HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE - Lecture en ligne - Partie 4

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HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE
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— Hélas ! monsieur, dit la belle Rosine, abandonnée de ce perfide, je passai comme je le pus les premières années de son absence, lorsqu’un legs considérable venant de m’échoir, j’employai une partie de mon argent à chercher mon époux en France, en Italie, où l’on m’avait assurée que je le trouverais : je n’aspirais qu’au bonheur de conduire ses enfants dans son sein paternel. Quelle a été ma surprise de ne le revoir qu’à la tête d’une troupe de scélérats… Le monstre ! voilà l’infâme métier qu’il faisait, pendant que, constamment attachée à mes devoirs, j’étais, par son absence, privée des premiers soins de la vie.

— Ah ! ah ! voici du pathétique, dit Olympe13  ; j’espère que notre ami Borchamps va tirer de la circonstance tout le parti qu’elle présente.

— Madame, dit Clairwil à cette malheureuse, il n’y a rien, dans tout ce que vous venez de nous dire, qui puisse vous préserver du sort qui attend tous ceux que font prisonniers les soldats de mon mari… Quelle est, je vous prie, la fortune que vous nous apportez ?

— Cent mille écus, madame, dit l’aimable épouse de Carle-Son.

— C’est bien peu de chose, répondit Clairwil. Puis se tournant vers moi : A peine cela payera-t-il notre maison dans Naples.

— Mon ami, dit Rosine à Carle-Son, je vous apportais, de plus, mon cœur, et ces tendres fruits de l’ardeur du vôtre.

— Oh ! de cela n’en parlons pas, dit le lieutenant ; je ne donnerais pas une pipe de tabac de ce don.

— Je serai plus généreuse que vous, dis-je à Carle-Son, que je commençais à fixer avec beaucoup d’intérêt : les plaisirs que nous attendons de ces quatre délicieux objets me paraissent valoir beaucoup d’argent.

— Nous allons bientôt les apprécier, madame, me répondit Carle-Son qui avait déjà deviné mes yeux ; ce qu’il y a de bien sûr, c’est que je crois qu’il est bien peu de voluptés qui vaillent celles que j’attends de vous…

— Vous croyez ? répondis-je, en serrant la main de cet aimable garçon.

— Je le gage, madame, me dit Carle-Son en m’appuyant sur la bouche un baiser, avant-coureur de son savoir-faire ; oui, je le gage, et je suis prêt à vous en donner la preuve.

— Dînons, dînons ! dit le capitaine.

— En famille ? dit le lieutenant.

— Assurément, dit Mme de Clairwil ; je veux les voir là, avant de les placer ailleurs.

Les ordres se donnent, et l’on sert le dîner le plus magnifique. Carle-Son, près de moi, s’y montra très envieux de me posséder, et j’avoue que je ne lui cédais en rien sur cet objet. Ses enfants y furent timides… embarrassés… son épouse, larmoyante et belle ; tout le reste, gai et fort libertin.

— Allons, dit Borchamps, en désignant Carle-Son et moi, ne faisons pas languir plus longtemps ces deux amoureux ; je vois qu’ils brûlent d’être ensemble.

— Oui, dit Borghèse ; mais il faut que la scène soit publique.

— Elle a raison, répondit Clairwil. Carle-Son, la société vous permet de foutre Juliette ; mais il faut que cela soit sous ses yeux.

— Mais que diront ma femme et mes enfants ?

— Ma foi, tout ce qu’ils voudront, dis-je en entraînant Carle-Son avec moi sur un canapé ; tous les saints du paradis seraient là, mon cher, que je n’en foutrais pas moins avec toi.

Et sortant son monstrueux engin de la culotte :

— Pardon, madame, dis-je à Rosine, si je vous dérobe des plaisirs qui ne devraient appartenir qu’à vous ; mais, sacredieu, il y a trop longtemps que je bande pour votre mari : puisque je le tiens, il faut qu’il y passe.

Et j’avais à peine achevé ces mots, que le terrible vit de Carle-Son était au fond de ma matrice.

— Voyez, dit le capitaine en rabaissant sa culotte, si j’ai eu tort de vous dire que mon ami avait le plus beau cul du monde.

Et le bougre l’encule en disant cela, pendant que Clairwil vient me baiser la bouche, en me branlant le clitoris, et qu’Olympe m’enfonce trois doigts dans le cul.

— Capitaine, dit Sbrigani qui bandait à ce spectacle, voulez-vous que je vous encule ? Vous voyez, je me flatte, un vit très en état de vous satisfaire.

— Foutez, monsieur, foutez : voilà mon cul pour toute réponse, dit le capitaine, mais maniez des fesses, je vous en prie, pendant ce temps-là.

— Je vais m’emparer de celles d’Élise et de Raimonde, dit Sbrigani, et placer sous vos yeux, pour les récréer, et celles de la femme de l’homme que vous foutez, et celles de ses trois enfants.

A peine le groupe est-il arrangé, que tout le monde décharge ; et, se décidant à ne plus perdre de foutre à de tels enfantillages, on passe, d’une voix unanime, à des orgies plus sérieuses. Il me paraît essentiel, pour leur intelligence, de replacer un instant tous les personnages sous vos yeux.

Nous étions douze en tout : Borchamps, Sbrigani, Carle, Clairwil, Borghèse et moi, tels étaient les six personnages actifs ; Élise, Raimonde, Rosine, Francisque, Ernelinde et Christine, voilà ceux qui devaient remplir les rôles de patients.

— Carle, dit Borchamps en déculottant le jeune Francisque, voilà un cul qui rivalise avec le tien, mon ami, et je sens que je vais offrir à celui-là des hommages aussi purs que ceux que le tien mérita si longtemps de moi.

Et il maniait, il baisait, en disant cela, le plus joli derrière, le plus blanc, le plus ferme qu’il fût possible de voir.

— Je m’oppose à cet arrangement, dit Clairwil, c’est pécher contre toutes les lois divines et humaines, que d’empêcher Carle de dépuceler son fils. Cet enfant va me foutre en cul, sa mère me branlera, et le père enculera son fils, pendant qu’Élise et Raimonde lui donneront le fouet, et qu’il maniera, de droite et gauche, les fesses de Borghèse et de Juliette, qui donneront le fouet aux deux jeunes filles de Carle sous les yeux de Borchamps, enculé par Sbrigani et aidant à l’opération flagellatrice des deux enfants de son ami.

La scène s’arrange, le jeune Francisque, parfaitement enculé par son père, sodomise au mieux mon amie : mais ce n’est qu’en pleurant que Rosine se prête à des indécences qui paraissent aussi loin de ses mœurs. Le capitaine, pendant tout cela, ne se trouvant point assez lié au tableau, toujours foutu par Sbrigani, s’empare de la plus jeune des filles de Carle ; et, sans aucune préparation, le paillard l’encule en jurant. La jeune fille s’évanouit ; rien ne dérange le capitaine, s’enfonçant plus que jamais, parce qu’il ne trouve plus de résistance : on eût dit qu’il voulait pourfendre cette malheureuse. S’en dégoûtant bientôt, il saisit l’autre fille : quoique âgée de quinze ans, elle est si fluette, si mignonne et si délicate, que l’introduction du membre énorme de Borchamps la vexe et la déchire, tout aussi vivement que vient de l’être Ernelinde. Rien n’arrête néanmoins les efforts prodigieux de ce brigand ; il pousse, il presse, il est au fond…

— Ô Carle ! s’écrie-t-il dans son enthousiasme, voilà des culs qui sont bien dignes de toi ! Délivre-moi de ces cons, si tu peux, et je leur donne le prix sur le tien.

Cependant Clairwil est arrosée du foutre de Francisque, et la coquine, se retournant comme une bacchante, le désarçonne, et du même bond se le renfonce aussitôt par-devant, sans que le père, qui sodomise celui qu’on ballotte ainsi, souffre en rien de la cabriole. Carle perd enfin son foutre ; et le cul de Francisque restant vacant, le capitaine, las de filles, y darde aussitôt son vit, pendant qu’emportée par la luxure la plus effrénée, je viens lécher le cul de ce bel homme, dont il me tarde bien de tâter. Carle, voyant ses deux filles vacantes, en enconne une, en baisant les fesses de l’autre, et se faisant fouetter par Élise, que Raimonde, enculée par Sbrigani, branle pendant ce temps-là. De nouveaux jets de foutre contraignent à des changements. Je suis enfin enculée par le capitaine, pendant que sa sœur me branle, et que Carle, foutu par Sbrigani, sodomise sa femme, en baisant le cul de ses trois enfants tenus par Élise et par Raimonde, dont le paillard branle les cons que Borghèse a soin de lui ouvrir.

— Ô Borchamps ! m’écriai-je au milieu de la scène, que de plaisir me fait ton vit, et combien je le désirais !

— Tu ne seras pourtant pas foutue seule, dit le capitaine en saisissant Borghèse et la sodomisant ; excuse, Juliette, mais ce beau derrière aussi me faisait bander depuis que nous sommes nus ; j’y pensais en foutant le tien : c’est le tien qui va m’occuper, en sodomisant celui-ci.

Voyant Francisque vacant, je le choisis ; mes goûts sont si bizarres, et le jeune homme est si beau, que je ne sais quel sexe adopter avec lui ; je le suce, je dévore son cul, je lui présente le mien ; de lui-même il me sodomise, et j’établis mon con sur le visage de Rosine ; de nouvelles décharges apaisent enfin les esprits, et le capitaine prétend qu’après s’être occupé des hommes, il ne faut plus, dans ce qui va suivre, travailler que pour la volupté des femmes.

— Comme les plaisirs physiques, dit le capitaine, sont médiocres pour des femmes, avec de tels enfants ! Il nous faut nous en tenir, ce me semble, à leur conseiller des voluptés morales. Juliette ! tu vas commencer ; il faut que Carle, à demi couché sur le sofa, te présente un vit bien dur ; tu te poseras doucement sur ce vit, en observant de le faire entrer dans ton cul ; Clairwil et Borghèse te branleront, l’une le con, l’autre le clitoris : qu’elles ne se repentent pas de cette complaisance, elles auront du plaisir à leur tour ; pendant que tu jouiras de cette manière, au-dessus de toi et bien en face, Élise et Raimonde me donneront du plaisir, dans les attitudes les plus lubriques et les plus variées. Alors les victimes se présenteront à genoux, l’une après l’autre, devant toi : d’abord cette chère épouse de Carle, qui vient de si loin lui apporter à la fois de l’or et des enfants, ensuite son fils, puis ses deux filles ; ce sera le même père qui les conduira : tu ordonneras un supplice à chacun de ces individus, mais un supplice d’abord doux et simple : nous avons longtemps à jouir, et, par conséquent, des gradations à observer. Je retiendrai ces arrêts, et ils s’exécuteront aussitôt que tu auras déchargé.

Tout s’arrange, mais on a le soin méchant d’attendre que je sois dans l’ivresse pour me présenter les victimes. Rosine paraît la première ; j’ordonne qu’on l’approche de moi ; je l’examine sous tous les sens, et, lui trouvant la gorge superbe, je lui impose la peine d’être fustigée sur les tétons ; Francisque suit, j’observe la beauté de son cul : c’est sur les fesses qu’il sera fouetté ; Christine vient, je la condamne à manger l’étron du premier de nous qui aura envie de chier ; et la jeune Ernelinde, dont la charmante physionomie m’échauffe, recevra deux soufflets de chacun de nous.

— Vas-tu décharger, Juliette ? me demande Borchamps que mes deux tribades comblent de voluptés.

— Oui, foutre, je décharge ! Oh ! sacredieu, je n’en puis plus… Ah ! Carle-Son, que votre vit est délicieux !

— Allons, dit le capitaine, exécutons les pénitences du premier tour ; Borghèse suivra.

Tous mes arrêts se subissent ; mais, par un raffinement très sage, le bourreau doit être choisi parmi les femmes qui n’ordonnent point. C’est donc Clairwil qui, cette fois, exécute mes ordres, et comme elle a envie de rendre le foutre qu’on lui a lancé dans le cul, c’est son étron que Christine avale. Oh ! quelle ardeur la putain met ensuite à fustiger les beaux tétons de Rosine ! En trente coups, elle les fait saigner, et la coquine baise les blessures, ouvrage de sa férocité. Quand elle en est au beau cul de Francisque, ce n’est pas avec moins de rage que la scélérate l’étrille.

— Allons, Borghèse, à ton tour, dit le capitaine ; je me flatte, poursuivit-il, que Sbrigani, convaincu du besoin que nous avons de son arme, aura senti la nécessité de ne la point émousser trop tôt.

— Vous le voyez, dit Sbrigani, en sortant de mon cul un vit roide et mutin dont il perfore à l’instant celui de Borghèse ; j’aurai la même prudence avec celle-ci : soyez sûrs que je ne déchargerai qu’à la dernière extrémité.

Borghèse ordonne ; je deviens le bourreau.

— Augmentez, dit le capitaine, songez aux gradations essentielles à observer pour les conduire doucement à la mort…

— A la mort ! s’écria Rosine, ô juste ciel ! qu’ai-je donc fait pour la mériter ?

— Si tu l’avais méritée, bougresse, dit Carle-Son en enculant le capitaine qui se niche au cul de Raimonde, tout en gamahuchant celui d’Élise, oui, foutredieu ! si tu l’avais méritée, putain, on ne t’y condamnerait pas. Nous avons ici le plus grand respect pour le vice, et l’indignation la plus vive pour tout ce qui ressemble à la vertu ; des principes afin consolident cette manière de penser… et tu trouveras bon, ma chère, que nous ne nous en écartions en quoi que ce puisse être.

— Allons, Borghèse, ordonne ! dit le capitaine, nerveusement foutu par son plus cher ami.

— Rosine, dit la fougueuse Olympe, recevra de chacune de nous six piqûres d’aiguille sur le corps ; le beau Francisque aura les fesses mordues par son père, et le vit par toutes les femmes ; le bourreau donnera ensuite vingt coups de bâton sur les reins de Christine, et cassera deux doigts aux mains d’Ernelinde.

Je commence l’exécution : après avoir appuyé fermement mes six coups d’aiguille sur le sein dodu de Rosine, je passe l’arme à mes amis, qui se signalent tour à tour sur les plus chatouilleuses parties de ce beau corps. Son affreux mari se distingue, et c’est dans l’intérieur du vagin que le coquin enfonce l’aiguille : le reste est mon ouvrage, et j’exécute avec tant d’adresse et de fermeté, que je fais décharger tout le monde. Clairwil remplace Borghèse.

— Augmente, ma sœur, dit le capitaine, n’oublie pas la loi des proportions…

— Tranquillise-toi, répond cette harpie, tu vas bientôt reconnaître ton sang.

C’est Carle-Son qui, cette fois, encule la sœur de son capitaine ; ce n’était pas un coup d’essai pour lui ; Borghèse et moi nous la branlons, et l’arrêt se prononce.

— Je veux, dit-elle, que l’on brûle avec un fer chaud les deux tétons de la femme de celui qui m’encule. Je veux, poursuivit la garce, qui perd la tête sitôt qu’un vit lui chatouille le derrière, qu’on coupe en quatre endroits, avec un canif, les belles fesses du jeune homme, que mon frère, à ce qu’il me paraît, encule en attendant ; je veux qu’on brûle les fesses de Christine, et qu’on clystérise, avec de l’huile bouillante, le joli cul d’Ernelinde, malgré toutes les caresses dont je vois que Borghèse l’accable.

Mais il arriva quelque chose de fort plaisent ici, c’est que la jeune fille eut une telle peur du lavement qu’on lui destinait, qu’elle lâcha tout, aussitôt, sous elle, et qu’elle inonda la chambre de merde.

— Sacredieu ! dit Borchamps en appliquant un si vigoureux coup de pied dans les fesses de cette petite fille, qu’elle pensa voler par la fenêtre qu’on venait d’ouvrir pour aérer la chambre, oh, foutre ! comment n’égorge-t-on pas, à la minute, une petite putain de cette espèce ?

— Que diable as-tu ? dit Clairwil à son frère ; ce n’est que de la merde, et tu l’aimes ; préfères-tu celle de Juliette ? Viens, viens la recevoir, mes doigts sentent son étron, elle va te le pondre dans la bouche…

— Oh ! comme nous devenons sales, dit le capitaine en adaptant ses lèvres au trou de mon derrière, et sollicitant ce qu’on lui fait espérer ; le foutre n’est pas loin, quand on tient de semblables propos… Je chie ; le croirait-on ?

Il chie lui-même, et c’est dans la bouche de Christine, qu’il a fait placer sous ses fesses, que le vilain lâche la bordée, en avalant l’étron que je lui fais.

— Vos plaisirs sont bien impudiques, dit Clairwil en se faisant faire par Francisque la même opération sur le nez.

— Ah ! foutue gueuse ! lui crie son frère, tu n’es pas loin de perdre ton sperme, je m’en aperçois à tes infamies.

— Foutre ! dit-elle, je veux qu’on me mette à terre… je veux qu’on me vautre au milieu des cochonneries qu’a faites cette petite fille.

— Es-tu folle ? dit Olympe.

— Non, je le veux.

On lui obéit, et c’est là, c’est en se roulant sur de la merde, que la coquine décharge, en mourant de plaisir.

Les pénitences nouvelles s’exécutent ; c’est Borghèse qui doit opérer.

— Attendez, dit le capitaine, au moment où il la voit s’armer du fer qui doit calciner les tétons de Rosine, je veux enculer cette femme pendant que vous la tourmentez.

Il sodomise, on opère.

— Ô double foutu dieu ! s’écrie-t-il, comme il est doux de foutre le cul d’un individu souffrant ! Malheur à qui ne connaît pas ce plaisir ! c’est le plus grand de la nature.

Mais, malgré sa peur, Ernelinde reçoit des mains de son père qui l’encule avant, le remède anodin prescrit par Clairwil ; le reste s’opère de même, et les attitudes dérangées, l’on passe à de nouvelles horreurs.

Carle-Son, furieux, et s’enflammant à tout instant pour mon cul, qui, disait-il, lui tournait la tête, saisit ses enfants ; il les frappe, il les fouette, il les fout, pendant que nous nous branlons entre femmes, en face d’un spectacle qui nous donne l’idée du loup furieux au sein des paisibles brebis.

— Allons, garce ! dit à Rosine, Borchamps, qui m’encule en maniant les fesses d’Olympe et de Raimonde, allons, putain, il faut que tu supplicies tes enfants ! Carle-Son, tiens toi-même le poignard levé sur la gorge de cette abominable créature, et plonge-le-lui dans le cœur si elle balance à faire ce que nous allons lui ordonner…

Rosine sanglote.

— Étouffe tes soupirs, lui dit Olympe, ils excitent notre cruauté ; nous allons te faire souffrir en raison des larmes que tu répandras.

— Saisis ta fille aînée par les cheveux, lui crie Borchamps, et toi, Clairwil, ordonne ; Borghèse te suivra, Juliette prononcera la dernière.

— Je veux, dit mon amie, que la sale coquine morde jusqu’au sang les tétons de sa fille…

Rosine balance ; Carle-Son fait sentir la pointe du poignard ; la malheureuse mère obéit…

— Olympe, qu’ordonnes-tu ? dit Borchamps.

— Je veux qu’elle laisse tomber de la cire d’Espagne, toute brûlante, sur les fesses de sa fille…

Nouveaux refus ; nouvelles piqûres de la pointe du poignard… nouvelle obéissance de la malheureuse Rosine.

— Et toi, Juliette, que désires-tu ?

— Je veux qu’elle soit fouettée sur tout le corps, par les main de sa mère, et fouettée jusqu’à ce que le sang coule…

Que de peines il faut pour cette exécution ! Ce ne sont d’abord que des coups si doux, qu’ils ne marquent même pas le derrière ; mais le poignard de Carle-Son, qui ne tarde pas à se faire sentir, effraie à tel point Rosine, qu’elle n’ose plus ménager rien : le cul de sa fille est en sang. Des supplices égaux s’exécutent de même sur les autres, et chacun se surpasse en horreur. Lorsque mon tour arrive, une de mes pénitences est que Francisque enculera l’aînée de ses sœurs, en donnant des coups de poignard à sa mère ; et Borchamps, qui m’encule pendant que je donne cet ordre, n’est plus le maître du foutre que cette infamie lui fait lancer.

— Allons, sacredieu ! dit le capitaine, en se retirant de mon cul, la pine toujours en l’air, allons, il est temps d’en venir au fait ; commençons par lier ces quatre individus ventre contre ventre, et de manière à ce qu’ils ne forment, pour ainsi dire, qu’un seul et même corps.

— Bon.

— A présent, que chacun de nous huit, armé d’une discipline de fer rougie, travaille un instant ces cadavres…

Puis, au bout d’une heure de la plus rude flagellation :

— Rosine, prenez ce poignard, dit sévèrement le capitaine, plongez-le dans le cœur de votre fils, que son père lui-même va tenir…

— Non, barbare ! s’écria cette mère au désespoir, non, ce sera dans le mien !

Et elle se perçait, si je n’eusse retenu son bras.

— Ah ! garce, tu obéiras ! s’écria Carle-Son furieux ; et, saisissant la main de sa femme, il conduit lui-même le poignard dans le sein de son fils.

Clairwil, jalouse de voir qu’on procède sans elle au meurtre de ce jeune homme, elle qui ne respire que pour les meurtres masculins, saute sur un second poignard, et vient cribler ce malheureux de coups mille fois plus sanglants ; alors Rosine est couchée sur une banquette de bois très étroite, et là, Borchamps veut qu’Ernelinde ouvre, avec un scalpel, le ventre de sa mère. L’enfant se refuse ; on la menace. Effrayée, meurtrie, excitée par l’espoir de sauver sa vie si elle consent, sa main, conduite par celle de Carle-Son, cède aux barbares impulsions qu’on lui donne.

— Voilà où tu as reçu l’existence, dit ce père cruel dès que l’ouverture est faite, il faut que tu rentres dans la matrice dont tu es sortie.

On la garrotte, on la comprime tellement, qu’à force d’art, la voilà toute vive dans les flancs qui la lancèrent autrefois.

— Pour celle-là, dit le capitaine en parlant de Christine, il faut la lier sur le dos de sa mère… Voyez, dit-il, quand cela est fait, s’il est possible de réduire trois femmes en un si petit volume !

— Et Francisque ? dit Clairwil.

— On te le donne, répond Borchamps, va dans un coin l’expédier à ta guise…

— Suis-moi, Juliette, dit Clairwil en emmenant le jeune homme dans un cabinet voisin.

Et là, comme des bacchantes effrénées, nous faisons expirer ce malheureux jeune homme, dans tout ce que la férocité peut imaginer de plus cruel et de plus raffiné. Carle-Son et Borchamps nous trouvèrent si belles au sortir de là, que tous deux voulurent nous foutre ; mais la jalouse Borghèse s’écrie qu’il ne faut ni faire languir les victimes, ni retarder les plaisirs qu’on attend de leur supplice. On revient à cette opinion, et, comme il est tard, on décide que le souper sera servi en même temps.

— En ce cas, dit la Borghèse, qui acquérait le droit d’ordonner, n’ayant point participé aux tourments de Francisque, il faut placer ces victimes droites sur la table. Le premier de nos plaisirs, d’abord, se recevra de l’état où elles sont, qui, je crois, est des plus violents ; le second, de l’effet des coups que nous leur porterons là.

— Oui, qu’on les place, dit Clairwil ; mais je veux foutre avant que de souper…

— Et avec qui ? dis-je à mon amie : ils sont tous rendus.

— Mon frère, reprend l’insatiable créature, fais-nous venir les dix plus beaux soldats de ta troupe, et donnons-nous-en comme des garces.

La troupe paraît ; Borghèse, Clairwil et moi, nous nous jetons, en bravant les vits qui nous menacent, toutes trois à terre, sur des carreaux mis à dessein. Élise et Raimonde servent nos plaisirs. Sbrigani, le capitaine et Carle-Son s’enculent en nous regardant, et, pendant quatre grandes heures, au bruit des lamentations de nos victimes, nous voilà toutes trois à foutre comme les plus grandes gueuses de l’univers. Nos champions, rendus, sont congédiés.

— A quoi sert un homme qui ne bande plus ? dit Clairwil. Mon frère, je te supplie de faire égorger ces dix hommes à l’instant, sous nos yeux.

Par les ordres du capitaine, vingt hommes n’emparent aussitôt de ceux-là ; on les massacre pendant que nous nous branlons, Borghèse, Clairwil et moi. C’est, pour ainsi dire, sur leurs corps que le souper le plus délicieux nous est offert. Et là, nus, barbouillés de foutre et de sang, ivres de luxure, nous portons la férocité au point de mêler à nos aliments des morceaux de chair, détachés par nos main du corps des malheureuses qui sont sur la table. Gorgés de meurtre et d’impudicité, nous tombons enfin, les une sur les autres, au milieu des cadavres et d’un déluge de vins, de liqueurs, de merde, de foutre, de morceaux de chair humaine. Je ne sais ce que nous devînmes ; je me rappelle seulement qu’en ouvrant les yeux à la lumière, je me retrouvai entre deux corps morts, le nez dans le cul de Carle-Son, qui m’avait rempli la gorge de merde, et qui lui-même s’était oublié le vit au cul de Borghèse. Le capitaine, qui s’était endormi la tête appuyée sur les fesses emmerdifiées de Raimonde, avait encore son vit dans mon derrière, et Sbrigani ronflait dans les bras d’Élise… les victimes en morceaux toujours sur la table.

Tel est l’état où nous trouva l’astre du jour, qui, loin de s’étonner de nos excès, ne s’était, je crois, jamais levé plus beau depuis qu’il éclairait le monde. Il est donc faux que le ciel condamne les égarements des hommes, il est donc absurde d’imaginer qu’il s’en offense. Accorderait-il me faveurs aux scélérats comme aux honnêtes gens, s’il était irrité par le crime ?…

— Eh ! non, non ! dis-je à mes amis qui, le lendemain, de sang-froid écoutaient mes réflexions ; non, non, nous n’offensons rien en nous livrant au crime. Un dieu ? Comment s’en offenserait-il, puisqu’il n’existe pas… La nature ?… Encore moins, poursuivis-je, en me rappelant l’excellente morale dont j’avais été nourrie ; l’homme ne dépend point de la nature ; il n’en est pas même l’enfant ; il est son écume, son résultat ; il n’a point d’autres lois que celles imprimées aux minéraux, aux plantes, aux bêtes ; et, quand il se perpétue, il accomplit des lois personnelles à lui, mais nullement nécessaires à la nature… nullement désirées par elle. La destruction satisfait bien plus cette mère universelle, puisqu’elle vise à lui rendre une puissance qu’elle perd par notre propagation. Ainsi nos crimes lui plaisent, mes amis, et nos vertus l’offensent ; ainsi l’atrocité dans le crime est ce qu’elle désire le plus ardemment ; car celui qui la servirait le mieux serait incontestablement celui dont la multiplicité des crimes, ou leur atrocité, détruirait jusqu’à la possibilité d’une régénération qui, se perpétuant dans les trois règnes, lui ôterait la faculté des seconds élans. Imbécile que j’étais ! ô Clairwil, avant que nous ne nous quittassions, j’en étais encore à la nature, et les nouveaux systèmes, adoptée par moi depuis ce temps, m’enlèvent à elle pour me rendre aux simples lois des règnes. Ah ! combien nous serions dupes, mes amis, en adoptant ces systèmes, de refuser quelque chose à nos passions, puisqu’elles deviennent les motrices de notre être, et qu’il ne nous est pas plus possible de ne pas suivre leurs mouvements, qu’il ne nous l’est de naître ou de rester dans le néant !… Que dis-je ? ces passions sont tellement inhérentes à nous, tellement nécessaires aux lois qui nous meuvent, qu’elles deviennent comme les premiers besoins qui conservent notre existence. A quel point, ma chère Clairwil, continuai-je, en serrant la main de mon amie, je suis maintenant l’esclave de ces passions ! Quelles qu’elles soient, comme j’y sacrifierais tout !… Eh ! qu’importe la victime que je leur offrirais ! Aucune ne sera pour moi plus respectable que l’autre. Si, d’après les préjugés populaires, il en existait une qui semblât mériter l’exception, au brisement seul de ce frein mes voluptés devraient s’accroître : je prendrais cet excès de chatouillement pour la voix qui me l’indique, et ma main aussitôt servirait mes désirs14.

Un exemple frappant des récompenses, presque toujours accordées par la fortune aux grands criminels, vint appuyer mes raisonnements. Nous sortions à peine de la scène d’horreur que je viens de décrire, lorsque les soldats de Borchamps amenèrent six chariots d’or et d’argent, que la république de Venise envoyait à l’empereur. Cent hommes seulement escortaient ce magnifique convoi, lorsqu’aux défilés des montagnes du Tyrol, deux cents cavaliers de notre capitaine, après un combat d’une heure, s’emparèrent de ce trésor, et le conduisirent à leur chef.

— Me voilà riche pour le reste de ma vie, dit l’heureux frère de Clairwil… Voyez dans quel moment nous arrive ce bonheur ! C’est dans des mains souillées d’uxoricide, d’infanticide, de sodomie, de meurtres, de prostitution, d’infamies, que le ciel vient placer ces richesses ; c’est pour me récompenser de ces horreurs, qu’il les met à ma disposition ! Et vous ne voudriez pas que je crusse que la nature n’est honorée que par des crimes ? Ah ! jamais mes systèmes ne changeront sur cet objet, et je m’y livrerai sans cesse, puisque les suites en sont si heureuses. Carle-Son, dit le capitaine, avant que de compter, prends sur ces chariots cent mille écus pour toi ; je te les donne pour te témoigner toute la satisfaction que j’ai reçue de ton courage et de ta fermeté, dans la scène dont tu viens de nous fournir les acteurs…

Carle-Son baisa les genoux de son patron, pour le remercier.

— Vous le voyez, mesdames, nous dit le capitaine, je ne me cache pas de l’extrême tendresse que j’ai pour ce garçon, et quand on aime, il faut le prouver avec de l’argent. J’imaginais que la jouissance me refroidirait, c’est tout le contraire : plus je décharge avec ce délicieux garçon, plus je l’aime. Mille et mille pardons, mesdames, mais ce ne serait peut-être pas la même chose avec vous.

Nous passâmes encore quelques jours chez Borchamps au bout desquels il nous dit, en nous voyant décidés au départ :

— Je croyais, mes amis, pouvoir vous accompagner jusqu’à Naples, je m’en faisais une fête ; mais voulant bientôt quitter le métier que je fais, il faut que je mette ordre à mes affaires. Ma sœur va vous suivre dans cette belle ville, et voilà huit cent mille francs que je vous donne pour les frais du voyage. Louez un magnifique hôtel en arrivant, faites-vous passer toutes les trois pour sœurs : une sorte de ressemblance vous unit assez pour qu’on puisse le croire. Sbrigani continuera de veiller à vos affaires, pendant que vous vous livrerez à tous les plaisirs qu’offre cette magnifique cité ; Élise et Raimonde seront vos dames de compagnie. J’irai vous voir, si je le puis. Amusez-vous toutes les trois, et ne m’oubliez pas dans vos plaisirs.

Nous partîmes. Je regrettais Carle-Son, je l’avoue ; je m’étais, pendant mon séjour chez le frère de Clairwil prodigieusement fait foutre par ce beau garçon dont le vit était admirable, et ce n’était pas sans peine que je m’en séparais. Il ne s’agissait pas d’amour dans mon fait : je n’ai jamais servi ce dieu-là ; il n’était question que du besoin d’être bien foutue, et personne ne le satisfaisait comme Carle-Son. L’obligation de nous cacher, d’ailleurs, afin de ne pas déplaire à Borchamps, très jaloux de ce beau garçon, mettait à sa jouissance un sel que je ne trouvais pas dans les autres, et nos derniers adieux furent scellés d’une inondation mutuelle de foutre.

Arrivés dans Naples, nous louâmes un hôtel superbe, sur le quai de Chiagia, et, nous faisant passer pour sœurs, comme nous l’avait conseillé le capitaine, nous primes, sous cette dénomination, un superbe train de maison. Nous passâmes d’abord un mois à étudier avec soin les mœurs de cette nation à demi-espagnole ; nous réfléchîmes sur son gouvernement, sur sa politique, sur ses arts, sur ses rapports avec les autres nations de l’Europe. Cette étude faite, nous nous crûmes en état de pouvoir nous répandre dans le monde. Notre réputation de femmes galantes s’y propagea bientôt. Le roi voulut nous voir ; ce ne fut pas sans jalousie que sa méchante femme nous envisagea15. Digne sœur de l’épouse de Louis XVI, cette princesse hautaine, à l’exemple de tous les individus de la maison d’Autriche, ne cherche à captiver le cœur de son époux que pour maîtriser son empire ; ambitieuse comme Antoinette, ce n’est pas l’époux qu’elle veut, c’est le royaume. Ferdinand, simple, imbécile, aveugle… roi enfin, s’imagine avoir une amie, lorsqu’il n’a dans cette femme entière qu’une espionne et qu’une rivale… Et la putain, comme sa sœur, en dévastant… en pillant les Napolitains, ne travaille qu’au bien de sa famille.

Peu de temps après notre présentation, je reçus un billet du roi de Naples, à peu près conçu en ces termes :

« On offrit l’autre jour à Pâris, Junon, Pallas et Vénus ; son choix est fait, c’est à vous qu’il envoie la pomme ; venez la recevoir demain à Portici, j’y serai seul ; un refus me désespérerait, et ne vous servirait à rien : je vous attends. »

Un billet aussi despote… aussi laconique, assurément méritait une réponse ; je la fis verbale, et me contentai d’assurer le page que je serais exacte. Dès qu’il est parti, je vole apprendre cette bonne fortune à mes sœurs. Toutes trois, bien déterminées à bannir d’entre nous jusqu’au plus léger soupçon de jalousie, à nous divertir des extravagances humaines… à en profiter… à en rire, cette préférence ne servit qu’à nous amuser : toutes deux m’exhortèrent à ne pas manquer l’aventure. Et, parée comme la déesse même qui avait mérité la pomme, je m’élance dans une voiture à six chevaux qui, dans peu de minutes, me descend au château royal, célèbre par les ruines de la ville d’Herculanum sur lesquelles il est situé. Mystérieusement introduite dans les plus secrets appartements de cette maison, je trouve enfin le roi, nonchalamment couché dans un boudoir.

— Mon choix, sans doute, aura fait des jalouses ? me dit l’imbécile, en mauvais français.

— Non, sire, répondis-je, mes sœurs ont vu cette préférence avec la même tranquillité que moi… pas plus touchées, d’honneur, de ne pas y être comprises, que je ne le suis, moi, du grand honneur que vous imaginez peut-être qu’il me fait.

— Voilà, sans doute, une réponse singulière.

— Ah ! je sais bien que, pour plaire aux rois, il faudrait toujours les flatter ; et moi, qui n’observe dans eux que des gens ordinaires, je ne leur parle jamais que pour leur dire des vérités.

— Mais si elles sont dures ?

— Pourquoi les méritent-ils ? et à quel titre s’imaginent-ils qu’on ne leur doit pas la vérité toute nue, comme aux autres hommes ? Est-ce parce qu’ils ont besoin de la connaître ?

— C’est parce qu’ils la craignent davantage.

— Qu’ils soient justes, qu’ils renoncent au vain orgueil de vouloir enchaîner les hommes, et ils l’aimeront, au lieu de la craindre.

— Mais, madame, voilà des discours…

— Qui t’étonnent, Ferdinand, je le vois ; tu t’es imaginé, sans doute, que, flattée de ton choix, j’allais ne t’aborder qu’à genoux, que j’allais t’adorer… te servir… Non, l’orgueil que mon sexe et ma patrie m’inspirent ne se prête point à de tels usages. Ferdinand, si j’ai bien voulu t’accorder le rendez-vous que tu sollicitais, c’est que je me suis crue plus de force que n’en ont peut-être mes sœurs pour t’éclairer sur tes véritables intérêts. Renonce donc un moment aux frivoles plaisirs que tu te promettais avec une femme ordinaire, pour en écouter une qui te connaît bien, qui connaît encore mieux ton royaume, et qui peut te parler sur ces objets, comme tes courtisans n’oseraient le faire…

Et voyant que le roi, très surpris, me prêtait une attention stupide, je lui parlai de la manière suivante :

— Mon ami, lui dis-je, car tu me permettras de ne point me servir de ces dénominations orgueilleuses, qui ne prouvent que de l’impertinence dans celui qui les reçoit, et de la bassesse dans celui qui les donne, mon ami, donc, je viens d’observer ta nation avec le plus grand soin, et j’ai vu qu’il était extrêmement difficile d’en démêler le génie : je l’étudie depuis que j’habite Naples, et j’avoue que je n’y conçois rien encore. Avec un peu de réflexion, néanmoins, je crois démêler le motif de la peine que j’ai. Ton peuple a perdu la trace de sa première origine ; le malheur qu’il a eu de passer de domination en domination, lui donne une sorte de souplesse et d’habitude à l’esclavage, qui détériore absolument son ancienne énergie, et qui l’empêche d’être reconnu. Cette nation, qui chercha longtemps des libérateurs, par une maladresse inouïe ne trouva jamais que des maîtres. Grand exemple pour un peuple qui veut briser ses fers : qu’il apprenne des Napolitains que ce n’est point en implorant des protecteurs qu’il réunira, mais en pulvérisant le trône et les tyrans qui s’y placent. Toutes les autres nations se sont servies des Napolitains pour établir une puissance ; eux seuls sont demeurés dans la langueur et dans la faiblesse. On cherche le génie des Napolitains, et comme celui de tous les peuples accoutumés à l’esclavage, ce n’est jamais que celui de son souverain que l’on rencontre. N’en doute pas, Ferdinand, les vices que j’ai trouvés dans ta nation sont bien moins à elle qu’à toi. Mais une chose plus surprenante encore, c’est que l’excellence du territoire de ton peuple est peut-être l’unique cause de sa pauvreté : avec un terrain plus ingrat, les besoins l’auraient averti d’être industrieux, et, par la contrainte au travail, il aurait reçu la vigueur dont le prive la fécondité de son sol. Aussi arrive-t-il que ce beau pays, avec les avantages d’une nation méridionale, éprouve tous les inconvénients d’un peuple du Nord.

Depuis que je suis dans tes États, j’ai partout cherché ton royaume, et n’ai jamais pu trouver que ta ville ; cette ville est un gouffre où toutes les richesses venant s’engloutir appauvrissent, au moyen de cela, le reste de la nation. Veux-je étudier cette capitale, qu’y vois-je ? Tout ce que le faste et l’opulence peuvent étaler de plus magnifique, à côté de ce que la misère et la fainéantise offrent de plus affligeant. D’une part, des nobles presque rois ; de l’autre, des citoyens plus qu’esclaves. Et partout le vice de l’inégalité, poison destructeur de tout, gouvernement d’autant plus difficile à corriger chez toi, qu’il naît de la distance énorme qui se trouve dans les biens des propriétaires. On ne voit dans ton pays que des hommes qui possèdent des provinces, près d’autres malheureux qui n’ont pas un arpent de terre. Ici, l’extrême richesse est beaucoup trop voisine de l’extrême pauvreté ; et cette différence fait qu’un homme est absolument l’antipode de l’autre. Si ces gens riches avaient quelques vertus au moins, mais ils me font pitié : ils veulent afficher l’éclat de la naissance, et n’ont aucun des avantages qui peuvent en faire passer le ridicule ; ils sont fiers sans urbanité, tyrans sans politesse, magnifiquement parés sans élégance, libertins sans aucune recherche. Selon moi, tous ressemblent à ton Vésuve : ce sont des beautés qui font peur. Tous leurs moyens de distinction se réduisent à entretenir des couvents et des filles, à nourrir des chevaux, des valets et des chiens.

En continuant mes observations sur ton peuple, le refus formel qu’il fit d’adopter le tribunal de l’Inquisition m’en donna d’abord une assez bonne idée ; poursuivant mes réflexions, je m’aperçus qu’il n’en était pas moins très faible quoiqu’il eût fait une chose qui demande de la force.

On accuse ton clergé d’avoir cumulé beaucoup de richesses, je ne l’en blâme pas ; son avarice, en balançant celle des souverains de la nation, rétablit un peu l’équilibre : ceux-ci avaient dissipé, les autres conservent. Quand on aura besoin des trésors du royaume, on saura du moins où les prendre16.

En analysant bien ta nation, je n’y vois que trois états, et tous trois inutiles ou malheureux : le peuple est assurément de cette dernière classe, les prêtres et les courtisans forment les deux autres. Un des grands défauts de ton petit empire, mon ami, c’est qu’il n’y existe qu’un pouvoir, devant qui tout cède : le roi est l’État, ici ; le ministre est le gouvernement. Il ne peut donc y avoir d’autre émulation que celle que font naître le souverain et son agent : où peut-il exister un plus grand vice que celui-là ?

Quoique la nature donne beaucoup à ton peuple, il jouit de peu. Mais ce n’est pas l’effet de son inaction ; cet engourdissement a sa source dans ta politique qui, pour tenir le peuple dans sa dépendance, lui ferme la porte des richesses ; d’après cela, son mal est sans remède, et l’état politique n’est pas dans une situation moins violente que le gouvernement civil, puisqu’il tire ses forces de sa faiblesse même. La crainte que tu as, Ferdinand, que l’on ne découvre ce que je te dis, te fait exiler les arts et les talents de ton royaume. Tu redoutes l’œil puissant du génie, voilà pourquoi tu favorises l’ignorance. C’est de l’opium que tu fais prendre à ton peuple, afin qu’engourdi par ce somnifère, il ne sente pas les plaies dont tu le déchires. Et voilà d’où vient que l’on ne trouve chez toi aucun des établissements qui donnent de grands hommes à la patrie : les récompenses dues au savoir y sont inconnues, et, comme il n’y a aucun honneur ni aucun profit à être savant, personne ne se soucie de le devenir.

