 

126. La Conscience.

Drame en cinq actes et en six tableaux.

Paris, Librairie d'Alphonse Tarride, 1854, in-18 de 108 pp.

 

127. A. El Salteador.

Roman de cape et d'épée.

Paris, A. Cadot, 1854, 3 vol. in-8.

Il a été tiré de ce roman une pièce dont voici le titre :

 

B. Le Gentilhomme de la montagne.

Drame en cinq actes et huit tableaux, par A. Dumas (et Ed. Lockroy).

Paris, Michel Lévy, 1860, in-18 de 144 pp.

 

128. Une Vie d'artiste.

Paris, A. Cadot, 1854, 2 vol. in-8 de 315 et 323 pp.

 

129. Saphir, pierre précieuse montée par Alexandre Dumas.

Bibliothèque du Mousquetaire.

Paris, Coulon-Pineau, 1854, in-12 de 242 pp.

 

130. Catherine Blum.

Paris, A. Cadot, 1854, 2 vol. in-8.

 

131. Vie et aventures de la princesse de Monaco. Recueillies par A. Dumas.

Paris, A. Cadot, 1854, 6 vol. in-8.

 

132. La Jeunesse de Louis XIV.

Comédie en cinq actes et en prose.

Paris, Librairie Théâtrale, 1856, in-16 de 306 pp.

 

133. Souvenirs de 1830 à 1842.

Paris, A. Cadot, 1854-1855, 8 vo l. in-8.

 

134. Le Page du Duc de Savoie.

Paris, A. Cadot, 1855, 8 vol. in-8.

 

135. Les Mohicans de Paris.

Paris, A. Cadot, 1854-1855, 19 vol. in-8.

 

136. A. Les Mohicans de Paris (Suite) Salvator le commissionnaire.

Paris, A. Cadot, 1856 (-1859), 14 vol. in-8.

Il a été tiré des Mohicans de Paris, la pièce suivante:

 

B. Les Mohicans de Paris.

Drame en cinq actes, en neuf tableaux, avec prologue.

Paris, Michel Lévy, 1864, in-12 de 162 pp.

 

137. Taïti. Marquises. Californie. Journal de Madame Giovanni. Rédigé et publié par A. Dumas.

Paris, A. Cadot, 1856, 4 vol. in-8.

 

138. La dernière année de Marie Dorval.

Paris, Librairie Nouvelle, 1855, in-32 de 96 pp.

 

139. Le Capitaine Richard. (Une Chasse aux éléphants.) Paris, A. Cadot, 1858, 3 vol. in-8.

 

140. Les Grands hommes en robe de chambre. César. Paris, A. Cadot, 1856, 7 vol. in-8.

 

141. Les Grands hommes en robe de chambre. Henri IV. Paris, A. Cadot, 1855, 2 vol. in-8 de 322 et 330 pp.

 

142. Les Grands hommes en robe de chambre. Richelieu.

Paris, A. Cadot, 1856, 5 vol. in-8.

 

143. L'Orestie.

Tragédie en trois actes et en vers, imitée de l'antique.

Paris, Librairie Théâtrale, 1856, in-12 de 108 pp.

 

144. Le Lièvre de mon grand-père.

Paris, A. Cadot, 1857, in-8 de 309 pp.

 

145. La Tour Saint-Jacques-la-Boucherie.

Drame historique en 5 actes et 9 tableaux, par MM. A. Dumas et X. de Montépin.

Représenté pour la première fois sur le Théâtre Impérial du Cirque (15 nov. 1856).

A la Librairie Théâtrale, 1856, gr. in-8 de 16 pp.

 

146. Pèlerinage de Hadji-Abd-el-Hamid-Bey (Du Couret). Médine et la Mecque. Paris, A. Cadot, 1856-1857, 6 vol. in-8.

 

147. Madame du Deffand.

Paris, A. Cadot, 1856-1857, 8 vol. in-8.

 

148. La Dame de volupté.

Mémoires de Mlle de Luynes, publiés par A. Dumas.

Paris, Michel Lévy frères, 1864, 2 vol. in-18 de 284 et 332 pp.

 

149. L'Invitation à la valse.

Comédie en un acte et en prose.

Représentée pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Gymnase (18 juin 1857).

Paris, Beck, 1837 (pour 1857), in-12 de 48 pp.

 

150. L'Homme aux contes.

Le Soldat de plomb et la danseuse de papier. Petit-Jean et Gros-Jean.

Le roi des taupes et sa fille. La Jeunesse de Pierrot.

Édition interdite en France.

Bruxelles, Office de publicité, Coll. Hetzel, 1857, in-32 de 208 pp.

 

151. Les Compagnons de Jéhu.

Paris, A. Cadot, 1857, 7 vol. in-8.