J’ai étudié tes lois civiles : elles sont bonnes, mais mal exécutées, d’où il résulte qu’elles se dégradent. Qu’arrive-t-il ? qu’on aime mieux vivre dans leur corruption, que d’en demander la réforme, parce qu’on craint, avec raison, que cette réforme ne fasse naître infiniment plus d’abus qu’elle n’en détruirait ; on laisse les choses comme elles sont. Néanmoins, tout va de travers, et comme il n’y a pas plus d’émulation pour le gouvernement que pour les arts, personne ne se mêle des affaires publiques ; on s’en dédommage en se livrant au luxe… à la frivolité… aux spectacles. Il en arrive que le goût des petites choses remplace chez vous celui des grandes, que le temps qu’on devrait à celles-ci se passe à celui qu’on donne aux futilités, et que vous serez subjugués tôt ou tard par celui qui voudra de vous…

Pour prévenir ce malheur, la situation de ton État aurait besoin d’une armée navale. J’ai bien vu quelques troupes de terre chez toi, mais pas un vaisseau. Avec cette insouciance, avec cette condamnable apathie, ta nation perd le titre de puissance maritime auquel la situation lui donne des droits, et, comme tes forces de terre ne t’en dédommagent pas, tu finiras par n’être rien. Les peuples qui s’agrandiront se moqueront de toi, et si jamais une révolution vient à régénérer quelques-uns d’entre eux, tu seras, avec raison, privé de l’honneur de former un poids dans la balance. Il n’y a pas jusqu’au pape qui ne puisse te faire peur, s’il voulait avoir un peu d’énergie.

Eh bien ! Ferdinand, est-ce la peine de vouloir dominer une nation, pour la conduire de cette manière ? Et crois-tu qu’un souverain, même un despote, puisse être heureux quand son peuple n’est pas florissant ? Où sont les maximes économiques de ton État ? J’en ai cherché, et n’en ai trouvé nulle part. Augmentes-tu l’agriculture ? encourages-tu la population ? protèges-tu le commerce ? donnes-tu de l’émulation aux arts ? Non seulement, chez toi, l’on ne voit rien de ce que les autres font, mais je vois qu’on fait même tout le contraire. Qu’arrive-t-il de tous ces inconvénients ? Que la triste monarchie languit dans l’indigence ; que toi-même deviens un être nul au congrès des autres puissances de l’Europe, et que ta décadence est prochaine.

Examinerai-je l’intérieur de ta ville ? en analyserai-je les mœurs ? Je n’y vois nulle part de ces vertus simples qui servent de bases à la société. On se réunit par orgueil, on se fréquente par habitude, on se marie par besoin ; et comme la vanité est le premier vice des Napolitains, défaut qu’ils tiennent des Espagnols, dans la dépendance desquels ils vécurent si longtemps, comme, dis-je, l’orgueil est le vice inhérent à ta nation, on évite de se voir de trop près, dans la crainte que l’homme ne fît horreur, une fois que le masque serait à bas. Ta noblesse, ignorante et bête comme partout, achève de multiplier le désordre, en donnant sa confiance aux gens de lois, triste et dangereuse engeance, dont la ridicule étendue fait qu’il n’y a presque point de justice. Le peu qu’il y en a se vend au poids de l’or ; et c’est ici, peut-être, de tous les pays que j’ai parcourus, le seul où j’ai vu mettre plus d’esprit en usage pour absoudre un coupable, qu’on en met ailleurs pour justifier un innocent.

Je m’étais imaginé que ta cour m’offrirait quelques idées de politesse et de galanterie, et je n’y trouve partout que des rustres ou des imbéciles. Je me consolais des vices monarchiques, par l’espoir de quelques antiques vertus, et je n’ai vu dans ton gouvernement que le résultat de tous les désordres des différents royaumes de l’Europe. Chaque individu, chez toi, cherche à paraître plus qu’il n’est ; et comme on n’a pas les qualités qui font acquérir les richesses, on y substitue la fraude : ainsi, la mauvaise foi s’établit, et les étrangers ne peuvent plus prendre de confiance en une nation qui n’en a pas dans elle-même.

Après avoir jeté mes regards sur les nobles, je les porte sur ton peuple. Je le vois partout grossier, stupide, indolent, voleur, sanguinaire, insolent, et ne possédant pas une seule vertu qui fasse racheter tous ces vices.

Veux-je, en réunissant les deux tableaux, m’occuper de l’ensemble de la société ? J’y vois toutes les conditions confondues ; le citoyen auquel il manque le nécessaire, ne s’occuper que de l’inutile ; chaque homme servir d’amusement ou de spectacle à un autre ; l’indigence elle-même afficher un luxe d’autant plus révoltant que, quand des coursiers traînent ses chars, elle manque de pain sur sa table. N’est-ce pas un des effets horribles du goût des Napolitains pour le luxe, de voir que, pour posséder un carrosse et des valets, les trois quarts et demi des bonnes maisons ont la cruauté de ne pas marier leurs filles ? Cet affreux exemple se propage dans toutes les classes. Qu’arrive-t-il ? Que la population diminue en raison de ce que le luxe augmente, et que l’État dépérit insensiblement, en proportion du coloris trompeur qu’il acquiert par ces vils moyens.

Mais c’est dans vos mariages et dans vos prises d’habits, surtout, que ce luxe devient aussi ridicule que cruel. Dans le premier cas, vous diminuez sur la dot de la malheureuse fille, afin de l’embellir un seul jour, dans le second, vous auriez de quoi lui trouver un mari, de ce que vous dépensez à la cérémonie ridicule qui doit l’en priver toute sa vie.

Ce qu’il y a de particulier, Ferdinand, c’est que, quoique tes sujets soient pauvres, tu es riche. Et tu le serais bien davantage, si tes prédécesseurs n’avaient vendu l’État en détail, pour avoir de l’argent en gros. Un État qui a des intérêts de commerce réciproques peut balancer ses revers par ses avantages ; mais un peuple avec qui tout le monde négocie, et qui ne négocie avec personne, un peuple qui, en matière de commerce, fait la chouette à toute l’Europe, doit s’appauvrir nécessairement. Telle est l’histoire de ta nation, mon cher prince ; toutes les autres t’imposent un tribut pour leur industrie, et ton industrie sans activité n’en peut imposer à personne.

Ce qu’il y a de bien plaisant, c’est que tes arts tiennent du caractère vain et glorieux de ton peuple. Aucune ville sur la terre ne surpasse la tienne en décorations d’opéra ; tout est clinquant chez toi, comme ce peuple. La médecine, la chirurgie, la poésie, l’astronomie y sont encore dans les ténèbres ; mais tes danseurs sont excellents, et nous n’avons nulle part d’aussi plaisants scaramouches. Ailleurs, enfin, on se donne beaucoup de mouvement pour devenir riche : le Napolitain, seul, ne s’en donne que pour le paraître ; il a moins à cœur de posséder une grande fortune, que de persuader aux autres qu’il en jouit, et cherche bien moins l’opulence que ce qui l’annonce. Voilà ce qui fait que, dans ta nation, il y a beaucoup de gens qui se privent du nécessaire pour avoir le superflu. La frugalité règne au milieu du plus grand faste ; la délicatesse des mets est inconnue ; excepté tes macaronis, que mange-t-on de bon chez toi ? rien : on y méconnaît absolument cet art voluptueux d’irriter toutes les passions par les délicieuses recherches de la table. Tout cède au plaisir absurde d’avoir un beau carrosse, une belle livrée, et, par un contraste déplaisant à l’œil, avec la pompe et la magnificence des modernes, vous avez conservé la frugalité des anciens. Vos femmes sont impérieuses et sales, exigeantes et basses, sans usage du monde, sans lecture. En d’autres climats, leur commerce, en gâtant le cœur, raffine au moins l’esprit : ici les hommes ne jouissent pas même avec elles de ce dernier avantage ; les vices que l’on contracte dans leur société sont sans retour comme sans dédommagement : on perd tout avec elles, et l’on n’acquiert rien.

A côté du mal, il est juste pourtant de dire un peu de bien. Le fond de ton peuple est bon ; le Napolitain est vif, irascible, brusque, mais il revient avec facilité, et son cœur, qui paraît alors tout entier, n’est pas sans vertus. Presque tous les crimes qui se commettent ici sont plutôt l’ouvrage du premier mouvement que de la réflexion, et la preuve que ce peuple n’est pas méchant, c’est qu’il est très nombreux à Naples, et qu’il s’y maintient sans police. Ce peuple t’aime, Ferdinand : rends-le-lui, sois capable d’un grand sacrifice. Christine, reine de Suède, abjura sa couronne par philosophie : brise ton sceptre par bienfaisance, quitte les rênes d’un gouvernement assez mal organisé pour n’enrichir que toi. Songe que les rois ne sont rien dans le monde ; les peuples tout. Abandonne à ce peuple seul le soin de redonner du ton aux ressorts d’une machine qui n’ira jamais bien loin sous ton gouvernail ; laisse Naples vivre en république : ce peuple, je l’ai étudié, est aussi mauvais esclave, qu’il deviendrait bon citoyen. Rends-lui donc l’énergie qu’enchaîne ton pouvoir, et tu auras produit deux biens à la fois : celui de faire trouver en Europe un tyran de moins, et celui d’y faire admirer un peuple de plus.

Ferdinand, qui m’avait écoutée avec attention, me demanda, dès que j’eus fini, si toutes les Françaises raisonnaient comme moi sur la politique.

— Non, lui dis-je : la plus grande partie analyse mieux des pompons que des royaumes ; elles pleurent quand on les opprime ; elles sont insolentes dès que les fers tombent. Pour moi, la frivolité n’est point mon vice ; je n’en dis pas autant du libertinage… j’y tiens excessivement ; mais le plaisir de foutre ne m’aveugle pas au point de ne pouvoir discuter les intérêts des différents peuples de la terre. Le flambeau des passions allume à la fois, dans les âmes fortes, celui de Minerve et celui de Vénus ; à la lueur de celui-ci, je fous comme ta belle-sœur17  ; aux rayons du premier, je pense et parle comme Hobbes et comme Montesquieu. Est-ce donc, selon toi, quelque chose de si difficile à mener qu’un empire ? Assurer si bien le bonheur du peuple qu’il ne puisse plus vous envier le vôtre ; travailler ensuite à ce dernier avec d’autant moins de retenue que l’homme cesse d’observer et d’être jaloux quand il est heureux : il me semble que voilà tout le secret ; et il y a bien longtemps que je l’aurais mis en pratique, si j’avais, comme toi, le pouvoir et la folie de régir un peuple. Prends-y garde, mon ami ! ce n’est pas le despotisme que je te défends, j’en connais trop bien les douceurs pour te l’interdire : je ne te conseille de supprimer et de changer que tout ce qui peut nuire au parfait maintien de ce despotisme, dès que tu veux rester sur le trône. Rends donc heureux tout ce qui sait sentir, si tu veux l’être toi-même ; car dès que ceux-là ne jouiront pas, sois-en bien certain, Ferdinand, ils t’empêcheront de jouir à leur tour.

— Et le moyen ?

— La plus grande liberté de penser, de croire et de se conduire. Brise les freins moraux ; l’homme qui bande veut être libre comme la bête. Si tu vas, comme en France, lui fixer l’autel où il faut que son foutre coule, en le courbant par des bêtises sous le joug odieux d’une morale puérile, il te le rendra d’une manière plus dure. Les fers remis à tes mains, pour eux, par des pédants ou par des prêtres, t’enchaîneront bientôt toi-même, et peut-être jusqu’à l’échafaud où te conduira sa vengeance18.

— Il ne faudrait donc pas de mœurs, selon vous, dans un gouvernement ?

— Aucunes que celles qu’inspire la nature. Vous rendrez toujours l’homme malheureux, quand vous voudrez l’astreindre à d’autres. Laissez à l’homme outragé le soin de se venger du tort qu’il a reçu : il y réussira toujours mieux que ne font vos lois, car il y est plus intéressé qu’elles ; d’ailleurs, on échappe souvent à vos lois, et bien rarement à celui qui poursuit notre juste vengeance.

— Ma foi, je n’entends pas grand-chose à tout cela, me répondit ce gros benêt. Je fous, je mange des macaronis sans cuisinier, je bâtis des maisons sans architecte, je recueille des médailles sans antiquaire, je joue au billard comme un laquais, je fais faire l’exercice à mes cadets comme un sergent ; mais je ne parle ni politique, ni religion, ni mœurs, ni gouvernement, parce que je ne connais rien à tout cela.

— Et le royaume ?

— Va comme il peut. T’imagines-tu donc qu’il faille être si savant pour être roi ?

— Tu me prouves que non, répondis-je, mais tout cela, sans me convaincre qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir de la raison et de la philosophie pour conduire les hommes, et que, privé de l’un et de l’autre, on ne doit faire que des sottises, qui doivent engager bien vite les sujets d’un prince tel que toi, à secouer ton joug imbécile. Et ils le feront bientôt, sois-en sûr, si tu ne prends tous les moyens possibles pour les en empêcher.

— J’ai des canons, des forteresses.

— Et qui sert tout cela ?

— Mon peuple.

— Mais s’il se lasse de toi, il ne te servira plus. On tournera les canons contre ton château, on s’emparera de tes forteresses, et l’on te traînera peut-être dans la boue.

— Vous m’effrayez, madame !… et que faudrait-il ?

— Je te l’ai dit. Imite l’écuyer savant : loin de tirer la bride à toi quand le coursier se cabre, rends-lui doucement la main ; fais plus, coupe les rênes et laisse-le se conduire à sa guise. La nature, en disséminant les peuples sur la surface du globe, leur donna à tous le génie nécessaire pour se conduire ; mais ce ne fut jamais que dans sa colère qu’elle leur suggéra l’idée de se donner des rois. Ceux-ci sont au corps politique, ce qu’est le médecin au corps matériel : on peut l’appeler quand on souffre19  ; il faut lui fermer la porte quand la santé revient ; il prolongerait la maladie pour éterniser les secours, et, sous prétexte de guérir, il énerverait.

— Juliette, tu raisonnes bien, j’aime ta conversation, mais je ne sais… tu m’en imposes ; tu as plus d’esprit que moi.

— Cette mesure-là n’est pas celle qui pourrait m’en assigner une bien forte dose. N’importe, puisque mon esprit te fait peur, qu’un instant la raison le cède à tes plaisirs : que désires-tu, voyons ?

— On dit que tu as le plus beau corps du monde, Juliette, je veux le voir. Peut-être, avec le ton sur lequel tu as débuté dans ma Cour, ne serait-ce pas ici tout à fait le langage que je devrais employer ; mais le clinquant ne m’en impose pas, ma chère ; j’ai pris des informations sur tes sœurs et sur toi : quoique fort riches, je n’en puis douter, mes amies, vous n’êtes que trois franches putains.

— Tes informations sont mal prises, beau Sire, répondis-je avec vivacité ; tes espions ressemblent à tes ministres : ils volent ton argent sans te servir. Si tes informations avaient été bonnes, tu reconnaîtrais ton erreur. N’importe, pour mon compte, je n’ai nulle envie de faire la vestale. Il ne s’agit que de composer : je ne te rendrai pas la capitulation plus dure qu’elle ne l’a été pour ton beau-frère, le petit duc de Toscane. Écoute donc ; quoique tu aies tort en nous considérant, mes sœurs et moi, comme des putains : si nous ne le sommes pas, par le fait, toujours est-il certain qu’il est impossible d’être et plus scélérates et plus corrompues ; tu nous auras toutes trois, si tu veux.

— Assurément, répondit le prince, il n’y a rien qui me plaise comme d’enfiler ainsi toute une famille.

— Eh bien ! dis-je, tu vas te satisfaire, et nous n’exigeons de toi, pour cela, que de nous défrayer à Naples de toutes les dépenses que nous y ferons pendant six mois, de payer nos dettes si nous en faisons, et de nous assurer l’impunité la plus entière, quels que puissent être les écarts où nous nous livrions.

— Et quels seront ces écarts ?

— Nombreux, violents au delà de tout ce qu’on peut imaginer : il n’est aucune sorte de crimes où nous ne nous portions, mes sœurs et moi, et nous ne voulons être punies d’aucun…

— Accordé, répondit Ferdinand ; mais donnez à vos délits le moins d’éclat que vous pourrez, et qu’aucun n’attaque mon gouvernement ni ma personne.

— Non, non, dis-je, ceux-là ne nous amuseraient pas. Bons ou mauvais, nous laissons les gouvernements comme ils sont ; et quant aux rois, nous laissons aux peuples le soin de se venger de leur despotisme.

— Allons, dit Ferdinand, nous pouvons donc parler de plaisirs.

— Ne dis-tu pas que tu veux jouir également de mes sœurs ?

— Oui, mais il faut toujours commencer par toi.

Et me faisant passer dans un cabinet différent :

— Juliette, me dit le Napolitain, en me laissant voir une femme de vingt-sept à vingt-huit ans, presque nue, et couchée sur un canapé, dans une niche de glaces, ce sont autant les passions de cette femme, que les miennes, qu’il faut que tu satisfasses.

— Et quelle est cette femme ?

— C’est la mienne.

— Ah ! c’est toi, Charlotte ? dis-je sans m’étonner ; je te connais de réputation : aussi putain que tes sœurs, on dit pourtant que tu paies mieux ; nous le verrons.

— Juliette, me dit ici Ferdinand, si tu veux que je favorise tes désirs, il faut porter, avec la reine, la complaisance au dernier période.

— Qu’elle dise ce qui lui plaît : personne ne possède, comme moi, les ressources de la lubricité ; je les emploierai toutes.

Et, dans le même instant, Charlotte de Lorraine, se jetant à mon cou, me fit comprendre, par mille baisers, combien elle était déjà sensible aux plaisirs que je lui promettais. Les cérémonies se supprimèrent : Ferdinand nous déshabilla toutes deux ; puis, ayant introduit dans cet asile un jeune page de quinze ans, beau comme le jour, qu’il mit dans le même état, Charlotte et moi, nous nous branlâmes sur le canapé, pendant que, bien en face de l’opération, Ferdinand, pollué par son page, lui baisait ardemment la bouche en lui branlant le derrière.

Oh ! mes amis, quelle femme que cette Charlotte ! Je crus que l’impudicité même avait établi toutes ses flammes dans le con de cette putain royale. Charlotte, les cuisses enlacées dans les miennes, frottait avec ardeur son clitoris sur le mien ; ma mains embrassaient mes fesses ; l’un de ses doigts chatouillait le trou de mon cul ; sa langue, enfoncée dans ma bouche, pompait ma salive avec ardeur ; la coquine était en feu, et le foutre exhalait par ses pores. Je n’y tiens pas, je change de posture ; nos têtes entre les cuisses l’une de l’autre nous facilitent les plaisirs de la succion. Oh ! comme elle me rend ce que je lui prête ; si mon con inonde son gosier de foutre, le sien est un torrent dont les fréquentes éjaculations remplissent le mien et le délectent. Quand nous n’eûmes plus de foutre à répandre, elle me supplia de lui pisser dans la bouche ; je lui demandai la même chose : nous nous inondâmes d’urine, et nous avalions à mesure qu’elle coulait.

Charlotte est belle, sa peau fort blanche, sa gorge soutenue, ses fesses admirables, ses cuisses d’une merveilleuse proportion ; on voit qu’elle a beaucoup foutu de toutes les façons possibles, mais elle est pourtant bien conservée, et ses ouvertures encore fort étroites20.

— Ô mon amour ! lui dis-je, véritablement émue de ses charmes, portons-nous des coups plus sérieux !

— Voilà ce qu’il faut pour cela, me dit le roi en nous jetant des godemichés.

Et, nous en étant affublées toutes deux, nous nous lançâmes bientôt les bottes les plus énergiques. Dans une de ces attitudes, mon cul se trouva bien en face de Ferdinand ; il l’examine, il le convoite, il le couvre des plus chauds baisers.

— Fixe un instant ta posture et tes mouvements, me dit-il : je veux t’enculer pendant que tu fous ma femme… Toi, Zerbi, branle mon derrière…

La scène dura quelques instants, au bout desquels le prince, remettant sa femme à ma place, l’encule pendant qu’elle me fout ; un moment après, il la fait sodomiser par le jeune homme, je la gamahuche, et lui… décharge enfin dans le cul du page qui le cocufie.

Au bout d’un moment de repos employé à nous baiser, à nous manier, nous recommençâmes. Ferdinand se mit dans mon cul, il gamahuchait celui de Zerbi, il le faisait chier dans sa bouche, et sa femme lui donnait le fouet. Au bout d’une minute, il sortit de mon cul, prit les verges et nous fouetta tous trois assez fort ; la reine me le rendit, c’était une de ses passions ; elle me mit en sang ; elle suça le vit du page, pendant que son mari l’enculait et qu’elle me maniait le derrière. Peu après, nous entourâmes Ferdinand, je le suçais, sa femme le socratisait, lui maniait les couilles, et le page, à cheval sur sa poitrine, lui faisait lécher le trou de son cul ; il se relève de là bandant fort dur.

— Je ne sais pourquoi nous ne tordrions pas le cou à ce petit bougre-là, dit-il en saisissant son page au collet, et lui faisant jeter les hauts cris.

— Il faut le pendre, dit Charlotte.

— Ma fille, dis-je en baisant cette femme charmante, tu aimes donc aussi la cruauté ? Ah ! je t’adore, si cela est ! Tu serais, je le vois, capable du trait de cette impératrice de la Chine, qui nourrissait ses poissons avec des couilles d’enfants de pauvres.

— Oh ! oui, oui ! j’imiterai cette horreur quand on le voudra ; je suis faite pour la surpasser. Faisons des infamies, Ferdinand ; cette femme est délicieuse, je le vois, elle a de l’esprit, du caractère, de l’imagination ; je lui crois nos goûts. Tiens, mon ami, sers de bourreau toi-même à Zerbi, et souvenons-nous que la destruction d’un individu est le stimulant le plus vif qu’on puisse ajouter aux attraits de la débauche des sens. Pends Zerbi, cher époux, pends-le ferme ; Juliette me branlera, bien en face de l’opération…

Elle s’exécute ; et Ferdinand accroche le page avec tant d’art et tant de violence, qu’il expire avant que nous n’ayons seulement le temps de nous mettre en train.

— Oh ! foutre ! dit Charlotte, me voici la plus malheureuse des femmes, je ne voulais lancer du sperme qu’en le voyant expirer : n’importe, détache-le, Ferdinand ; tout mort qu’il est, conduis sa main, je veux qu’il me branle.

— Non, dit le roi, ce sera Juliette qui sera chargée de ce soin ; moi, j’enculerai le cadavre pendant ce temps-là ; on prétend qu’il n’y a rien de meilleur au monde, je veux en essayer. Oh ! sacredieu ! dit-il, dès qu’il est dans ce cul, on a raison de vanter cette jouissance : je me déchire en foutant ce cul-là, c’est divin !

La scène marche ; Zerbi ne renaît point, mais ses bourreaux meurent de plaisir. Charlotte, pour décharger une dernière fois, s’étendit, nue, sur le corps déjà froid du page, et, pendant que son mari la branlait, elle me faisait chier dans sa bouche. Quatre mille onces21 furent ma récompense, et nous nous séparâmes avec promesse de nous revoir bientôt en plus nombreuse compagnie.

De retour au logis, je raconte à mes sœurs les goûts bizarres de Sa Majesté sicilienne.

— Il est unique, dit Clairwil, que de pareilles passions soient toujours nichées dans la tête de ceux que la nature élève par leur esprit, leurs richesses ou leur autorité.

— Je ne connais rien de plus simple, dit Olympe, à laquelle nous ne donnions plus d’autre nom, de peur que le sien ne la fit reconnaître ; non, en vérité, je ne connais rien de si naturel que de voir les recherches les plus raffinées du plaisir, conçues par ceux dont les perceptions de l’esprit sont plus délicates, ou par ceux que le despotisme ou les faveurs de la fortune mettent au-dessus des autres. Il est impossible qu’un homme qui a beaucoup d’esprit, beaucoup de puissance, ou beaucoup d’or, s’amuse comme tout le monde. Or, s’il raffine les voluptés, il arrivera nécessairement au meurtre, car le meurtre est le dernier excès de la volupté ; il est dicté par elle, il est une de ses branches, un de ses écarts. L’homme ne parvient aux dernières crises de la volupté que par un accès de colère ; il tonne, il jure, il s’emporte, il manifeste, dans cette crise, tous les symptômes de la brutalité ; un pas de plus, il est barbare, encore un, le voilà meurtrier ; plus il aura d’esprit, mieux il raffinera tous ses mouvements. Une chaîne le retiendra néanmoins encore : il craindra, ou l’extrême dépense de ses plaisirs, ou les lois ; mettez-le à l’abri de ces folles terreurs par beaucoup d’or ou d’autorité, le voilà lancé dans la carrière du crime, parce que l’impunité le rassure, et qu’on va à tout, quand on joint à l’esprit de tout concevoir, les moyens de tout entreprendre.

— Eh bien ! dis-je à mes amies, nous voilà toutes trois dans cette passe heureuse ; car avec les richesses immenses que nous possédons, l’impunité la plus entière nous est accordée par Ferdinand.

— Oh, foutre ! dit Clairwil, à quel point cette charmante certitude enflamme mes passions !…

Et la gueuse écartait les cuisses, se retroussait, se branlait, et nous offrait un con vermeil et haletant, qui semblait appeler tous les vits de Naples au combat.

— On dit que les engins sont superbes ici, poursuivit-elle ; il faut prendre quelques arrangements avec Sbrigani pour n’en pas manquer.

— J’ai pourvu à tout cela dès hier, nous répondit cet homme charmant ; j’ai douze pourvoyeurs en campagne, et, par mes soins, vingt-quatre beaux garçons de dix-huit à vingt-cinq ans vous seront régulièrement présentés tous les matins : j’en serai le vérificateur ; si, malgré les ordres rigoureux que j’ai donnés, il se mêlait du médiocre dans les fournitures, elles seraient aussitôt refusées.

— Et quelles sont les tailles adoptées ? dit Clairwil, que Raimonde branlait.

— Vous n’aurez jamais rien au-dessous de six pouces de circonférence sur huit de long.

— Fi donc ! cette mesure est bonne pour Paris, mais à Naples, où il y a des monstres !… Pour moi, je vous avertis que je ne prends rien au-dessous de huit pouces de tour sur un pied de long…

— Ni nous non plus, répondîmes-nous, Olympe et moi, presque en même temps ; peut-être aurons-nous moins par cet arrangement, mais nous aurons meilleur…

— Moins ? dit Clairwil, je ne vois pas pourquoi diminuer le nombre ; au contraire, je tiens autant à la qualité qu’à la quantité, moi : je prie donc Sbrigani de nous avoir trente hommes tous les matins, dans les proportions que je viens de donner : c’est dix pour chacune de nous. En supposant qu’ils nous foutent trois coups chacun, y a-t-il donc de quoi se récrier ? Quelle est celle de nous qui ne peut pas courir trente postes, avant que de prendre son chocolat ? Pour moi, je vous garantis que cela ne m’empêchera pas de faire encore quelques petites incartades pendant la journée : ce n’est qu’en foutant beaucoup qu’on se met en train de foutre, et ce n’est que pour foutre que nous a créées la nature…

Et la coquine déchargea dans les bras de Raimonde en prononçant ces derniers mots.

— En attendant, dit Sbrigani, que je remplisse vos vues, voyez si ces six beaux valets vous plaisent : je crois qu’ils passent les mesures que vous venez de m’indiquer…

Et, en même temps, six grands gaillards, de cinq pieds dix pouces, parurent à moitié nus et le vit à la main.

— Sacredieu ! dit Clairwil encore troussée, quels engins… Voyons que je les empoigne (mais ses deux mains n’y suffisent pas). Oh ! ceux-ci sont de mise, dit-elle. A vous, mes amies ; pour moi, voici les deux que je retiens.

— Un moment, dit Sbrigani, vous perdez la tête ; laissez-moi régler vos plaisirs, ils seront mieux dirigés, par moi qui suis calme, que par vous, que le foutre aveugle déjà.

— Oui, oui, il a raison, dit Clairwil qui se déshabillait toujours provisoirement, qu’il arrange, qu’il ordonne ; moi, je vais toujours me mettre en état de combattre.

— Tiens, Clairwil, dit Sbrigani, commence, tu me parais la plus pressée.

— Je l’avoue, répondit notre compagne, je ne sais ce que l’air de Naples a pour moi de particulier, mais il m’enivre… il me rend plus libertine que jamais…

— Rempli de particules nitreuses, sulfureuses et bitumeuses, répondis-je, il doit nécessairement agacer les nerfs, et mettre les esprits animaux dans une beaucoup plus grande agitation. Je sens, comme toi, que je ferai des horreurs dans ce pays-ci.

— Quoique je dusse y être plus accoutumée que vous, nous dit Olympe, à cause du peu de distance qui existe entre ce pays et le mien, je sens néanmoins, comme vous, qu’il m’irrite au dernier degré.

— Jouissez donc, dit Sbrigani, donnez-vous-en, putains, et comptez sur moi pour servir vos plaisirs. Tenez, poursuivit-il, voici l’arrangement que je vous conseille de prendre pour cette scène-ci : Clairwil va commencer ; quoiqu’elle brûle d’être foutue, je veux qu’on lui fasse désirer l’engin qui va la percer. Juliette, prends ce beau vit, déjà du choix de ton amie, branle-le tout près de son con, frotte-lui-en le clitoris, mais ne l’enfonce pas. Toi, Borghèse, chatouille légèrement l’entrée du con de la patiente ; échauffe-la, mets-la en fureur, et quand la rage éclatera dans ses yeux, nous la satisferons, mais il faut qu’elle soit couchée dans les bras de l’un de ces jeunes gens ; il faut qu’en la soutenant, ce beau garçon lui branle le trou du cul d’une main, les tétons de l’autre, et qu’il baise sa bouche. Pour irriter encore les sens de notre amie, nous lui ferons introduire, de chaque main, un vit dans les cons d’Élise et de Raimonde, où ils ne feront que s’échauffer un moment ; les deux autres jeunes gens vous enconneront sous ses yeux, afin de compléter le désordre dont nous voulons embraser son âme…

La coquine, en effet, n’y tint pas six minutes ; elle écume, elle jure… elle déraisonne, et voyant qu’il devient impossible de la faire languir plus longtemps, les six valets, en moins d’une heure, lui passent sur le corps, et la font mourir de plaisir. Olympe et moi, pressions les vits au sortir du con de notre amie. Élise et Raimonde nous branlaient, nous fouettaient, nous chatouillaient, nous léchaient. Sbrigani mettait ordre à tout, et nous déchargions comme des gueuses. Toutes les manières de foutre, toutes les débauches, tous les raffinements furent mis en usage ; celui de tous que nous employâmes le plus, fut de recevoir à la fois trois vits, deux dans le con, un dans le cul. On n’imagine pas, avec des fouteurs adroits, le plaisir que donne cette jouissance ; quelquefois, tous se réunissaient sur une seule femme. Je soutins trois fois ainsi le poids général. J’étais couchée sur un homme qui m’enculait ; Élise, à cheval sur mon visage, me donnait son joli petit con à sucer ; un homme l’enculait sur moi, en me branlant le con ; et Raimonde branlait le trou du cul de cet homme avec sa langue. Sous mes deux mains étaient, à quatre pattes, Olympe d’un côté, Clairwil de l’autre : j’introduisais un vit dans chacun de leurs culs, et elles suçaient, chacune, les vits du cinquième et du sixième homme. Enfin, les six valets, après avoir déchargé chacun huit fois, furent reçus sans difficulté. Il était impossible de refuser, après de pareilles épreuves.

Environ huit jours après cette aventure, nous reçûmes une nouvelle invitation de Ferdinand, qui nous engageait à venir toutes trois le voir à Portici. Il paraissait que le roi avait voulu mettre, à cette scène-ci, infiniment plus de soin et d’éclat que dans l’autre. Nous fûmes reçues dans des cabinets magnifiquement décorés et d’une fraîcheur délicieuse. Charlotte, vêtue comme Flore, nous y attendait avec le prince de La Riccia, beau jeune homme de vingt-quatre ans, et qui était de tous les plaisirs particuliers de la reine et de son mari. Quatre jolis enfants, deux petites filles de dix à onze ans, et deux petits garçons de douze à treize, vêtus comme les Grecs costumaient autrefois leurs victimes, étaient debout, et dans un respectueux silence, à l’une des extrémités du cabinet. La taille noble et majestueuse de Clairwil, la régularité de ses traits, quoiqu’elle ne fût plus de la première jeunesse, l’excessif libertinage de ses yeux, tout frappa la reine de Naples.

— Voilà une bien belle femme ! s’écria-t-elle.

Et comme dans des créatures aussi libertines que nous, il n’y a jamais qu’un pas des éloges aux caresses, les deux coquines furent bientôt dans les bras l’une de l’autre. La Riccia s’empare d’Olympe, et je continue d’être la favorite du roi.

. — Avant que d’agir ensemble, dit Ferdinand, je suis d’avis que nous passions tous séparément, deux par deux, liés comme nous voilà, dans les boudoirs environnant cette pièce. Après quelques minutes de tête-à-tête, nous nous rassemblerons.

Charlotte nous donne l’exemple ; suivie de Clairwil et de l’une des deux victimes féminines, elle s’enferme dans l’un des boudoirs. La Riccia prend un des petits garçons, et passe avec Olympe ; une petite fille et un petit garçon restent à Ferdinand qui s’enferme bientôt avec eux et moi. Ici, le libertinage épais et grossier du Napolitain parut dans toute son énergie. Mais comme à travers les nuages les plus opaques, quelques rayons de l’astre du jour viennent quelquefois égayer les mortels, de même, d’assez jolies nuances de lubricité perçaient les masses de balourdises du butor à qui je servais.

Après quelques instants d’horreurs préparatoires auxquelles chacun de nous se livra particulièrement avec les sujets qu’il avait emmenés, nous nous réunîmes tous dans un salon superbe ; et là, nous étant échauffée réciproquement l’imagination par le détail des infamies que nous venions de commettre, nous nous plongeâmes de nouveau dans un océan de lubricité, et exécutâmes, sans restriction, tout ce que nous suggéra le dérèglement de têtes aussi libertines et scélérates que les nôtres.

L’épuisement de nos forces vint seul mettre un terme à ces voluptueuses orgies, et nous nous séparâmes.

A notre retour, nous trouvâmes Sbrigani blessé et dans son lit. On l’avait insulté à notre occasion : quelques propos s’étaient tenue dans un café ; un Français, qui prétendait nous connaître, nous avait traitées de putains. Quoique, dans le fait, peu de choses au monde fussent plus vraies, Sbrigani, par attachement, n’en voulut jamais convenir, et, pour appuyer des mensonges, l’imbécile s’était fait donner deux bons coups d’épée dans le ventre.

Après lui avoir rendu les premiers soins, notre conversation dut naturellement tomber sur le duel.

— Oh ! quelle folie, dit Clairwil, d’aller risquer sa vie dans un combat singulier, avec un homme qui, décidément, a tort avec nous. Si cet homme, continua notre amie, en nous demandant la permission de se mettre un moment à la place d’un sexe dont elle remplissait si bien les fonctions au besoin, si, dis-je, cet homme m’a manqué essentiellement, comment lui dois-je une pareille faveur, que celle de le regarder comme assez honnête pour me mesurer avec lui ? et pourquoi faut-il que je me mette dans le cas de doubler son injure, en me blessant, ou me tuant peut-être encore, après m’avoir insulté ? C’est à moi que la réparation est due, et, pour la recevoir, il faut que j’expose mes jours ! Si je me comporte d’une manière différente, ou qu’en allant me battre avec cet homme, puisqu’il le faut absolument, je me plastronne, et me mette en un tel état de sûreté qu’il n’ait que le soin de se défendre, et qu’il ne puisse songer à celui de m’insulter encore, si, dis-je, je me conduis ainsi, je serai traité de coquin : je crois qu’il est difficile de voir une logique plus au rebours du bon sens que celle-là. Que celui qui a insulté se présente nu au combat, et que son adversaire vienne cuirassé : voilà ce que dictent la raison et le bon sens. L’agresseur doit visiblement avoir un avantage de moins : il s’est mis dans le cas, en suivant les usages de toutes les autres nations de l’univers, de se faire assassiner par celui à qui il avait manqué ; ainsi, tout ce que doivent, au plus dicter, les frivoles lois de l’honneur, dans une situation pareille, est que le combat ait lieu, si vous le voulez absolument, mais avec une disproportion prodigieuse entre les combattants ; et que celui qui a manqué, bien loin de songer à renouveler ses injures, ne doive et ne puisse s’occuper que de sa propre défense. Et quel droit peut-il donc avoir, pour attaquer encore après ce qu’il a fait ? Nos usages, sur cela, sont d’une injustice atroce, et nous font servir de risée dans les trois autres parties du monde, assez sages pour sentir que, quand on fait tant que d’avoir à se venger, on doit le faire sans risquer soi-même sa vie.

— Je vais plus loin, répondis-je à Clairwil, et je pense que le combat est une chose aussi absurde que ridicule. Il est odieux qu’un homme aille risquer sa vie parce qu’il a été insulté : la raison et la nature ne nous dictent alors que de nous défaire de notre ennemi, et nullement d’aller nous exposer nous-mêmes avec lui, quand c’est une réparation qu’il nous doit. Nos aïeux, bien plus sages, se battaient par procureurs ; des champions, au moyen d’une somme réglée, se présentaient pour vider la querelle, et le droit restait au plus fort : il y avait au moins, dans cet arrangement, l’espèce d’équité de ne pas se risquer soi-même, et quoique cet usage fût rempli d’extravagances et de folies, il l’était pourtant beaucoup moins que celui que nous suivons de nos jours. Mais voici ce qu’il y a de plaisant ; les champions qui jadis combattaient pour la cause d’autrui étaient généralement regardés comme des gens vils, ; nous les avons remplacés, et nous serions méprisés si nous ne jouions pas le rôle de gens déclarés méprisables. Exista-t-il jamais des inconséquences de cette force ? En remontant à l’origine, nous verrons que ces champions n’étaient, primitivement, que des assassins à gages, comme on en trouve encore dans plusieurs villes d’Espagne et d’Italie, que l’homme insulté payait pour se défaire de son ennemi, et qu’ensuite, pour diminuer l’espèce de meurtre que cette coutume semblait autoriser, on permit à l’accusé de se défendre de l’assassin gagé contre lui, et d’en payer un aussi contre celui que l’on lui opposait. Telle est la naissance des duels, dont vous voyez que le berceau est dans la loi sage qui permettait à tout homme la vengeance de son ennemi, en mettant sa tête à prix. On remplaça cet excellent usage par une licence… par une stupidité qui ne ressemble plus à rien, et qui fait frémir le bon sens. Que tout homme qui a un ennemi n’aille donc pas, s’il est sage, se mesurer également avec lui ; car il est parfaitement ridicule d’aller se rendre l’égal de celui qui se met au-dessous de nous. S’il faut absolument que l’offensé se batte, à la bonne heure ; mais qu’il se présente au combat dans un tel état de sûreté que l’adversaire qui lui doit une réparation ne puisse pas l’insulter de nouveau ; et s’il veut être beaucoup plus sensé, qu’il fasse assassiner, comme dit Molière dans le Silicien : «  C’est le plus sûr ». A l’égard de ceux qui placent là le point d’honneur, je les trouve pour le moins aussi ridicules que ceux qui s’avisent de le placer dans la vertu des femmes : l’un et l’autre préjugés sont barbares, et ne méritent pas même une discussion de sang-froid. L’honneur est une chimère née des coutumes et des conventions humaines, lesquelles n’eurent jamais que l’absurdité pour base ; il est aussi faux que l’homme s’honore en assassinant l’ennemi de sa patrie, qu’il est faux qu’il se déshonore en massacrant le sien. Jamais des procédés égaux ne peuvent établir des suites inégales : si je fais bien en allant venger ma nation des injures qu’elle a reçues, je fais encore beaucoup mieux de me venger de celles qui me sont adressées. L’État, qui soudoie annuellement quatre ou cinq cent mille assassins pour servir sa cause, ne peut ni naturellement, ni légitimement me punir, moi, quand, à son exemple, j’en paye un ou deux pour me venger des insultes infiniment plus réelles que j’ai pu recevoir de mon adversaire : car enfin les insultes faites à cette nation ne la touchent jamais personnellement, tandis que celles que j’ai reçues atteignent directement ma personne, et la différence est très grande. Mais un homme essayera-t-il de dire ces choses-là dans le monde ? On le traitera de lâche, de poltron, et la réputation d’esprit ou de sagesse qu’il se sera faite toute sa vie lui sera tout à coup enlevée par quelques méprisables freluquets aussi plats qu’imbéciles, à qui trois ou quatre bégueules, qu’il faudrait fesser dans tous les carrefours, auront persuadé qu’il n’y a rien de si beau que d’aller risquer sa vie, quand on est en droit de prendre celle des autres.

— Je pense absolument comme vous deux sur le duel, dit Olympe, et j’espère que vous m’avez assez estimée pour ne pas me confondre avec ces femmes imbéciles qui ne font cas d’un homme qu’en raison de ce que, pour une offense prétendue, il va faire au coin d’un pré le vil métier de gladiateur. Je méprise bien souverainement un alguazil de cette espèce. Cela peut être délicieux dans un valet de chambre ou dans un soldat : ces gens-là doivent se battre comme des portefaix ; mais un homme d’esprit, un homme riche… renoncer à ses études, à son aisance, pour aller prêter le collet à un fier-à-bras qui n’a d’autre talent que de croiser le fleuret, et qui ne l’a insulté que parce qu’il était sûr de s’en défaire… mettre l’honneur à aller bravement faire raison à des coquins de cette espèce… Qu’il faut être plat pour s’y hasarder ! oui, plat : il y a de la bassesse à donner aux autres de l’avantage sur soi, et à risquer d’aller perdre en un instant, pour rien, tous les agréments, tous les avantages qu’on a reçus de la nature. Laissons ce ridicule mérite aux siècles grossiers de la chevalerie errante ; ce n’est point pour spadassiner comme un soldat que les gens de talent sont faits, c’est pour honorer et cultiver les arts, les encourager, servir la patrie quand il le faut, et ne sacrifier qu’à elle seule le sang qui coule dans leurs veines. Quand un homme de cet état a un ennemi qui lui est inférieur, qu’il le fasse assassiner : telle est la seule manière de s’en débarrasser que la nature lui indique ; si celui qui l’a offensé est de son rang, que tous deux portent leurs plaintes à un tribunal doux, érigé pour cela, que les différends y soient jugés : il n’y en a point, entre gens honnêtes, qui ne puissent s’arranger à l’amiable ; il faut que celui qui a tort, cède ; c’est la loi… Mais du sang… du sang répandu pour un propos, une jalousie… une querelle… un persiflage… un reproche : c’est une absurdité révoltante. Le duel ne fut connu que quand les principes de l’honneur balancèrent ceux de la vengeance, et ne fut par conséquent admis que quand les hommes se policèrent. Jamais la nature ne grava au cœur de l’homme de risquer sa vie pour se venger d’une offense reçue, parce qu’il n’est nullement juste ni naturel de s’exposer à une seconde parce qu’on en a reçu une première. Mais il est très équitable, très bien fait, de laver la première dans le sang de l’agresseur, sans risquer de répandre le sien, s’il est notre inférieur, et de s’accommoder à l’amiable avec lui, s’il est notre supérieur ou notre égal. Que l’on ne soit jamais la dupe du procédé des femmes à cet égard ; ce n’est pas la bravoure d’un homme qu’elles désirent, c’est le triomphe que leur orgueil remporte à faire dire qu’un tel homme s’est battu pour leurs charmes. Ce ne sont pas non plus des lois qu’il faut faire pour extirper cet usage odieux : avec des lois, on révolte, on aigrit et l’on ne gagne jamais rien. C’est avec l’arme du ridicule qu’il faut abolir cette odieuse coutume. Il faut que toutes les femmes ferment leur porte à un coquin de duelliste ; il faut qu’on le nasarde, qu’on le bafoue, il faut qu’il soit montré au doigt, il faut que chacun s’écrie en le voyant : « Voilà l’homme qui a été assez vil, assez lâche pour aller faire le plat métier de champion, et qui a été assez sot pour croire que des paroles que le vent emporte, ou des coups qui ne se sentent qu’un instant, devaient être acquittée par le prix d’une vie dont on ne jouit jamais qu’une fois ; fuyez-le, c’est un fou ».

— Olympe a raison, dit Clairwil, telle est la seule manière dont on fera tomber cet infâme préjugé. On objectera peut-être que le courage martial s’éteindra dans les cœurs, quand il ne sera plus exercé. Soit ; mais je vous avoue que le courage est une vertu de dupe dont je fais bien peu de cas : je n’ai jamais vu que des imbéciles qui fussent braves. Le second des Césars fut un très grand homme, sans doute, et n’était pourtant qu’un poltron ; Frédéric de Prusse était rempli d’esprit et de talents… il avait un accès de fièvre toutes les fois qu’il s’agissait de se battre. Je n’en finirais pas, s’il fallait vous nommer tous les hommes illustres que la crainte enchaîna : les Romains mêmes révéraient la peur, ils lui érigèrent des autels. La peur, en un mot, est dans la nature, elle est née du soin intime de se conserver, soin qu’il est impossible de ne pas avoir, tant il est gravé dans nous par l’être moteur qui nous lança sur ce globe, c’est-à-dire par la nature. Mésestimer un homme parce qu’il craint le danger, c’est le mésestimer de ce qu’il aime la vie. Pour moi, je vous proteste de faire toujours le plus grand cas d’un homme qui craindra la mort ; de ce moment-là seul, je lui croirai de l’esprit, une jolie tête et de la volupté dans les plaisirs. Le lendemain de ce que tout Paris eut déshonoré La Luzerne pour avoir assassiné son ennemi sur le champ du duel, je voulus coucher avec lui : j’ai peu vu de mortels plus aimables… aucun, sans doute, dont la tête fût aussi joliment organisée…

— Il n’y a que ceux-là de charmants, interrompis-je avec vivacité ; plus un homme a vaincu de préjugés, et plus il a d’esprit : l’homme resserré dans les étroits principes de la morale, nécessairement sec et ennuyeux, n’osant rien franchir, sera monotone comme les maximes qu’il professe, et comme, avec la sorte d’imagination que nous a donnée la nature, nous ne retirerons rien de sa société, nous devons nous en préserver avec soin.

Au bout de quelques jours, Sbrigani se trouva beaucoup mieux.

— Il vient de me foutre, me dit Clairwil ; c’est par cette épreuve que j’ai voulu m’assurer de sa bonne santé, et je réponds qu’il a très bien bandé : je suis encore inondée de son sperme… Écoute-moi, Juliette, poursuivit cette femme incroyable, est-il vrai que cet homme soit aimé de toi ?

— Il m’a rendu bien des services.

— Il n’a fait que son devoir, tu le payes. Est-ce que ton âme commence à se pénétrer des grands principes de la reconnaissance ?

— Non, d’honneur.

— C’est que je ne l’aime pas, moi, ce Sbrigani, je m’en méfie, d’ailleurs ; cet homme-là finira par nous voler.

— Dis plutôt que tu en es lasse, parce qu’il t’a bien foutue, et que tu ne peux plus souffrir les hommes quand ils t’ont déchargé dans le con.

— Celui-là ne m’a jamais foutue qu’en cul ; vois mon derrière : il distille encore le foutre qu’il vient d’y répandre.

— Folle, où en veux-tu venir, en un mot ?

— A nous débarrasser de ce bougre-là.

— Songes-tu qu’il s’est battu pour nous ?

— Raison de plus pour que je le déteste ; car son action devient alors une preuve de sa bêtise.

— Encore une fois, qu’en veux-tu faire ?

— Il prend demain une dernière médecine… Il faut l’enterrer après-demain.

— Il te reste donc encore beaucoup de ces drogues charmantes que nous achetâmes ensemble chez la Durand ?

— Beaucoup, et je veux que ton Sbrigani les goûte.

— Ah, Clairwil ! les années ne te corrigent point, tu es, et seras toujours, une grande scélérate. Mais, que dira notre sœur Olympe ?

— Ce qu’elle voudra ; quand j’ai l’envie de commettre un crime, je m’embarrasse fort peu de ce qu’en pensent les autres, et l’orgueil de ma réputation n’est pas celui qui domine mon cœur.

Je consentis : pouvais-je me refuser au crime ? Tout ce qui en portait l’empreinte m’était trop précieux pour que je ne l’adoptasse pas aussitôt. Je m’étais servie de cet Italien, plus par besoin que par amour. Clairwil promettait de remplir dans la société tous les soins dont il était chargé : Sbrigani devenait inutile ; je signai son arrêt ; Olympe consentit. Le lendemain, Sbrigani, empoisonné par Clairwil même, fut apprendre aux démons des enfers, que les esprits malins qui existent dans le corps d’une femme sont mille fois plus dangereux que ceux que les prêtres et les poètes nous peignent au Tartare. Cette opération faite, nous parcourûmes les alentours de Naples.

En aucun endroit de l’Europe la nature n’est belle, n’est imposante, comme dans les environs de cette ville. Ce n’est point cette beauté triste, uniforme des plaines de la Lombardie, laissant l’imagination dans un repos qui tient de la langueur : ici, partout, elle s’enflamme ; les désordres, les volcans de cette nature, toujours criminelle, plongent l’âme dans un trouble qui la rend capable des grandes actions et des passions tumultueuses. Ceci, c’est nous, dis-je à mes amies, et les gens vertueux ressemblent à ces tristes campagnes du Piémont dont l’uniformité nous désolait. En examinant bien cet étonnant pays, il semble qu’il n’ait été qu’un volcan autrefois ; à peine y voit-on un seul endroit qui ne porte l’emblème d’un bouleversement. Elle a donc quelquefois des torts, cette bizarre nature… Et l’on ne veut pas que nous l’imitions ? quelle injustice ! La solfatare que nous parcourûmes semble être la preuve de ce que je dis.

Nous arrivâmes à Pouzzoles, ayant perpétuellement sous nos yeux les tableaux les plus variée et les plus pittoresques. C’est de là qu’on découvre la jolie petite île de Nicette, où Brutus se retira après avoir tué César. Quel délicieux séjour pour le genre de voluptés que nous chérissons ! On serait là comme au bout de la terre ; un voile impénétrable déguiserait à tous les yeux la secrète horreur qu’on y voudrait commettre ; et rien n’aiguise l’imagination, rien ne l’enflamme, comme le silence et le mystère. Plus loin, s’aperçoivent les côtes de Sorrente et de Massa, le golfe de Naples, des ruines, de beaux édifices, de riches coteaux, tout ce qui peut orner, enfin, la plus riante perspective, et former le point de vue le plus agréable.

Pouzzoles, où nous entrâmes pour dîner, ne porte plus aujourd’hui aucune marque de son ancienne splendeur ; mais sa situation n’en est pas moins une des plus délicieuses du royaume de Naples. Cependant le peuple grossier qui l’habite ne sent pas son bonheur : l’excès de son aisance ne sert qu’à le rendre plus barbare et plus insolent.

Dès que nous parûmes, une foule de gens se présentèrent pour nous faire voir les curiosités du pays.

— Enfants, dit Olympe en fermant la porte sur une douzaine de ces coquins-là, qui s’étaient introduits dans notre chambre, nous sommes décidées à ne nous servir que de celui de vous qui possède le plus beau vit. Montrez-nous tous ce que vous portez : nous choisirons.

Tous consentent au marché ; nous déculottons, nous excitons, nous branlons, six sont jugés dignes des honneurs de la jouissance, et le plus gros, c’est-à-dire un drôle tout déguenillé, dont l’engin avait treize pouces de long sur neuf de tour, obtient seul, après nous avoir foutues toutes trois, le privilège d’être notre cicérone. On le nommait Raphaël.

Il nous mène d’abord au temple de Sérapis, dont les magnifiques débris nous firent présumer que cet édifice avait été superbe. Nous parcourûmes les antiquités d’alentour, et partout nous vîmes des preuves non équivoques de la magnificence et du goût de ces peuples grec et romain qui, après avoir un moment illustré la terre, se sont évanouis, comme disparaîtront ceux qui la font trembler aujourd’hui.

Les restes d’un monument d’orgueil et de superstition se présentèrent ensuite à nos yeux. Trasile avait prédit à Caligula qu’il ne parviendrait à l’empire, qu’après avoir été de Baïes à Pouzzoles, sur un pont. L’empereur en fit construire un de bateaux, dans un espace de deux lieues, et il le traversa à la tête de son armée. C’était une folie, sans doute, mais c’était celle d’un grand homme ; et les crimes de Caligula, qui feront époque dans l’histoire, prouvent à la fois, il en faut convenir, et l’homme le plus extraordinaire et l’imagination la plus impétueuse.

Du pont de Caligula, Raphaël nous mena à Cumes : il nous fit observer, près des ruines de cette ville, celles d’une maison de Lucullus. Nous fîmes, en les apercevant, quelques réflexions sur la magnificence de cet homme célèbre. Il n’est plus… Et nous aussi, dîmes-nous, dans quelques mois, dans quelques années, nous aurons vécu comme lui : la faux de la Parque ne respecte rien, elle moissonne également et le riche et le pauvre, le vertueux et le criminel… Semons donc des fleurs sur cette carrière que nous devons parcourir en si peu d’instante, et que ce soit avec l’or et la soie que la putain file au moins nos jours.

Nous pénétrâmes dans les ruines de Cumes, où nous remarquâmes principalement les débris du temple d’Apollon bâti par Dédale, lorsque, fuyant la colère de Minos, il vint s’arrêter dans cette ville.

Pour aller de là à Baïes, nous traversâmes le village de Bauli, où les poètes placèrent les Champs-Élysées. Près de là, se voit l’ancien Achéron.

— Allons visiter l’enfer, me dit Clairwil, en voyant ces eaux ; allons tourmenter ceux qui y sont, ou nous amuser de leurs supplices… J’aimerais les fonctions de Proserpine, et pourvu que des maux s’opèrent sous mes yeux, je serai toujours la plus heureuse des femmes.

Un printemps éternel règne dans cette vallée. Au milieu des vignes et des peupliers, se voient, çà et là, les caveaux qui renfermaient les urnes cinéraires, et Caron demeurait sans doute à Misène. On aime à se persuader tout cela, quand on a de l’imagination. Cette brillante partie de notre esprit vivifie tout, et la vérité, toujours au-dessous de la chimère, devient presque inutile à celui qui sait créer et embellir le mensonge.

Au-dessous du village de Bauli, se voient cent chambres communiquant les unes dans les autres ; on appelait ce lieu la prison de Néron : là gémissaient, sans doute, les victimes de la luxure et de la cruauté de ce scélérat.

On voit, un peu plus loin, la Piscine merveilleuse. C’était le réservoir d’eau qu’Agrippa fit construire à l’usage de la flotte oui séjournait ordinairement dans le cap, pour passer au promontoire de Misène. Ici on s’embarque à peu près dans le même trajet que parcourait la barque de Caron. Ce cap forme un port assuré, dont les Romains connaissaient toute l’importance. C’est là où était la flotte de Pline, lors de l’éruption du Vésuve qui lui coûta la vie. Quelques débris annoncent l’importance de cette ancienne ville. On descend de là à Bauli, où se voit le tombeau d’Agrippine. Ce fut sur la partie mer qui fait face à ce village, que s’exécuta le brisement de la barque dans laquelle Néron voulut faire périr sa mère. Mais le stratagème ne réussit pas : Agrippine et ses femmes, qui revenaient d’une fête à Baïes, tombèrent à l’eau sans se noyer ; l’impératrice aborda le lac Lucrin, et put gagner sa maison ; ce qui rend fort douteuse la tradition qui place à Bauli le tombeau de cette femme célèbre.

— J’aime, me dit Clairwil en parlant de ce trait, la manière pleine d’artifice dont Néron se défait de sa mère. Il y a là une cruauté, une perfidie, un abandon de toute vertu qui me rendent Néron bien cher. Il avait été très épris d’Agrippine ; Suétone nous assure qu’il s’était souvent branlé pour elle… Et il la tue. Ô Néron ! laisse-moi vénérer ta mémoire ; je t’adorerais, si tu existais encore ! et tu seras éternellement mon modèle et mon dieu !

Après cette plaisante exaltation de Clairwil, toujours guidées par Raphaël, qu’Olympe caressait beaucoup pendant que nous jasions, mon amie et moi, nous parcourûmes cette côte, si célèbre jadis par la multitude des superbes maisons qui l’embellissaient : elle n’est plus habitée maintenant que par quelques malheureux pêcheurs. Le premier objet important qui s’y voit est le château fort qui défend cette partie. Insensiblement on arrive sur la plage, et l’on se trouve alors dans l’emplacement de cette fameuse ville de Baïes, centre de délices et de voluptés. C’est là que les Romains venaient se livrer aux débauches les plus fortes et les plus variées. Rien au monde ne devait être délicieux comme la position de cette ville, à l’abri des vents du nord par une montagne, et présentant son centre au midi, afin que l’astre qui vivifie la nature, au sein duquel s’allume le flambeau des passions, pût venir, de ses rayons sacrés, enflammer celle des heureux habitants de cette riante contrée. Malgré tout le bouleversement éprouvé par ce beau pays, on y respire encore cet air doux et voluptueux, poison des mœurs et des vertus, aliment délicat du vice et de tous les prétendus crimes de la luxure. Vous vous rappelez à cet égard, mes amis, les invectives de Sénèque ; mais les reproches de ce moraliste sévère ne tenaient pas contre les inspirations irrésistibles de la nature, et, tout en lisant le philosophe, on se plaisait aux outrages les mieux constatés de ses principes.

Une chétive cabane de pêcheurs est tout ce qui reste aujourd’hui de cette ville délicieuse, et quelques débris intéressants que nous parcourûmes, tout ce qui reste de sa grandeur.

Vénus devait être la divinité favorite d’une ville aussi corrompue. On y voit les débris de son temple, mais dans un tel état de délabrement, qu’il est difficile de juger du passé par le présent. Des souterrains, des corridors sombres et mystérieux, s’aperçoivent pourtant encore, et prouvent que ce local servait à des cérémonies fort secrètes. Un feu subtil se glisse, dans nos veines dès que nous y entrâmes ; Olympe, se pencha sur moi, et je vis le foutre s’exhaler de ses yeux.

— Raphaël, s’écria Clairwil, il faut que nous offrions un sacrifice dans ce temple !

— Vous m’avez épuisé, dit notre cicérone, nos courses ont achevé de me fatiguer ; mais je connais près d’ici quatre ou cinq pêcheurs qui ne demanderont pas mieux que de vous contenter.

Il dit, et n’est pas six minutes à nous ramener la plus mauvaise compagnie, mais en même temps la plus nombreuse. Aveuglées par le libertinage qui nous consumait toutes les trois, nous ne nous étions pas aperçues de l’affreuse imprudence que nous venions de commettre. Que pouvaient, dans ce lieu sombre et solitaire, trois femmes contre dix hommes qui s’avançaient insolemment vers elles ? Rassurées par les inspirations du dieu qui conserve et fait prospérer le vice, nous ne nous effrayâmes pas.

— Mes amis, leur dit Olympe en italien, nous n’avons pas voulu visiter le temple de Vénus, sans offrir un sacrifice à cette déesse ; voulez-vous en devenir les prêtres ?

— Pourquoi pas ? dit l’un de ces rustres en troussant brusquement l’orateur.

— Allons, allons, foutons-les ! dit un autre en s’emparant de moi.

Mais comme nous ne pouvions en recevoir que trois, les sept qui ne furent pas choisis se disputèrent au point que les couteaux allaient s’en mêler, si je ne me fusse hâtée de leur prouver qu’avec un peu d’art, chacune de nous pouvait en occuper trois. Je donne l’exemple : un m’enconne, je présente mon derrière au second, et suce le troisième ; mes compagnes m’imitent : Raphaël, épuisé, nous regarde, et nous voilà toutes trois à foutre comme des garces. On ne se fait pas l’idée de la grosseur du vit des Napolitains : quoique nous eussions promis de sucer le troisième, nous fûmes contraintes de le branler, ne pouvant le faire entrer dans notre bouche. Aussitôt qu’ils avaient parcouru quelque temps le local où nous les recevions, ils changeaient de place, c’est-à-dire que tous foutirent nos cons et nos culs, et que tous déchargèrent au moins trois fois. Le sombre de ce local, les mystères qu’on y célébrait, l’espèce de gens avec qui nous étions, peut-être même les dangers que nous courions, tout cela nous avait échauffé la tête, et nous désirions des horreurs… Mais, étant les plus faibles, comment s’y prendre pour les exécuter ?…

— As-tu des dragées ? demandai-je bas à Clairwil.

— Oui, me répondit-elle, je ne marche jamais sans cela.

— Eh bien, dis-je, offres-en à nos champions.

Olympe, au fait, leur explique que ces bonbons vont leur rendre le courage, et que nous les invitons à en manger. Je les présente : j’ambitionnais toujours cet honneur en tel cas ; nos coquins les avalent.

— Encore une course de chacun d’eux, dit Clairwil sans qu’on pût l’entendre ; à présent que la mort est dans leur sang, faisons-leur perdre le dernier foutre qu’ils peuvent obtenir de la nature.

— A merveille, dis-je, mais n’y a-t-il pas à craindre qu’ils ne nous transmettent le venin qui circule déjà dans leurs veines ?

— Évitons la bouche ; mais livrons-nous sans crainte au reste, dit Clairwil : il n’y a pas le moindre danger ; pareille extravagance m’est arrivée cent fois, et tu vois comme je me porte…

L’affreux caractère de cette femme m’électrisait ; je l’imitai : de mes jours je ne goûtai de plaisirs plus vifs. Cette perfide idée de la certitude où je devais être, que, par mes noirceurs, l’homme que je tenais dans mes bras ne s’en arracherait que pour tomber dans ceux de la mort, cette idée barbare mit un sel si piquant à ma jouissance, que je m’évanouis pendant la crise.

— Pressons-nous, dis-je à mes amies sitôt que j’eus repris mes sens ; évitons d’être dans ce souterrain, quand les douleurs commenceront à les prendre.

Nous remontâmes les premières. Raphaël, qui n’avait participé ni aux jeux, ni à leurs suites cruelles, continua de nous servir de guide, et nous n’avons jamais su les suites d’une atrocité dont les moyens étaient trop sûrs pour ne pas avoir eu tout le succès que nous en attendions.

— Eh bien ! dis-je à Clairwil, il est donc décidé maintenant que la scélératesse a fait en toi de tels progrès qu’il te devient impossible de foutre un homme sans lui désirer la mort ?

— Cela n’est que trop vrai, me répondit mon amie ; on n’imagine pas, ma chère Juliette, ce que c’est que de vieillir avec le crime : il prend en nous de si terribles racines, il s’identifie tellement à notre existence, que nous ne respirons exactement plus que pour lui. Croirais-tu que je regrette tous les instants de ma vie où je ne me souille pas d’horreurs ? Je voudrais ne faire que cela ; je voudrais que toutes mes idées tendissent à des crimes, et que mes mains exécutassent à tout instant ce que viendrait de concevoir ma tête. Oh ! Juliette, comme le crime est délicieux, comme la tête s’enflamme à l’idée de franchir impunément tous les freins ridicules qui captivent les hommes ! Quelle supériorité l’on acquiert sur eux, en brisant, comme nous le faisons, tout ce qui les contient, en transgressant leurs lois, en profanant leur religion, en reniant, insultant, bafouant leur exécrable Dieu, en bravant jusqu’aux préceptes affreux dont ils osent dire que la nature compose nos premiers devoirs ! Ah ! mon chagrin maintenant, je te l’ai dit, est de ne rien trouver d’assez fort ; quelque épouvantable que puisse être un crime, il me paraît toujours au-dessous des projets de ma tête. Ah ! si je pouvais embraser l’univers, je maudirais encore la nature de ce qu’elle n’aurait offert qu’un monde à mes fougueux désirs !

Nous parcourûmes, en raisonnant ainsi, tout le reste de la campagne de Baïes, où l’on ne peut faire vingt pas, sans reconnaître les débris de quelque monument précieux, et nous nous trouvâmes près du lac d’Avernes, où nous arrivâmes par un chemin creux, très agréable, et bordé de haies toujours vertes. Nous ne ressentîmes rien de l’infection de l’air qui, jadis, faisait tomber les oiseaux morts dans ce lac : depuis longtemps, la qualité de ces eaux, et par conséquent de l’air, a totalement changé ; c’est aujourd’hui une situation très saine, et l’une de celles de toute la contrée qui conviendrait le mieux à un philosophe. C’est là qu’Énée sacrifia aux Dieux infernaux, avant que de s’engager dans les routes ténébreuses de l’enfer que lui avait indiquées la Sybille. A gauche est la grotte de cette Sybille, et dans laquelle on pénètre aisément. C’est une galerie voûtée de cent quatre-vingts pieds de long, sur onze de large et neuf de haut. En examinant bien le local, et se dépouillant un peu des idées romanesques que les poètes et les historiens nous font prendre, il est aisé de reconnaître que cette Sybille n’était qu’une maquerelle, et son antre un mauvais lieu. Plus on examine ce local célèbre, mieux cette idée se confirme ; et si, lorsqu’on l’étudie, on s’en rapporte aux idées de Pétrone, plutôt qu’aux descriptions de Virgile, on se convaincra bientôt tout à fait de cette opinion.

Un bouquet d’orangers qui, vers les bords qui vous font face, s’élève au milieu d’un temple de Pluton, forme, là, le point de vue le plus pittoresque qu’il y ait peut-être au monde. Nous parcourûmes ces ruines, cueillîmes des oranges, et regagnâmes Pouzzoles, à travers les tombeaux encore existants des deux côtés de la célèbre Voie Appienne. Nous ne pûmes, là, nous empêcher de nous récrier sur le respect ridicule que les Romains avaient pour les morts. Assises toutes trois dans le tombeau de Faustine, Olympe nous parle à peu près de la manière suivante :

— Il y a deux choses que je n’ai jamais comprises, mes amies, nous dit cette femme aimable et spirituelle : le respect qu’on a pour les morts, et celui qu’on a pour leurs volontés. Assurément l’une et l’autre de ces superstitions tiennent aux idées qu’on a de l’immortalité de l’âme ; car si l’on était bien convaincu des principes du matérialisme, si l’on était bien persuadé que nous ne sommes qu’un triste composé d’éléments matériels, qu’une fois frappés de la mort, la dissolution est complète, assurément le respect rendu à des morceaux de matière désorganisée deviendrait une absurdité si palpable, que personne ne voudrait l’adopter. Mais notre orgueil ne peut se plier à cette certitude de ne plus exister : on croit que les mânes du mort, environnant encore son cadavre, sont sensibles aux devoirs que l’on rend à cette masse ; on craint de les offenser, et l’on se plonge ainsi, sans le voir, dans l’impiété et l’absurdité les plus complètes. Convainquons-nous donc bien du système qu’il n’existe absolument plus rien de nous quand nous sommes morts, et que cette dépouille, que nous laissons sur terre, n’est plus que ce qu’étaient nos excréments, quand nous les déposions au pied d’un arbre, pendant que nous existions. Bien pénétrés de ce système, nous sentirions qu’il n’est dû ni devoir, ni respect à un cadavre ; que le seul soin qu’il mérite, bien plus pour nous que pour lui, est de le faire enterrer, brûler, ou de le faire manger à des bêtes ; mais que des hommages… des tombeaux… des prières… des louanges, ne lui appartiennent nullement, et ne sont que des tributs que la stupidité rend à l’orgueil, faite pour être détruite par la philosophie. Voilà qui contrarie bien toutes les religions antiques ou modernes, mais ce n’est pas à vous qu’il faut prouver que rien n’est absurde comme les religions, toutes fondées sur la fable odieuse de l’immortalité de l’âme et sur la ridicule existence d’un Dieu. Il n’est pas de bêtise qu’elles n’aient révérée ; et vous savez mieux que moi, mes amies, que, quand on examine une institution humaine, la première chose qu’on doit faire est d’écarter toute idée religieuse, comme le poison de la philosophie.

— Je suis parfaitement de l’avis de notre compagne, dit Clairwil, mais une chose singulière, c’est qu’il ait existé des libertins qui se soient fait des passions de ce système. J’ai souvent vu un homme, à Paris, qui payait au poids de l’or tous les cadavres de jeunes filles et de jeunes garçons décédés d’une mort violente et fraîchement mis en terre : il se les faisait apporter chez lui, et commettait une infinité d’horreurs sur ces corps frais…

— Il y a longtemps, dis-je, que l’on sait que la jouissance d’un individu récemment assassiné est véritablement très voluptueuse ; le resserrement de l’anus y est, pour les hommes, infiniment plus entier.

— Il y a d’ailleurs à cela, dit Clairwil, une sorte d’impiété imaginaire qui échauffe la tête, et je l’essayerais assurément, si mon sexe ne s’y opposait pas…

— Cette fantaisie doit mener au meurtre, dis-je à mes amies : celui qui trouve qu’un cadavre est une bonne jouissance est bien près de l’action qui doit les multiplier.

— Cela doit être, dit Clairwil, mais qu’importe ! si c’est un grand plaisir que de tuer, vous conviendrez que c’est un bien petit mal.

Et comme le soleil baissait, nous nous hâtâmes de regagner Pouzzoles, à travers les ruines de la superbe maison de Cicéron.

Il était tard quand nous rentrâmes ; une foule de lazzaroni nous attendait à la porte. Raphaël nous dit que comme ils avaient appris que nous aimions les hommes, ils se présentaient pour nous servir.

— Ne craignez rien, nous dit notre guide, ce sont d’honnêtes gens, ils savent que vous payez bien, ils vous foutront de même. On ne se gêne pas plus que cela, dans ce pays-ci, et nous n’êtes pas les premières voyageuses qui aient tâté de nous.

— A quelque point que nous soyons excédées aujourd’hui, dit Clairwil, il ne faut pas refuser la bonne volonté de ces braves gens. J’ai toujours remarqué qu’un nouvel exercice délasse plus d’une ancienne fatigue, qu’un repos : allons, il faut que les travaux de l’Amour fassent oublier ceux d’Apollon…

Mais comme ici la nature n’exigeait plus rien, et que, rassasiées de débauche, nous ne nous livrions plus que par libertinage, nous nous plongeâmes dans les plus sales excès.

Trente hommes, choisis sur plus de cent, et dont les membres étaient gigantesques, s’enfermèrent avec nous ; il n’y en avait pas un seul qui passât trente ans et qui n’eût un engin de treize pouces de long sur huit de circonférence ; dix petites paysannes de sept à douze ans, que nous payâmes au poids de l’or, furent de même admises à ces orgies. Après un magnifique souper, dans lequel on avait bu plus de trois cents bouteilles de Falerne, nous commençâmes par faire bander tous les vits, en les excitant nous-mêmes légèrement ; nous formâmes ensuite un long chapelet de tous ces coquins, le vit au cul les uns des autres ; les dix petites filles, nues, nous branlaient pendant ce temps. Nous longeâmes le chapelet, vérifiâmes les introductions, maniâmes toutes les couilles et suçâmes toutes les bouches ; reprenant le chapelet dans un autre sens, nous leur présentâmes à tous, cette fois-ci, nos fesses à baiser. Ils avaient défense, sous les peines les plus graves, de se décharger mutuellement dans le derrière ; sitôt qu’ils bandaient ferme, ils devaient venir placer leur vit écumant dans les mains d’une des petites filles, laquelle venait remplir tout de suite avec, ou nos culs ou nos cons : tous nous virent d’abord une fois de cette manière. Nous nous en mîmes, ensuite, chacune cinq sur le corps, ce qui forma six divisions, qui nous foutirent ainsi groupe par groupe ; il y en avait un dans chaque ouverture, un dans la bouche ou sur le sein, lorsqu’il était trop gros pour être sucé, puis un dans chaque main. Pendant cette scène, les dix petites filles, montées sur des chaises, formaient un cercle autour de nous, avec ordre de nous arroser de merde et d’urine. Je ne connais rien, pour mon compte, qui m’excite autant qu’une pareille inondation ; quand je fous, je voudrais en être couverte. Nous n’offrîmes bientôt plus que le cul. Couchées sur trois petites filles dont les langues chatouillaient nos cons, nos clitoris et nos bouches, les trente hommes nous sodomisèrent chacun trois coups de suite. Cela fait, trois nous gamahuchèrent, trois nous suçaient la bouche, nous en branlions un de chaque main, et les petites filles nous en faisaient dégorger un sur le ventre ou sur les tétons ; tous ensuite furent branlés par les petites filles sur nos clitoris ; une de celles qui ne branlaient pas, inondait, mouillait, frottait cette délicate partie avec le sperme que sa compagne faisait éjaculer, pendant qu’une troisième, à califourchon sur nos nez, nous faisait baiser à la fois l’intérieur de son con et le trou de son cul.

Une flagellation suivit. Nous foutions les hommes qui, en même temps, le rendaient aux filles ; nous nous fîmes ensuite attacher, nos mains étaient liées au-dessus de nos têtes, et nos jambes à des pieds de lit ; là, chaque homme nous administra cent coups de verges : nous pissions pendant ce temps-là sur le visage de trois petites filles, étendues à nos pieds pour cette cérémonie ; nous livrâmes ensuite ces dix enfants à nos trente fouteurs, qui les dépucelèrent et les déchirèrent toutes les dix, et par-devant et par-derrière. Nous fustigeâmes vigoureusement ensuite ces dix enfants, pendant que les hommes nous insultaient de toutes les manières possibles, et nous meurtrissaient à grands coups de pied dans le derrière. Incroyablement irritées de ce traitement, nous nous fîmes encore plus complètement rosser ; ce ne fut qu’après nous avoir renversées sous eux, à force de coups et de mauvais traitements, qu’ils obtinrent, par ce triomphe, le droit de nous enculer chacun encore une fois, et, pendant cette dernière avanie, quatre d’entre eux venaient à la fois nous péter, nous pisser et nous chier sur le nez ; nous en faisions autant aux petites filles, contraintes à avaler ce que nous rendions ; nous attachâmes à la fin tous les vits, par des rubans de soie, au plafond, nous frottâmes toutes les couilles avec de l’esprit-de-vin, nous y mîmes ensuite le feu, et nous obtînmes enfin de cette dernière cérémonie, chacune une dernière éjaculation dans la matrice ou dans le cul, d’après le désir des assaillants.

Étrangères dans cette ville, quoique autorisées par le roi dont nous avions le brevet d’impunité dans notre poche, nous n’osâmes pas, de peur de cette populace, nous livrer à d’autres excès, et toute cette canaille congédiée avec beaucoup d’argent, nous donnâmes quelques heures au repos, au bout desquelles nous nous levâmes, à dessein de poursuivre notre intéressante promenade.

Nous parcourûmes rapidement les îles de Procita, d’Ischia et de Niceta, et revînmes le lendemain à Naples, à travers une foule de débris intéressants par leur antiquité, et de maisons de campagne délicieuses par leur position.

Ferdinand avait envoyé savoir de nos nouvelles : nous fûmes lui rendre compte de la vive impression que les beautés des environs de sa capitale nous avaient fait ressentir. Il nous proposa de nous mener, quelques jours après, souper chez le prince de Francaville, le plus riche seigneur de Naples, et le plus bougre en même temps.

— On n’imagine pas, nous dit le roi, les excès auxquels il se porte en ce genre. Je lui ferai dire, poursuivit le monarque, de ne point se gêner pour nous, et que nous n’allons le voir que pour examiner philosophiquement ses débauches.

Nous acceptâmes. La reine était avec nous.

Rien n’égale, dans toute l’Italie, le luxe et la magnificence de Francaville ; il a tous les jours une table de soixante couverte, servie par deux cents domestiques, tous de la plus agréable figure. Le prince, pour nous recevoir, avait fait construire un temple à Priape, dans les bosquets de son jardin. De mystérieuses allées d’orangers et de myrtes conduisaient à ce temple, magnifiquement éclairé ; des colonnes torses de roses et de lilas soutenaient une coupole de jasmin, sous laquelle se voyait un autel de gazon, sur la droite ; à gauche, une table de six couverte, et, dans le milieu, une large corbeille de fleurs dont les pampres et les festons, chargés de lampions de couleur, s’élevaient en guirlandes jusqu’au faite de la coupole. Différents groupes de jeunes gens presque nus, au nombre de trois cents, remplissaient, çà et là, tous les intervalles, et, sur le haut de l’autel de gazon, paraissait Francaville, debout sous l’emblème du Priape, dieu du temple où nous étions introduits. Des groupes d’enfants venaient l’encenser tour à tour.

— Être révéré dans cette enceinte, lui dit la reine en entrant, nous venons partager tes plaisirs, nous recueillir à tes mystères, et non pas les troubler. Jouis des hommages multipliés qui te sont offerts ; nous ne voulons que les contempler.

Des banquettes de fleurs étaient en face de l’autel, nous nous assîmes ; le dieu descendit, se courba sur cet autel, et la cérémonie commença.

Francaville nous offrait le plus beau cul du monde ; deux jeunes enfants, placés près de ce cul, devaient avoir le soin de l’entr’ouvrir, de l’essuyer, et de diriger vers le trou les membres monstrueux qui, par douzaines, allaient venir se précipiter dans son sanctuaire ; douze autres enfante disposaient les vits. Je n’ai vu de mes jours un service aussi lestement fait que celui-là. Ces beaux membres, ainsi préparés, arrivaient de main en main jusque dans celles des enfants qui devaient les introduire ; ils disparaissent dans le cul du patient : ils en sortaient, ils étaient remplacés ; et tout cela avec une légèreté, une promptitude dont il est impossible de se faire d’idée. En moins de deux heures, les trois cents vits passèrent dans le cul de Francaville, qui, se retournant à la fin vers nous quand il a tout gobé, élance, au moyen d’une violente pollution administrée par les deux jeunes Ganymèdes, quelques gouttes d’un sperme clair et blanchâtre, dont l’émission lui ayant coûté cinq ou six cris, le remit bientôt dans le calme.

— Mon cul est dans un état affreux, nous dit-il en se rapprochant de nous ; vous avez voulu le voir traité de cette manière, je vous ai satisfaites. Je gage qu’aucune de vous, mesdames, n’a de ses jours été foutue comme je viens de l’être.

— Ma foi non, dit Clairwil encore tout étonnée, mais je te tiendrai tête quand tu voudras, et soit en cul, soit en con, je parie te faire demander grâce.

— Ne l’entreprends pas, ma bonne, dit Charlotte ; mon cousin Francaville ne te fait voir là que l’échantillon de ce qu’il sait faire, mais dix bataillons ne l’effrayeraient pas. Ainsi, crois-moi, ne gage point.

— Voilà qui va le mieux du monde, dit Clairwil avec son aimable franchise, mais, sire, votre prince croit-il que nous nous contenterons de le voir faire ?

— Ici, bien certainement, répondit le roi, car telles belles que vous puissiez être, mesdames, je vous réponde qu’il ne serait pas un seul de ces jeunes gens qui consentît seulement à vous toucher.

— Mais nous avons aussi des culs, et nous leur en présenterons…

— Aucun, dit Francaville, aucun ne voudrait seulement de l’épreuve, et s’il avait la faiblesse de s’y prêter, je ne le reverrais de mes jours.

— Voilà ce qui s’appelle tenir à son culte, dit Clairwil, et je ne les en blâme pas. Soupons donc, au moins, puisqu’il n’est pas possible de foutre, et que Comus nous dédommage, s’il le peut, des cruelles privations que Cypris nous fait éprouver…

— Rien de plus juste, reprit Francaville.

Le plus grand souper du monde fut alors servi par les Ganymèdes, et les six couverts remplis par le roi, la reine, le prince, mes deux sœurs et moi. On ne se fait pas d’idée de la délicatesse et de la magnificence de la chère que nous fîmes : les mets de tous les pays de l’univers, les vins de toutes les parties du monde, furent exactement prodigués, et, par un luxe que je ne connaissais pas encore, rien ne s’enlevait de dessus la table : dès qu’un mets ou un vin avait seulement paru, il était aussitôt enfoui dans de grandes cuves d’argent, par le fond desquelles tout disparaissait en terre.

— Des malheureux mangeraient ces restes ! dit Olympe.

— Il n’y a point de malheureux sur la terre, quand nous existons, répondit Francaville ; je déteste jusqu’à l’idée que ce qui ne me sert plus puisse en soulager un autre.

— Son âme est aussi dure que son cul est large, dit Ferdinand.

— Je ne connaissais pas cette prodigalité, dit Clairwil, mais je l’aime ; le procédé de renvoyer ses restes à d’autres refroidit l’imagination : il faut, dans de pareilles orgies, pouvoir jouir de l’idée délicieuse de se croire les seuls sur la terre.

— Eh ! que m’importent les malheureux, quand rien ne me manque ? dit le prince ; leurs privations aiguillonnent mes jouissances : je serais moins heureux, si je ne savais pas qu’on souffre à côté de moi, et c’est de cette avantageuse comparaison que naît la moitié des plaisirs de la vie.

— Cette comparaison, dis-je, est bien cruelle.

— Elle est dans la nature ; rien n’est cruel comme la nature et ceux qui suivent ses impressions littéralement, seront toujours des bourreaux ou des scélérats22.

— Mon ami, dit Ferdinand tous ces systèmes sont bons, mais ils nuisent bien à ta réputation : si tu savais tout ce qu’on dit de toi, dans Naples…

— Oh ! je me moque de la calomnie, répondit le prince ; la réputation est si peu de chose, c’est un bien si méprisable, que je ne m’offense nullement qu’on se divertisse avec moi de ce qui m’amuse autant avec les autres.

— Oh ! monsieur, dis-je alors à cet insigne libertin, en affectant un ton dogmatique, ce sont les passions qui vous aveuglent à ce point, et les passions ne sont pas les organes de la nature, comme vous le prétendez vous autres gens corrompus : elles sont les fruits de la colère de Dieu, et nous pouvons obtenir d’être délivrés de ce joug impérieux, en implorant les grâces de l’Éternel, mais il faut les lui demander. Ce n’est pas en vous faisant mettre trois ou quatre cents vits dans le cul par jour, ce n’est pas en n’approchant jamais du saint tribunal de la confession, en ne participant jamais aux faveurs du saint trésor de l’eucharistie, ce n’est point en vous roidissant aux bonnes intentions, dont vous éprouvez les lueurs, non, non, ce ne sera point par une telle conduite que vous parviendrez à l’oubli et à la réparation de vos fautes. Oh ! monsieur, que je vous plains, si vous persistez dans cette inconduite ! Songez au sort qui vous attend après cette vie : comment pouvez-vous croire que, libre de vous décider vers le bien ou vers le mal, le Dieu juste qui vous a donné ce libre arbitre ne vous punisse pas du mauvais usage que vous en aurez fait ? Croyez-vous, mon ami, qu’une éternité de souffrances ne mérite pas un peu de réflexion, et que la certitude de ces souffrances ne vaille pas le sacrifice de quelques misérables penchants, qui, même dans cette vie, pour bien peu de plaisir qu’ils vous donnent, vous font presque toujours éprouver une infinité de soins, de tracas, de soucis et de remords… Est-ce, en un mot, pour être foutu que l’Être suprême vous a mis au monde ?

Francaville et le roi me regardaient avec une surprise qui leur fit presque imaginer, un instant, que j’étais devenue folle.

— Juliette, dit à la fin Ferdinand, si tu nous prépares le second point de ce sermon, avertis-nous, afin que nous nous couchions pour l’écouter.

— J’en suis maintenant à un tel point d’impiété et d’abandon de tout sentiment religieux, dit Francaville, que je ne puis même entendre de sang-froid, tout ce qu’on peut me dire sur ce fantôme déifique, imaginé par les prêtres qui gagnaient à le desservir : son nom seul me fait frissonner d’horreur.