 

152. Charles le Téméraire.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, 2 vol. in-12 de 324 et 310 pp.

 

153. Le Meneur de loups.

Paris, A. Cadot, 1857, 3 vol. in-8.

 

154. Causeries.

Première et deuxième séries.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, 2 vol. in-8.

 

155. La Retraite illuminée, par A. Dumas, avec divers appendices par M. Joseph Bard et Sommeville.

Auxerre, Ch. Gallot, Libraire-éditeur, 1858, in-12 de 88 pp.

 

156. L'Honneur est satisfait.

Comédie en un acte et en prose.

Paris, Librairie Théâtrale, 1858, in-12 de 48 pp.

 

157. La Route de Varennes.

Paris, Michel Lévy, 1860, in-18 de 279 pp.

 

158. L'Horoscope.

Paris, A. Cadot, 1858, 3 vol. in-8.

 

159. Histoire de mes bêtes.

Paris, Michel Lévy frères, 1867, in-18 de 333 pp.

 

160. Le Chasseur de sauvagine.

Paris, A. Cadot, 1858, 2 vol. in-8 de chacun 317 pp.

 

161. Ainsi soit-il.

Paris, A. Cadot, s. d. (1862), 5 vol. in-8.

Il a été tiré de ce roman la pièce suivante:

 

Madame de Chamblay.

Drame en cinq actes, en prose.

Paris, Michel Lévy, 1869, in-18 de 96 pp.

 

162. Black.

Paris, A. Cadot, 1858, 4 vol. in-8.

 

163. Les Louves de Machecoul, par A. Dumas et G. de Cherville.

Paris, A. Cadot, 1859, 10 vol. in-8.

 

164. De Paris à Astrakan, nouvelles impressions de voyage.

Première et deuxième série.

Paris, Librairie nouvelle A. Bourdilliat et Cie, 1860, 2 vol. in-18 de 318 et 313 pp.

 

165. Lettres de Saint-Pétersbourg (sur le Servage en Russie).

Édition interdite pour la France.

Bruxelles, Rozez, coll. Hetzel 1859, in-32 de 232 pp.

 

166. La Frégate l'Espérance.

Édition interdite pour la France.

Bruxelles, Office de publicité; Leipzig, A. Dürr, coll. Hetzel, 1859, in-32 de 232 pp.

 

167. Contes pour les grands et les petits enfants.

Bruxelles, Office de publicité; Leipzig, A. Dürr, coll. Hetzel, 1859, 2 vol. in-32 de 190 et 204 pp.

 

168. Jane.

Paris, Michel Lévy frères, 1862, in-18 de 324 pp.

 

169. Herminie et Marianna.

Édition interdite pour la France.

Bruxelles, Méline, Cans et Cie, coll. Hetzel, 1859, in-32 de 174 pp.

 

170. Ammalat-Beg.

Paris, A. Cadot, s. d. (1859), 2 vol. in-8 de 326 et 352 pp.

 

171. La Maison de glace.

Paris, Michel Lévy, 1860, 2 vol. in-18 de 326 et 280 pp.

 

172. Le Caucase. Voyage d'Alexandre Dumas.

Paris, Librairie Théâtrale, s. d. (1859), in-4 de 240 pp.

 

173. Traduction de Victor Perceval. Mémoires d'un policeman. Paris, A. Cadot, 1859, 2 vol. in-8 de chacun 325 pp.

 

174. L'Art et les artistes contemporains au Salon de 1859.

Paris, A. Bourdilliat et Cie, 1859, 2 vol. in-18 de 188 pp.

 

175. Monsieur Coumbes. (Histoire d'un cabanon et d'un chalet.)

Paris, A. Bourdilliat et Cie, 1860, in-18 de 316 pp.

Connu aussi sous le titre suivant : Le Fils du Forçat

 

176. Docteur Maynard. Les Baleiniers, voyage aux terres antipodiques.

Paris, A. Cadot, 1859, 3 vol. in-8.

 

177. Une Aventure d'amour (Herminie).

Paris, Michel Lévy frères, 1867, in-18 de 274 pp.

 

178. Le Père la Ruine.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, in-18 de 320 pp

 

179. La Vie au désert. Cinq ans de chasse dans l'intérieur de l'Afrique méridionale par Gordon Cumming.

Paris, Impr. de Edouard Blot, s. d. (1860), gr. in-8 de 132 pp.

 

180. Moullah-Nour.

Édition interdite pour la France.

Bruxelles, Méline, Cans et Cie, coll. Hetzel, s. d. (1860), 2 vol. in-32 de 181 et 152 pp.

 

181. Un Cadet de famille traduit par Victor Perceval, publié par A. Dumas.

Première, deuxième et troisième série.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, 3 vol. in-18.