Dans toutes les contrées de la terre, dit Francaville, on nous annonce qu’un Dieu s’est révélé. Qu’a-t-il appris aux hommes ? Leur prouve-t-il évidemment qu’il existe ? Leur enseigne-t-il ce qu’il est, en quoi son essence consiste ? Leur explique-t-il clairement ses intentions… ses plans ?… Ce qu’on nous assure qu’il a dit de ses plans s’accorde-t-il avec les effets que nous voyons ? Non, sans doute : il apprend seulement qu’il est celui qui est, qu’il est un Dieu caché, que ses voies sont ineffables… qu’il entre en fureur dès qu’on a la témérité d’approfondir ses décrets, et de consulter la raison, pour juger de lui ou de ses ouvrages. La conduite révélée de cet infâme Dieu répond-elle aux idées magnifiques qu’on voudrait nous donner de sa sagesse, de sa bonté… de sa justice… de sa bienfaisance, de son pouvoir suprême ? Nullement : partout, nous ne voyons en lui qu’un être partial, capricieux, méchant, tyrannique, injuste, bon tout au plus pour un peuple qu’il favorise, ennemi juré de tous les autres. S’il daigne se montrer à quelques hommes, il a soin de tenir tous les autres dans l’ignorance stupide des intentions divines. Toutes les révélations ne peignent-elles pas votre abominable Dieu de cette manière ? les volontés révélées par ce Dieu portent-elles l’emblème de la raison et de la sagesse ? tendent-elles au bonheur du peuple, à qui cette fabuleuse divinité le déclare ? En examinant ces volontés divines, je n’y trouve, en tout pays, que des ordonnances bizarres, des préceptes ridicules, des cérémonies dont on ne devine aucunement le but, des pratiques puériles, une étiquette indigne du monarque de la nature, des offrandes, des sacrifices, des expiations, utiles à la vérité pour les ministres de ce plat Dieu, mais très onéreuses aux hommes. Je trouve, de plus, que ces lois ont très souvent pour but de les rendre insociables, dédaigneux, intolérants, querelleurs, injustes, inhumains envers tous ceux qui n’ont reçu, ni la même révélation, ni les mêmes lois, ni les mêmes faveurs du ciel… Et voilà l’exécrable Dieu que tu me prêches, Juliette ? et tu voudrais que j’adorasse ce fantôme ?…

— Je le voudrais aussi, dit Ferdinand. Les rois favorisent toujours la religion ; elle prêta de tout temps des forces à la tyrannie : quand l’homme ne croira plus en Dieu, il assassinera ses rois.

— Il commencera peut-être par là avant que de détruire sa religion, répondis-je ; mais il est bien sûr que, quand il aura culbuté l’un, il ne tardera pas à renverser l’autre. Et si c’est en philosophe que vous voulez juger ceci, et non pas en despote, vous conviendrez que l’univers n’en serait que plus heureux, s’il n’y avait ni tyrans, ni prêtres : ce sont des monstres qui s’engraissent de la substance des peuples, et qui ne leur rendirent jamais d’autres services que de les appauvrir ou de les aveugler.

— Cette femme-là n’aime pas les rois, dit Ferdinand.

— Ni les dieux, répondis-je. Je vois les uns comme des tyrans, les autres comme des fantômes, et je trouve qu’il ne faut jamais ni despotiser, ni tromper les hommes. La nature, en nous lançant sur cet univers, nous créa libres et athées ; la force morigéna la faiblesse, voilà les rois ; l’imposture trompa la sottise, voilà les dieux ; or, je ne vois dans tout cela que des coquins et des fantômes, mais pas la plus légère inspiration naturelle.

— Que feraient les hommes, sans rois et sans dieux ?

— Ils deviendraient plus libres… plus philosophes, et, par conséquent, plus dignes des vues de la nature sur eux, qui ne les créa ni pour végéter sous le sceptre d’un homme qui n’a rien de plus qu’eux, ni pour ramper sous le frein d’un dieu, qui n’est que le fruit de l’imagination de quelques fanatiques.

— Un moment, dit Francaville ; j’adopte une partie du raisonnement de Juliette : point de Dieu… assurément elle a raison ; mais ce frein-là détruit, il en faut un autre au peuple : le philosophe n’en a pas besoin, je le sais, mais il en faut à la canaille, et c’est sur elle seule que je veux que l’autorité des rois se fasse sentir.

— Nous voilà d’accord, dit Juliette, j’ai, comme vous, cédé ce point à Ferdinand, la première fois que nous causâmes ensemble.

— Alors, reprit Francaville, c’est par la plus extrême terreur qu’il faut remplacer les chimères religieuses ; délivrez le peuple de la crainte d’un enfer à venir, qu’il n’a pas plus tôt détruit qu’il se livre à tout, mais remplacez cette frayeur chimérique par des lois pénales d’une sévérité prodigieuse, et qui ne frappent absolument que sur lui, car lui seul trouble l’État : dans sa seule classe naissent toujours les mécontents. Qu’importe à l’homme riche l’idée du frein qui ne pèse jamais sur sa tête, quand il achète cette vaine apparence par le droit de vexer fortement à son tour tous ceux qui vivent sous son joug ? Vous n’en trouverez jamais un seul, dans cette classe, qui ne vous permette, avec lui, l’ombre la plus épaisse de la tyrannie, quand il en aura la réalité sur les autres. Ces bases établies, il est donc nécessaire qu’un roi gouverne alors avec la plus extrême sévérité, et que pour avoir le droit bien constaté de tout faire au peuple, il laisse faire, à ceux qui soutiennent avec lui le glaive, tout ce qu’il leur plaira d’entreprendre à leur tour. Il faut qu’il environne ceux-ci de son crédit, de sa puissance, de sa considération ; il faut qu’il leur dise : Et vous aussi, promulguez des lois, mais à la condition d’étayer les miennes ; et pour que mes coups soient solides, pour que mon trône soit inébranlable, soutenez ma puissance de toute la portion que je vous laisse, et jouissez en paix de cette portion, afin que la mienne ne soit jamais troublée…

— C’est, dit Olympe, le pacte qu’avaient fait les rois avec le clergé.

— Oui : mais le clergé, étayant sa puissance de celle d’un Dieu fantastique, devenait plus fort que les rois ; il les assassinait au lieu de les soutenir, et ce n’est pas cela que je demande. Je veux que la pleine autorité demeure au gouvernement, et que celle qu’il laisse à la classe des riches et des philosophes ne soit employée par eux à leurs passions particulières, qu’aux conditions de tout faire pour soutenir l’État ; car l’État ne peut jamais être uniquement gouverné, ni par le pouvoir théocratique, ni par le pouvoir despotique ; il faut que l’argent de cet État anéantisse le premier pouvoir qui détruirait bientôt le sien, et qu’il partage l’autre avec ceux qui, gagnant à le voir s’élever au-dessus d’eux, consentiront à lui prêter quelquefois les forces dont il les laisse jouir en paix, quand il y est lui-même, et que tous, alors, et le moteur et ses agents, se réunissent pour combattre, réduire, enchaîner l’hydre populaire, dont les efforts n’ont jamais pour but que de briser les fers dont on l’accable.

— Avec tant de raisons, il est certain, dit Clairwil, qu’alors les lois, faites contre lui, ne sauraient être trop violentes.

— Il faut, dit Francaville, que ce soit celles de Dracon, il faut qu’elles soient écrites avec le sang, qu’elles ne respirent que le sang, et qu’elles le fassent couler tous les jours, qu’elles tiennent le peuple, surtout, dans la plus déplorable misère ; il n’est jamais dangereux que quand il est dans l’aisance…

— Et quand il est instruit ? dit Clairwil.

— Assurément : il faut le tenir, de même, dans la plus profonde ignorance, dit le prince ; il faut que son esclavage soit aussi dur que perpétuel, et qu’il ne lui reste, surtout, aucune espèce de moyens d’en sortir, ce qui sera, indubitablement, dès que celui qui soutient et entoure le gouvernement, se trouvera là pour empêcher le peuple de secouer des fers que lui-même aura le plus grand intérêt de river. Vous n’imaginez pas jusqu’où cette tyrannie doit s’étendre.

— Je le sens, dit Clairwil ; il faudrait qu’elle allât au point que tous ces coquins-là ne tinssent que du tyran, ou de ceux qui l’entourent, le droit de vivre et de respirer.

— Le voilà, reprit le prince, en saisissant cette idée avec empressement : il faut que le gouvernement règle lui-même la population, qu’il ait dans ses mains tous les moyens de l’éteindre s’il la craint, de l’augmenter s’il le croit nécessaire, et qu’il n’y ait jamais d’autre balance à sa justice, que celle de ses intérêts ou de ses passions, uniquement combinés avec les passions ou les intérêts de ceux qui, comme nous venons de le dire, ont obtenu de lui toutes les portions d’autorité nécessaires à centupler la sienne lorsqu’elles s’y enclaveront23. Jetez les yeux sur les gouvernements de l’Afrique et de l’Asie ; tous sont mus par ces principes, et tous se soutiennent invariablement par eux.

— Dans beaucoup, dit Charlotte, le peuple n’est pas où vous paraissez le vouloir réduire.

— Cela est vrai, dit Francaville, car il a déjà remué en quelques-uns de ces cantons, et il faut le mettre dans un tel état de crainte et d’épuisement, qu’il ne puisse pas même en concevoir la pensée.

— C’est pour cela, dit Ferdinand, que je lui voudrais des prêtres.

— Gardez-vous-en bien, puisque vous n’élèveriez alors, comme on vient de vous le dire, qu’une puissance bientôt plus forte que la vôtre, par la machine déifique qui, dans ses mains, ne sert qu’à forger les armes dont elle détruit les gouvernements, et qu’elle n’emploie jamais que dans cette intention. Athéissez et démoralisez sans cesse le peuple que vous voulez subjuguer : tant qu’il n’adorera d’autre Dieu que vous, qu’il n’aura d’autres mœurs que les vôtres, vous en serez toujours le souverain.

— Un homme sans mœurs est dangereux, dit Ferdinand.

— Oui, quand il a quelque autorité, parce qu’il sent alors le besoin d’en abuser ; jamais quand il est esclave. Qu’importe qu’un homme croie ou non qu’il y ait du mal à me tuer, lorsque je l’entraverai au point de lui en ôter tous les moyens ? Et quand la dépravation de ses mœurs l’amollira, il rampera bien mieux encore sous les fers dont je l’accablerai.

— Mais, dit Charlotte, comment s’amollira-t-il sous le joug ? Ce n’est guère, ce me semble, qu’au milieu du luxe et de l’aisance que l’homme se démoralise.

— Il se démoralise au sein du crime, répondit le prince. Or, laissez-lui, réciproquement, sur lui-même la faculté criminelle la plus étendue ; ne le punissez jamais que quand ses dards se dirigent sur vous. Deux excellents effets résulteront de ce plan : l’immoralité qui vous est nécessaire et la dépopulation, qui souvent vous deviendra plus utile encore. Permettez entre eux l’inceste, le viol, le meurtre ; défendez-leur le mariage, autorisez la sodomie, interdisez-leur tous les cultes, et vous les aurez bientôt sous le joug où votre intérêt veut qu’ils soient.

— Et quel moyen de multiplier les punitions, quand vous tolérez tout ce qui les mérite ? dis-je avec quelque apparence de raison.

— Mais, dit Francaville, ce sont les vertus qu’on punit alors, ou les révoltes à votre puissance : en voilà mille fois plus qu’il ne faut pour frapper à tous les instants. Et qu’est-il besoin de motifs, d’ailleurs ? Le despote en prend quand il veut, du sang ; sa seule volonté suffit pour le répandre : on suppose de faux mouvements de conspiration, on les fomente, on les occasionne : les échafauds se dressent, le sang coule.

— Si Ferdinand veut me laisser ce soin, dit Charlotte, je lui réponde de ne pas être un jour sans légitimer des prétextes : qu’il aiguise le glaive, et je lui fournirai les victimes…

— Mon cousin, dit le roi, voilà la tête de ma femme qui s’échauffe.

— Je ne m’en étonne pas, dit Clairwil, la mienne s’irrite également : voir foutre, et ne point foutre, est cruel quand on a du tempérament…

— Sortons, dit le prince, nous trouverons peut-être dans ces bosquets quelques moyens d’apaiser leurs feux.

Tous les jardins étaient illuminés : les orangers, les pêchers, les abricotiers, les figuiers, nous offrirent leurs fruits tout glacés, et nous les détachions des arbres mêmes, en parcourant les délicieuses allées formées par ces arbres, lesquelles nous conduisirent au temple de Ganymède. Le peu de lumière qui éclairait ce temple se trouvait caché dans la voûte, ce qui répandait une clarté suffisante aux plaisirs, et nullement fatigante à l’œil. Des colonnes vertes et roses soutenaient l’édifice, des guirlandes de myrtes et de lilas les entrelaçaient et formaient d’agréables festons d’une colonne à l’autre.

A peine fûmes-nous arrivés, qu’une musique délicieuse se fit entendre. Charlotte, ivre de luxure et très échauffée de vins et de liqueurs, s’avance au bord du canapé ; nous l’imitons.

— C’est leur tour, dit Francaville au roi, il faut les laisser faire, avec la recommandation essentielle, néanmoins, de n’offrir ici que leurs culs : c’est le cul seul qu’on adore en ce lieu ; tout écart à ces lois deviendrait un crime qui les ferait chasser du temple, et les agents, d’ailleurs, que l’on va leur fournir ne consentiraient point à l’infidélité.

— Que nous importe ? dit Clairwil, en nous donnant l’exemple de nous mettre nues. Nous aimons beaucoup mieux livrer nos culs que nos cons, et pourvu qu’on nous branle pendant ce temps-là, nous protestons bien de ne pas former de regrets.

Alors Francaville enlève une draperie de satin rose qui couvrait l’ottomane… Oh ! quel siège se trouvait sous ce voile ! Chaque place, et il y en avait quatre, était marquée de la même manière ; la femme, en s’agenouillant sur le bord du lieu qui lui était destiné, les reins élevés, les cuisses écartées, se trouvait alors reposer sur des bras de banquette garnis de coton et recouverts de satin noir comme tout le meuble. Ses mains, en s’allongeant sur ces bras, allaient poser sur le bas-ventre de deux hommes qui, par ce moyen, plaçaient entre les mains de la femme un engin monstrueux qu’on voyait seul : le reste du corps, caché sous des draperies noires, ne s’apercevait pas. Des trappes, artistement disposées, soutenaient ces corps, de manière qu’aussitôt après la décharge de ces vits, ils disparaissaient, et d’autres les remplaçaient à l’instant.

Une nouvelle mécanique bien plus singulière s’opérait sous le ventre de la femme. En se plaçant sur la portion du siège qui lui était destinée, cette femme s’enfonçait, pour ainsi dire sans le vouloir, sur un godemiché doux et flexible qui, par le moyen d’un ressort, la limait perpétuellement, en lui lançant, dans le vagin, de quart d’heure en quart d’heure, des flots d’une liqueur chaude et gluante, dont l’odeur et la viscosité l’eussent fait prendre pour le sperme et le plus pur et le plus frais. Une très jolie tête de fille, sans qu’on vît autre chose que cette tête, le menton appuyé contre le godemiché, branlait, avec sa langue, le clitoris de la femme courbée, et était de même relayée par le moyen d’une trappe, aussitôt qu’elle était fatiguée. A la tête de cette femme ainsi placée, on voyait sur des tabourets ronds, qui se changeaient au gré des désirs de la femme, on y voyait, dis-je, ou des cons ou des vits ; de manière que cette femme avait, à la hauteur de sa bouche, et pouvait sucer à son aise, soit un engin, soit un clitoris. Le résultait de cette mécanique entière, que la femme, placée sur le sofa que faisaient mouvoir les ressorts adaptés, y était d’abord mollement étendue sur le ventre, enfilée par un godemiché, sucée par une fille, branlant un vit de chaque main, présentant son cul au vit bien réel qui viendrait le sodomiser, et suçant alternativement, d’après ses goûts, tantôt un vit, tantôt un con, même un cul.

— Je ne crois pas, dit Clairwil en s’adaptant bien nue sur ce siège, qu’il soit possible d’inventer rien de plus extraordinairement lubrique ; cette seule position m’irrite… je décharge rien qu’en me plaçant.

Nous nous arrangeâmes toutes. Quatre jeunes filles de seize ans, nues et belles comme des anges, aidèrent à nous placer ; elles humectèrent les godemichés d’essence pour qu’ils entrassent plus facilement ; elles fixèrent, arrangèrent les positions ; puis, écartant nos fesses, elles oignirent de même le trou de nos derrières, et restèrent pour nous soigner pendant l’opération.

Alors Francaville donna le signal. Quatre pucelles de quinze ans amenèrent, par le vit, un pareil nombre de garçons superbes, dont les membres nous furent aussitôt introduits dans le cul ; ce quadrille épuisé se remplace bientôt par d’autres. C’étaient les mêmes filles qui nous soignaient ; mais les vits étaient toujours conduits par quatre nouvelles qui, après avoir remis aux placeuses les vits qu’elles amenaient, formaient une danse voluptueuse autour de nous, au son d’une musique enchanteresse que nous n’entendions que de loin. Pendant cette danse, elles jetaient sur nos corps une liqueur qui nous était inconnue, dont chaque goutte nous faisait éprouver une piqûre très irritante, et qui contribuait incroyablement à stimuler nos passions : son odeur était celle du jasmin ; nous en fûmes inondées.

On n’imagine pas d’ailleurs avec quelle légèreté… quelle rapidité s’exécutaient toutes les variations de cette scène : nous n’attendions pas une minute. Sous nos bouches, les cons, les vits, les culs se succédaient aussi promptement que le désir ; d’une autre part, à peine les engins que nous branlions avaient-ils déchargé, qu’il en reparaissait de nouveaux ; nos gamahucheuses se relayaient avec la même vitesse, et jamais nos culs ne se trouvaient vacante. En moins de trois heures, pendant lesquelles nous ne cessâmes d’être plongées dans le délire, nous fûmes enculées cent coups chacune, et constamment polluées, ce même intervalle, par le godemiché qui sondait nos cons. J’étais anéantie ! Olympe s’était trouvée mal, on avait été contraint à la retirer ; Clairwil et Charlotte, seules, avaient soutenu l’attaque avec un courage sans exemple. Le foutre, les liqueurs éjaculées des godemichés, le sang, nous inondaient de tous côtés : nous nagions dans leurs flots. Ferdinand et Francaville qui, bien en face du spectacle, s’étaient amusés d’une trentaine de charmants bardaches, nous invitèrent à poursuivre la promenade ; quatre jolies filles nous soutinrent, et nous entrâmes dans un vaste kiosque, décoré de la manière suivante.

Dans la partie du fond qui régnait à droite, était un amphithéâtre demi-circulaire, s’élevant à trois pieds du sol, garni d’épais matelas recouverts de satin couleur de feu, sur lesquels on pouvait se coucher à l’aise ; en face était un gradin, plus haut d’un pied, d’égale forme, qu’un vaste tapis de velours de même couleur garnissait en entier.

— Vautrons-nous ici, nous dit le prince en nous conduisant vers la partie de l’amphithéâtre, et nous verrons ce qui arrivera. A peine placés, nous voyons entrer, dans le milieu de la salle, douze jeunes femmes de seize à dix-huit ans, de la plus délicieuse figure. Elles étaient revêtues d’une simple chemise à la grecque, qui laissait leur gorge découverte ; et sur ces seins, plus fermes et plus blancs que l’albâtre, chacune portait un enfant nu, lui appartenant, et de l’âge de six à dix-huit mois. Six beaux hommes, le vit à la main, se glissèrent en même temps auprès de nous ; deux enculèrent Ferdinand et Francaville ; les quatre autres nous offrirent leurs services, de telle manière qu’il nous plairait de les accepter.

Dès que nous fûmes foutus tous six, les douze femmes, formant un demi-cercle autour de nous, furent troussées par un nombre égal de petites filles, vêtues à la manière des Tartares, qui, s’agenouillant près de la femme qu’elles troussaient, nous exposaient, par une attitude agréablement dessinée, la plus superbe collection de fesses qu’il fût possible de voir.

— Voilà de superbes culs, dit Francaville, sous le vit monstrueux qui le sodomisait ; mais ils sont malheureusement proscrits par nous, et je serais fâché, mesdames, de vous voir prendre à eux un trop vif intérêt… Voyez pourtant comme c’est coupé, comme c’est blanc ! le bel ensemble de fesses ! quel dommage de les traiter comme elles vont l’être à l’instant.

Les trousseuses disparaissent. Douze hommes, de trente-cinq ans, d’une physionomie mâle et féroce, déguisés en satyres, les bras nus, et tous armés d’un instrument de flagellation de forme différente, s’emparant des enfants portée par les femmes, les jettent pêle-mêle, saisissent les mères, les traînent par les cheveux sur l’estrade en gradin qui se trouve en face de nous, et leur arrachant impitoyablement les chemises dont elles sont couvertes, ils les captivent d’une main, et commencent à les flageller de l’autre, d’une si cruelle manière et pendant si longtemps, que des jets de sang et des morceaux de chair s’élançaient jusqu’à nous, à travers toute la largeur du kiosque.

De mes jours je n’avais encore vu une pareille flagellation… une si sanglante, puisque les coups parcouraient indistinctement toutes les parties de derrière, depuis la nuque du cou, jusqu’à la cheville du pied ; les lamentations de ces malheureuses s’entendaient d’une lieue, et le crime marchait tellement à découvert ici, qu’aucune précaution n’était prise pour les étouffer. Quatre de ces femmes s’évanouirent… tombèrent, et ne furent relevées qu’à coups de fouet. Quand toutes les parties flagellées ne formèrent plus qu’une plaie, on les abandonna.

Un mouvement simultané s’exécute alors, et les flagellants et les flagellés se heurtent, se poussent, se pressent ; les uns accourent remplacer près de nous, deux par deux, les six premiers personnages dont nous jouissons ; les autres venaient tristement rechercher leurs enfants ; quelque mêlés qu’ils soient, elles les reconnaissent, les approchent de leurs lèvres tremblantes… les reposent sur leurs seins palpitants, mêlant au lait troublé qu’elles leur donnent, les larmes brûlantes dont est inondé leur visage… C’est à ma honte que je l’avoue, mes amis, mais cette effervescence, en contraste avec les mouvements opposés qui se manifestaient en nous, me fit éjaculer deux fois de suite sous le membre de fer qui me sondait l’anus. Le moment de calme ne fut pas long : douze nouveaux hommes, plus effrayants que les premiers, et vêtus en sauvages, arrivent, le blasphème à la bouche, le martinet au poing. Ils ressaisissent les enfants de ces malheureuses, nous les jettent avec plus de force qu’ils ne l’avaient été la première fois, brisent, par cet élan, le crâne de quelques-uns sur les planches qui composent notre amphithéâtre, entraînent brutalement ces femmes sur les gradins qui sont en face de nous, et, cette fois, c’est sur toutes les parties du devant, et principalement sur les seins délicats de ces tendres mères, que vont porter les vigoureux coups de ces monstres. Ces masses fraîches, sensibles et voluptueuses, s’entrouvrant bientôt aux cinglons qui les parcourent en tous sens avec autant de force, offrent l’affreux mélange du lait qui s’en exhale aux flots de sang que font jaillir ces coups. Les barbares, s’égarant plus bas, lacèrent bientôt, avec la même violence, le bas-ventre, l’intérieur du vagin et les cuisses, et, en un instant, ces parties, traitées avec la même rigueur que les autres, font voir le sang couler de toutes perte. Et nous foutions pendant ce temps-là, et nous goûtions le suprême plaisir qui résulte du spectacle des douleurs d’autrui, sur des âmes de la trempe des nôtres. Même mouvement de la part des femmes, dès que leurs bourreaux les lâchent, pour venir remplacer de leurs vits écumants et bandants les douze engins flétris de leurs prédécesseurs. Elles se jettent sur leurs enfants, les ramassent, tout maltraités qu’ils sont, les échauffent de leurs douloureux baisers, les inondent de leurs pleurs, les consolent par des mots tendres, et dans le plaisir qu’elles éprouvent à retrouver ces créatures chéries, elles vont presque oublier leurs malheurs, si douze autres scélérats, d’une figure mille fois plus affreuse que ceux qui les ont précédés, ne fussent précipitamment accourus pour d’autres atrocités.

Cette nouvelle horde de monstres, vêtus comme les satellites de Pluton, arrachent pour la dernière fois et sans aucun ménagement, les tristes enfants de ces infortunées, les criblent de coups du poignard dont ils sont armés, les lancent à nos pieds, se précipitent sur les femmes, dont ils font, au milieu de l’arène, le plus prompt et le plus sanglant carnage ; se jettent ensuite sur nous, inondés de sang, poignardent dans nos bras ceux qui nous foutent, et nous enculent eux-mêmes en mourant de plaisir.

— Oh ! quelle scène ! dis-je à Francaville lorsque, épuisés de foutre et d’horreur, nous nous retirâmes de ce repaire sanglant, quelle scène !

— Elle ne suffit pas encore à ton amie, me dit le prince en montrant Clairwil qui s’amusait à visiter les blessures des morts que nous laissions sur le champ de bataille…

— Foutre ! nous répondit cette femme à caractère, croyez-vous donc qu’on se lasse de cela ? pensez-vous que jamais on en ait assez ? Voilà, sans doute, l’une des plus délicieuses horreurs que j’aie vues de mes jours, mais elle me laissera perpétuellement le regret de ne pouvoir la renouveler à tous les quarts d’heure de ma vie.

Ici se terminait la fête. Des calèches nous attendaient ; nous montâmes, elles nous ramenèrent au palais du prince ; nous n’avions pas la force de faire un pas ; des bains d’aromates étaient préparés, nous nous y plongeâmes ; des consommés et des lits nous furent offerts, et au bout de douze heures, nous eussions, s’il l’eût fallu, recommencé toutes les trois.

Reposées de cette fatigue, nous songeâmes à continuer notre tournée des environs de Naples, du côté du Levant. Si ces descriptions ne vous déplaisent pas, j’en entremêlerai celles de mes luxures : cette variété amuse ; elle est piquante. Si jamais ces récits s’imprimaient, le lecteur, dont l’imagination est échauffée par les détails lubriques qui parsèment cette narration, ne serait-il pas enchanté d’avoir à se reposer quelquefois sur des descriptions plus douces, et toujours marquées du sceau de la plus exacte vérité ?

L’œil du voyageur, fatigué des points de vue pittoresques qui l’occupent en traversant les Alpes, aime à s’arrêter sur les plaines fertiles qu’il trouve au bas des monts, où la vigne, agréablement enlacée à l’ormeau, semble toujours, dans ces belles contrées, indiquer la nature en fête.

Huit jours après notre souper chez Francaville, nous partîmes donc pour cette seconde tournée, avec un guide donné par le roi, et toutes les lettres possibles pour être bien reçues dans le pays que nous allions parcourir.

La première maison que nous visitâmes avec attention fut le château de Portici. Jusqu’alors, nous n’en avions vu que les boudoirs. Ferdinand nous en montra lui-même le muséum. Quatorze pièces de plain-pied composent ce cabinet énorme, le plus curieux et le plus beau de l’univers, sans doute. Rien n’est fatigant comme l’examen de ce qu’il renferme ; toujours debout, l’esprit tendu, les yeux fixés, je ne voyais plus rien quand nous fûmes arrivés à la fin de cet examen.

Dans une autre partie de ce château, nous vîmes avec plaisir la nombreuse collection des peintures retrouvées dans Herculanum, ou autres villes englouties par la lave du Vésuve.

On remarque, en général, dans toutes ces peintures, un luxe d’attitudes presque impossibles à la nature, et qui prouvent ou une grande souplesse dans les muscles des habitants de ces contrées, ou un grand dérèglement d’imagination. Je distinguai parfaitement, entre autres, un morceau superbe représentant un satyre jouissant d’une chèvre : il est impossible de rien voir de plus beau… de mieux fini.

— Cette fantaisie est aussi agréable qu’on la trouve extraordinaire, nous dit Ferdinand. Elle est, nous dit-il, encore fort en usage dans ce pays-ci ; en qualité de Napolitain, j’ai voulu la connaître, et je ne vous cache pas qu’elle m’a donné le plus grand plaisir.

— Je le crois, dit Clairwil ; cette idée m’est venue mille fois dans la vie, et je n’ai jamais désiré d’être homme que pour l’éprouver.

— Mais une femme peut très bien se livrer à un gros chien, dit le roi.

— Assurément, répondis-je, de manière à faire croire que je connaissais cette fantaisie.

— Charlotte, poursuivit Ferdinand, a voulu l’essayer, et elle s’en est parfaitement trouvée…

— Sire, dis-je bas à Ferdinand, avec ma franchise ordinaire, il serait bien à désirer que tous les princes de la maison d’Autriche n’eussent jamais foutu que des chèvres, et que les femmes de cette maison n’eussent connu que des dogues : la terre ne serait pas empestée de cette race maudite dont les peuples ne se déferont jamais que par une révolution générale.

Ferdinand convint que j’avais raison, et nous poursuivîmes. Les ruines, absolument fouillées, d’Herculanum offrent peu de choses aujourd’hui : tout s’étant recouvert en raison des enlèvements, afin d’assurer le sol qui soutient Portici, on juge assez mal le beau théâtre, tant par l’obscurité qui y règne, que par les coupures qui y ont été faites. Revenues à Portici, Ferdinand nous abandonna aux guides éclairés qu’il nous avait choisis lui-même, et l’aimable homme nous souhaita un bon voyage, en nous recommandant son ami Vespoli, de Salerne, pour lequel il nous avait donné des lettres, et dont la maison, nous assura-t-il, nous donnerait infiniment de plaisir.

Nous traversâmes Résine pour nous rendre à Pompéi. Cette ville fut engloutie comme Herculanum et par la même éruption. Une chose assez singulière que nous remarquâmes, c’est qu’elle est elle-même édifiée sur deux villes englouties déjà il y a longtemps. Comme vous le voyez, le Vésuve absorbe, détruit toutes les habitations dans cette partie, sans que rien décourage d’y en reconstruire de nouvelles ; tant il est vrai que sans ce cruel ennemi, les environs de Naples seraient incontestablement le plus agréable pays de la terre.

De Pompéï, nous gagnâmes Salerne, et fûmes, de là, coucher à la fameuse maison de force qui se trouve située à près de deux milles de cette cité, et dans laquelle Vespoli exerce sa terrible puissance.

Vespoli, issu d’une des plus grandes maisons du royaume de Naples, était autrefois premier aumônier de la Cour. Le roi dont il avait servi les plaisirs et dirigé la conscience24, lui avait accordé l’administration despotique de la maison de correction où il était, et, le couvrant de sa puissance, il lui permettait de se livrer, là, à tout ce qui pourrait le mieux flatter les criminelles passions de ce libertin. C’est en raison des atrocités qu’il y exerçait que Ferdinand fut bien aise de nous envoyer chez lui.

Vespoli, âgé de cinquante ans, d’une physionomie imposante et dure, d’une taille élevée et d’une force de taureau, nous reçut avec les marques de la plus extrême considération. Aussitôt qu’il eut vu nos lettres, et comme il était fort tard quand nous arrivâmes, on ne s’occupa qu’à nous faire promptement souper et coucher. Le lendemain, Vespoli vint nous servir lui-même le chocolat, et, sur le désir que nous lui témoignâmes, il nous accompagna dans la visite que nous voulions faire de sa maison.

Chacune des salles que nous parcourûmes nous fournit à tous infiniment de matière à de criminelles lubricités, et nous étions déjà horriblement échauffés, lorsque nous arrivâmes aux loges où étaient enfermés les fous.

Le patron, qui jusqu’à ce moment n’avait fait que s’irriter, bandait incroyablement quand nous fûmes parvenus dans cette enceinte, et comme la jouissance des fous était celle qui irritait le plus ses sens, il nous demanda si nous voulions le voir agir.

— Certainement, répondîmes-nous.

— C’est que, dit-il, mon délire est si prodigieux avec ces êtres-là, mes procédés sont si bizarres, mes cruautés tellement atroces, que ce n’est qu’avec peine que je me laisse voir en cet endroit.

— Tes caprices fussent-ils mille fois plus incongrus, dit Clairwil, nous voulons te voir, et nous te supplions même d’agir comme si tu étais seul ; de ne nous rien faire perdre surtout des élans précieux qui mettent si bien à découvert et tes goûts et ton âme…

Et il nous parut que cette question l’échauffait beaucoup, car il ne put la faire, sans se frotter le vit.

— Et pourquoi n’en jouirions-nous pas aussi de ces fous ? dit Clairwil. Tes fantaisies nous électrisent, nous voulons les imiter toutes. Si, néanmoins, ils sont méchants, nous aurons peur ; s’ils ne le sont pas, nous nous en échaufferons comme toi : pressons-nous, je brûle de te voir aux prises.

Ici, les loges environnaient une grande cour plantée de cyprès, dont le vert lugubre donnait à cette enceinte toute l’apparence d’un cimetière. Au milieu était une croix garnie de pointes d’un côté ; c’était là-dessus que se garrottaient les victimes de la scélératesse de Vespoli. Quatre geôliers, armés de gros bâtons ferrés dont un seul coup eût tué un bœuf, nous escortaient avec attention. Vespoli qui ne redoutait pas leurs regards, par l’habitude où il était de s’amuser devant eux, leur dit de nous placer sur un banc de cette cour, de rester deux auprès de nous, pendant que les deux autres ouvriraient les loges de ceux dont il aurait besoin.

On lui lâche aussitôt un grand jeune homme, nu et beau comme Hercule, qui fit mille extravagances dès qu’il fut libre. Une des premières fut de venir chier à nos pieds, et Vespoli ne manqua pas de venir, avec soin, examiner cette opération. Il se branla, toucha l’étron, y frotta son vit, et se mettant ensuite à danser, à faire les mêmes gambades que le fou, il le saisit en traître, le pousse sur la croix, et les geôliers le garrottent à l’instant. Dès qu’il est pris, Vespoli, transporté, s’agenouille devant le derrière, l’entr’ouvre, le gamahuche, l’accable de caresses, et se relevant aussitôt le fouet à la main, il étrille une heure de suite le malheureux fou, qui jette des cris perçants. Dès que les fesses sont déchirées, le paillard encule, et, dans l’ivresse qui le possède, il se met à déraisonner comme sa victime.

— Oh ! sacredieu, s’écriait-il de temps en temps, quelle jouissance que le cul d’un fou ! Et moi aussi je suis fou, double foutu Dieu ; j’encule des fous, je décharge dans des fous, la tête me tourne pour eux, et ne veux foutre qu’eux au monde…

Cependant, comme Vespoli ne voulait pas perdre ses forces, il fait détacher le jeune homme. Un autre arrive… celui-là se croit Dieu…

— Je vais foutre Dieu, nous dit Vespoli, regardez-moi ; mais il faut que je rosse Dieu, avant que de l’enculer. Allons, poursuit-il… allons, bougre de Dieu… ton cul… ton cul !

Et Dieu, mis au poteau par les geôliers, est bientôt déchiré par sa chétive créature, qui l’encule dès que les fesses sont en marmelade. Une belle fille de dix-huit ans succède ; celle-ci se croit la Vierge : nouveaux sujets de blasphèmes pour Vespoli qui fustige jusqu’au sang la sainte mère de Dieu, et qui la sodomise après, pendant plus d’un quart d’heure.

Clairwil se lève en feu.

— Ce spectacle m’échauffe, nous dit-elle ; imitez-moi, mes amies, et toi, scélérat, fais-nous mettre nues par tes geôliers, qu’ils nous enferment dans des loges ; prends-nous aussi pour des folles, nous les imiterons ; tu nous feras attacher sur la croix du côté où elle est sans pointes, tes fous nous fouetteront et nous enculeront après…

L’idée paraît délicieuse. Vespoli l’exécute. A l’instant, dix fous, l’un après l’autre, sont lâchés sur nous ; quelques-uns nous étrillent, d’autres sont écharpés par Vespoli, pour s’y être refusés ; mais tous nous foutent, et tous, guidés par Vespoli, s’introduisent dans nos derrières. Les geôliers, le maître, tout y passe : nous faisons tête à tous.

— Décharge donc maintenant, dit Clairwil au maître du logis, nous avons fait tout ce que tu as voulu, nous avons imité tes bizarreries : fais-nous donc voir comme tu te conduis dans cette dernière crise de la volupté.

— Un moment, dit notre homme, il en est un ici qui fait mes délices ; je ne sors jamais sans le foutre.

Sur un signe à l’un de ses geôliers, on lui amène un vieillard de plus de quatre-vingts ans, dont la barbe blanche descend au-dessous du nombril.

— Viens, Jean, lui dit Vespoli, en le saisissant par la barbe, et le traînant ainsi tout le long de la cour, viens que je mette mon vit dans ton cul.

Le vieillard est impitoyablement attaché, fustigé ; son cul, son vieux parchemin ridé se baise, se lèche, s’encule, et Vespoli se retirant, tout près d’élancer son foutre :

— Ah ! nous dit-il, vous voulez me voir décharger ? Mais savez-vous que je ne parviens jamais à cette crise qu’il n’en coûte la vie à deux ou trois de ces infortunés ?

— Tant mieux, répondis-je ; mais j’espère que, dans tes massacres, tu n’oublieras ni Dieu, ni la Vierge ; j’avoue que je déchargerai bien délicieusement en te voyant assassiner le bon Dieu d’une main et sa bru de l’autre.

— Il faut, si cela est, que, pendant ce temps, j’encule Jésus-Christ, dit l’infâme. Nous l’avons : tout le paradis est dans cet enfer.

Les geôliers amènent un beau jeune homme de trente ans, qui se disait le fils de Dieu, et que Vespoli fait aussitôt mettre en croix. Il le flagelle à toute outrance.

— Courage, braves Romains, s’écriait la victime, je vous ai toujours dit que je n’étais venu que pour souffrir sur terre ; ne m’épargnez pas, je vous conjure ; je sais bien qu’il faut que je meure en croix ; mais j’aurai sauvé le genre humain.

Vespoli n’y tient plus ; il encule le Christ, arme ses deux mains de stylets, pour en régaler la Sainte Vierge et le bon Dieu.

— Allons, nous dit-il, entourez-moi, montrez-moi vos culs ; et puisque vous êtes curieuses de ma décharge, vous allez voir comment j’y procède.

Il lime ; jamais le fils de Dieu ne fut si bien foutu ; mais chaque coup de reins qu’il donne à sa jouissance est accompagné d’une estafilade sur toutes les parties des deux corps offerts de droite et de gauche à sa rage. D’abord ce sont les bras qu’il larde, les aisselles, les épaules, les flancs : à mesure que la crise s’approche, le barbare choisit de plus délicates parties ; la gorge de la Vierge est en sang ; frappant tantôt d’une main, tantôt de l’autre, ses bras imitent le balancier d’une horloge ; on calculerait les approches de la crise, à la délicatesse des parties qu’il choisit. D’affreux jurements nous annoncent enfin les derniers transports de ce frénétique. Ce sont les visages que choisit alors sa fureur ; il les déchire, et quand s’élancent les dernières gouttes de son foutre, ce sont les yeux que sa fureur arrache.

Il est impossible d’exprimer à quel point ce spectacle nous anime : nous voulons imiter ce monstre ; les victimes nous sont abondamment fournies ; nous en immolons chacune trois. Clairwil, ivre de volupté, se précipite au milieu de la cour ; elle entraîne Vespoli.

— Viens me foutre, scélérat ! lui dit-elle ; viens, en faveur du con d’une femme qui te ressemble, faire à ton culte une infidélité.

— Je ne le puis, dit l’Italien.

— Je l’exige…

Nous excitons Vespoli, il bande ; nous le forçons à enconner Clairwil ; on lui montre nos culs : le capricieux veut des fous, et ce n’est qu’en en faisant chier un sur son visage que le vilain, pressé par Olympe et moi, arrose enfin Clairwil de foutre. Et nous abandonnons ces exécrables lieux, sans nous douter que, depuis treize heures, nous nous y plongions dans des infamies.

Nous restâmes quelques jours dans ce lieu de crimes et de débauches, au bout desquels, souhaitant à Vespoli toutes sortes de prospérités, nous poursuivîmes notre route vers les célèbres temples de Pestum.

Avant que de rien examiner, nous fûmes prendre notre logement dans une superbe ferme où Ferdinand nous avait adressées. La simplicité, la vertu caractérisaient les habitants de cette belle campagne ; une veuve de quarante ans, et trois filles de quinze à dix-huit ans, en étaient les uniques maîtres. Plus rien de criminel ici, et si la vertu même eût été bannie de la terre, on n’aurait retrouvé ses temples que chez l’honnête et douce Rosalba : rien n’était frais comme elle, rien n’était joli comme ses filles.

— Eh bien ! dis-je bas à Clairwil, ne t’ai-je pas dit que j’étais presque sûre de rencontrer bientôt un asile où la vertu, sous sa plus belle parure, nous provoquerait sûrement au vice ? Vois ces filles charmantes, ce sont des fleurs que la nature nous donne à moissonner. Ô Clairwil ! il faut que par nos soins le trouble et la désolation remplacent bientôt l’innocence et la paix que cette délicieuse retraite nous présente.

— Tu me fais bander, dit Clairwil ; tu as raison, voilà de voluptueuses victimes ; puis, me baisant : Mais il faudra que cela souffre beaucoup… Dînons, allons voir les temples, et nous combinerons ensuite ce joli forfait.

La précaution de conduire toujours un cuisinier avec nous, faisait que nous trouvions à peu près partout la même chère. Après un ample repas, pendant lequel les belles filles de cette maison nous servirent, nous nous fîmes mener aux temples. Ces édifices superbes sont si bien conservés que, sans le goût antique qui les caractérise, on les prendrait pour des ouvrages de trois ou quatre siècles au plus : ils sont au nombre de trois, dont un paraît beaucoup plus grand que les deux autres. Après avoir admiré ces chefs-d’œuvre… avoir regretté les sommes immenses que, dans tous les pays de l’univers, la superstition fait offrir à des dieux qui, de quelque nature qu’on puisse les admettre, n’existèrent jamais que dans l’imagination des fous, nous regagnâmes notre ferme où de plus grands intérêts nous appelaient sans doute.

Là, Clairwil s’étant emparée de la mère, lui fit part des craintes que nous concevions de coucher seules dans des campagnes si prodigieusement isolées.

— Vos filles, dit la scélérate, seront-elles assez complaisantes pour partager nos lits ?

— N’en doutez pas, mes belles dames, répondit honnêtement la belle fermière ; mes filles sont trop flattées de l’honneur que vous voulez bien leur faire…

Et Clairwil, se hâtant de nous rapporter cette agréable réponse, nous choisîmes chacune celle que nous désirions, et nous nous retirâmes.

Celle de quinze ans m’était échue : il était impossible de rien voir de plus frais et de plus joli. A peine fûmes-nous sous le même drap, que je l’accablai de caresses, et la pauvre petite me les rendait avec une candeur… une ingénuité… capables de désarmer toute autre qu’une libertine telle que moi. Je commençai par des questions : hélas ! l’innocente ne les entendait point ; la nature même, quoique dans un climat si précoce, ne lui avait encore rien dit, et la simplicité la plus entière dictait seule les réponses ingénues de cet ange. Quand mes doigts impurs effeuillèrent la rose, elle tressaillit ; je la baisai, elle me le rendit, mais avec une simplicité ignorée des gens du monde, et qui ne se rencontre que dans les asiles de la pudeur et de l’innocence. Il n’y avait rien que je n’eusse fait faire, rien que je n’eusse exécuté avec cette jolie petite créature, lorsque mes compagnes, plus tôt levées que moi, vinrent me demander des nouvelles de la nuit.

— Hélas ! leur dis-je, je suis bien sûre que le détail de mes plaisirs est l’histoire fidèle de celui des vôtres.

— Ah, sacredieu ! dit Clairwil, je crois que de ma vie je n’ai tant déchargé ! Mais lève-toi, renvoie cette enfant, il faut que nous causions…

Puis, la fixant :

— Gueuse, lui dis-je, tes foutus yeux me peignent ton âme… ils respirent le crime.

— Je veux en commettre un, affreux, épouvantable… Tu sais comme ces bonnes gens nous ont reçues… le plaisir que nous ont donné leurs filles ?

— Eh bien ?

— Je veux les massacrer tous, voler, piller, abattre leur maison, et nous branler sur les ruines, quand elles auront couvert les cadavres.

J’approuve cette délicieuse idée, répondis-je, mais j’y désire un épisode. Il faut nous enfermer ce soir avec tous ces gens-ci : la mère est seule avec ses filles, les valets sont à Naples, rien n’est isolé comme cette maison : livrons-nous à des infamies, nous tuerons après.

— Tu es donc lasse de la tienne ? me dit Clairwil.

— Excédée…

— Je voudrais déjà voir la mienne au diable, dit Borghèse.

— Il ne faut jamais aller aussi loin avec l’individu offert à notre jouissance, dit Clairwil, sans avoir du poison dans sa poche.

— Scélérate ! Point de reproche… déjeunons, puis occupons-nous de notre affaire.

Nous avions pour escorte quatre grands valets membrés comme des ânes, qui nous foutaient quand nous bandions, et qui, singulièrement payés, se seraient bien gardés de nous désobéir : une fois au fait, ils ne respiraient plus que pour l’exécution. A peine la nuit fût-elle venue, que nous nous emparâmes de la maison. Mais il est essentiel de vous désigner les acteurs, avant que de vous détailler les scènes. Connaissant déjà la mère, et vous peignant sans doute Rosalba sous les traits de la fraîcheur et de la beauté, je n’ai plus qu’à vous parler de ses filles. Isabelle était la plus jeune, je venais de passer la nuit avec elle ; on nommait la seconde Bathilde, seize ans, de beaux traits, de la régularité, de la langueur dans les yeux, l’air d’une belle vierge de Raphaël ; Ernesille était le nom de la troisième, le port et la figure de Vénus même, il était impossible d’être plus belle ; c’était celle avec qui Clairwil venait de se souiller d’horreurs et d’impudicités. Nos gens se nommaient Roger, Victor, Auguste et Vanini. Le premier m’appartenait, il était de Paris, vingt-deux ans, et le plus beau vit possible ; Victor, également Français, et âgé de dix-huit ans, appartenait à Clairwil ; il ne le cédait en rien aux qualités occultes de Roger ; Auguste et Vanini, tous deux Florentins, appartenaient à Borghèse, tous deux jeunes, d’une charmante figure, et supérieurement membrés.

La tendre mère de nos trois Grâces, un peu surprise des précautions qu’elle nous voyait employer, demanda ce qu’elles signifiaient.

— Nous allons te l’apprendre, putain, lui dit Auguste en lui ordonnant, le pistolet sur la gorge, de se mettre nue.

Et pendant ce temps, nos trois autres valets, s’emparant chacun d’une des filles, leur adressaient à peu près les mêmes compliments. En moins de six minutes, la mère et les trois filles nues, les mains liées derrière le dos, n’offrent plus à nos yeux que de la soumission et des victimes. Clairwil s’approche de la mère.

— Comme elle est belle et fraîche, cette gueuse-là ! dit-elle en lui maniant les fesses et la gorge ; et revenant aux filles : Mais ceci… oh ! ce sont des anges ! je n’ai jamais rien vu de si beau. Coquine, me dit-elle en caressant la mienne, tu te trouvais la mieux pourvue… Que de plaisirs tu dois avoir eu, cette nuit, avec une aussi jolie fille !… Eh bien ! mes amies, vous me chargez donc du soin de diriger tout ceci ?

— Assurément, nous ne saurions remettre nos droits entre les mains de quelqu’un qui sût en faire un meilleur usage.

— Mon avis est donc que chacune de nous passe alternativement avec la mère et les trois filles, dans ce cabinet séparé, pour les assouplir toutes quatre à ce qui pourra plaire le mieux.

— Un homme pourra-t-il m’accompagner ? dit Borghèse.

— Non, d’abord seule ; vous verrez ce que j’arrangerai ensuite.

Comme j’ignore ce que firent mes compagnes, je ne vous parlerai que de mes fredaines avec ces quatre malheureuses créatures. J’étrillai la mère, tenue par ses filles, puis l’une des filles, pendant que les deux autres branlaient leur mère devant moi ; je leur enfonçai des aiguilles dans le sein, leur mordis le clitoris et la langue, et leur cassai le petit doigt de la main droite à chacune. Le sang qui ruisselait de leur corps, lorsque mes amies les ramenèrent, prouva bien qu’elles ne les avaient pas plus ménagées que moi. Nous les réunîmes ; elles fondaient en larmes.

— Est-ce donc là, disaient-elles en sanglotant, la récompense des politesses que nous vous avons faites… des soins que nous avons pris de vous ?

Et la mère, en larmes, s’approchait de ses filles pour les baiser… pour les consoler ; celles-ci l’entouraient également… se serraient en pleurant vers elles, et toutes quatre formaient le tableau de la nature, le plus pathétique et le plus déchirant. Mais des âmes comme les nôtres ne s’attendrissent de rien ; tout ce qu’on offre à leur sensibilité n’est qu’un aliment de plus à leur rage ; nous bandions.

— Faisons-les foutre, dît Clairwil, et, pour cela, détachons leurs mains.

A ces mots, elle place Rosalba sur un lit, puis ordonne à la plus jeune fille de préparer pour sa mère, tour à tour, les vits de nos quatre valets. La pauvre enfant, menacée par nous, était obligée de branler… de sucer les engins qui devaient se plonger dans sa mère. Nous nous amusions des deux autres. Afin de ménager leurs forces, nos hommes avaient défense de décharger. Nous leur présentâmes l’aînée des filles, et, pour lors, c’était la mère qui devait préparer les vits dont sa fille allait être foutue. Cette seconde attaque eut encore le plus grand succès : les trois enfants de Rosalba furent foutues des vits préparés par leur mère. Un seul de nos hommes, Auguste, ne fut pas assez maître de lui : son foutre éjacula dans le con d’Isabelle.

— Ce n’est rien, dit Clairwil en l’attirant à elle, je ne le veux que trois minutes dans mes mains pour qu’il bande aussi bien qu’il faisait tout à l’heure.

Les culs se tournent, la mère commence, ses filles sont obligées de darder les vits dans son anus ; elle leur rend bientôt le même service. Roger, comme le mieux membré des quatre, est contraint à dépuceler la plus jeune… Il l’estropie… il la met en sang ; nous déchargeons, lubriquement branlées par les autres filles et sodomisées par les hommes. Ici, Vanini s’oublia ; il ne tint pas au beau cul d’Ernesille : il lui remplit l’anus de foutre ; et Clairwil, dont rien n’égalait le talent pour faire reguinder des vits, rendit bientôt celui de ce bel homme aussi dur que s’il n’eût pas combattu depuis six semaines.

De ce moment, les vrais supplices commencèrent. Clairwil imagina de faire lier chacune de ces filles sur nous, et la mère menacée… contenue par les valets, devait les tourmenter sur nos corps. J’avais demandé Ernesille ; Bathilde était sur Clairwil ; Isabelle sur Borghèse. Nos gens eurent une peine infinie à faire obéir Rosalba. Quand il faut vaincre la nature à ce point, quand il faut contraindre une mère à fouetter, à souffleter, à pincer, à brûler, à mordre, à piquer ses propres filles, certes, la besogne n’est pas très aisée. Nous y réussîmes pourtant. La putain reçut bien des coups, mais elle obéit, et nous jouîmes du plaisir féroce, de branler, de baiser ces trois infortunées, collées sur nous, pendant que leur propre mère les mettait en capilotade.

Des jeux plus sérieux nous occupèrent alors. Nous attachâmes la mère contre un pilier, et, le pistolet sur la gorge des filles, nous les obligeâmes à enfoncer chacune une aiguille très pointue dans les tétons de leur mère ; elles le firent. Nous les liâmes à leur tour. La mère fut contrainte à leur donner un coup de poignard dans le con entrouvert, et c’était à grands coup de stylet que nous caressions les fesses pendant ce temps-là. Leurs corps commençaient à ne plus inspirer que cette délicieuse horreur, née de crimes secrets que la lubricité fait commettre, et qui ne sont pas faits pour être entendus de tout le monde. Épuisées, rendues, nous nous fîmes sodomiser, en contemplant l’affreux état de nos victimes, pendant que Roger, qui n’avait point de femme, étrillait la masse de ces quatre créatures, liées l’une à l’autre, avec des martinets de fer rouge.

— Allons, sacré foutredieu ! allons, bougre de Dieu, dont je me fous ! tuons maintenant, dit Clairwil, dont les yeux homicides respiraient à la fois la rage et la lubricité ; assassinons, détruisons, saoulons-nous de leurs pleurs. Il me tarde de voir expirer ces garces ; je brûle du besoin d’entendre leurs cris déchirants, et de me désaltérer de leur sang odieux ; je voudrais les dévorer en détail ; je voudrais me rassasier de leurs chairs…

Elle dit… La bougresse poignarde d’une main, en se branlant le clitoris de l’autre. Nous l’imitons : et ces cris, ces cris que nous brûlons d’entendre, viennent enfin flatter nos oreilles. Nous étions là, en face ; nos valets nous socratisaient pendant l’opération ; tous nos sens étaient à la fois chatouillés du divin aspect de nos infamies.

J’étais à côté de Clairwil ; branlée par Auguste, la putain déchargeait. Elle se pencha vers moi.

— Oh ! Juliette, s’écria-t-elle en redoublant ses blasphèmes accoutumés, oh ! ma chère âme, que le crime est délicieux ! combien ses effets sont puissants ! qu’ils ont d’attraits sur une âme sensible !…

Et les hurlements de la Borghèse qui, de son côté, déchargeait comme une Messaline, précipitèrent nos éjaculations et celles de nos gens, nerveusement branlée par nous.

Nous n’employâmes le repos où cette agitation nous laissa qu’à vérifier l’effet de nos crimes : les putains expiraient… et la cruelle mort nous ôtait le plaisir de les tourmenter plus longtemps. Point satisfaites encore du mal que nous venions de faire, nous pillâmes et détruisîmes la maison. Il est des moments dans la vie où le désir de se vautrer dans le désordre est tel qu’il n’est plus rien qui puisse satisfaire, et où les exécrations, même les mieux prononcées, n’assouvissent que faiblement encore l’excessif penchant que l’on éprouve au mal25.

La nuit était belle ; nous partîmes ; nos gens, à qui nous avions abandonné le pillage, convinrent qu’il leur avait rapporté plus de trente mille francs. De Pestum nous retournâmes à Vietri, où nous prîmes une barque pour nous rendre à l’île de Caprée, toujours en louvoyant, pour ne perdre aucun des sites pittoresques de cette côte sublime. Nous déjeunâmes à Amalfi, ancienne ville étrusque, dans la situation du monde la plus extraordinaire. Nous nous rembarquâmes ensuite jusqu’à la pointe de la Campanelle, courant toujours sur une côte du plus grand intérêt. Nous ne vîmes, dans tout ce beau pays habité jadis par les Sorrentins, que les débris d’un temple de Minerve qui donne son nom à la côte. Le temps se trouvant beau, nous fîmes voile, et nous nous trouvâmes, en deux petites heures, au port de Caprée, après avoir laissé sur notre droite les trois petites îles de Galli.

L’île de Caprée, qui peut avoir environ dix milles de circuit, est partout environnée des plus hauts rochers. On n’y aborde, ainsi que je viens de vous le dire, que par le petit port qui est en face du golfe de Naples. Sa forme est une ellipse de quatre milles à sa plus extrême longueur, et de deux dans sa plus grande largeur ; elle est divisée en deux parties : la haute et la basse Caprée. Une montagne d’une hauteur prodigieuse fait la division de ces deux parties, en devenant à cette île ce que l’Apennin est à l’Italie. Les habitants de l’une de ces parties ne peuvent communiquer avec ceux de l’autre que par un escalier de cent cinquante marches taillé à pic dans le roc.

Tibère habitait peu cette seconde partie ; ce n’était que dans la partie basse, comme plus tempérée, qu’il avait érigé ses lieux de débauche et ses palais, l’un desquels se trouvait assis sur la pointe d’un rocher, dont la hauteur est si prodigieuse, qu’à peine l’œil peut-il distinguer les vagues qui baignent ce rocher. Celui de ses palais élevé là servait d’asile à ses plus piquantes luxures. C’était du haut d’une tour avançant sur la crête du roc, et dont les débris se voient encore, que le féroce Tibère faisait précipiter les enfants de l’un et l’autre sexe qui venaient d’assouvir ses caprices.

— Ah ! double foutu dieu ! dit Clairwil, comme le coquin devait décharger en voyant culbuter de si haut les victimes de son libertinage ! Oh ! cher ange, continuait-elle en se pressant contre moi, c’était un voluptueux coquin que ce Tibère !… Si nous pouvions rencontrer ici quelque objet à précipiter comme lui…

Et pendant ce temps, Borghèse, qui nous devinait, nous montra une petite fille de neuf ou dix ans qui gardait une chèvre à vingt pas de là.

— Oh, foutre ! dit Clairwil, c’est excellent, ceci ; mais nos guides ?

— Il faut les renvoyer, il faut leur dire que nous voulons en ce lieu respirer quelques heures.

L’exécution suit de près le désir ; nous voilà seules… Borghèse elle-même va chercher l’enfant.

— Qui es-tu ? lui demandons-nous.

— Pauvre et malheureuse, répond humblement la jeune fille. Cette chèvre est tout notre bien ; elle et mes soins entretiennent ma mère qui, malade et perpétuellement au lit, mourrait sans ces deux secours.

— Eh ! bien, dit aussitôt l’infernale Clairwil, vois comme le hasard nous sert bien… Il faut attacher l’enfant à la chèvre, et les culbuter toutes deux.

— Oui, mais s’en amuser avant, répondis-je… savoir au moins comment est faite cette fille ; la fraîcheur, la santé, la jeunesse, brillent sur ses jeunes attraits : il serait ridicule de ne s’en point amuser.

Le croirez-vous, mes amis, nous eûmes la cruauté de dépuceler cette enfant avec un caillou pointu ; de l’étriller jusqu’au sang avec les épines d’alentour, de la lier ensuite à sa chèvre, et de les précipiter toutes deux du haut d’un rocher, d’où nous les vîmes s’engloutir dans les ondes, ce qui nous fit d’autant mieux décharger toutes trois, que le meurtre était double, puisqu’il entraînait également celui de la mère de cette enfant, qui, privée du secours des deux individus à qui nous venions de donner la mort, ne tarderait sûrement pas à mourir à son tour.

— Voilà comme j’aime les horreurs, dis-je à mes amies ; ou il faut les faire comme celles-là, ou il faut ne s’en jamais mêler.

— Oui, dit Clairwil ; mais il fallait savoir de l’enfant où demeurait la mère… Il eût été délicieux de la voir expirer de besoin…

— Scélérate ! dis-je à mon amie, je ne crois pas qu’il existe un être au monde qui sache mieux raffiner le crime que toi…

Et nous poursuivîmes notre promenade… Remplies toutes trois du désir de savoir si les heureux habitants de cette île ressemblaient, en vigueur pour les hommes, en attrait pour les femmes, aux divins habitants de Naples, nous remîmes au gouverneur une lettre particulière de Ferdinand.

— Je suis étonné, nous dit-il après l’avoir lue, que le roi puisse me donner une pareille commission : ignore-t-il donc que je suis ici plutôt comme espion de ce peuple que comme le représentant du souverain ? Caprée est une république dont le gouverneur, placé par le roi, n’est que le président. De quel droit veut-il que j’oblige des hommes ou des femmes de cette contrée à se livrer à vous ? Cette action serait celle d’un despote, et Ferdinand sait bien qu’il ne l’est pas ici. J’aime aussi toutes ces choses-là ; mais j’en jouis fort peu dans ce séjour, où il n’y a point de filles publiques et fort peu de valets ou de fainéants. Néanmoins, comme vous payez fort bien, à ce que Ferdinand m’écrit, je vais faire proposer à la veuve d’un marchand de vous livrer ses trois filles ; elle aime l’or, et je ne doute pas qu’elle ne se laisse séduire par le vôtre. Ces filles, nées à Caprée, sont âgées, l’une de seize ans, la seconde de dix-sept, l’aînée de vingt ; c’est ce que nous avons de plus beau dans es pays : que donnerez-vous ?

— Mille onces par fille, dit mon amie, l’argent ne nous coûte rien pour nos plaisirs. Nous en promettons autant pour toi, gouverneur ; mais il nous faut trois hommes.

— Aurai-je la même récompense pour eux ? dit l’avare officier.

— Oui, dis-je, nous ne marchandons jamais ces choses-là.

Et le cher homme, ayant tout fait préparer pour cette scène lubrique, ne nous demanda d’autre faveur que de nous regarder.

Les filles étaient vraiment belles ; les garçons frais, vigoureux et doués de vits magnifiques. Après nous en être bien fait donner par eux, nous les mariâmes à ces filles vierges ; nous les aidâmes à la défloration ; nous leur permettions seulement de cueillir les roses ; ils étaient ensuite obligés de se réfugier dans nos culs ; ils n’avaient la permission de décharger que là. Le pauvre gouverneur s’extasiait à la vue de ces tableaux, et s’épuisait en leur rendant hommage. La nuit entière fut employée à la célébration de ces orgies ; et, dans un pays semblable, nous n’en osâmes pas davantage. Nous partîmes sans nous coucher, après avoir bien payé le gouverneur, et lui avoir promis de l’excuser près de Ferdinand de l’impossibilité où le mode de gouvernement des insulaires de Caprée le mettait d’en avoir fait davantage pour nous.

Nous louvoyâmes la côte, en retournant à Naples. On ne voudrait jamais quitter ces heureux rivages, tant ils offrent d’objets curieux sur leurs borde. Nous découvrions Massa, Sorrente, la patrie du Tasse, la belle grotte Lila de Rico, et enfin Castella-Mare. Nous y abordâmes pour aller visiter Stabia, engloutie comme Herculanum, où Pline l’Ancien allait trouver Pompéïanus, son ami, chez lequel il coucha la veille de l’éruption fameuse qui couvrit cette ville, ainsi que toutes celles des environs. Les ouvriers qui découvrent celle-ci travaillent lentement : il n’y avait encore, lorsque nous la vîmes, que trois ou quatre maisons mises à l’air.

Excessivement fatiguées, nous ne visitâmes qu’avec rapidité les beautés de cette belle partie ; et très empressées de nous reposer et de nous rafraîchir, nous rentrâmes enfin dans notre beau palais, après avoir fait prévenir le roi de notre retour, et lui avoir fait passer tous nos remerciements de ses bontés pour nous.

1 L’once de Naples vaut à peu près onze livres dix sous de France.

2 Avec quel art l’âme des tyrans se trouve ici développée ! combien de révolutions expliquées par ce seul mot !

3 L’on prévient le lecteur que les noms des conjurés de cette célèbre affaire sont ici tous déguisés.

4 Esprit de la révolution de Stockholm, n’auriez-vous point, par hasard, passé dans Paris ?

5 Voyez dans La Fontaine la fable ingénieuse des Grenouilles qui demandent un roi. Malheureux habitants de ce globe, voilà votre histoire à tous !

6 C’est celui qu’Ankerstrœum tua en 1789.

7 Ceux qui ont vu de près cette femme, aussi célèbre par son esprit que par ses crimes, la reconnaîtront suffisamment ici, pour se persuader qu’elle a été peinte d’après nature.

8 Ce fouet est de nerf de bœuf ; on y attache trois aiguillettes de cuir d’élan. Chaque coup fait sortir le sang : rien ne vaut l’usage de ces instruments pour ceux qui chérissent, soit activement, soit passivement, les plaisirs de la flagellation. Quand on veut les rendre plus cruels, on garnit les lanières de pointes d’acier ; leurs cinglons, alors, enlèvent la chair sans le moindre effort ; appliquée d’un bras vigoureux, on en mourrait avant le centième coup. Tous les Russes voluptueux ont de ces fouets plus ou moins garnis.

9 Épingles très petites. (N. de l’éd.)

10 Cette habitude est d’une telle force, que ceux qui y sont sujets ne peuvent s’en passer, et ne le feraient peut-être pas sans danger ; ils éprouvent, à l’époque où ils sont accoutumés de renouveler cette cérémonie, des chatouillements d’une ma grande violence, qu’ils ne peuvent les apaiser qu’à coups de fouet. voyez l’Histoire des flagellants, par l’abbé Boileau ; l’excellente traduction de Meibomius, par Mercier de Compiègne.

11 Les cinquante verstes font à peu près quinze lieues de Francs.

12 Il en existe, à Tiflis, plus que de musulmans ; ce sont eux qui possèdent le plus grand nombre d’églises.

13 On se rappelle que c’est le nom de Mme de Borghèse.

14 Puissent ces excellents principes, en germant dans de bonnes têtes, y anéantir à jamais les dangereux préjugés qui nous font regarder ces passions comme des ennemies tandis que c’est d’elles seules que naît l’unique félicité que nous puissions espérer sur la terre.

15 Il faut se reporter ici au temps où cela fut écrit.

16 Il n’en est pas de même chez les peuples qui, par un faux mouvement de philosophie, crurent détruire la superstition en pillant les autels. Que leur reste-t-il maintenant ? Même préjugé et plus aucune richesse… Les imbéciles ! méconnaissant la main qui les faisait agir, ils croyaient abolir le culte, et ne faisaient que lui prêter des forces ; vils instruments des coquins qui les remuaient, les malheureux croyaient servir la raison, quand ils n’engraissaient que des pourceaux. Les révolutions religieuses se préparent par de bons ouvrages, par de l’instruction, et se terminent par l’extinction totale, non des hochets de la stupidité religieuse, mais des scélérats qui la prêchent et qui la fomentent.

17 Marie-Antoinette de France.

18 On a remarqué qu’il n’y avait jamais eu tant de règlements de police, de lois relatives aux mœurs, etc., que dans les dernières années des règnes de Charles Ier et de Louis XVI.

19 Ce n’était que lorsque la patrie était en danger que les Romains nommaient un dictateur.

20 Cette esquisse est d’après nature.

21 L’once vaut 11 liv. 10 s.

22 Les premiers mouvements de la nature ne sont jamais que des crimes ; ceux qui nous portent à des vertus ne sont que secondaires, et jamais que le fruit de l’éducation, de la faiblesse ou de la crainte. L’individu qui sortirait des mains de la nature pour être roi, qui, par conséquent, n’aurait point reçu d’éducation et deviendrait, par sa nouvelle position, le plus fort des hommes et à l’abri de toute crainte, celui-là, dis-je, se baignerait journellement dans le sang de ses sujets : ce serait, cependant, l’homme de la nature.

23 Voyez, à ce sujet, le discours de l’évêque de Grenoble, dans le premier volume de Justine, pages 348 et suivantes.

24 C’est l’usage en Italie de faire son maquereau de son confesseur ; rien ne s’allie, près des grands, comme ces deux états, et les prêtres un peu intrigants les exercent communément très bien à la fois.

25 On nous avait fait, dans Justine, la mauvaise chicane de n’avoir introduit sur la scène que des scélérats masculins. Nous voici, grâce au ciel ! à l’abri de ces reproches désolants. Hélas ! le mal, l’une des premières lois de la nature, se manifeste à peu près d’une manière égale sur toutes les productions de la nature ; plus les individus sont sensibles, et plus la main de cette nature atroce les courbe sous les lois invincibles du mal ; et voilà d’où vient que les femmes n’y portent avec plus de chaleur et plus de raffinements que les hommes. Mais tous sont mauvais parce qu’ils doivent l’être ; il n’y a d’absurde et d’injuste dans tout cela que les lois de l’homme, osant avoir l’imbécile et vaine prétention de réprimer ou de combattre celles de la nature.

Peu de jours après notre retour, le roi nous fit proposer de venir voir, à un des balcons de son palais, l’une des fêtes les plus singulières de son royaume. Il s’agissait d’une cocagne. J’avais souvent entendu parler de cette extravagance ; mais ce que je vis était bien différent de l’idée que je m’étais faite.

Charlotte et Ferdinand nous attendaient dans un boudoir dont la croisée donnait sur la place où devait avoir lieu la cocagne. Le duc de Gravines, homme de cinquante ans, très libertin, et La Riccia furent les seuls admis avec nous.

— Si vous ne connaissez pas ce spectacle, nous dit le roi, dès que le chocolat fut pris, vous allez le trouver bien barbare.

— C’est ainsi que nous les aimons, sire, répondis-je ; et j’avoue qu’il y a longtemps que je voudrais en France, ou de semblables jeux, ou des gladiateurs : on n’entretient l’énergie d’une nation que par des spectacles de sang ; celle qui ne les adopte pas s’amollit. Quand un empereur imbécile, en faisant monter le sot christianisme sur le trône des Césars, eut fait fermer le cirque à Rome, qui devinrent les maîtres du monde ?… Des abbés, des moines ou des ducs.

— Je suis parfaitement de votre avis, dit Ferdinand. Je voudrais renouveler ici les combats d’hommes contre des animaux, et même ceux d’homme à homme ; j’y travaille ; Gravines et La Riccia m’aident tous deux, et j’espère que nous réussirons.

— La vie de tous ces gueux-là, dit Charlotte, doit-elle être comptée pour quelque chose, quand il s’agit de nos plaisirs ? Si nous avons le droit de les faire égorger pour nos intérêts, nous devons également l’avoir pour nos voluptés.

— Allons, belles dames, nous dit Ferdinand, donnez vos ordres. En raison du plus ou moins de rigueur, du plus ou moins de police que je mets à la célébration de ces orgies, je puis faire tuer six cents hommes de plus ou de moins : prescrivez-moi donc ce que vous désirez à cet égard.

— Le pis, le pis ! répondit Clairwil ; plus vous ferez égorger de ces coquins, et plus vous nous amuserez.

— Allons, dit le roi, en donnant bas un ordre à l’un de ses officiers.

Puis, un coup de canon s’étant aussitôt fait entendre, nous nous avançâmes sur le balcon. Il y avait un peuple excessivement nombreux sur la place ; alors nous découvrîmes toute la perspective.

Sur un grand échafaud que l’on orne d’une décoration rustique, se pose une prodigieuse quantité de vivres, disposés de manière à composer eux-mêmes une partie de la décoration. Là, sont inhumainement crucifiées des oies, des poules, des dindons, qui, suspendus tout en vie, et seulement attachée par un clou, amusent le peuple par leurs mouvements convulsifs ; des pains, de la merluche, des quartiers de bœufs ; des moutons, paissant dans une partie de la décoration qui représente un champ gardé par des hommes de carton, bien vêtus ; des pièces de toile disposées de manière à former les flots de la mer sur laquelle s’aperçoit un vaisseau chargé de vivres ou de meubles à l’usage du peuple : telle est, disposée avec beaucoup d’art et de goût, l’amorce préparée à cette nation sauvage, pour perpétuer sa voracité et son excessif amour pour le vol. Car, après avoir vu ce spectacle, il serait difficile de ne pas convenir qu’il est bien plutôt une école de pillage qu’une véritable fête.

A peine avions-nous eu le temps de considérer le théâtre, qu’un second coup de canon se fit entendre. A ce signal, la chaîne de troupes qui contenait le peuple s’ouvrit avec rapidité. Le peuple s’élance, et, dans un clin d’œil, tout est enlevé, arraché, pillé, avec une vitesse… une frénésie, qu’il est impossible de se représenter. Cette effrayante scène, qui me donna l’idée d’une meute de chiens à la curée, finit toujours plus ou moins tragiquement, parce qu’on se dispute, on veut avoir, et empêcher son voisin à prendre, et qu’à Naples, ce n’est jamais qu’à coups de couteau que de pareilles discussions se terminent. Mais cette fois, d’après nos désirs, par les soins cruels de Ferdinand, quand le théâtre fut chargé, quand on crut qu’il pouvait bien y avoir sept ou huit cents personnes dessus, tout à coup il s’enfonce, et plus de quatre cents personnes sont écrasées.

— Ah ! foutre ! s’écria Clairwil en tombant pâmée sur un sofa, ah ! mes amis, vous ne m’aviez pas prévenue : je meurs (et la putain appelant La Riccia), fous-moi, mon ami, fous-moi ! lui dit-elle ; je décharge ; de mes jours, je n’ai rien vu qui m’ait fait autant de plaisir.

Nous rentrâmes ; les fenêtres et les portes se fermèrent, et la plus délicieuse de toutes les scènes de lubricité s’exécuta pour ainsi dire sur les cendres des malheureux sacrifiés par cette scélératesse.

Quatre jeunes filles de quinze ou seize ans, belles comme le jour, et revêtues de crêpes noirs sous lesquels elles étaient nues, nous attendaient debout, en silence. Quatre autres femmes, enceintes, de vingt à trente ans, entièrement nues, paraissaient, dans le même silence et dans la même douleur, attendre nos ordres vers une autre partie de la chambre. Couchés sur un canapé au fond de la pièce, quatre superbes jeunes hommes, de dix-huit à vingt ans, nous menaçaient la vit à la main, et ces vits, mes amis, ces vits étaient des monstres : douze pouces de circonférence sur dix-huit de long. De la vie rien de pareil ne s’était offert à nos yeux : nous déchargeâmes toutes les quatre rien qu’en les apercevant.

— Ces quatre femmes et ces quatre jeunes personnes, nous dit Ferdinand, sont les filles et les veuves de quelques-uns des infortunés qui viennent de périr sous vos yeux. Ce sont ceux que j’ai le plus exposés, et de la mort desquels je suis certain. J’ai fait venir de bonne heure ces huit femmes ici, et, enfermées dans une chambre sûre, j’ai voulu qu’elles vissent, par une fenêtre, le sort de leurs pères et de leurs époux. Je vous les livre maintenant, pour achever de vous divertir, et vous transmets tous mes droits sur elles. Là, poursuivit le monarque, en ouvrant une porte qui donnait sur un petit jardin, là, est un trou destiné à les recevoir, quand elles auront mérité, par d’horribles souffrances, d’arriver à ce moment de calme… Vous voyez leurs tombeaux. Approchez, femmes, il faut que vous le voyiez aussi… Et le barbare les fit descendre dedans, il les y fit étendre, puis, content des proportions, il ramena mes yeux sur les quatre jeunes gens.

— Assurément, mesdames, nous dit-il, je suis bien certain que jamais vous n’avez rien vu de pareil.

Et il empoignait ces vits plus durs que des barres de fer, il nous les faisait prendre, soulever, baiser, branloter.

— La vigueur de ces hommes, poursuivit le roi, égale au moins la supériorité de leur membre ; il n’en est pas un d’eux qui ne vous réponde de quinze ou seize décharges, et pas un qui ne perde dix ou douze onces de sperme à chaque éjaculation : c’est l’élite de mon royaume. Ils sont Calabrais tous les quatre, et il n’y a point de provinces en Europe qui fournissent des membres de cette taille. Jouissons maintenant, et que rien ne nous gêne. Quatre boudoirs tiennent à celui-ci ; ils sont ouverts ; ils sont garnis de tout ce qui sert au service de la luxure : allons, foutons, faisons-nous foutre, vexons, tourmentons, supplicions, et que nos têtes, embrasées par le spectacle qui vient de nous être présenté, raffinent à la fois les cruautés et les luxures…

— Oh ! foutre, mon ami, dis-je à Ferdinand, comme tu entends l’art d’amuser des imaginations comme les nôtres !

Robes, jupons, culottes, tout fut bientôt mis à bas, et, avant que de procéder à des scènes générales, il parut que l’intention de chacun était de s’isoler un moment, dans des cabinets séparés. La Riccia prit avec lui l’une des jeunes filles, une femme grosse et un fouteur ; Gravines s’enferma avec Olympe et une femme grosse ; et Ferdinand prit Clairwil, un fouteur, une femme grosse et deux petites filles ; Charlotte me choisit, et voulut, avec nos deux fouteurs, une des petites filles et une femme grosse.

— Juliette, me dit la reine de Naples, dès que nous fûmes dans notre boudoir, je ne puis plus dissimuler les sentiments que tu as fait naître dans mon cœur : je t’adore. Je suis trop putain pour te promettre de la fidélité ; mais tu sais que ce sentiment romanesque est inutile entre nous : ce n’est point un cœur que je t’offre, c’est un con… un con qui s’inonde de foutre chaque fois que ta main y touche. Je te suppose mon esprit, ma façon de penser, et te préfère incontestablement à tes sœurs. Ton Olympe est une bégueule ; son tempérament l’emporte quelquefois, mais elle est timide et poltronne : il ne faudrait qu’un coup de tonnerre pour convertir une telle femme. La Clairwil est une superbe créature, infiniment d’esprit, sans doute, mais nous différons de goût : elle n’aime à exercer ses cruautés que sur les hommes, et quoique je sacrifie volontiers ce sexe, le sang du mien, pourtant, me fait plus de plaisir à répandre ; elle a d’ailleurs un air de supériorité prononcé sur nous toutes, qui humilie prodigieusement mon orgueil. Avec autant de moyens, et peut-être même beaucoup plus qu’elle, Juliette, tu n’affectes pas autant de vanité ; cela console ; je te crois plus de douceur dans le caractère, autant de coquinerie dans l’esprit, mais plus de solidité avec tes amies ; je te préfère, enfin, et ce diamant de cinquante mille écus, que je te supplie d’accepter, suffira peut-être à t’en convaincre.

— Charlotte, dis-je en refusant le bijou, l’on peut avec toi convenir de ses vices ; je suis sensible à tes sentiments, et je t’en jure de semblables ; mais je l’avoue, ma chère, je ne fais, par caprice, nul cas de ce qu’on me donne, je n’estime que ce que je prends, et, si tu veux, rien n’est plus facile que de me satisfaire sur cet objet.

— Comment donc ?

— Jure avant tout, sur l’amour que tu as pour moi, de ne jamais rien révéler du désir impérieux dont je suis dévorée.

— Je le jure.

— Eh bien ! je veux voler les trésors de ton mari, je veux que tu me fournisses toi-même les moyens d’y parvenir.

— Parle bas, dit la reine,, ces gens-ci pourraient nous entendre… Attends, je vais les enfermer… Jasons maintenant à notre aise, reprend Charlotte. Acceptes-tu ce que je te propose ? c’est la seule façon de me convaincre des sentiments que tu me montres. Ô Juliette ! ajoute-t-elle, la confiance que tu me témoignes doit te valoir la mienne… Et moi aussi je médite un forfait : m’y serviras-tu ?

— Fallût-il y risquer mille vies ; parle.

— Si tu savais à quel point je suis excédée de mon mari !

— Malgré ses complaisances ?

— Est-ce donc pour moi qu’il fait tout cela ? Il me prostitue par libertinage, par jalousie ; il croit, en apaisant ainsi mes passions, empêcher mes désirs de naître, et il aime mieux que je sois foutue par son choix que par le mien.

— Plaisante politique.

— C’est la sienne, c’est celle d’un Espagnol italianisé, et il ne peut y avoir rien de pis dans le monde qu’un tel être.

— Et tu désires ?…

— Empoisonner ce vilain homme, devenir régente… Le peuple me préfère à lui, il adore mes enfants ; je régnerai seule, tu deviendras ma favorite, et ta fortune est faite.

— Non, je ne demeurerai pas avec toi, je n’aime pas le rôle que tu me proposes ; d’ailleurs, j’idolâtre ma patrie et veux bientôt y retourner. Je te servirai ; je vois que les moyens te manquent. Ferdinand, qui possède des poisons de tout genre, te les cache, sans doute ; je t’en donnerai ; mais, service pour service, Charlotte, songe que tu n’auras ce que je te promets qu’au prix des trésors de ton mari. A combien se montent ces trésors ?

— Quatre-vingts millions, tout au plus.

— En quelles espèces ?

— Des lingots, des piastres, des onces et des sequins.

— Comment ferons-nous ?

— Tu vois cette croisée ? me dit Charlotte en me montrant une fenêtre assez voisine de celle où nous nous plaçâmes ; qu’un chariot bien attelé se trouve au bas après-demain ; je volerai la clef ; je jetterai par la fenêtre dans ce chariot tout ce que je pourrai.

— Et la garde ?

— Il n’y en a point de ce côté.

— Écoute, dis-je à Charlotte, dont je complotais la perte avec délices dans ce moment-là, j’ai quelques démarches à faire pour préparer le poison qu’il te faut, et je ne me soucie pas de les entreprendre sans être sûre de mon fait ; signe-moi cet écrit, dis-je en le minutant tout de suite, j’agirai dès lors sans nulle crainte, et nous serons tranquilles toutes deux.

Charlotte, aveuglée par son amour pour moi, par l’extrême désir de se défaire de son mari, en signant tout ce que je voulus, me prouva que la prudence est rarement la compagne des grandes passions. Voici ce qu’elle ratifia :

« Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai pour récompense à celle qui me fournira le poison nécessaire à l’envoyer dans l’autre monde. »

Signé : C. de L., R. de N.

— Allons, dis-je, me voilà tranquille ; après-demain, à l’heure indiquée, tu peux compter sur le chariot ; sers-moi bien, Charlotte… tu le seras de même. Amusons-nous maintenant…

— Oh ! chère amie, me dit Charlotte en m’accablant de baisers, quels services tu me rends et combien je t’adore !…

L’imbécile ! comme il s’en fallait que je lui rendisse le même sentiment ! Oh ! l’illusion n’était plus possible : nous avions trop perdu de foutre ensemble ; je ne me délectais que de l’idée de sa perte, et son imprudent écrit l’assurait.

— Branlons-nous toutes deux, me dit-elle, avant que d’appeler nos objets de débauches…

Et, sans attendre ma réponse, la putain me jette sur un lit de repos, s’agenouille entre mes cuisses, et me gamahuche en me chatouillant à la fois et le con et le cul. Ce fut alors où j’usai bien de la facilité qu’ont les femmes pour les infidélités d’imagination : c’était de Charlotte que je recevais des sensations voluptueuses, j’étais couverte de ses pollutions… de ses baisers, et je ne pensais qu’à trahir Charlotte.

Femmes adultères, vous voilà : dans les bras de vos époux, vous ne leur abandonnez que le corps, et les sensations de voluptés qu’ils y font naître n’appartiennent jamais qu’à l’amant. Ils se trompent, ils prennent pour eux l’ivresse où les mouvements vous plongent quand les imbéciles n’ont pas une étincelle de l’embrasement. Sexe enchanteur, continuez cette tromperie, elle est dans la nature : la flexibilité de vos imaginations vous le prouve ; dédommagez-vous ainsi, quand vous ne le pouvez autrement, des chaînes ridicules de la pudeur et de l’hymen, et ne perdez jamais de vue que si la nature vous fit un con pour foutre avec les hommes, sa main forma, du même jet, le cœur qu’il faut pour les tromper.

Charlotte s’enivra de mon sperme, et j’avoue qu’il coula par flots, dans l’idée vraiment délicieuse pour une tête comme la mienne, de perdre à jamais celle qui le faisait ainsi répandre. Elle se rejette dans mes bras, nous nous polluons avec ardeur, elle suce ma bouche et mes tétons, et comme je la branle délicieusement, la tribade se pâme vingt fois. Nous nous entrelaçons l’une sur l’autre en sens contraire, de manière à pouvoir nous gamahucher réciproquement ; nos langues chatouillaient le clitoris, et un doigt libertin effleure et les trous du cul et les cons ; nous nous inondâmes de foutre, et, certes, toutes deux avec des pensées bien diverses.

Enfin, Charlotte en feu désire du libertinage ; elle appelle ; elle veut d’abord que tout soit dirigé par moi. La femme grosse, sous ma main droite, est offerte à mes vexations ; la jeune fille, à califourchon sur ma poitrine, me fait à la fois baiser le con le plus frais et le plus charmant cul ; Charlotte excite les vits et me les enfile elle-même.

— Je raffole de l’idée d’avoir une reine pour maquerelle, dis-je à Charlotte ; allons, putain, fais ton métier.