 

182. Le Roman d'Elvire.

Opéra-comique en trois actes, par A. Dumas et A. de Leuven.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, in-18 de 97 pp.

 

183. L'Envers d'une conspiration.

Comédie en cinq actes, en prose.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, in-18 de 132 pp.

 

184. Mémoires de Garibaldi, traduits sur le manuscrit original, par A. Dumas.

Première et deuxième série.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, 2 vol. in-18 de 312 et 268 pp.

 

185. Le père Gigogne contes pour les enfants.

Première et deuxième série.

Paris, Michel Lévy frères, 1860, 2 vol. in-18.

 

186. Les Drames galants. La Marquise d'Escoman.

Paris, A. Bourdilliat et Cie, 1860, 2 vol. in-18 de 281 et 291 pp.

 

187. Jacquot sans oreilles.

Paris, Michel Lévy frères, 1873, in-18 de XXVIII-231 pp.

 

188. Une nuit à Florence sous Alexandre de Médicis.

Paris, Michel Lévy frères, 1861, in-18 de 250 pp.

 

189. Les Garibaldiens. Révolution de Sicile et de Naples. Paris, Michel Lévy frères, 1861, in-18 de 376 pp.

 

190. Les Morts vont vite.

Paris, Michel Lévy frères, 1861, 2 vol. in-18 de 322 et 294 pp.

 

191. La Boule de neige.

Paris, Michel Lévy frères, 1862, in-18 de 292 pp.

 

192. La Princesse Flora.

Paris, Michel Lévy frères, 1862, in-18 de 253 pp.

 

193. Italiens et Flamands.

Première et deuxième série.

Paris, Michel Lévy, 1862, 2 vol. in-18 de 305 et 300 pp.

 

194. Sultanetta.

Paris, Michel Lévy, 1862, in-18 de 320 pp.

 

195. Les Deux Reines, suite et fin des Mémoires de Mlle de Luynes. Paris, Michel Lévy frères, 1864, 2 vol. in-18 de 333 et 329 pp.

 

196. La San-Felice.

Paris, Michel Lévy frères, 1864-1865, 9 vol. in-18.

 

197. Un Pays inconnu, (Géral-Milco; Brésil.).

Paris, Michel Lévy frères, 1865, in-18 de 320 pp.

 

198. Les Gardes forestiers.

Drame en cinq actes.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Grand-Théâtre parisien (28 mai 1865).

Paris, Michel Lévy frères, s. d. (1865), gr. in-8 de 36 pp.

 

199. Souvenirs d'une favorite.

Paris, Michel Lévy frères, 1865, 4 vol. in-18.

 

200. Les Hommes de fer.

Paris, Michel Lévy frères, 1867, in-18 de 305 pp.

 

201. A. Les Blancs et les Bleus.

Paris, Michel Lévy frères, 1867-1868, 3 vol. in-18.

 

B. Les Blancs et les Bleus.

Drame en cinq actes, en onze tableaux.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le Théâtre du Châtelet (10 mars 1869).

(Michel Lévy frères), s. d. (1874), gr in-8 de 28 pp.

 

202. La Terreur prussienne.

Paris, Michel Lévy frères, 1868, 2 vol. in-18 de 296 et 294 pp.

 

203. Souvenirs dramatiques.

Paris, Michel Lévy frères, 1868, 2 vol. in-18 de 326 et 276 pp.

 

204. Parisiens et provinciaux.

Paris, Michel Lévy frères, 1868, 2 vol. in-18 de 326 et 276 pp.

 

205. L'Île de feu.

Paris, Michel Lévy frères, 1871, 2 vol. in-18 de 285 et 254 pp.

 

206. Création et Rédemption. Le Docteur mystérieux.

Paris, Michel Lévy frères, 1872, 2 vol. in-18 de 320 et 312 pp.

 

207. Création et Rédemption. La Fille du Marquis.

Paris, Michel Lévy frères, 1872, 2 vol. in-18 de 274 et 281 pp.

 

208. Le Prince des voleurs.

Paris, Michel Lévy frères, 1872, 2 vol. in-18 de 293 et 275 pp.

 

209. Robin Hood le proscrit.

Paris, Michel Lévy frères, 1873, 2 vol. in-18 de 262 et 273 pp.

 

210. A. Grand dictionnaire de cuisine, par A. Dumas (et D.-J. Vuillemot).

Paris, A. Lemerre, 1873, gr. in-8 de 1155 pp.

 

B. Petit dictionnaire de cuisine.

Paris, A. Lemerre, 1882, in-18 de 819 pp.

 

211. Propos d'art et de cuisine. Paris, Calmann-Lévy, 1877, in-18 de 304 pp.

 

212. Herminie. L'Amazone. Paris, Calmann-Lévy, 1888, in-16 de 111 pp.

 

 

[1] Mynheer : monsieur