Mais des engins de la taille de ceux que Ferdinand nous procure ne sont pas faciles à recevoir, et, quelque frayés que soient mes appas, il m’est impossible d’endurer sans préparation des attaques aussi monstrueuses. Charlotte humecte les voies ; elle frotte les bords de mon con et le membre du fouteur, avec une essence qui, dès la première secousse, fait pénétrer plus de la moitié du monstre. Cependant les douleurs sont si vives, qu’en poussant un cri furieux, je jette au diable la petite fille juchée sur ma poitrine ; je veux me débarrasser du trait qui me déchire. Charlotte s’y oppose, elle nous presse tous deux l’un sur l’autre, et ce procédé, qui favorise mon nouveau champion, l’introduit à l’instant au fond de ma matrice : je n’avais jamais tant souffert. Ces épines pourtant se changent bientôt en roses : mon adroit cavalier s’y prend avec tant d’art, il pousse avec tant de force, qu’au quatrième bond, je l’inonde de foutre. Tout alors se remet en place ; Charlotte, en favorisant l’acte, en chatouillant les couilles et le trou du cul de mon fouteur, offre à ma main gauche ses fesses, que je moleste pour le moins avec autant de violence que celles de la femme grosse, et la petite fille gamahuchée par moi m’inonde le visage de sa douce éjaculation. Quelle vigueur dans ce Calabrais ! Il me lime plus de vingt minutes, perd à la fin son foutre, et me refout trois fois de suite sans quitter la lice ; j’en donne enfin au bout d’une heure. Son camarade le remplace. Pendant que je fous avec le second, Charlotte veut jouir du plaisir de me les voir tous les deux dans le corps ; elle-même arrange l’attitude. Je suis couchée dans les bras de l’un, c’est moi qui le fous ; il se laisse faire ; je manie, je moleste un con de ma main droite, la gauche socratise un cul, ma langue gamahuche un clitoris. L’autre homme, aidé par la reine, se présente au trou de mon derrière ; mais, quelque habitude que j’aie de cette manière de goûter le plaisir, nous luttons un quart d’heure sans pouvoir seulement effleurer la brèche. Toutes ces tentatives me plongent dans une incroyable agitation : je grince des dents, j’écume, je mords tout ce qui m’environne, j’inonde de foutre le vit qui laboure mon con ; c’est sur lui que je me venge de n’en pouvoir faire entrer un dans mon cul. A force de ruse et de patience, je le sens pourtant qui pénètre ; celui qui m’enconne me lance un coup de reins assez vigoureux pour favoriser l’attaque de son camarade. Je jette un cri terrible, je suis enculée… Je n’avais rien éprouvé de pareil…

— Quel spectacle ! dit Charlotte en se branlant en face de nous, et me baisant parfois sur la bouche, sacredieu, quelle ouverture !… Oh ! Juliette, que tu es heureuse !…

Et je déchargeais… et j’étais comme une forcenée ; je n’y voyais plus, je n’entendais plus, tous mes sens n’existaient que dans les régions de la volupté ; j’étais à elle uniquement. Tous deux, sans quitter la place, parcourent une double carrière, et quand je m’en débarrassai, le foutre inondait mes cuisses de toutes parts… je le distillais par tous les pores.

— A toi, garce ! dis-je à Charlotte, fais de même, si tu veux connaître le plaisir.

Je n’ai pas besoin de la presser ; promptement enfilée par tous deux, la coquine me prouve que si son mari lui permet quelques plaisirs, à dessein de calmer un libertinage qui pourrait devenir dangereux pour lui, il n’avait pas tout à fait tort. Cruelle comme nous dans ses voluptés, la gueuse me supplie de molester la femme grosse sous ses yeux, pendant qu’elle gamahuche la petite fille, et qu’on la fout en con et en cul. Cette malheureuse se jette à mes pieds : je suis sourde ; ivre de rage et de lubricité, je la renverse d’un coup de genou dans l’estomac, et je lui saute sur le ventre ; dès que je la vois à terre, je la rosse, je la bats, je l’étouffe ; Charlotte m’encourage en balbutiant des horreurs ; enfin la gueuse, également foutue deux coups, éloigne les hommes et se lève. Nous avalons deux bouteilles de champagne et nous passons dans le salon. Toute la compagnie s’y était déjà rendue. Chacun parla de ses prouesses : il fut facile de juger que ce n’était pas seulement dans notre boudoir qu’on avait molesté les femmes grosses ; aucune d’elles ne pouvait se soutenir ; celle de Gravines, surtout… elle était prête d’accoucher ; le scélérat l’avait mise en sang.

Le dîner fut de la plus extrême magnificence ; les jeunes filles nous servaient à table, et les femmes grosses, couchées à terre sous nos pieds, recevaient les vexations qu’il nous plaisait de leur imposer. Placée près de Clairwil, j’eus le temps de lui confier le tour que j’avais fait : je remplis son âme de joie, en lui racontant ces détails, et quoiqu’il ne fût guère possible que de les esquisser, elle me comprit, me félicita, en m’assurant que j’étais la femme la plus adroite et la plus entreprenante qu’elle connût.

Électrisés par la chère délicate et les vins délicieux qui nous furent servis, nous passâmes, en trébuchant dans une magnifique salle, toute préparée pour les orgies que nous avions à célébrer. Là, les agents étaient : Ferdinand, Gravines, La Riccia, Clairwil, Charlotte, Olympe et moi. Les victimes : les quatre femmes grosses, les quatre jeunes filles qui nous avaient servis au dîner, et les huit beaux enfants de l’un et de l’autre sexe dont les culs nous avaient lancé des liqueurs. Quatorze vigoureux champions, pour le moins aussi gros, aussi nerveux que ceux que nous avions épuisés le matin, parurent, la lance en arrêt ; tout était nu… frémissant, et attendant, avec autant de respect que de silence, les lois qu’il nous plairait de leur imposer. Le repas nous ayant menés fort loin, il devenait essentiel que des lumières éclairassent le lieu de la scène. Cinq cents bougies, cachées dans des gazes vertes, répandaient dans cette salle la clarté la plus douce et la plus agréable.

— Plus de particularité, plus de tête-à-tête, dit le roi c’est aux yeux les uns des autres que nous devons opérer maintenant.

Nous nous précipitons alors, sans aucune règle, sur les premiers objets qui se présentent : on fout, on se fait foutre ; mais la cruauté préside toujours à des luxures aussi désordonnées que les nôtres. Ici, l’on pressurait des gorges ; là, l’on fouettait des culs ; à droite, on déchirait des cons ; les femmes pleines se martyrisaient à gauche ; et les soupirs de la douleur ou du plaisir, mêlés de plaintes d’un côté, d’affreux blasphèmes de l’autre, furent longtemps les uniques bruits qui se firent entendre. Des cris plus énergiques de décharges se distinguèrent bientôt : celle de Gravines fut la première. Hélas ! il n’a pas plus tôt prononcé les expressions de son délire, que nous voyons tomber à ses pieds, du milieu des groupes qui l’entouraient, une femme égorgée, son fruit arraché des entrailles, et tous les deux baignés dans les flots de leur sang.

— Ce n’est pas ainsi que je m’y prendrai, dit La Riccia en ordonnant d’attacher fortement contre un mur une de ces truies gonflées. Tenez, dit-il, observez-moi.

Il chausse un soulier garni de pointes de fer, s’appuie sur deux hommes, et lance, de toute la force de ses reins, un coup de pied à plat sur le ventre de la donzelle, qui, crevée, déchirée, ensanglantée, fléchit sous ses liens, et nous pond son indigne fruit, que le paillard arrose à l’instant des flots écumants de son foutre. Très près du spectacle, à la fois foutue par-devant et par-derrière, suçant le vit d’un jeune garçon qui, dans ce moment, déchargeait dans ma bouche, branlant un con de chaque main, il me fut impossible de ne point partager les plaisirs du prince, et je perdis mon sperme à son exemple. Je jette les yeux sur Clairwil : on l’enculait, une jeune fille la gamahuchait, et la gueuse fouettait un petit garçon ; elle m’imite. Charlotte, enconnée, suçait un petit garçon, branlait deux filles, et faisait fouetter devant elle une des femmes grosses sur le ventre. Ferdinand opérait sur une fille ; il la déchiquetait avec des tenailles rouges ; on le suçait, et quand il se sentit près de décharger, le vilain, armé d’un scalpel, coupa les tétons de sa victime, et nous les jeta au nez.

Tels étaient à peu près nos plaisirs, lorsque Ferdinand nous proposa de passer dans un cabinet voisin, dans lequel une machine, artistement préparée, nous ferait jouir d’un supplice très extraordinaire pour les femmes grosses. On prend les deux qui restent ; on les lie sur deux plaques de fer placées l’une au-dessus de l’autre, en telle sorte que les ventres des femmes mises sur ces plaques se répondaient perpendiculairement… Les deux plaques s’enlèvent à dix pieds l’une de l’autre.

— Allons, dit le roi, disposez-vous au plaisir.

Chacun l’entoure, et au bout de quelques minutes, par le moyen d’un ressort aux ordres de Ferdinand, les deux plaques, l’une en montant, l’autre en descendant, s’unissent avec une telle violence, que les deux créatures, s’écrasant mutuellement, sont, elles et leur fruit, réduites en charpie en une minute. Vous imaginez facilement, j’espère, qu’il n’y eut pas un de nous qui ne perdît son foutre à ce spectacle, et pas un qui ne le comblât des plus divins éloges.

— Repassons dans une autre pièce, dit Ferdinand ; nous y goûterons. peut-être d’autres plaisirs.

Cette pièce énorme était occupée par un vaste théâtre ; sept différentes tortures y paraissent préparées ; quatre bourreaux, nus et beaux comme Mars, devaient servir chaque supplice, dont le premier était le feu ; le second, le fouet ; le troisième, la corde ; le quatrième, la roue ; le cinquième, le pal ; le sixième, la tête coupée ; le septième, haché en morceaux. Chacun de nous avait, pour se tenir, un vaste emplacement, dans lequel se voyait cinquante portraits des plus jolis enfants que l’on pût voir, de l’un et l’autre sexe. Nous entrâmes dans les places qui nous étaient destinées, seulement chacun avec un fouteur, une petite fille et un petit garçon, pour le service de nos plaisirs pendant les exécutions ; à côté de chacun des portraits dont nous étions environnés, était un cordon de sonnette.

— Que chacune, à son tour, nous dit Ferdinand, choisisse une victime dans les cinquante portraits qui l’entourent, qu’il tire le cordon de la sonnette qui correspond à l’objet de son choix : aussitôt, la victime qu’il aura désignée lui sera offerte ; il s’en amusera un moment… Ensuite, vous voyez que dans chaque place est un escalier qui mène au théâtre : il y fera monter sa victime, l’annexera au supplice qui le fera le mieux bander, puis opérera lui-même, si cela lui convient ; sinon, il fera signe au bourreau du supplice qu’il aura choisi, et la victime, enlevée sur-le-champ par cet homme, sera sacrifiée sous ses yeux. Mais pour l’intérêt même de vos plaisirs, n’agissez que l’un après l’autre : nous sommes maîtres de notre temps, rien ne nous presse, et les heures les mieux employées de la vie sont toujours celles où l’on l’arrache aux autres.

— Sacredieu, dit Clairwil au roi, je n’ai jamais vu d’imagination plus fertile que la tienne.

— Ne m’en attribuez point la gloire, dit le Napolitain : toutes ces fantaisies faisaient bander les tyrans de Syracuse qui me précédaient. J’ai trouvé dans mes archives des traces de ces horreurs ; elles ont échauffé ma tête ; je m’en amuse avec mes amis.

Gravines sonne le premier : son choix tombe sur un jeune garçon de seize ans, beau comme le jour ; il paraît, et Gravines a seul le droit de s’en amuser ; il le fouette, il le suce, il lui mord le vit, il lui écrase une couille, l’encule, et finit par l’envoyer aux flammes :

— Il est sodomiste, prétend le scélérat, et, comme tel, voilà le supplice qui lui convient.

Clairwil sonne ensuite, et vous croyez bien que c’est sur un garçon que son choix tombe également : à peine avait-il dix-huit ans ; il était beau comme Adonis ; la coquine le suce, le branle, le fustige, s’en fait lécher le con et le cul ; puis, s’élançant avec lui sur le théâtre, la bougresse l’empale elle-même, en se faisant enculer par un des bourreaux.

Olympe suit : une fille de treize ans est l’objet de son choix ; elle la caresse et la fait pendre.

Ferdinand vient après. Comme Clairwil, il choisit un jeune homme.

— J’aime le supplice des femmes, nous dit-il, mais je me plais encore plus à celui des individus de mon sexe…

L’adolescent paraît : vingt ans, membré comme Hercule, avec la figure de l’Amour. Ferdinand se le fait mettre, le lui rend, le fustige, et le mène lui-même au supplice ; il le rompt. Ainsi brisé, on le met sur une roue où on le laisse exposé au fond du théâtre.

La Riccia choisit une fille de seize ans, belle comme Hébé, et après lui avoir fait subir toute sorte d’horreurs, il la fait hacher toute vive.

Charlotte sonne une petite fille de douze ans, et quand elle s’en est amusée, elle lui fait couper la tête, en se faisant foutre par deux hommes.

Je fais venir une fille de dix-huit ans, superbe ; de ma vie, je n’avais vu de plus beau corps. Après l’avoir bien baisée, maniée, léchée sur toutes les parties, je la mène au supplice ; et, travaillant avec les bourreaux, je lui enlève, à grands coups de lanière, des pièces de chair plus grandes que la main : elle expire, et ses bourreaux me foutent sur son cadavre.

Ce jeu nous plaisait trop, pour ne pas se prolonger excessivement. Nous immolâmes en tout onze cent soixante-seize victimes, ce qui fait cent soixante-huit pour chacun, parmi lesquelles six cents filles et cinq cent soixante-seize garçons,

Charlotte et Borghèse furent les seules qui ne sacrifièrent que des filles. Je fis périr autant d’individus d’un sexe que de l’autre ; La Riccia, de même ; mais Clairwil, Gravines et Ferdinand n’immolèrent absolument que des hommes, et presque toujours de leurs mains. Pendant tout ce temps, l’on n’avait cessé de nous foutre, et nos athlètes s’étaient relayés plusieurs fois. Nous nous retirâmes au bout de quarante-cinq heures, entièrement écoulées dans l’ivresse des plus divins plaisirs.

— Madame, dis-je tout bas à Charlotte en la quittant, souvenez-vous du billet que vous m’avez signé…

— Et toi, me répondit Charlotte également bas, du rendez-vous que je t’ai donné pour après-demain… Sois aussi exacte que moi, je ne t’en demande pas davantage.

Nous rentrâmes. Je ne manque pas d’expliquer aussitôt à Clairwil ce que je n’avais pu lui dire qu’en l’air.

— Ce projet est délicieux, me dit-elle.

— Oui, mais tu ne vois pas où je veux la conduire ?

— Non.

— J’abhorre Charlotte.

— Oh ! baise-moi, cher amour… Comme je partage tes sentiments !

— Eh ! non : c’est qu’elle m’aime à la folie, cette femme, c’est qu’elle veut toujours que je la fasse décharger, et rien ne m’ennuie comme ces préférences. Il n’y a qu’à toi, mon ange, qu’à toi seule au monde que je pardonne de m’aimer.

— Quelle tête que la tienne, Juliette !

— Conviens qu’elle est digne de toi !

— Oh ! oui, mon ange !… Enfin, que fais-tu de Charlotte ?

— Le lendemain du jour où j’aurai ses trésors, j’envoie le billet que tu vois au mari, et j’espère que quand il y lira : « Je volerai tous les trésors de mon mari, et les donnerai pour récompense à celle qui me donnera le poison nécessaire à l’envoyer dans l’autre monde », j’espère, dis-je, que quand le cher époux verra ces mots, il condamnera Charlotte à la mort, ou du moins à la plus affreuse prison.

— Oui, mais Charlotte condamnée révélera ses complices ; elle dira que c’est à nous qu’elle a livré sels trésors.

— Sera-t-il présumable que si c’était nous qui les eussions reçus, ce fût nous qui envoyassions le billet au roi ?

— Présumable ou non, Ferdinand fera des recherches.

— Tout sera par mes soins enfoui dans notre jardin. J’irai moi-même parler au roi : si ses soupçons se portent avec violence sur nous, je le menacerai de révéler le trait horrible de la cocagne d’avant-hier. Ferdinand, faible et bête, craindra mes menaces, et il se taira… Et puis,

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Il faut risquer quelque chose pour être riche : penses-tu que cinquante ou soixante millions ne vaillent pas la peine de quelques frais ?

— Mais si nous sommes prises, nous mourrons.

— Qu’importe ? la chose du monde que je craigne le moins est d’être pendue. Ne sait-on donc pas qu’on décharge en mourant ainsi ? Jamais l’échafaud ne m’effraya. Si jamais j’y suis condamnée, tu m’y verras voler avec impudence… Mais calme-toi, Clairwil, le crime nous aime, il nous favorise ; je t’en garantis le succès.

— Confieras-tu nos projets à Borghèse ?

— Non, je ne l’aime plus, cette femme.

— Oh ! foutre, je la déteste, moi.

— Il faut s’en défaire le plus tôt possible.

— N’allons-nous pas demain au Vésuve ?

— Tu as raison, il faut que les entrailles de ce volcan lui servent de tombeau… Quelle mort !

— Elle ne m’est venue dans la tête que parce que je la suppose affreuse.

— Je la lui voudrais plus cruelle encore.

— Quand nous haïssons toutes deux, oh ! nous haïssons bien.

— Il faut dîner avec elle comme à l’ordinaire.

— La flatter même.

— Laisse-moi conduire cela, tu sais que la fausseté s’allie avec mon masque et mon caractère.

— Il faut la branler cette nuit.

— Assurément.

— Oh ! mon ange, comme nous allons être riches !

— Ce coup fait, il faut quitter Naples.

— Et l’Italie… Il faut retourner en France, acheter des terres et passer nos jours ensemble… Que de voluptés nous attendent ! Elles n’auront plus d’autres lois que nos désirs.

— Il n’en sera pas une que nous ne puissions satisfaire à l’instant. Oh ! cher amour, qu’on est heureux avec de l’argent ! qu’il est imbécile, celui qui n’emploie pas tous les moyens, légitimes ou non, pour s’en procurer. Oh ! Clairwil, on m’arracherait mille vies, plutôt que de m’enlever le goût du vol ; c’est un des plus grands plaisirs de ma vie ; c’est un besoin de mon existence. J’éprouve à voler la même sensation qu’une femme ordinaire ressent quand on la branle. Tous les forfaits chatouillent en moi les houppes nerveuses du temple de la volupté, comme le feraient des doigts ou des vits ; je décharge rien qu’en les complotant… Tiens, vois ce diamant, Charlotte me l’avait offert, il vaut cinquante mille écus, je l’ai refusé : offert, il me déplaisait ; volé, il fait mes délices.

— Tu le lui as pris ?

— Oui. Je ne m’étonne plus qu’il y ait des hommes qui se soient livrés à cette passion pour la seule volupté qu’elle procure ; j’y passerais ma vie, et je te réponds que j’aurais deux millions de rente, que l’on me verrait toujours voler par libertinage.

— Ah ! mon amour, me dit Clairwil, comme il est certain que la nature nous a créées l’une pour l’autre !… Va, nous serons inséparables.

Nous dînâmes avec Borghèse ; tout s’arrangea de concert pour la promenade qui devait se faire au Vésuve le lendemain. Nous fûmes le soir à l’Opéra ; le roi vint nous visiter dans notre loge, ce qui fit jeter tous les yeux sur nous. De retour au logis, nous proposâmes à Borghèse de passer une partie de la nuit à manger des rôties au vin de Chypre, et à nous branler ; elle y consentit ; et nous portâmes, Clairwil et moi, la fausseté, au point de faire décharger sept ou huit fois cette femme condamnée par notre scélératesse, et de décharger nous-mêmes presque autant de fois dans ses bras. Nous la laissâmes se coucher ensuite, pour aller passer, mon amie et moi, le reste de la nuit ensemble ; et nous perdîmes encore chacune trois ou quatre fois du foutre, sur l’idée délicieuse de trahir le lendemain, tous les sentiments de la confiance et de l’amitié. Il faut des têtes comme les nôtres pour concevoir de tels écarts, je le sais ; mais malheur à qui ne les connaît pas ! il est privé de grands plaisirs ; j’ose assurer qu’il n’entend rien à la volupté.

Nous nous levâmes de bon matin. On ne dort pas quand on projette un crime ; sa seule idée embrase tous les sens ; on le manie sous toutes ses formes, on le savoure dans toutes ses branches, et l’on jouit mille fois d’avance du plaisir dont on sait bien qu’on pétillera, dès qu’il sera commis.

Une calèche à six chevaux nous conduisit au pied du volcan. Là, nous trouvâmes des guides dont l’usage est de vous attacher à des bretelles sur lesquelles on se soutient pour gravir la montagne ; on est deux heures à parvenir au sommet. Les souliers neufs que vous apportez pour cette course sont brûlés quand elle est finie. Nous montâmes gaiement ; nous persiflions Olympe ; et il s’en fallait bien que la malheureuse comprît le double sens, aussi traître qu’entortillé, des sarcasmes que nous lui lâchions.

C’est une affreuse corvée que le voyage de cette montagne : toujours dans la cendre jusqu’au cou, si l’on avance quatre pas, on en recule six, et perpétuellement dans la crainte que quelque lave ne vous engloutisse tout vivant. Nous arrivâmes excédées, et nous nous reposâmes dès que nous fûmes à l’embouchure. Ce fut de là que nous considérâmes, avec un intérêt prodigieux, l’orifice tranquille de ce volcan qui, dans ses moments de fureur, fait trembler le royaume de Naples.

— Croyez-vous, dîmes-nous à nos guides, qu’il y ait quelque chose à craindre aujourd’hui ?

— Non, répondirent-ils ; quelques morceaux de bitume, de soufre ou de pierre ponce pourront peut-être s’élancer ; mais il est vraisemblable qu’il n’y aura point d’éruption.

— Eh bien, mes amis, dit Clairwil, donnez-nous le panier qui contient nos rafraîchissements, et redescendez au village. Nous allons passer ici la journée : nous voulons dessiner, lever des plans.

— Mais s’il arrivait quelque chose ?

— Ne dites-vous pas qu’il n’arrivera rien ?

— Nous ne pouvons l’affirmer.

— Eh bien ! quand il arriverait quelque chose, nous voyons le village où vous nous avez prises, nous y descendrons à merveille…

Et trois ou quatre onces, que nous leur glissâmes dans la main, les déterminèrent bientôt à nous laisser.

A peine furent-ils à quatre cents pas, que, nous fixant Clairwil et moi :

— Userons-nous de ruse ? dis-je bas à mon amie.

— Non, me dit-elle, de force…

Et nous élançant aussitôt toutes deux sur Olympe :

— Garce ! lui dîmes-nous, nous sommes lasses de toi ; nous ne t’avons fait venir ici que pour te perdre… Nous allons te précipiter toute vive dans les entrailles de ce volcan.

— Oh ! mes amies, qu’ai-je donc fait ?

— Rien. Tu nous lasses, n’en est-ce point assez ?…

Et lui enfonçant, en disant cela, un mouchoir dans la bouche, nous interceptâmes sur-le-champ ses cris et ses jérémiades. Alors Clairwil lui attacha les mains avec des cordons de soie qu’elle avait apportés à ce dessein ; j’en fis autant de ses deux pieds ; et quand elle fut hors de défense, nous nous amusâmes à la contempler ; des larmes, s’échappant de ses beaux yeux, venaient retomber en perles sur sa belle gorge. Nous la déshabillâmes, nous la maniâmes et la vexâmes sur toutes les parties de son corps ; nous molestâmes sa belle gorge, nous fustigeâmes son charmant cul, nous lui piquâmes les fesses, nous épilâmes sa motte ; je lui mordis le clitoris jusqu’au sang.

Enfin, après deux heures d’horribles vexations, nous l’enlevons par ses liens, et la précipitons au milieu du volcan, dans lequel nous distinguâmes, plus de six minutes, le bruit de son corps heurter et se précipiter par saccades sur les angles aigus qui le rejetaient de l’un à l’autre, en la déchirant en détail. Peu à peu le bruit diminua… nous finîmes par ne plus rien entendre.

— C’en est fait, dit Clairwil qui n’avait cessé de se branler depuis qu’elle avait lâché le corps. Oh ! foutre, mon amour, déchargeons maintenant toutes deux, étendues sur le bourrelet même du volcan ! Nous venons d’y commettre un crime, une de ces actions délicieuses que les hommes s’avisent d’appeler atroces : eh bien ! s’il est vrai que cette action outrage la nature, qu’elle se venge, elle le peut ; qu’une éruption se fasse à l’instant sous nous, qu’une lave s’ouvre et nous engloutisse…

Je n’étais plus en état de répondre ; déjà dans l’ivresse moi-même, je rendais au centuple, à mon amie, les pollutions dont elle m’accablait. Nous ne parlions plus. Étroitement serrées dans les bras l’une de l’autre, nous branlant comme deux tribades, il semblait que nous voulions changer d’âme par le moyen de nos soupirs embrasés. Quelques mots de lubricité, quelques blasphèmes étaient les seules paroles qui nous échappaient. Nous insultions la nature, nous la bravions, nous la défiions : et, triomphantes de l’impunité dans laquelle sa faiblesse et son insouciance nous laissaient, nous n’avions l’air de profiter de son indulgence que pour l’irriter plus grièvement.

— Eh bien ! me dit Clairwil, qui revint la première de notre mutuel égarement, tu vois, Juliette, si la nature s’irrite des prétendus crimes de l’homme : elle pouvait nous engloutir, nous fussions mortes toutes deux dans le sein de la volupté… L’a-t-elle fait ? Ah ! sois tranquille, il n’est aucun crime dans le monde qui soit capable d’attirer la colère de la nature sur nous : tous les crimes la servent, tous lui sont utiles, et quand elle nous les inspire, ne doute pas qu’elle n’en ait besoin.

Clairwil n’avait pas fini, qu’une nuée de pierres s’élance du volcan et retombe en pluie autour de nous.

— Ah ! ah ! dis-je sans seulement daigner me lever. Olympe se venge ! Ces morceaux de soufre et de bitume sont les adieux qu’elle nous fait, elle nous avertit qu’elle est déjà dans les entrailles de la terre.

— Rien que de simple à ce phénomène, me répondit Clairwil. Chaque fois qu’un corps pesant tombe au sein du volcan, en agitant les matières qui bouillonnent sans cesse au fond de sa matrice, il détermine une légère éruption.

— Que rien ne nous dérange, déjeunons, Clairwil, et crois que tu te trompes sur la cause de la pluie de pierres qui vient de nous inonder : elle n’est autre que la demande que nous fait Olympe de ses habits ; il faut les lui rendre.

Et après en avoir retiré l’or et les bijoux, nous fîmes un paquet du total, que nous jetâmes dans le même trou qui venait de recevoir notre malheureuse amie. Nous déjeunâmes ensuite. Aucun bruit ne se fit entendre ; le crime était consommé, la nature était satisfaite. Nous descendîmes, et retrouvâmes nos gens au bas de la montagne.

— Un malheur affreux vient de nous arriver, dîmes-nous en les abordant, les larmes aux yeux… notre compagne infortunée… en s’avançant trop près du bord… hélas ! elle a disparu… Oh ! braves gens, y aurait-il du remède ?

— Aucun, répondirent-ils à la fois ; il fallait nous laisser avec vous, cela ne vous serait pas arrivé ; elle est perdue, vous ne la reverrez jamais.

Nos feintes larmes redoublèrent à cette cruelle annonce, et remontant dans notre calèche, en trois quarts d’heure nous sommes à Naples.

Dès le même jour, nous publiâmes notre malheur ; Ferdinand vint lui-même nous en consoler, nous croyant vraiment sœurs et amies ; quelque dépravé qu’il fût, jamais l’idée du crime que nous venions de commettre ne se présenta même à son imagination, et les choses en restèrent là. Nous renvoyâmes bientôt à Rome, les gens de la princesse de Borghèse, avec les certificats de son accident, et nous fîmes dire à sa famille qu’on eût à nous indiquer l’emploi à faire de ses bijoux et de son or, s’élevant, écrivîmes-nous, à trente mille francs, tandis que, dans le fait, elle en laissait pour plus de cent mille, dont vous sentez bien que nous nous étions emparées ; mais nous n’étions plus à Naples quand la réponse de la famille y vint, et nous jouîmes en paix de la spoliation faite à notre amie.

Olympe, princesse de Borghèse, était une femme douce, aimante, emportée dans le plaisir, libertine par tempérament, pleine d’imagination, mais n’ayant jamais approfondi ses principes ; timide, tenant encore à ses préjugés, susceptible d’être convertie au premier malheur qui lui serait arrivé, et qui, par cette seule faiblesse, n’était pas digne de deux femmes aussi corrompues que nous.

Un événement plus important nous attendait : le lendemain était le jour pris avec Charlotte pour l’enlèvement des trésors de son mari. Le reste de la soirée fut employé, par Clairwil et moi, à préparer une douzaine de grandes malles, à faire creuser, avec beaucoup de secret, un vaste trou dans notre jardin. Il avait été fait par un homme à qui nous brûlâmes la cervelle, et que nous enterrâmes le premier dans cette fosse mystérieuse : N’aie point de complices, dit Machiavel, ou défais-t-en, dès qu’ils t’ont servi.

Enfin arriva le moment de faire trouver le chariot garni de malles, sous les fenêtres indiquées. Clairwil et moi, vêtues en hommes, conduisîmes nous-mêmes la voiture, et nos gens, dans le secret d’une partie de campagne, ne cherchèrent pas à en découvrir davantage. Charlotte fut exacte ; la coquine désirait avec trop d’ardeur le poison promis, si elle réussissait, pour être coupable de quelque négligence. Pendant quatre heures entières, elle nous descendit des sacs que nous chargions aussitôt dans les malles ; enfin elle nous avertit que tout était descendu.

— A demain, répondîmes-nous.

Et nous regagnâmes en hâte notre logis, assez heureuses pour n’avoir pas rencontré une âme pendant tout le temps qu’avait duré cette expédition. Dès que nous fûmes au logis, un second homme nous aida à enfouir les malles… et y fut enfoui lui-même dès qu’il ne nous devint plus nécessaire. Inquiètes, fatiguées, soucieuses d’être si riches, nous nous couchâmes cette fois-ci sans songer aux plaisirs. Dès la lendemain, les bruits du vol fait au roi se répandirent dans la ville ; nous profitâmes de ce moment favorable pour lui faire tenir le billet de la reine, avec tout le mystère imaginable. A peine l’a-t-il lu que, se livrant au plus affreux accès de colère, il vient lui-même arrêter sa femme, la confie au capitaine de sa garde, avec l’ordre exprès de la conduire au fort Saint-Elme, où il la condamne en secret à l’habillement le plus grossier et à la nourriture la plus simple. Il est huit jours sans la voir. Elle le fait presser de venir. Il paraît. La scélérate avoue tout, et nous compromet de la plus affreuse manière. Ferdinand accourt, furieux, à notre hôtel, et comme cette conversation est intéressante, je vais la rendre en dialogue.

FERD. — Vous êtes coupables d’une horreur ; dois-je la soupçonner dans celles que j’ai crues mes amies ?

CLAIR. — De quoi s’agit-il ?

FERD. — La reine vous accuse d’avoir dérobé mes trésors.

JUL. — Nous ?

FERD. — Vous.

CLAIR. — Quelle vraisemblance !

FERD. — Elle est convenue d’avoir un moment comploté contre mes jours, et elle assure que vous lui avez promis le poison nécessaire pour me les ravir, si elle pouvait payer ce don, de mes trésors.

CLAIR. — Avez-vous trouvé chez elle le poison qu’elle dit avoir payé si cher ?

FERD. — Non.

JUL. — Comment se peut-il, en ce cas, qu’elle ait consenti à livrer les sommes avant que d’avoir le poison promis ?

FERD. — C’est ce que j’ai pensé.

CLAIR. — Sire, votre femme est une coquine, mais une coquine bien maladroite ; nous sachant liées avec vous, elle a cru déguiser son infamie, en faisant porter sur nos têtes toute l’horreur de son exécrable projet ; mais la trame est trop mal ourdie.

FERD. — Qui peut m’avoir enfin envoyé ce billet ?

JUL. — Assurément ceux qui ont vos trésors : mais soyez persuadé qu’ils sont loin ; ceux qui vous ont envoyé ce billet étaient à couvert, quand ils vous ont instruit, et c’est pour les sauver que la reine nous nomme.

FERD. — Mais quel intérêt Charlotte a-t-elle de sauver maintenant ceux qui la trahissent ?

CLAIR. — Elle a le poison, elle ne veut pas que vous sachiez qu’elle l’a ; elle fait, en conséquence, tomber le soupçon sur ceux à qui il devient impossible d’affirmer qu’elle l’a ; mais elle le tient, il est certain qu’elle le possède, et que vous périssiez sans la précaution que vous avez prise.

FERD. — Vous trouvez donc que j’ai bien fait ?

JUL. — Il était difficile de faire mieux.

FERD. — La croyez-vous coupable ?… (Et Clairwil se mit à sourire avec malignité.) Ce mouvement de physionomie m’éclaire, dit Ferdinand, furieux, achevez de porter le poignard dans mon cœur… Saviez-vous quelque chose ?

CLAIR. — Votre femme est un monstre, vous dis-je, elle vous détestait, et ce qui vous reste de mieux à faire, est de la livrer promptement à toute la rigueur des lois.

FERD. — Oh ! mes amies, réellement, vous n’avez aucune connaissance de celui qui a dérobé mes trésors ?

JUL. ET CLAIR. — Nous le jurons.

FERD. — Eh bien ! qu’elle périsse dans sa prison… qu’elle y meure de faim et de misère… Et vous, mes amies, pardonnez mes soupçons, je vous demande excuse de les avoir conçus ; je conçois toute leur injustice.

JUL. — Sire, il nous suffit que vous les ayez eus pour que nous vous demandions la permission de quitter à l’instant vos États.

FERD. — Non, non, je vous en conjure ; à présent que je suis débarrassé de cette vilaine femme… je suis beaucoup plus tranquille, et nous ferons encore des choses délicieuses.

JUL. — Votre repos n’établit pas le nôtre. D’honnêtes femmes ne se consolent jamais d’avoir eu leur honneur compromis.

— Ah ! je ne vous soupçonne ni l’une ni l’autre, dit le roi en se précipitant à nos, genoux, mais ne m’abandonnez jamais ; vous devenez nécessaires à mon existence, je ne me consolerais pas de vous perdre.

CLAIR. — Et quelle est la somme que l’on t’a ravie ?

FERD. — Quarante millions ; c’est la moitié de ce que j’avais ; la scélérate a convenu qu’elle avait promis le tout, qu’elle n’avait pas osé tout donner.

CLAIR. — L’infâme créature, dis-je (mais, animée d’un bien autre sentiment que celui que pouvait me prêter le roi, la rage seule de n’avoir pas tout eu, me faisait invectiver Charlotte), monstre ! que d’audace, et que d’impudence ! tromper ainsi le meilleur des époux ! un homme qui lui était si attaché, qui sacrifiait tout à ses plaisirs ! Oh ! jamais tant d’ingratitude ne se manifesta sur la terre ! et le plus cruel des supplice ne pourrait encore la punir.

En ce moment Élise et Raimonde, parées comme des déesses, vinrent servir le chocolat au prince. Ferdinand ne les avait pas encore vues.

— Quelles sont ces belles femmes ? demanda-t-il dans le plus grand trouble.

— Nos demoiselles de compagnie, répondis-je.

— Pourquoi ne les ai-je pas connues ?

— Pouvions-nous soupçonner qu’elles pussent vous plaire ?…

Et le paillard, oubliant aussitôt et sa prisonnière et son vol, veut que ces deux filles lui soient à l’instant livrées. De tels désirs devenaient des ordres pour nous dans la circonstance où nous étions. Un boudoir s’ouvre à Ferdinand ; il s’y enferme avec nos femmes, et n’en revient qu’au bout de deux heures, après les avoir excédées.

— Mes bonnes amies, nous dit-il en sortant, ne m’abandonnez pas, je vous en conjure ; que tout reproche soit oublié, et je vous proteste de ne plus voir en vous que l’innocence et la probité…

Et il disparut.

Avec une autre tête que celle du faible souverain de Naples, Charlotte était empoisonnée sur-le-champ. Certes, nous lui en avions assez dit pour le déterminer à cette action : mais cet homme, sans force et sans caractère, était-il capable d’une action de vigueur ? Aussi ne fit-il rien. Toute l’Europe a su, sans en connaître les motifs, et cette détention et sa brièveté. Pour nous, bien décidées à ne pas attendre le dénouement de cette aventure, nous fîmes sur-le-champ nos préparatifs de départ. Les quarante millions nous embarrassaient. Comme nous avions acheté beaucoup de bustes, de mosaïques, de marbres antiques et de pierres du Vésuve, nous plaçâmes notre or dans de doubles fonds pratiqués aux caisses de ces emballages, et ce stratagème réussit à merveille. Avant que de les fermer, nous envoyâmes supplier le roi de les faire visiter ; il ne le voulut jamais. Nous les cachetâmes ; dix chariots les emportèrent, et nous les suivîmes dans deux carrosses, l’un pour nos gens, l’autre pour nous. Un moment avant de partir, nous fûmes prendre congé de Ferdinand, qui fit encore tout son possible pour nous retenir, et qui nous donna, de sa main même, le passeport nécessaire à quitter ses États.

Le soir, nous couchâmes à Capoue ; huit jours après, à Rome, où nous arrivâmes sans le moindre accident. Ce fut là seulement que Clairwil instruisit son frère du projet qu’elle avait de me suivre à Paris, où elle désirait terminer ses jours ; elle l’engageait à prendre le même parti : mais Brisa-Testa ne voulut jamais quitter sa profession, et quelles fussent les richesses qu’il y eût acquises, il nous protesta qu’il était décidé maintenant à mourir les armes à la main.

— Eh bien ! me dit Clairwil, c’en est fait, je te donne la préférence sur lui, et je ne veux plus que nous nous séparions.

J’embrassai mille fois mon amie, et lui jurai qu’elle n’aurait jamais à se repentir de cette résolution. Que je connaissais mal la fatalité de son étoile et de la mienne, en lui faisant cette promesse !

Nous continuâmes notre route, sans qu’il nous arrivât rien d’intéressant jusqu’à Ancône, où, profitant du plus beau temps du monde, nous nous promenions sur le port, lorsque nous remarquâmes une grande femme d’environ quarante-cinq ans, qui nous examinait avec la plus scrupuleuse attention.

— Reconnais-tu cette femme ? me dit Clairwil…

Je me retourne… J’observe.

— Ah ! dis-je, pleine d’étonnement, cette créature est notre sorcière de Paris… c’est la Durand.

Et à peine eus-je fini, que l’individu dont nous parlions se jette avec transport dans nos bras…

— Ah ! ah ! dit Clairwil, un peu émue de revoir au bout de cinq ans une femme qui lui avait prédit qu’elle n’avait plus que ce terme à vivre, quel est donc le hasard qui nous réunit en cette ville ?

— Venez chez moi, nous dit la Durand, toujours belle ; quoique ces gens-ci n’entendent pas notre langue, il est inutile nous exposer devant eux.

Nous la suivîmes ; et après nous avoir reçues dans le plus bel appartement de l’hôtellerie qu’elle occupait :

— Que je suis aise, nous dit-elle, dès que nous fûmes assises, de pouvoir vous procurer dans fort peu de temps la connaissance de la femme la plus singulière, la plus dans votre genre qu’ait encore créée la nature.

— Qui donc ? dit Clairwil.

— C’est une sœur cadette de l’impératrice, une tante de la reine de Naples, ignorée de l’univers entier. La princesse Christine annonça, dès sa plus tendre enfance, un penchant si violent au libertinage, que son père sentit l’impossibilité de l’établir. Voyant que ses mauvais penchants croissaient avec l’âge, il prit le parti de lui acheter une île en Dalmatie, sur les bords du golfe de Venise, et lui assigna trois millions de revenu, la mit sous la protection des Vénitiens qui lui accordèrent le titre de souveraine de son île, et la permission d’y faire tout ce qu’elle voudrait. Christine, reléguée là depuis seize ans, en a maintenant quarante, et y jouit de tous les plaisirs que la plus extrême lubricité peut faire naître. Je ne vous en dirai pas davantage, voulant vous laisser tous les plaisirs de la surprise. Nous traverserons le golfe dans une felouque à elle, dont je puis disposer quand je veux ; c’est un voyage de vingt-quatre heures. Décidez-vous.

— Assurément, nous le sommes, répondis-je ; je suis bien sûre que Clairwil ne me désavouera pas : notre voyage ayant pour but d’étudier les mœurs et de voir des choses extraordinaires, l’objet sera manqué si, pouvant observer ce que tu nous proposes, nous nous y refusions par tiédeur.

— Oh ! sacredieu, dit mon amie, comme nous allons foutre dans l’île de Christine !

— Jamais, dit Durand, jamais vous n’aurez eu tant de plaisir.

— Quoi ! dis-je, elle a donc là… ?

— Eh ! non, non, je ne veux rien dire, répondit la Durand, il faut que vous en ayez toute la surprise.

Et nous changeâmes de propos, pour ne pas déplaire à une femme qui paraissait ne vouloir pas s’ouvrir davantage.

— Oh ! parbleu, dis-je à la Durand, puisque je te retrouve, il faut absolument que tu m’apprennes le motif qui te fit disparaître aussitôt de Paris. Pourquoi ne te trouvas-tu point au rendez-vous que tu avais indiqué au comte de Belmor, avec lequel je t’avais fait faire connaissance ?

— Certes, répondit la Durand, la raison qui m’empêcha de m’y trouver ne pouvait être meilleure : on me pendait ce jour-là.

— Es-tu folle ?

— On me pendait, vous dis-je ; le fait est simple, deux mots vont vous l’expliquer. J’avais fourni du poison au jeune duc de *** pour trancher les jours de sa mère. Des remords vinrent troubler les projets de cet imbécile ; il me trahit ; je fus arrêtée, mon procès fait dans vingt-quatre heures. Mais, singulièrement liée avec Samson, j’obtins de lui de n’être pendue que pour la forme. Des éclaircissements, des aveux me valurent des délais. Je ne descendis de l’Hôtel de Ville qu’aux lumières ; Samson fit un nœud coulant et m’escamota. Portée au cimetière, un de ses valets m’acheta, par ses ordres, et je quittai Paris dès la nuit même. J’y revins l’année d’ensuite, sous un autre nom et dans un autre quartier, sans être chicanée par personne ; mes affaires n’ont pas été mal depuis. On a bien raison de dire que la corde de pendu porte bonheur. J’ai soixante mille livres de rente, mes fonds croissent chaque année. Tous les ans, je fais voyage en Italie ; j’y fais préparer les poisons que je distribue ensuite dans toute l’Europe : j’aime mieux cela que de les composer chez moi. En vérité, la mode de ces meurtres est telle aujourd’hui, que je puis à peine suffire. Ce sera chez Christine où vous verrez des effets bien piquants des venins que je compose !

— Tu lui en vends ?

— Ah ? bon Dieu ! pour cent mille écus tous les ans.

— Elle est donc cruelle ?

— C’est une Zingha.

— Ah ! je l’adore d’avance, dit Clairwil ; allons, Durand, partons quand tu voudras.

— Femme charmante, dis-je ici, voulant absolument satisfaire ma curiosité, j’exige enfin de toi de nous dévoiler, à présent, quels étaient les personnages singuliers par qui tu nous fis battre, flageller, qui firent, en un mot, devant nous tant de choses extraordinaires chez toi…

— L’un, nous dit la Durand, est le célèbre duc de ***, l’autre, Beaujon, ce millionnaire si connu. Depuis quatre ans, tous deux me paient énormément pour de pareilles expéditions. On n’a pas idée de ce que j’ai trompé de femmes et de filles de la même manière, pour eux. Mais, à propos, dit Durand en donnant des ordres, croyez-vous donc que je vais vous laisser sortir de chez moi sans dîner ? Un refus de votre part me mettrait au désespoir ; j’espère que vous ne me le ferez point…

Et le plus splendide repas fut aussitôt servi.

— Durand, dit Clairwil, au dessert, tu nous promets de grands plaisirs pour demain, mais tu ne nous parles pas de ceux d’aujourd’hui ; j’ai cependant vu là, parmi tes valets, trois ou quatre gaillards qui m’ont l’air de bander fort dur.

— En veux-tu tâter !

— Pourquoi pas ? Et toi, Juliette ?

— Non, dis-je préoccupée d’une idée plus forte que moi, et dont je n’étais pas la maîtresse, non, j’aime mieux boire des liqueurs et causer avec Durand, que de foutre. J’ai mes règles, d’ailleurs, et ne me sens nullement en train.

— Voilà la première fois que tu refuses des vits, dit Clairwil avec une sorte d’inquiétude dont j’étais loin de pénétrer la cause… Allons, viens mon ange, poursuivit Clairwil, quand on ne veut pas foutre par-devant, on fout par-derrière ; viens donc, tu sais que je ne goûte jamais de vrais plaisirs sans toi.

— Non, dis-je toujours entraînée par cette sorte de pressentiment qui me maîtrisait ; non, te dis-je, je ne bande point du tout, et je veux jaser…

Clairwil entre dans le cabinet qui lui était destiné, et je vis distinctement, dans une glace, un signe énergique qu’elle fit à la sorcière, et qui me parut ne pouvoir être autre chose qu’une forte recommandation de silence. Les portes se ferment ; je reste avec Durand.

— Oh ! Juliette, me dit cette femme dès que je fus seule avec elle, rends grâces à ton étoile des sentiments que tu m’inspires. Charmante fille, poursuit-elle en m’embrassant, non, tu ne seras pas la victime d’un monstre… Préférable à lui sous tous les rapports, je sauverai tes jours en te prévenant de tout.

— De quoi s’agit-il donc ? madame, vous me glacez d’effroi !

— Écoute-moi, Juliette, et surtout ne révèle rien. Cette île, en Dalmatie… cette princesse Christine… ce voyage… Chère fille, tu étais perdue… tout cela n’était que des pièges tendus par une femme que tu croyais ton amie.

— Quoi ! Clairwil ?

— Elle avait comploté ta mort. Elle est jalouse de tes richesses ; elle a dans sa poche un écrit, où vous vous êtes mutuellement promis d’hériter l’une de l’autre ; elle t’assassinerait pour avoir ton bien.

— Oh ! L’infernale créature ! m’écriai-je en furie.

— Calme-toi, Juliette, calme-toi ; un mot peut te perdre encore ; achève de m’écouter. La felouque où nous nous embarquions faisait naufrage ; nous nous sauvions, tu périssais… Venge-toi ; prends ce paquet, il contient la poudre fulminante ; c’est le plus prompt des venins que nous employons. A peine en aura-t-elle pris, qu’elle tombera à tes pieds comme frappée de la foudre. Je ne te demande rien pour le service que je te rends ; ne le regarde jamais que comme le fruit de mon excessive tendresse pour toi…

— Ô ma bienfaitrice ! m’écriai-je en larmes, de quel affreux danger tu me préserves !… Mais achève de m’expliquer tout ce mystère… Comment es-tu dans Ancône ?… Comment Clairwil t’a-t-elle vue ?

— Je vous suis depuis Naples, où j’étais pour mes poisons : Clairwil, qui m’y rencontra, me prescrivit tout ceci. Je vous ai laissées à Lorette, et suis venue dans cette ville pour y disposer une scène où je ne me prêtai qu’avec le plus ferme désir de te sauver la vie. Si j’eusse refusé à Clairwil, elle employait d’autres moyens, et tu périssais infailliblement.

— Mais, dès que Clairwil voulait se défaire de moi, quel besoin d’attendre si longtemps ?

— Vos écrits n’étaient pas faits, vos sommes n’étaient point placées, il fallait être sorti de Rome, et elle savait qu’en quittant cette ville, vous ne séjourneriez qu’à Lorette. Ce fut pour la journée d’ensuite qu’elle m’ordonna de tout disposer.

— Indigne créature ! m’écriai-je, toi que j’aimais avec tant de sincérité, dans les bras de qui je me livrais avec tant de candeur et de bonne foi !

— C’est un monstre de fausseté et de perfidie : il n’est aucune espèce d’occasion où l’on puisse compter sur elle ; et l’instant où l’on s’imagine avoir le moins à en craindre, est celui où il faut s’en méfier avec le plus de soin… J’entends du bruit, peut-être va-t-elle rentrer ; elle redoute notre entretien ; compose-toi, et ne la manque pas ; adieu.

Effectivement, Clairwil rentra très agitée ; elle avait mal foutu, disait-elle, les deux hommes qu’on lui avait donnés bandaient mal : elle ne s’accoutumait point, d’ailleurs, à goûter des plaisirs que ne partageait point sa chère Juliette.

— Je déchargerais mieux avec toi, me dit-elle, si tu voulais que nous nous branlassions.

— Ce sera pour cette nuit, répondis-je, en déguisant mon cruel état du mieux qu’il m’était possible ; mais d’honneur, à présent, ma chère, je ne banderais pas pour Adonis.

— Eh bien ! dit Clairwil, retournons au logis ; aussi bien, je me sens accablée ; je ne serai pas fâchée de me mettre au lit de bonne heure. Adieu, Durand, poursuivit-elle, à demain. Tâche, surtout, que nous ayons dans la felouque des musiciens, des vivres et de bons fouteurs ; je ne connais point d’autre façon de me désennuyer sur mer.

Nous rentrâmes.

— C’est une singulière femme que cette Durand, me dit Clairwil, dès que nous fûmes seules ; elle est bien dangereuse, ma chère : à quelle épreuve elle a mise mon amitié pour toi ! Croiras-tu que, dans l’instant où tu nous a quittées quelques minutes pour passer dans une garde-robe, la scélérate m’a proposé de t’empoisonner pour deux mille louis ?

Peu surprise, je ne vis, dans ce propos, qu’un mauvais piège dans lequel il m’était impossible de donner. Je pris assez sur moi, cependant, pour avoir l’air de tout croire.

— Oh ! Dieu ! dis-je, cette femme est un monstre ! Voilà donc la raison qui me l’a fait trouver si fausse, dans le peu de temps que j’ai causé avec elle.

— Sans doute ; elle avait comploté contre tes jours ; ta mort la divertissait.

— Ah ! dis-je, en fixant Clairwil, c’était peut-être pendant notre voyage sur mer, que la coquine exécutait son funeste coup…

— Non, dit Clairwil sans nul embarras… à souper, ce soir, et telle est la raison qui m’a fait t’entraîner si vite…

— Mais ce voyage, dis-je, il m’inquiète, à présent : en réponds-tu bien ?

— Oh ! sur ma tête : j’ai totalement changé ses idées, je te réponds qu’elle n’y pense plus ; soupons.

On nous sert ; j’étais décidée. Dans l’impossibilité absolue d’être la dupe de ce que me disait Clairwil, trop pénétrée de la franchise des aveux de la Durand, je glisse au premier plat que je sers à Clairwil le venin caché dans mes doigts… Elle avale, chancelle, et tombe en poussant un cri furieux.

— Me voilà vengée, dis-je à mes femmes, très étonnées de cette syncope…

Et je leur dévoile aussitôt l’aventure.

— Oh ! foutre, m’écriai-je, savourons les doux charmes de la vengeance, et faisons des horreurs maintenant : branlez-moi toutes deux sur le cadavre de cette putain, et que son exemple vous apprenne à ne jamais trahir votre amie.

Nous dépouillâmes Clairwil, nous l’étendîmes nue sur un lit… Je la branlai ; elle était encore chaude ; armée d’un godemiché, je la foutis ; Élise me faisait baiser son cul ; pendant ce temps-là, je chatouillais le con de Raimonde. Je parlais à cette malheureuse, comme si elle eût encore existé ; je lui adressais des reproches et des invectives, comme si elle eût pu m’entendre ; je pris des verges, je lui donnai le fouet… je l’enculai. Insensible à tout, je vis bien qu’il n’y avait plus d’espoir, je la fis mettre dans un sac. Et ses propres valets, qui la détestaient et qui me surent le meilleur gré du monde de les avoir débarrassés d’une aussi mauvaise maîtresse, se chargèrent, dès qu’il ferait nuit, d’aller secrètement la porter à la mer.

J’écrivis, sur-le-champ, à mon banquier, à Rome, qu’en raison du contrat passé entre Clairwil et moi, au moyen duquel les biens placés ensemble chez lui appartenaient au dernier vivant, il eût à ne plus faire passer qu’à moi le total du revenu. D’où il résultait qu’en réunissant les deux fortunes sur ma tête, je me trouvais plus de deux millions de rente. Rien ne s’arrange comme un meurtre, en Italie : je fis donner deux cents sequins à la justice d’Ancône, il n’y eût seulement pas de procès-verbal.

— Eh bien ! dis-je à Durand, en allant dîner chez elle le lendemain et sans vouloir lui rien expliquer encore, c’est donc ainsi que vous avez voulu me tromper ? Clairwil m’a tout dit : vous deviez m’empoisonner hier soir… Elle seule s’y est opposée.

— L’infernale créature ! répondit la Durand, avec tout l’air de la franchise. Oh ! Juliette, croyez que je vous ai dit la vérité : je vous aime trop pour vous en imposer sur des faits aussi graves. Je suis scélérate autant qu’une autre, peut-être plus qu’une autre, mais quand j’aime une femme, je ne la trompe jamais… Tu n’as donc pas exécuté.

— Non, Clairwil respire ; elle me suit ; nous allons partir. Eh bien ! puisque je t’ai trahie, je me retire donc…

— Oh ! Juliette, que vous payez mal les services que je vous ai rendus…

— Mieux que tu ne penses, Durand, interrompis-je avec vivacité, en lui glissant d’une main un portefeuille où il y avait cent mille écus ; et lui montrant, de l’autre, les cheveux de Clairwil, que j’avais coupés. Tiens, voilà les ornements de la tête que tu as proscrite, et voici la récompense de ta généreuse amitié.

— Garde tout cela, me répondit la Durand. Juliette, je t’adore, je n’ai voulu de prix à tout ce que j’ai fait, que le bonheur de t’adorer sans rivale : j’étais jalouse de Clairwil, je ne le cache pas, mais je l’eusse pourtant épargnée, sans l’horreur dont elle s’est rendue coupable envers toi. Il m’a été impossible de lui pardonner l’attentat formé contre les jours de celle dont je voudrais prolonger la vie aux dépens de la mienne. Je suis beaucoup moins riche que toi, sans doute, mais j’ai de quoi vivre magnifiquement, et puis me passer de l’argent que tu m’offres : mon métier ne m’en laissera jamais manquer ; je ne veux pas être payée d’un service rendu par mon cœur.

— Plus de séparation désormais entre nous, dis-je à la Durand ; quitte ton auberge, viens dans la mienne ; tu prendras les gens, les équipages de Clairwil, et nous partirons pour Paris, dans deux ou trois jours.

Tout s’arrangea ; Durand ne conserva qu’une femme de chambre, à laquelle elle était extrêmement attachée ; elle renvoya le reste de sa maison, et vint s’établir chez Clairwil.

Il était facile de voir, à l’air dont cette femme me dévorait des yeux, que ce qu’elle attendait avec le plus d’impatience, était l’instant où, pour prix de ce qu’elle avait fait, mes faveurs lui seraient accordées. Je ne la fis pas languir : après le dîner le plus somptueux et le plus élégant, je lui tends les bras ; elle s’y précipite ; nous volons dans ma chambre ; tout s’y ferme, et je me livre, avec d’inexprimables délices, à la plus libertine et la plus luxurieuse des femmes. Durand, âgée de cinquante ans, n’était pas encore sans mérite ; ses formes étaient belles et bien conservées ; sa bouche fraîche, sa peau douce et peu ridée ; un superbe cul, la gorge encore soutenue, fort blanche, des yeux très vifs, beaucoup de noblesse dans les traits, et des transports dans le plaisir… des goûts d’une bizarrerie… ! Par un caprice de la nature, dont Clairwil et moi nous ne nous étions jamais doutées, Durand n’avait jamais pu jouir des plaisirs ordinaires de la jouissance : elle était barrée, mais (et de cela vous devez vous en souvenir) son clitoris, long comme le doigt, lui inspirait pour les femmes le goût le plus ardent. Elle les foutait, elle les enculait ; elle voyait aussi des garçons : l’extrême largeur du trou de son cul me fit bientôt voir que, quant aux intromissions, elle se dédommageait par celle-là. Je fis les avances, et crus qu’elle mourrait de plaisir, sitôt qu’elle sentit mes mains sur sa chair.

— Déshabillons-nous, me dit-elle, on ne jouit bien que nue. J’ai, d’ailleurs, la plus grande envie de revoir tes charmes, Juliette, je brûle de les dévorer…

Tout est à bas dans une minute. Mes baisers parcourent ce beau corps avec ardeur ; et, peut-être, eussé-je eu bien moins de plaisir, si Durand eût été plus jeune. Mes goûts commençaient à se dépraver, et l’automne de la nature me donnait des sensations bien plus vives que son printemps. Objet unique des caresses de cette femme ardente, j’étais accablée de luxures ; on n’imagine pas à quel point elle portait ses recherches : oh ! comme les femmes criminelles sont voluptueuses ! que leurs lubricités sont savantes !

Prudes, langoureuses et froides, insupportables bégueules, qui n’osez pas seulement toucher le membre qui vous perfore, et qui rougiriez de lâcher un foutre en foutant, venez, venez ici prendre des exemples : c’est à l’école de la Durand où vous vous convaincrez de votre ineptie.

Après les premières caresses, Durand, moins gênée que lorsque Clairwil était, comme autrefois, en tiers avec nous, me déclara ses fantaisies, en me suppliant de m’y soumettre. A genoux devant moi, il fallait qu’en l’accablant d’invectives, je lui frottasse le nez tour à tour, et de mon con et de mon cul ; il fallait, en frottant le devant, que je lui pissasse sur le visage. Cela fait, je devais la couvrir de coups de pied et de coups de poing, m’emparer d’une poignée de verges, et la fustiger jusqu’au sang. Quand, à force de mauvais traitements, je l’aurais étendue par terre, il fallait que, ma tête entre ses cuisses, je la gamahuchasse un quart d’heure, en la socratisant d’une main, et lui branlant les tétons de l’autre ; ensuite, dès qu’elle serait bien en feu, je devais me laisser enculer avec son clitoris, pendant qu’elle chatouillerait le mien.

— Je te demande pardon de tant de choses, Juliette, me dit cette libertine, après m’avoir tout expliqué ; mais si tu savais où nous entraîne la satiété !…

— Après trente-cinq ans d’un libertinage soutenu, on ne doit jamais faire des excuses de ses goûts, répondis-je : tous sont respectables, tous sont dans la nature ; le meilleur de tous est celui qui nous flatte le mieux.

Et me mettant à l’opération, je la satisfis si bien, qu’elle pensa mourir de plaisir. Rien n’égalait les crises voluptueuses de la Durand. De mes jours je n’avais vu de femme décharger ainsi : non seulement elle élançait son foutre comme un homme, mais elle accompagnait cette éjaculation de cris si furieux, de blasphèmes tellement énergiques, et de spasmes si violents, qu’on eût cru qu’elle tombait en épilepsie. Je fus enculée comme si j’eusse eu affaire à un homme, et j’y ressentis le même plaisir.

— Eh bien ! me dit-elle, en se relevant, es-tu contente de moi ?

— Oh ! foutre, m’écriai-je, tu es délicieuse, tu es un vrai modèle de lubricité ! tes passions m’embrasent : rends-moi tout ce que je t’ai fait.

— Quoi ! tu veux être battue ?

— Oui.

— Souffletée, fustigée ?

— Assurément.

— Tu veux que je pisse sur ton visage ?

— Sans doute, et que tu te dépêches ; car je bande et veux décharger.

La Durand, plus accoutumée que moi à ces services, s’y prend avec une telle agilité, elle y emploie une si grande adresse, qu’elle me fait à l’instant partir, sous les titillations voluptueuses de sa langue impudique.

— Comme tu décharges, cher amour ! me dit-elle ; comme tu ressens énergiquement le plaisir ! Ah ! tu ne me le cèdes en rien.

— Il faut que je te l’avoue, Durand, répondis-je, tu m’échauffes étonnamment la tête ; je suis étonnamment glorieuse d’être liée avec une femme comme toi ; maîtresses toutes deux des jours de l’univers entier, il me semble que notre réunion nous rend supérieures à la nature même. Oh ! que de crimes nous allons commettre ! que d’infamies nous allons faire !

— Tu ne regrettes donc plus Clairwil ?

— Le puis-je, quand je te possède ?

— Et si je n’avais inventé toute cette histoire que pour me débarrasser d’une rivale ?

— Oh ! quel excès de scélératesse !

— Si je m’en étais souillée ?

— Mais, Durand, Clairwil m’a dit que tu lui avais offert de m’empoisonner pour deux mille louis.

— Je savais bien qu’elle te le dirait ; je n’ignorais pas non plus que cette confidence de sa part, loin de t’en imposer, ne te paraîtrait qu’un piège maladroit qui, avec la finesse que je te connaissais, ne servirait qu’à te faire hâter le crime que je voulais que tu commisses.

— Et pourquoi choisir ma main pour cela ? Ne pouvais-tu pas t’en charger ?

— Il était bien plus délicieux pour moi de te faire trancher les jours de ma rivale ; pour que ma volupté fût complète, il fallait que ton bras me servît : il l’a fait.

— Juste ciel ! quelle femme tu es !… Mais elle fut inquiète en dînant chez toi l’autre jour, elle goûta mal les plaisirs que tu lui destinais : on eût dit qu’elle se méfiait de notre tête-à-tête… elle te fit un signe…

— J’avais préparé cette inquiétude, parce que j’en pressentais les résultats sur toi ; tu vois bien que j’ai réussi, et que son air troublé la rendit bientôt plus coupable à tes yeux. En lui disant que je t’empoisonnerais pour deux mille louis, elle dut craindre que je ne t’en proposasse autant contre elle. Voilà le signal expliqué, voilà d’où vient qu’elle trembla du tête-à-tête, et ce frémissement, fruit de mes soins, produisit sur ton esprit l’effet entier que j’en attendais : deux heures après, le coup fut exécuté.

— Quoi ! d’honneur, Clairwil était innocente ?

— Elle t’adorait… Je t’adorais aussi et ne pouvais souffrir de rivale…

— Tu triomphes, scélérate, dis-je à la Durand en me précipitant sur son sein, oui, tu triomphes complètement, et je t’idolâtre au point que si ce crime était à refaire, je le ferais sans qu’il fût besoin du motif dont tu l’étayes… Et pourquoi ne m’avoir pas déclaré ton amour à Paris ?

— Je ne l’osai devant Clairwil, et, quand tu revins me voir sans elle, l’homme que tu me conduisais me gêna ; la seconde fois je n’y étais plus. Mais je ne t’ai jamais perdue de vue, ma chère et tendre amie. Je t’ai suivie à Angers, en Italie, tout en faisant mon commerce ; je t’avais toujours sous les yeux. Mon espoir disparut, en voyant tes différentes liaisons avec les Donis, les Grillo, les Borghèse, et je me désespérai bien plus encore, quand je sus que tu avais retrouvé Clairwil… Enfin je t’ai suivie de Rome ici, et lasse d’être si longtemps contrariée, j’ai voulu dénouer l’aventure : tu vois comme j’ai réussi.

— Inexplicable et délicieuse créature ! on ne porta jamais plus loin la fausseté, l’intrigue, la méchanceté, la scélératesse et la jalousie !

— C’est que personne n’eut jamais ni mes passions ni mon cœur ! c’est que personne n’aima jamais comme je t’aime.

— Mais quand tes feux seront éteints, tu me traiteras sans doute comme tu viens de traiter Clairwil… Aurai-je le temps de me défendre ?

— Je vais te tranquilliser, mon ange, et répondre énergiquement à tes injustes soupçons ; écoute-moi. J’exige que tu conserves à jamais l’une de tes femmes, Élise ou Raimonde ; choisis, je ne te laisserai pas l’autre, je t’en préviens.

— Mon choix est fait, je garde Raimonde.

— Eh bien ! poursuivit Durand, si jamais Raimonde périt d’une manière tragique, et dont tu ne puisses soupçonner la cause, n’en accuse que moi. J’exige maintenant que tu laisses un écrit dans les mains de cette fille, qui l’autorise à me dénoncer comme ton assassin si jamais tu péris toi-même d’une manière malheureuse, pendant notre liaison.

— Non, je ne veux point de ces précautions ; je me livre à toi, je m’y livre avec délices ; j’aime l’idée de mettre ma vie dans tes mains… Laisse-moi Élise, laisse-moi tout le monde, ne gêne pas mes goûts. Je suis libertine, je ne te promettrai jamais d’être sage, mais je te ferai le serment de t’adorer toujours.

— Je n’ai pas envie de te tyranniser ; au contraire, je servirai moi-même tes plaisirs, je ferai tout pour tes jouissances physiques ; mais si le moral y entrait pour quelque chose, je t’abandonnerais à l’instant. Je connais l’impossibilité de captiver une femme comme toi, putain par principe et par tempérament : ce serait, je le sais, vouloir imposer des digues à la mer ; mais tu peux toujours être maîtresse de ton cœur, je te le demande… j’exige qu’il ne soit qu’à moi.

— Je te le jure.

— Va, nous goûterons de bien grands plaisirs ; le libertinage n’est bon que quand le sentiment n’y entre pour rien : il faut n’avoir qu’une amie, n’aimer sincèrement qu’elle, et foutre avec tout le monde… Juliette, il faut, si tu veux me croire, renoncer à ce train d’opulence avec lequel tu marches ; je réformerai moi-même la moitié de mon train ; nous n’en ferons pas moins bonne chère, nous n’en aurons pas moins toutes nos aises ; mais il est inutile de s’afficher. D’ailleurs, je veux suivre mon état, et l’on viendrait difficilement acheter à une femme que l’on verrait voyager en reine.

— Et moi aussi, répondis-je, je veux satisfaire mes goûts, je veux voler, je veux me prostituer, et nous nous livrerons difficilement à tout cela, avec tant d’étalage.

— Il faut que je passe pour ta mère : avec ce titre je te prostituerai moi-même. Élise et Raimonde seront tes parentes ; nous trafiquerons également leurs charmes, et sois sûre, qu’à la tête d’un pareil sérail, nous ferons de l’argent en Italie.

— Et tes poisons ?

— Je les vendrai mieux, je les vendrai plus cher. Il faut que nous retournions en France sans dépenser un sol du nôtre, et que nous ayons au moins deux millions de profit.

— Quelle route allons-nous prendre ?

— J’aurais bien envie de retourner vers le Midi. Tu n’as pas d’idées, Juliette, de la dépravation des mœurs calabraises et siciliennes ; je connais cette partie, nous y ferions des trésors : j’y vendis l’an passé, pour cinq cent mille francs de poisons ; je ne pouvais réussir à les composer. Ils sont crédules comme tous les gens faux ; en leur disant la bonne aventure, je leur persuadais tout ce que je voulais… Ô Juliette ! c’est un bon pays.

— Je voudrais retourner à Paris, dis-je à la Durand, il me tarde d’y être établie : n’y vivrons-nous pas mieux qu’en courant ainsi ? n’y pourrons-nous pas faire les mêmes choses ?

— Il faut au moins voir Venise ; de là, nous gagnerons Milan et Lyon.

— A la bonne heure.

Nous dînâmes. Durand me dit qu’elle voulait faire toute la dépense, qu’elle se payerait sur le gain, mais qu’elle me suppliait de ne pas lui enlever le plaisir d’avoir l’air de m’entretenir : j’y consentis.

Je mettais, je l’avoue, la même délicatesse à recevoir ses soins, qu’elle en mettait à me les rendre. Le crime a donc aussi ses délicatesses : il connaîtrait bien mal les hommes, celui qui ne le croirait pas.

— Est-il vrai, dis-je à ma nouvelle compagne, que tu possèdes le baume de longue vie ?

— Ce baume n’existe point, me dit la Durand, ceux qui le distribuent ne sont que des imposteurs. Le vrai secret, pour prolonger sa vie, est d’être sobre et tempérant ; or, nous sommes trop loin de ces vertus pour espérer les dons du baume. Eh ! qu’importe, ma chère, il vaut mieux vivre un peu moins, et s’amuser ; que serait la vie, sans les plaisirs ? Si la mort était un tourment, je te conseillerais d’allonger ta vie ; mais comme ce qui peut nous arriver de pis est de retomber dans le néant où nous étions avant que de naître, ce doit être sur l’aile des plaisirs qu’il faut parcourir la carrière.

— Oh ! mon amour, tu ne crois donc pas à une autre vie ?

— Je serais bien honteuse d’adopter de pareilles chimères ; mais trop éclairée sur toutes ces choses, je ne crois pas avoir rien à t’apprendre, et j’imagine que, bien pénétrée des premiers principes de la philosophie, et l’immortalité de l’âme et l’existence de Dieu sont, à tes regards, des extravagances sur lesquelles tu ne te donnes pas même la peine de réfléchir. La fausseté de tous ces systèmes démontrée, il en est un que j’élève sur leur ruine, et qui, sans doute, a quelque originalité ; je l’appuie sur une infinité d’expériences. Je soutiens que l’horreur que la nature nous inspire pour la mort n’est le fruit que des craintes absurdes que nous nous formons dès l’enfance sur cet anéantissement total, d’après les idées religieuses dont on a la sottise de nous remplir la tête. Une fois guéris de ces craintes et rassurés sur notre sort, non seulement nous ne devons plus voir la mort avec répugnance, mais il devient facile de démontrer qu’elle n’est réellement plus qu’une volupté. Tu conviendras d’abord qu’on ne peut s’empêcher d’être certain qu’elle ne soit une des nécessités de la nature, qui ne nous a créés que pour cela ; nous ne commençons que pour finir ; chaque instant nous mène à ce dernier terme ; tout prouve que c’est l’unique fin de la nature. Or, je demande comment il est possible de douter, d’après l’expérience acquise, que la mort, en tant que besoin de la nature, ne doive pas devenir, de ce moment-là seul, une volupté, puisque nous avons sous nos yeux la preuve convaincante que tous les besoins de la vie ne sont que des plaisirs. Il y a donc du plaisir à mourir ; il est donc possible de concevoir qu’avec de la réflexion et de la philosophie, on puisse changer en idées très voluptueuses toutes les ridicules frayeurs de la mort, et qu’on puisse même y penser et l’attendre en s’excitant aux plaisirs des sens.

— Ce système, absolument nouveau, et qui n’est pas sans vraisemblance, dis-je à mon amie, serait dangereux à mettre au jour. Que de gens, uniquement contenus par la crainte de la mort, et qui, délivrés de cette frayeur, se livreraient à tout, de sang-froid…

— Mais, dit ma délicieuse amie, je suis bien loin de chercher à éloigner du crime ; je ne travaille au contraire qu’à dégager sa route de toutes les entraves qu’y met la sottise. Le crime est mon élément ; la nature ne m’a fait naître que pour le servir, et je voudrais multiplier à l’infini tous les moyens de le commettre.

— Le métier que je fais, et que j’exerce bien plus par libertinage que par besoin, prouve l’extrême désir que j’ai d’étendre le crime ; je n’ai point de passion plus ardente que celle de le propager dans le monde, et si je pouvais l’envelopper tout entier dans mes pièges, je le pulvériserais sans remords.

— Et quel est le sexe contre lequel ta fureur libertine complote avec le plus de plaisir ?

— Ce n’est pas le sexe qui m’irrite, c’est l’âge, les liens, l’état de la personne. Lorsque ces convenances se trouvent dans un homme, je l’immole avec plus de volupté qu’une femme ; se rencontrent-elles dans une femme, elle obtient aussitôt la préférence.

— Eh ! quelles sont ces convenances ? demandai-je.

— Je ne devrais pas te les dire.

— Pourquoi donc ?

— Tu tireras de ces aveux mille fausses inductions qui gêneront ensuite notre commerce.

—Ah ! je t’entends, je conçois l’un des rapports qui échauffent ta tête : tes faveurs, sûrement, sont des arrêts de mort ?

— Ne l’avais-je pas dit ? Écoute-moi donc, Juliette, et tranquillise-toi. Je ne te déguiserai pas, sans doute, qu’un objet qui ne m’aurait servi que de simple et unique jouissance, sans aucune espèce de relation avec moi, ne fût, par cela seul, proscrit dans mon imagination. Mais si je rencontre, dans cet objet, des similitudes, des convenances, telles que celles que j’ai trouvées en toi, ne doute pas qu’alors, loin de briser les nœuds qui m’attachent à un tel objet, je ne les resserre par tous les moyens qui seront en moi. Au nom du plus tendre amour, cesse donc de t’inquiéter, mon ange ; je t’ai offert une façon certaine de te rassurer, ta délicatesse la refuse : ne me laisse donc pas d’imaginer maintenant que ton esprit puisse contrarier ton cœur ; ai-je d’ailleurs des moyens que tu ne possèdes toi-même ?

— Assurément, tu en as, répondis-je, et je suis loin de connaître toute la profondeur de ton art.

— J’en conviens, dit mon amie en souriant, mais sois bien assurée que cet art ne sera mis en usage avec toi que pour te contraindre à m’aimer.

— Ah ! j’y compte ; je sais que les scélérats ne se nuisent jamais entre eux ; et sois bien convaincue que sans les affreux soupçons que tu m’avais donnés sur Clairwil, je ne l’aurais pas sacrifiée.

— Il entre des regrets dans ce propos, Juliette ?

— Eh bien ! non, non, dis-je, en baisant mille et mille fois mon amie, finissons même toute sorte d’explication là-dessus. Je te répète que je me livre à toi, tu peux compter sur mon cœur comme je fais fond sur le tien ; notre union fait notre force, et rien ne pourra la dissoudre. Achève-moi donc maintenant, je te prie, le détail des convenances qui t’irritent pour la consommation du crime : j’aime à voir si elles se rapportent aux miennes, et jusqu’ici j’y vois de grandes ressemblances.

— Je t’ai dit que l’âge y faisait beaucoup ; j’aime à dessécher la plante quand elle est arrivée à sa plus grande perfection de fraîcheur et de beauté : entre quinze et dix-sept ans, voilà les roses que je moissonne avec plaisir, surtout quand la santé est parfaite, et que la nature, que j’ai l’art de contrarier alors, paraît avoir formé cet objet pour arriver bien plus sain au dernier terme de la vie. Ah ! Juliette, comme je jouis alors ! Les liens m’irritent aussi : je prive avec délices un père de son enfant, un amant de sa maîtresse.

— Une tribade de sa bonne amie ?

— Eh bien ! oui, méchante, tu l’as vu. Est-ce ma faute si la bizarre nature m’a créée coquine à ce point ? Si cet objet m’appartient, mon plaisir redouble. J’ai dit que l’état de la personne contribuait aussi beaucoup à l’embrasement de ma tête : j’aime sur cela les deux extrêmes, la richesse et la qualité, ou l’indigence et l’infortune. Je veux, en général, que le choc produise un ébranlement considérable, que la perte que j’occasionne coûte des pleurs ; je jouis délicieusement en les voyant répandre. Leur abondance ou leur âcreté détermine mon foutre : plus ils coulent, mieux je décharge…

— Oh ! ma tendre et délicieuse amie ! dis-je à moitié pâmée, branle-moi, je t’en conjure ; tu vois le trouble où tu me plonges ; je n’ai jamais connu personne dont les sentiments soient plus conformes aux miens. Clairwil n’était qu’une enfant près de toi ; tu es ce qui convient le mieux à mon bonheur, tu es la femme que je cherchais ; ne m’abandonne plus…

Et Durand, pour profiter de mon extase, m’ayant fait pencher sur un canapé, me branla avec trois doigts, comme je ne l’avais été de mes jours. Je le lui rendis ; je suçai son clitoris ; et quand je vis que le trou de son cul s’ouvrait et se resserrait comme le calice des fleurs aux douces injections de la rosée, je m’armai d’un godemiché, et l’enculai en continuant de la branler. Jamais on ne vit de cul de cette largeur. Mon instrument avait huit pouces de tour sur un pied de long : à peine l’eus-je présenté, qu’il disparut dans un instant. Alors la putain sacra, se trémoussa comme une véritable forcenée ; et je vis bien que, si la nature l’avait privée de connaître les plaisirs du vulgaire, elle l’en avait bien complètement dédommagée en lui accordant pour ceux-ci les plus délicates sensations. Un des grands talents de ma nouvelle amie consistait dans l’art de donner du plaisir en en recevant ; elle était si souple… si agile, que, pendant que je l’enculais, elle s’enlaçait autour de mon corps, et parvenait à me baiser la bouche et à me branler le cul. Abandonnant quelquefois tout pour ne se livrer qu’à ses sensations, alors elle blasphémait avec une énergie que je n’avais connue à personne ; et, sous quelque rapport que l’on considérât cette femme singulière, on voyait qu’enfant du crime, de la luxure et de l’infamie, il n’était pas une seule de ses qualités physiques ou morales qui ne tendît à en faire la plus insigne libertine de son siècle. Durand voulut me rendre tout ce que je lui avais fait. Elle m’encula, et, lubriquement branlée par elle, je soutins au mieux le même godemiché, je déchargeai trois fois sous ses coups ; et, je le répète, je n’avais jamais vu de femmes entendre aussi bien l’art de donner des plaisirs.

Nous nous remîmes à boire, et quand nos têtes furent bien prises :

— Viens, me dit la Durand, allons courir les rues ; allons nous souiller de libertinage. Allons voir les apprêts funèbres d’une jeune fille de quinze ans, belle comme le jour, que je fis mourir hier par le poison, à la sollicitation de son père, qui, après l’avoir bien foutue, a voulu se venger d’une indiscrétion qu’elle venait de commettre.

Nous sortîmes, costumées à la manière des courtisanes du pays ; il faisait nuit.

— Je voudrais avant tout, me dit mon amie, que nous allassions branler quelques vits de matelots sur le port ; il doit y avoir là des monstres ; tu ne saurais croire le plaisir que j’ai d’exprimer le jus de ces saucissons-là…

— Ah ! putain ! dis-je en la baisant, tu es grise.

— Un peu, peut-être ; mais n’imagine pourtant pas que les secours de Bacchus me soient nécessaires pour allumer en moi le flambeau du libertinage. Ce que l’on prête à l’autre est divin, je le sais, et je ne me porte jamais si bien aux excès de la luxure, que quand je suis gorgée de mets délicats et de vins capiteux ; mais je n’en ai pourtant pas un tel besoin, que je ne puisse, sans ce stimulant, franchir toutes les bornes de la décence et de la pudeur : tu vas le voir.

A peine sommes-nous sur le port, qu’une foule de portefaix et de matelots nous abordent.

— Venez, mes amis, dit la Durand, soyez calmes, honnêtes et tranquilles, nous allons vous satisfaire tous. Tenez, voyez cette jolie fille, c’est une Française1 ; elle n’est que d’hier dans le commerce ; vous allez la voir se trousser sur la borne, en offrant à vos goûts le côté qui vous plaira le mieux ; je vous branlerai sur ses charmes…

Quinze se rangeaient autour de nous, en applaudissant à l’ordre établi par Durand. Le premier veut voir ma gorge nue : il allait la flétrir par ses grossiers attouchements, si ma compagne ne lui eût interdit tout geste : il fallut donc se résoudre à ne faire que la couvrir de foutre ; elle en est inondée. Le second veut, qu’assise sur la borne, j’écarte mes cuisses le plus possible, afin qu’on le branle sur mon clitoris. Je ne tiens pas à la grosseur du membre dont la Durand farfouille l’entrée de mon vagin, et me précipitant dessus par un mouvement involontaire, je me l’enfonce jusqu’aux couilles. A peine le drôle se sent-il ainsi pris, qu’il me saisit dans ses bras, m’enlève, retrousse mes jupes, et fait voir mon cul à toute la troupe. Un de ces enragée se jette sur mon derrière, il le tripote, il l’enfile, et me voilà portée par deux crocheteurs, me voilà l’objet des caresses et des hommages de tous deux.

— Attendez, dit la Durand, donnez-lui de quoi se soutenir ! (et elle me place, en disant cela, un membre énorme dans chaque main)… Quel délicieux groupe ! dit la coquine, en présentant son derrière au cinquième. Tiens, mon ami, voilà mon cul, joignons-nous au tableau, formons un de ses épisodes ; je ne puis malheureusement te donner autre chose, la nature ne me l’a pas permis ; mais sois assuré que la chaleur et l’étroit de mon cul te dédommageront amplement de mon con.

D’autres attitudes se succédèrent bientôt. Plus de cinquante de ces malotrus me passèrent par les mains. Au moyen d’une eau dont ma camarade les frottait avant qu’ils ne me pénétrassent, je pus me livrer à tous sans aucune crainte, et je fus foutue quarante-cinq coups en moins de trois heures. Durand ne faisait que les essayer ; elle me les rapportait, et ils terminaient, à leur choix, ou dans mon con ou dans mon cul. La coquine les suça presque tous : c’était une de ses plus grandes voluptés ; et, comme vous le croyez facilement, elle ne se refusait rien de ce qui pouvait échauffer sa tête. Nos bandits satisfaits, il fallut boire avec eux.

— Voilà ce que j’en aime le mieux, me dit Durand tout bas ; tu n’imagines pas à quel point j’aime à faire, en mauvaise compagnie, toutes les actions de la plus vile crapule et de la plus basse débauche.

Nous sortions de table, de manière assurément à n’avoir faim ni l’une ni l’autre. Nous n’en dévorâmes pas moins toutes deux l’énorme repas qu’il plut à ces coquins-là de nous payer, et pour lequel vingt d’entre eux se cotisèrent, à deux sequins chacun, ce qui revenait à près de cinq cents francs. Là, nous bûmes, nous mangeâmes, nous nous laissâmes tripoter, foutre, et nous nous abrutîmes, en un mot, au point qu’étendues toutes deux par terre au milieu du cabaret, nous ne nous livrâmes à ces gredins qu’aux conditions préalables qu’ils nous vomiraient, nous pisseraient et nous chieraient sur le visage, avant que de nous enfiler. Tous le firent, et nous ne nous relevâmes de là qu’inondées d’urine, d’ordures et de foutre.

— Mes enfants, dit ma compagne dès qu’un peu d’ordre eut succédé à ces orgies, il est juste maintenant que nous nous fassions connaître à vous, et qu’en reconnaissance du bon souper que vous nous avez donné, nous vous gratifiions de quelques-unes de nos marchandises. Y a-t-il ici quelqu’un qui veuille satisfaire ses vengeances ou ses haines particulières ? Nous allons lui en servir les moyens. Munies des meilleurs poisons de l’Italie, dites-nous ceux qui vous conviennent et à qui vous les destinez.

Le croirez-vous, mes amis ? (oh ! juste ciel, à quel point est portée maintenant la dépravation humaine !), tous, d’une voix unanime, nous supplièrent de leur faire part de nos funestes dons ; et il n’y en eut pas un seul qui n’eût, selon lui, les meilleures distributions à en faire. Ils en eurent tous ; et cette libidineuse soirée nous rendit peut-être la cause d’une soixantaine de meurtres.

— Allons, me dit la Durand, il n’est pas tard, nous pouvons courir encore. D’ailleurs, il faut que j’aille absolument m’assurer du succès de la mort de ma jolie petite fille de quinze ans…

Nous quittâmes donc nos convives, après les avoir embrassés.

A peine fûmes-nous sur la place de la cathédrale, que nous vîmes passer un enterrement. La coutume étant en Italie de porter les morts à visage découvert, il fut facile à la Durand de reconnaître les traits de la jolie fille dont elle voulait vérifier la mort.

— La voilà… la voilà ! me dit-elle précipitamment, oh ! foutre ! branlons-nous dans un coin, en la voyant passer.

— Non, dis-je, il vaut mieux la devancer à la cathédrale ; nous nous cacherons dans une chapelle, où nous ferons ce que tu dis, en la voyant descendre au tombeau.

— Tu as raison, dit Durand, le moment est meilleur ; pénétrons.

Nous fûmes assez heureuses pour nous placer précisément derrière le confessionnal de la chapelle même où l’on allait descendre cette jeune personne. Nous nous collons contre le mur, et nous voilà à nous chatouiller pendant la cérémonie, en ménageant notre décharge, de façon à ce que, s’écoulant au moment où l’on descendrait le cercueil, elle pût, pour ainsi dire, servir d’eau bénite à la défunte. On ne referme la tombe qu’à demi, et nous vîmes que le fossoyeur, ou avait quelques intentions que nous ne devinâmes pas encore, ou ne voulait peut-être, comme il était tard, ne prendre cette peine que le lendemain.

— Pardieu ! restons ici, me dit la Durand, il me passe dans la tête un caprice incroyable : tu as vu comme cette petite fille est belle ?

— Eh bien ?

— Nous la sortirons du tombeau, tu me branleras sur sa délicieuse figure, sur cette tête charmante que les ombres funèbres, placées sur son front par mes mains, ne peuvent encore flétrir… As-tu peur ?

— Non.

— Eh bien ! s’il en est ainsi, restons.

L’église se ferme, et nous voilà seules.

— Que j’aime ce silence lugubre ! me dit la Durand ; comme il convient au crime, comme il échauffe les passions ! il est l’image du calme des cercueils, et, je te l’ai dit, je bande pour la mort ; agissons.

— Un moment, dis-je, j’entends du bruit…

Et nous regagnons notre coin à la hâte… Oh, ciel ! qu’aperçûmes-nous ? Nous étions devancées dans notre projet, et par qui ? grand Dieu ! quelle exécrable dépravation !… Le père lui-même venait jouir de son abominable forfait, il venait le consommer ; le fossoyeur le devançait, une lampe à la main.

— Remonte-la, lui dit-il, ma douleur est si grande que je veux encore l’embrasser, avant que de m’en séparer pour toujours.

Le cercueil reparaît, le corps en est sorti, puis replacé par le fossoyeur sur les marches de l’autel.

— Va, sors à présent, mon ami, dit l’incestueux et barbare auteur des jours de cette charmante fille, tu troublerais mes larmes ; laisse-moi les répandre à l’aise, tu viendras me reprendre dans deux heures, et je récompenserai ton zèle…

Les portes se referment. Oh ! mes amis, comment vous décrire les horreurs que nous vîmes ? Il le faut cependant : ce sont les égarements du cœur humain que je développe, et je n’en dois laisser aucun pli de caché.

Ne se croyant pas encore assez en sûreté dans cette église, le coquin se barricade dans l’intérieur de la chapelle, il allume quatre cierges, les place à la tête et aux pieds de sa fille, puis développe le drap mortuaire, et l’étale nue sous ses yeux. D’indicibles frémissements de plaisir le saisissent alors ; ses muscles renversés, ses soupirs entrecoupés, son vit qu’il met à l’air, tout nous peint l’état de son âme embrasée.

— Sacredieu ! s’écrie-t-il, voilà donc mon ouvrage… et je ne m’en repens point… Va, ce n’est pas ton indiscrétion que j’ai punie, c’est ma scélératesse que j’ai contentée ; ta mort me faisait bander, je t’avais trop foutue, je suis content…

Il s’approche du corps à ces mots ; il manie la gorge, il enfonce des épingles dedans.

— Oh, foutre ! disait-il, elle ne le sent plus… malheureusement, elle ne le sent plus… je me suis trop pressé… Ah, garce ! que de nouveaux tourments je t’imposerais encore, si tu respirais !…

Il lui écarte les cuisses, lui pince les lèvres du con, la pique dans l’intérieur, et, se sentant bander fort dur, le scélérat l’enconne ; il s’allonge sur elle, il lui baise la bouche, il fait ce qu’il peut pour y darder sa langue, mais les convulsions du venin ayant resserré les dents de cette malheureuse, il ne peut en venir à bout. Il se retire, il retourne la morte, la place sur le ventre, et nous expose les plus belles fesses qu’il soit possible de voir. Il baise ce derrière avec ardeur, il se branle vigoureusement, en l’accablant de baisers.

— Ah ! combien de fois j’ai joui de ce beau cul ! s’écrie-t-il alors, que de différents plaisirs il me procura pendant quatre ans que je le foutis !

Alors il se retire, fait deux ou trois fois le tour du corps, en s’écriant :

— Ah ! foutre, foutre, le beau cadavre !

Et comme il bandait horriblement en prononçant ces mots, nous nous convainquîmes que c’était là sa passion. Il se remet à genoux entre les cuisses de sa fille, rebaise mille fois encore le beau cul que lui expose l’attitude, le pique, le mord, applique dessus des claques furieuses, arrache même un morceau de chair avec ses dents, et sodomise. Ici son délire nous paraît au comble ; il grince des dents, il écume, et, tirant un long couteau de sa poche, il coupe, en déchargeant, le cou de ce cadavre, et se rajuste. Là, nous observâmes, avec philosophie, l’état de l’homme, ferme dans ses principes, quand il vient de satisfaire sa passion. Un imbécile, obligé d’attendre, n’ayant pour perspective que l’objet de sa rage et de sa lubricité, au milieu du silence et de l’horreur des tombeaux, eût infailliblement frémi. Notre scélérat, calme, s’occupe à rempaqueter les restes déchirés de sa fille. Il les replace dans le cercueil ; il demeure même quelque temps dans le caveau, sans que nous sachions ce qu’il y fait. C’est alors que la Durand, qui, pendant toute l’opération, n’avait cessé ou de se branler ou de me branler moi-même, me propose de repousser la pierre du caveau, et d’engloutir cet homme avec sa victime…

— Non, dis-je, c’est un scélérat, et nous leur devons à tous respect et protection.

— Cela est juste, me répondit-elle, mais au moins faisons-lui bien peur. Place-toi promptement au même lieu, et dans la même attitude où il vient de mettre sa fille, que ce soit la première chose qu’il voie en remontant. Toutes ses idées se confondront, il y aura de quoi le rendre fou.

Cette extravagance me parut trop singulière pour ne pas être exécutée. Le libertin reparaît ; et c’est mon cul bien exposé qu’il aperçoit pour premier objet. Sa surprise fut telle, qu’en se reculant de frayeur, peu s’en fallut qu’il ne se précipitât dans le caveau ; il y était sans mon amie qui, le retenant par le bras, lui causa un nouveau mouvement de terreur qui produisit en lui les plus plaisantes convulsions.

— Cordelli, lui dit la Durand, ne t’effraie pas, tu es ici avec tes amies : reconnais dans moi celle qui t’a vendu le poison dont tu t’es servi, et, dans cette belle fille, une camarade prête à te donner des voluptés de tous les genres, pourvu qu’elles ne ressemblent pas à celles que tu viens de te procurer devant nous.

— Vous m’avez étrangement surpris, dit le négociant.

— Eh bien ! remets-toi, mon ami, nous t’avons vu, nous t’avons admiré. Vois ce beau cul, il est à tes ordres ; pour cinq cents sequins, je te le livre ; et songe que cette superbe créature n’est pas une femme ordinaire.

— Il est beau, dit Cordelli en le maniant ; mais je ne bande plus : vous avez vu la décharge que je viens de faire.

— Cette perte se répare, dit Durand ; va, sois certain de rebander bientôt. J’ai dans ma poche une liqueur dont l’effet est sûr. Où veux-tu que la scène se passe ?

— Dans ce caveau ; redescendons-y, je ne puis quitter les cendres de ma victime, vous ne sauriez croire à quel point elles m’échauffent.

Nous descendons. Cordelli n’a pas plus tôt relevé le drap mortuaire, il n’a pas plus tôt aperçu les restes inanimés de sa malheureuse fille, qu’il rebande. La Durand lui frotte les couilles de l’eau dont elle a parlé ; puis elle le secoue. Je lui montre mes fesses, il les touche, il me socratise, baise ma bouche, et l’érection se décide.

— Il faut, nous dit-il, que cette jeune personne ait la complaisance de se placer dans le cercueil, entièrement couverte du drap ; nous remonterons, la pierre se refermera quelques instants : je suis parfaitement certain alors de décharger sur le bord du trou…

Ici, la Durand me regarda ; mes réflexions furent bientôt faites.

— Nous ne nous séparons jamais, monsieur, dis-je au négociant, aucune de nous ne restera dans ce tombeau, ou vous nous y enfermerez toutes deux.

— Ah ! Juliette, tu te méfies de moi, dit la Durand : eh bien ! monte avec Cordelli, je resterai, moi, et souviens-toi que c’est à toi seule que je me recommande…

Une seconde réflexion vint aussitôt m’éclairer. J’idolâtrais Durand ; la plus légère méfiance nous brouillait. Était-il possible qu’on me laissât là ? le fossoyeur n’allait-il pas revenir ? ne devenais-je pas, s’il n’arrivait rien, mille fois plus sûre de mon amie ? Quelle tranquillité pour l’avenir !

— Eh bien ! dis-je promptement à la Durand, pour te prouver qu’il ne peut entrer nul mauvais soupçon dans mon âme, je reste. Fais ce que tu voudras, Cordelli ; mais souviens-toi qu’il me faut mille sequins pour cette complaisance.

— Tu les auras, dit le négociant, ta docilité me paraît sans bornes, elle sera récompensée.

On met à bas les restes de la jeune fille, je les remplace. Cordelli m’enveloppe du linceul ; il me baise trois ou quatre fois le trou du cul.

— Ah ! le beau cadavre s’écrie-t-il en tournant trois ou quatre fois autour de moi.

Puis il remonte avec la Durand… Je l’avoue, un froid mortel me saisit, quand j’entendis la pierre se refermer sur moi… Me voilà donc, me dis-je, à la disposition de deux scélérats… Étrange aveuglement du libertinage, où vas-tu peut-être me conduire !… Mais cette épreuve était nécessaire. Je vous laisse à penser combien mon trouble s’accrut quand j’entendis ouvrir la chapelle, la refermer, et le plus effrayant silence succéder à ces deux mouvements… Oh ! ciel, me dis-je, me voilà perdue ! perfide Durand, tu m’as trahie ! Et je sentis une sueur froide s’exhaler de mes pores, depuis l’extrémité de mes cheveux, jusqu’à la cheville de mes pieds. Puis, reprenant courage : allons, me disai-je, ne nous désespérons point, ce n’est point un acte de vertu que je viens de faire : je frémirais si c’en était un ; mais il n’est question que de vice, je n’ai donc rien à craindre. A peine terminais-je ces réflexions, que les cris de la décharge de Cordelli se font entendre, la pierre se lève, Durand se précipite sur moi.

— Te voilà libre, mon ange, s’écrie-t-elle, et voici les mille sequins ! T’inspirerai-je encore de la méfiance à l’avenir ?

— Ah ! jamais, jamais ! m’écriai-je, pardonne un premier mouvement : il avait bien plus Cordelli que toi pour objet. Mais remontons, je suis prête à m’évanouir.

Cordelli excédé… dont le sperme bouillonnant inondait toute la pierre, nous attendait assis sur les marches de l’autel. Nous sortîmes, le fossoyeur parut ; Cordelli le paya, et nous nous retirâmes. Durand voulut passer cette nuit avec moi.

— Voilà une aventure qui nous lie pour jamais, dis-je à mon amie, elle cimente éternellement notre amitié, notre confiance, elle resserre nos nœuds pour la vie.

— Je te l’ai dit, Juliette, me répondit la Durand, nos armes réunies feront beaucoup de mal aux autres ; elles ne se dirigeront jamais contre nous.

— N’est-il pas vrai, dis-je, que si tu avais eu une autre femme, elle restait dans le caveau ?

— Assurément, me répondit la Durand ; et je te jure qu’il m’a offert deux mille sequins pour t’y laisser.

— Eh bien ! dis-je, cherchons une jolie fille, proposons-la-lui, et divertissons-nous de sa passion.

— Mais tu l’as, cette fille désirée.

— Qui donc ?

— Élise.

— Comme tu en veux à l’une ou l’autre de mes femmes ! Est-ce jalousie ?

— Non, mais je n’aime pas à voir près de toi quelqu’un que tu puisses croire t’être plus attaché que je ne le suis. N’es-tu donc point lasse de cette fille ? Je te laisse l’autre, mais celle-là, certes, je crois que tu en as assez joui, il n’y a pas de nuit que tu ne couches entre toutes deux : eh bien ! mon ange, je la remplacerai.

— Ton projet m’irrite et me répugne à la fois.

— Il est donc ce qui convient à la volupté, me répondit Durand, car les plus grands plaisirs ne naissent que des répugnances vaincues. Sonne-la, amusons-nous-en, jurons sa perte en la branlant ; rien ne m’amuse comme ces sortes de trahisons.

— Ah ! Durand, que d’infamies tu me fais faire !

— Dis plutôt, que de voluptés je te prépare !

Élise paraît, toujours belle comme l’Amour ; elle se met complaisamment entre nous deux ; Durand, qui ne la connaît pas encore, prend à la caresser le plus extrême plaisir.

— Voilà vraiment une voluptueuse créature, dit la coquine, en la couvrant de baisers ; fais-la coucher sur toi, Juliette, et chatouille-lui le clitoris, pendant que je vais l’enculer… Oh ! quel voluptueux cul ! comme notre homme va s’égayer sur ces belles fesses !…

Et la garce, gamahuchant l’anus, ne tarda pas à y introduire son petit engin. Étendue sur Élise, et par conséquent sur moi, elle suçait nos bouches alternativement.

— Depuis douze heures de suite, nous dit-elle, que je fais du libertinage, je devrais être épuisée, et je ne me suis jamais senti tant d’ardeur.

— Et moi aussi, m’écriai-je, et c’est notre projet, dis-je bas, qui m’échauffe le plus. Si tu savais, Durand, combien il m’électrise… Je t’en supplie, ma bonne, déchargeons sur cette délicieuse idée.

Et, comme je branlais fort bien Élise, et que Durand la sodomisait à merveille, la petite coquine déchargea la première. En cet instant, Durand lui applique des claques terribles sur les fesses ; elle se retire du cul, et blasphémant comme une damnée, elle gronde cette malheureuse de ce qu’elle l’a troublée par sa décharge.

— Le devoir d’une victime, lui dit-elle durement, est de se prêter : jamais elle ne doit se permettre de partager aucun plaisir. Allons, coquine ! il faut que je vous fouette, pour vous apprendre à m’avoir dérangée.

Je lui tiens la victime, et la scélérate l’étrille un quart d’heure. Élise connaissait cette manie, elle en avait souvent été la victime avec moi, mais, de ses jours, elle ne l’avait reçue avec autant de violence.

— Tu vas lui gâter les fesses, disais-je, et, demain, Cordelli…

— Il aime ces vestiges, ils le font bander…

Et la libertine continuait d’étriller au sang. Enfin, l’orage cesse, Durand m’encule, et veut, pendant sa décharge, avoir les fesses déchirées d’Élise à la hauteur de ses baisers.

— Voilà une créature divine, dit-elle en terminant ; c’est précisément ce qu’il nous faut… As-tu déchargé, toi, ma toute belle ? Je te demande pardon de ne pas m’être occupée de tes plaisirs ; mais je suis, dans le délire, d’un inconcevable égoïsme…

—Ah ! dis-je, j’ai été pour le moins aussi heureuse que toi ; vois mon con, comme il est mouillé.

— Et ta tête était-elle à la chose ?

— Oh ! je t’en réponds…

Nous nous endormîmes, Élise entre nous deux ; et Durand me disait tout bas, avant de se plonger au sein du sommeil :

— Il n’y a rien que j’aime comme l’idée de coucher avec un individu quelconque, dont je suis sûre de causer la mort le lendemain.

Durand fut de bonne heure trouver Cordelli. Enchanté d’une aussi flatteuse proposition, le marché des jours de la malheureuse Élise fut bientôt conclu : mille sequins en devinrent le médiocre prix ; mais Cordelli voulut des recherches, et comme je vais vous raconter cette sinistre aventure, je ne vous préviendrai de ces épisodes qu’en les encadrant dans l’action.

Pendant l’absence de ma compagne, j’avais fait parer Élise, on l’avait baignée, rafraîchie, parfumée, et cette belle fille, qui n’avait pas encore dix-huit ans, n’eut pas plus tôt réuni tous les secours de l’art aux dons de la nature, qu’elle parut belle comme un ange.

— Il faut être à cinq heures du soir chez Cordelli, me dit la Durand à son retour. La scène se passera dans une de ses campagnes, à trois lieues d’Ancône, sur le bord de la mer, et je te réponds qu’elle sera bonne ; dînons…

Élise et Raimonde se mirent à table avec nous, comme à l’ordinaire ; nous leur annonçâmes, là, qu’elles allaient se séparer.

— Élise, dîmes-nous, trouve à Ancône un riche négociant qui fait sa fortune : elle y reste.

Les deux amies fondirent en larmes. Puis, Élise se jetant dans mes bras :

— Oh ! ma chère dame, s’écria-t-elle en me couvrant de ses pleurs et de ses baisers, vous m’aviez promis que je ne vous abandonnerais jamais !…

Et c’est ici, mes amis, où j’éprouvai bien de quelle énergie est, dans l’âme d’une libertine, le choc de la sensibilité sur la luxure. Je me roidis contre ses larmes : je trouvais du plaisir à les braver, à ne les faire servir que d’aiguillon à ma lubricité.

— Mais, ma chère, répondis-je à cette belle fille en la repoussant sur son siège, n’aurais-je donc pas d’éternels reproches à me faire, si je te faisais manquer ta fortune ?

— Je ne veux point de fortune, madame, je ne réclame que la grâce de ne vous abandonner de ma vie.

— Élise, dit Durand, tu aimes donc bien Juliette ?

— Hélas ! madame, je lui dois la vie, j’étais perdue sans elle. C’est elle qui a retiré Raimonde et moi de chez un brigand qui nous aurait infailliblement massacrées, et quand la reconnaissance se joint aux sentiments naturels du cœur, vous imaginez bien, madame, que la plus ardente amitié doit en être le fruit.

— Il faut cependant vous quitter, dit la Durand avec méchanceté, il le faut très promptement…

Je bandais ; Durand s’en aperçut.

— Passe dans une autre chambre avec elle, me dit mon amie, tout bas ; je vais me branler avec Raimonde.

A peine fus-je seule avec Élise, que je sentis la fureur s’emparer de mes sens. Cette belle fille me baisait en pleurant : je la maltraitai, et sentant mon foutre couler aux premiers coups que je lui donnais, je redoublai.

— En vérité, lui dis-je durement, vos sentiments pour moi me surprennent, car il s’en faut que les miens y répondent. Vous avez pu ne pas m’être indifférente autrefois, mais aujourd’hui, je suis lasse de vous : il y a plus de trois mois que je ne vous garde que par charité.

— Par charité, madame !

— Oui, d’honneur ; que deviendriez-vous sans ma pitié ? une raccrocheuse des rues. Remerciez-moi donc des soins que je me suis donnés pour vous procurer quelqu’un, et branlez-moi par reconnaissance.

Je la mis nue, j’examinai tous ses charmes ; et l’esprit dans lequel je les voyais pensa me faire mourir de volupté. Ah ! comme j’étais doucement remuée en me disant : Dans trois jours ce beau corps sera la proie des vers, et je serai la cause de cette destruction ! Élan divin de la luxure ! inexprimables voluptés du crime ! voilà donc les ravages que vous produisez dans l’organisation d’une femme libertine ! Élise ! Élise ! toi que j’aimais, je te livre à des bourreaux… et j’en décharge !

Comme la petite coquine, pour tâcher de se faire regretter, redoublait de soins avec moi ! Elle triompha bien promptement ; elle me suçait en me socratisant ; j’inondai sa bouche, je lui rendis ce qu’elle m’avait fait. J’idolâtrais l’idée de la plonger dans le plaisir, avant que de la livrer au supplice. Elle déchargea, puis fondit en larmes, en m’adressant les expressions les plus tendres, les plus instantes prières de la conserver auprès de moi : rien ne parvint à me toucher. Dès que je fus rassasiée :

— Allons, dis-je, il faut partir.

Elle voulut passer dans sa chambre pour faire son paquet.

— Ce n’est pas la peine, lui dis-je, on vous enverra tout cela demain…

Elle se rejette dans mes bras… je la repousse, je lui donne des coups furieux ; elle en saigne. Je l’eusse étranglée, je crois, sans la promesse de la livrer à Cordelli.

Nous rentrâmes au salon. Durand n’y était point encore. Je me hâtai d’aller l’observer par le trou de la serrure. Dieu ! quelle fut ma surprise de voir un homme enculant Raimonde, et la Durand fustigeant le fouteur. Je frappe… je veux entrer.

— Est-ce toi ? dit Durand.

— Eh ! sans doute, ouvre donc.

— Ah ! me dit-elle bas, en me faisant doucement entrer… C’est Cordelli… Il a voulu absolument voir la fille que tu lui destinais ; je n’ai pas voulu te troubler, et je lui ai donné Raimonde en attendant… Tu le vois, il l’encule, il en raffole.

— Ne vous dérangez pas, monsieur, me hâtai-je de dire en me rapprochant ; mais souvenez-vous seulement que ce n’est pas celle-là que je vous livre.

— J’en suis fâché, répondit le paillard, avec des expressions entrecoupées par la violence des sensations de son plaisir… Oh ! oui… j’en suis… fâché… car elle a le plus… beau cul… le plus étroit… et je me… sentais toutes les dispositions possibles… à faire avec elle… infiniment de choses singulières… Allons, continua-t-il en déculant, je ne veux pas décharger, j’ai besoin de mes forces ; mais raisonnons un moment.

Raimonde sortit, et Cordelli, s’asseyant entre la Durand et moi :

— Je n’ai pu tenir à mon impatience, nous dit-il ; je suis arrivé comme vous sortiez de table ; la Durand m’a dit que vous vous amusiez avec celle que vous me destinez ; voyant Raimonde avec elle, j’ai désiré sa jouissance, et vous avoue que je n’ai pu m’empêcher, en la connaissant, de regretter que ce ne soit pas celle-là qui doive ce soir me servir de victime. C’est la favorite de Juliette, m’a dit la Durand, elle ne voudra jamais la livrer… Mademoiselle, poursuivit le séducteur en me prenant la main, écoutez-moi. Je suis rond dans les marchés que je fais ; riche à millions, faisant seul, depuis plus de vingt ans, tout le profit de la célèbre foire de Sinigaglia2, quelque mille sequins de plus ou de moins, quand il s’agit de mes passions, ne me font rien. Je ne connais pas Élise, mais votre Raimonde me plaît infiniment : j’ai bien peu vu de plus divins derrières, je n’en foutis jamais de plus chauds ni de plus étroits. Cette fille doit être superbe dans les pleurs, et c’est, en un mot, une des plus belles femmes à victimer que j’aie encore vues depuis longtemps… Tenez, je prends l’autre sur parole et celle-ci en connaissance de cause : voulez-vous six mille sequins de toutes deux ?

— Beaucoup plus, dis-je, en sentant aussitôt l’intérêt, l’amour de l’or, l’emporter dans mon cœur sur toute autre espèce de sentiment ; vous me donnerez vingt mille sequins des deux, et elles sont à vous.

— Mais, dit Cordelli, j’en ai déjà une pour mille sequins !

— Je romps le marché, je ne les vends plus qu’ensemble, et certainement elles ne sortiront de mes mains qu’au prix que je viens de dire.

— Je ne puis qu’approuver mon amie, dit Durand ; vous êtes encore bien heureux qu’elle vous cède à si bas prix l’unique objet de ses affections.

— Une fille que j’idolâtre, la livrer à qui ? à un scélérat qui va la faire mourir !

— Oh ! oui, répondit l’Italien, et par d’horribles supplices, je vous en réponds,

— Il faut que ces choses-là se payent ; décidez-vous donc, monsieur, car si la pitié vient reprendre ses droits dans mon âme, vous n’aurez plus rien.

— Votre marchandise est chère, mademoiselle, reprit le négociant. Mais, sacredieu ! vous me prenez dans un moment où le feu de la luxure ne me permet plus aucune réflexion. Envoyez ce bon chez mon commis, et vous aurez l’argent désiré dans une demi-heure. Voyons l’autre fille, en attendant.

— Scélérate, dis-je bas à mon amie, c’est encore ici ton ouvrage : il était décidé que tu ne voulais me laisser personne.

— Oh ! Juliette, n’accuse de tout ceci que mon amour pour toi ; sois sûre que tu ne te repentiras jamais de t’être livrée à moi seule. Inspirée par mon idolâtrie, je te tiendrai lieu de toute la terre…

Et elle sortit pour aller retirer l’argent. Je fis paraître Élise d’abord seule.

— Elle est charmante ! s’écria le paillard, je ne m’étonne pas du prix que tu y mets…

Et, se pressant de la déshabiller, son enthousiasme redouble quand il peut admirer à l’aise les charmes de cette jolie créature. Il ne se lasse point d’examiner ce cul délicat et mignon ; il le baise, l’écarte, le gamahuche, le fout, en ressort pour le baiser de nouveau ; et quelque ardentes que soient les caresses qu’il prodigue, il ne peut s’en rassasier.

— Fais venir l’autre, me dit-il, je veux comparer…

Raimonde paraît, et bientôt aussi nue qu’Élise, elle offre à notre examinateur tout ce qui peut faciliter ses observations. On n’imagine pas le scrupule avec lequel il y procède : les fesses surtout fixent son attention avec un recueillement dont on n’a pas d’idée. Je le branle légèrement pendant ce temps-là ; il manie quelquefois mon derrière en enfonçant sa langue dans ma bouche ; il encule Élise, en nous claquant, Raimonde et moi, de droite et de gauche.

— En vérité, l’une vaut l’autre, me dit-il tout bas, et toutes deux sont délicieuses. Je les ferai beaucoup souffrir.

— Quel est le meilleur cul ? demandai-je.

— Ah ! toujours Raimonde, me répondit-il en baisant la bouche de cette belle fille ; le sien est plus chaud, plus étroit… Mets-toi sur le bord du lit, Juliette, me dit cet insatiable libertin, je veux t’enculer aussi.

Il fait repasser Élise à ma gauche, de façon que je suis au milieu. Alors il pince vigoureusement les deux culs en foutant le mien. Puis, se retirant :

— C’en est assez, dit-il, je déchargerais ; le jour s’avance, partons.

Les deux jeunes filles vont se préparer, et, me trouvant seule avec l’Italien :

— Avoue, lui dis-je, que c’est ma compagne qui t’a échauffé la tête sur Raimonde.

— Je ne te cacherai pas qu’elle désire sa mort.

— La coquine ! c’est par jalousie : ce motif l’excuse à mes yeux… Oh ! mon parti est pris ; tu feras donc bien souffrir ces deux malheureuses ?

Et je le branlais pendant ce temps-là ; il était debout devant moi, je secouais son vit sur ma gorge, je lui chatouillais l’anus…

— Et quel supplice leur réserves-tu ?

— Est-ce que tu désires que je les ménage ?

— Ah ! si j’ordonnais ces tourments, ils seraient plus affreux que ceux que tu prépares !

— Délicieuse créature !… voilà comme j’aime les femmes ; elles sont plus féroces que les hommes, quand elles se livrent à la cruauté.

— La raison de cela est naturelle, répondis-je, leurs organes sont plus déliés, leur sensibilité plus profonde, leurs nerfs bien plus irascibles : or, voilà le genre de constitution qui mène à la barbarie.

— Avec une imagination bien plus vive que la nôtre, une femme doit plus avidement embrasser les excès, et voilà pourquoi, dans le crime, elles vont toujours bien plus loin que nous. Qu’on annonce un duel, un combat de gladiateurs, une exécution de justice, vous les verrez s’y porter en foule ; recensez les spectateurs, le résultat vous offrira toujours au moins dix femmes contre un homme. Une infinité de sots, ajouta le négociant, dupes de cette incroyable sensibilité qu’ils voient dans les femmes, ne se doutent pas que les extrémités se rapprochent, et que c’est précisément au foyer de ce sentiment que la cruauté prend sa source…

— Parce que la cruauté n’est elle-même qu’une des branches de la sensibilité, dis-je, et que c’est toujours en raison du degré dont nos âmes en sont pénétrées, que les grandes horreurs se commettent.

— Tu parles comme un ange, mon cœur, dit le négociant ; baise-moi mille fois, j’aime ton esprit autant que tes charmes, tu devrais t’attacher à moi.

— Je suis inviolablement attachée à mon amie, répondis-je, nous sommes inséparables, et ne nous quitterons qu’à la mort.

— Elle resterait avec toi.

— Cela est impossible, nous voulons revoir notre patrie…

Et je finissais à peine, que la Durand revint. Comme j’étais allée au-devant d’elle, j’eus le temps d’apprendre de sa bouche qu’elle venait de réussir au plus heureux des coupe.

— J’ai fait un faux billet, me dit-elle, et nous avons le double de l’argent.

— Quarante mille sequins ?

— Oui, je les tiens déjà dans mon cabinet.

— Céleste créature ! oh ! combien j’aime ton adresse !

— Te repens-tu du marché, maintenant ?

— Non, d’honneur… Mais lorsque Cordelli reverra son agent ?

— Le crime sera consommé, et s’il lâche un seul mot, nous le ferons rouer.

— Oh ! baise-moi mille et mille fois, mon ange !

— Viens chercher la moitié de l’argent.

— Ces précautions deviennent inutiles entre nous ; occupons-nous de Cordelli, nous partagerons au retour.

— Je voudrais que tu prisses tout ; j’ai plus de plaisir à te voir au dernier degré de l’opulence, qu’à m’enrichir moi-même.

Et, Cordelli nous faisant appeler, nous partîmes.

En peu d’heures, nous arrivâmes au château du négociant. C’était une vraie forteresse située sur un rocher s’avançant de plus de vingt toises dans la mer ; on était obligé de quitter la voiture, à la petite ferme qui se trouvait au bas du rocher, offrant à sa racine un escalier de quatre cents marches, par lequel seul on parvenait à cette redoutable maison. Nous trouvâmes, au bas, une porte de fer, que le négociant ouvrit, et six pareilles dans la longueur de l’escalier, que notre patron ouvrit et referma de même. Durand, voyant la surprise se mêler, sur mes traits, à l’agitation de la peur, me rassura, et dit aussitôt à Cordelli :

— Tu m’avais parfaitement indiqué l’endroit, et nos gens, à qui j’en ai laissé la description pour nous y revenir chercher demain, si nous ne sommes pas à dix heures du matin avec eux, trouveront bien facilement cette retraite.

— Elle est connue de tous les environs, dit le négociant, d’un air à me calmer ; mais ta précaution, Durand, était inutile, je t’ai promis que cette nuit même, nous retournerions à la ville, et tu me connais assez pour être bien sûre que je ne te tromperai jamais…

Il s’en fallait bien que nos deux jeunes filles fussent aussi tranquilles. Une sorte de pressentiment accompagne toujours le malheur ; les infortunées l’éprouvaient dans toute sa force : elles étaient toutes les deux prêtes à s’évanouir.

Une dernière porte, semblable aux autres, s’ouvre enfin et se ferme avec les mêmes procédés ; deux vieilles femmes de soixante ans nous reçoivent.

— Tout est-il prêt ? dit Cordelli.

— Depuis ce matin, monsieur, répond une des vieilles, et nous ne vous attendions pas si tard…

Nous avançons ; une salle basse, assez triste, s’offre d’abord à nous.

— Regardez où nous sommes, dit Cordelli en ouvrant une fenêtre.

Et quelle fut alors notre surprise, de nous voir à trois cents pieds de la surface de la mer, et presque au milieu des eaux.

— Ce rocher décrit une courbe, dit le négociant, la ligne perpendiculaire tomberait à une demi-lieue du rivage. On peut crier tant qu’on veut ici, l’on est sûr de n’être entendu de personne…

Nous sortîmes de cette salle et montâmes au second ; tel était le lieu de la scène. Jamais peut-être rien d’aussi horrible ne s’était offert à mes yeux. Sur une estrade ronde, placée au milieu de cette salle, ronde elle-même, nous distinguâmes, dès en entrant, tous les différents instruments nécessaires à tel supplice que l’on pût imaginer. Il y en avait de si exécrables, de si incompréhensibles, que jamais même l’idée de leur existence ne m’était venue. Deux grands hommes basanés, hauts de six pieds, la bouche ornée d’effrayantes moustaches, et d’une figure horrible, absolument nus comme des sauvages, paraissaient, au milieu de ces instruments, attendre avec respect les ordres qui leur seraient donnés. Quinze cadavres de jeunes filles et de jeunes garçons tapissaient les murs rembrunis de cette salle, et, sur quatre sellettes environnant l’estrade, se voyait assis deux filles de seize ans et deux garçons de quinze, dans le plus parfait état de nudité. Les vieilles, qui étaient entrées avec nous, fermèrent les portes, et Cordelli, jouissant délicieusement de notre surprise :

— C’est ici que nous allons opérer, dit-il. Rarement, affecta-t-il de dire à nos deux jeunes filles… oh, oui, très rarement on sort de cette salle, une fois que l’on y est entré. Allons, donna Maria, faites déshabiller, qu’on allume, et mettons-nous promptement à l’ouvrage… Je sens le foutre qui picote mes couilles ; je n’ai jamais été si en train de faire des horreurs.

Juliette, me dit le paillard, je vous établis mon satellite, l’agent général de mes plaisirs ; mettez-vous nue, et ne me quittez pas. Uniquement attachée au service… aux besoins urgents de mon vit et de mon cul, vous soignerez exactement l’un et l’autre, pendant toute la scène. Si je me fais foutre, vous humecterez le trou de mon cul avec votre bouche ; vous mouillerez de votre langue les vits destinés à me sodomiser : vous les introduirez vous-même dans mon derrière. Si je fous, vous guiderez ma pine dans les trous qu’il me plaira de perforer, que vous élargirez de même avec la salive émanée de vos lèvres. Vous observerez une chose en opérant : toutes les fois que votre bouche viendra de préparer, soit un vit, soit un cul, il faudra qu’aussitôt cette même bouche se colle sur la mienne, et la suce longtemps. Le plus profond respect, d’ailleurs, accompagnera toutes vos démarches : songez qu’il n’entre ici que des esclaves ou des victimes.

Vous, Durand, vous m’amènerez les objets, vous me les présenterez, et souvenez-vous l’une et l’autre de ne jamais faire aucun mouvement, sans me faire baiser avant vos derrières.

Quant à vous, poursuivit-il en s’adressant aux vieilles, seulement nues de la ceinture au bas, les bras bien découverts, et armées d’une poignée de verges minces et vertes, vous me suivrez de même, et vous vous exercerez sur mes reins et mes fesses, à mesure que vous en reconnaîtrez le besoin.

Vous Sanguin, et vous Barbaro, non seulement vous remplirez ici le rôle d’exécuteurs, mais vous observerez même, avec exactitude, de me perforer le derrière, chaque fois que vous me verrez vous le présenter amoureusement ; Juliette alors saisira vos engins, et viendra me les introduire dans le cul, conformément aux détails et aux ordres qui lui ont été indiquée.

Pour vous, jeunes gens, qui, placés sur ces quatre sellettes, attendez dans le plus respectueux silence ce qu’il me plaira de vous prescrire, la soumission est votre lot. N’imaginez pas que ces liens qui vous attachent à moi, puisque vous êtes mes enfants tous les quatre, quoique nés de différentes mères, m’empêchent de vous conduire à la mort par les sentiers les plus rudes et les plus épineux ; sachez que je ne vous ai donné la vie que pour vous l’ôter, que l’infanticide est un de mes plus doux plaisirs, et que plus le sang vous rapproche de moi, plus j’aurai des délices à vous martyriser.

Pour vous, mes beaux enfants, poursuivit-il en flagornant et persiflant avec cruauté mes deux femmes, je vous paye assez cher pour avoir le droit de faire avec vous tout ce que la perversité de mon imagination pourra me suggérer de plus exécrable… Et vous pouvez compter sur d’affreuses souffrances : je connaîtrai bientôt, j’espère, tous les effets de la douleur sur vos âmes sensibles.

A ces mots, les malheureuses créatures se précipitent aux genoux de leur farouche tyran. Déjà déshabillées par les vieilles, leurs beaux cheveux noirs flottant en désordre sur leur sein d’albâtre, leurs larmes inondant les pieds de ce bourreau, rendent d’un intérêt au-dessus de tout ce qu’on peut dire, le déchirant spectacle de leur douleur et de leur désespoir…

— Ah ! foutredieu ! dit le scélérat en se laissant aller sur un fauteuil, pendant que je le pollue d’une main et que je le socratise de l’autre… comme j’aime ces effets tragiques de l’infortune !… comme ils me font bander !… Voulez-vous un poignard, mes belles amies ? Vous pourriez vous tuer mutuellement, cela serait délicieux pour moi…

Et le monstre, en parlant ainsi, appuyait brutalement ses mains sur les seins frais et délicats de ces deux charmantes filles ; il les pinçait, il les comprimait violemment, et paraissait prendre un plaisir singulier à redoubler leur douleur morale de tous les petits tourments physiques qu’il infligeait avec volupté.

— Apportez-moi leurs foutus culs, dit-il à l’une des vieilles, mettez les trous à hauteur de mes lèvres ; vous, Durand, sucez-moi : Juliette continuera de me branler dans votre bouche.

Alors il mordit ces deux beaux culs, et laissa l’empreinte de ses dents en plus de douze ou quinze endroits. Passant ensuite sa tête entre les cuisses de Raimonde, il revint la mordre sur le clitoris, avec une telle violence que la pauvre fille s’en évanouit. Enchanté d’un tel effet, il recommence l’épreuve avec Élise ; mais un mouvement de cette belle fille ayant fait manquer le but, le scélérat, n’atteignant que les lèvres du vagin, en emporte un morceau tout sanglant. Quelque maltraitées qu’elles fussent de ces premières attaques, il veut les foutre toutes deux en cet état. L’ordre se donne, on les couche à plat ventre sur un long canapé, leurs têtes au-dessous des cadavres qui tapissent la chambre. Et là, le coquin, servi par Juliette, s’introduisit alternativement de leurs deux cons dans leurs deux culs, pendant l’espace de plus de vingt minutes. Alors, il s’empare d’une poignée de verges, et les ayant fait placer à genoux l’une au-dessous de l’autre, de manière à ce qu’il pût frapper ensemble et les fesses divines d’Élise et les beaux tétons de Raimonde, il fustigea, il martyrisa ces belles chairs, tantôt séparément, et tantôt à la fois, plus d’une demi-heure de suite, pendant qu’une des vieilles, à genoux devant son derrière, lui piquait les fesses, avec une aiguille d’argent. Élise et Raimonde changèrent, afin qu’il pût fouetter les fesses de celle dont il venait de déchirer les tétons, et martyriser le sein de celle dont il venait de molester le cul. Quand tout fut bien en sang, on bassina, on étancha les parties molestées, et Cordelli, bandant comme un furieux, ordonne à l’un des jeunes garçons de s’approcher. Ce délicieux enfant réunissait tous les charmes que peut prodiguer la nature : figure enchanteresse, peau blanche et fine, une jolie bouche, de beaux cheveux, le plus beau cul que l’on puisse voir.

— Comme il ressemble à sa mère ! dit le paillard en le baisant.

— La malheureuse ! qu’est-elle devenue ? dis-je à l’Italien.

— Eh bien ! Juliette, me répondit-il, vous me soupçonnez donc toujours de quelques horreurs ? Vous seriez bien surprise si je la faisais paraître à l’instant.

— Je vous en défie.

— Eh bien ! la voilà, dit Cordelli, nous montrant un des cadavres accrochés au mur ; c’est sa mère, demandez-lui plutôt. Je l’ai dépucelé là, le cher amour, à peine y a-t-il trente-six heures… Oui, là, dans les bras de sa tendre mère ; et peu après, qu’il vous le dise encore… oui, en vérité, sous ses yeux, j’envoyai la maman, par un supplice assez bizarre, où je vais envoyer aujourd’hui monsieur son cher fils, par un qui ne le sera pas moins, je vous le jure…

Et le coquin, pollué par moi, bandait excessivement. Il fait contenir l’enfant par une vieille ; j’humecte, par ses ordres, l’orifice gomorrhéen, je guide le membre ; Durand suce le Ganymède en dessous, et l’Italien encule, en baisant mon derrière. Toujours assez leste… assez maître de lui, pour n’effleurer que le plaisir, sans jamais le laisser échapper, Cordelli, sans perdre de foutre, se retire encore de ce cul.

L’autre jeune homme est amené. Même cérémonie, même économie de sperme ; et le négociant, les faisant mettre l’un sur les reins de l’autre, les étrille tous deux à la fois : de temps en temps, il revient aux vits, il les suce. Enfin, dans un mouvement furieux de lubricité, il mord, d’une manière si terrible, les couilles du premier qu’il a foutu, que l’enfant en perd connaissance. Cordelli, sans y prendre garde, passe ailleurs. On approche de lui l’une des jeunes filles ; ce n’était pas une beauté, mais elle avait quelque chose de si doux, un air de pudeur et d’innocence si intéressant, qu’elle entraînait tous les hommages, sans qu’on pût les lui refuser.

— Pour celle-là, dit Cordelli, elle est bien sûrement pucelle ; mais comme il ne m’est plus possible de bander pour un con, j’ordonne aux vieilles de me la contenir à plat ventre, sur les bords de ce canapé…

Et dès qu’il possède bien en perspective les deux voluptueuses fesses de cette belle enfant, le paillard les moleste, les mord, les pince et les égratigne avec tant de vitesse et de force qu’elles sont en sang dans une minute : le coquin enfile le cul. Croyant avoir acquis, là, suffisamment de forces pour essayer le con, il s’y présente, et son illusion, soutenue par nos attouchements et par nos baisers libertins, principalement par nos derrières offerts à ses caresses, il vient à bout de faire sauter le pucelage. Il se retire tout sanglant pour renfiler sa route favorite, et, après quelques attaques ainsi mélangées, il revient décharger dans le cul d’un des jeunes garçons, qu’à cet effet il a toujours tenu près de lui. On eût dit un éclat de foudre : je crus qu’il allait défoncer la maison. Nous l’entourions ; il baisait mes fesses, une des vieilles le fouettait, Durand le socratisait, Élise lui chatouillait les couilles, il pinçait le cul de Raimonde, il examinait ceux du petit garçon et de la jeune fille, postés en face de lui ; tout, tout concourait enfin à provoquer une décharge dont il était difficile de se peindre l’énergie.

— Oh ! foutre ! dit-il en sortant de là, il va me falloir des horreurs, à présent, pour me remettre en train.

— Eh bien ! nous en ferons, mon ami, nous en ferons, dis-je en consolant son vit, en le suçant, en le pressant, en exprimant avec soin jusqu’à la dernière goutte de sperme3.

Cordelli me sut gré de ces soins. On l’entoure de nouveau pendant que je le suce ; sa bouche se porte sur celle de la jeune fille qu’il vient de dévirginer : on dirait qu’il voudrait lui arracher la langue, à force de la lui sucer. Bientôt, qui le croirait ? par une incroyable bizarrerie, c’est la bouche fétide de l’une des vieilles qu’il veut langotter un quart d’heure ; et le vilain ne la quitte que pour pomper, avec les mêmes délices, celle de l’un des bourreaux qu’il fait approcher de lui. Ce dernier excès le détermine : je commence à sentir les effets du miracle. Cordelli prend une de mes mains et, la portant sur l’instrument de ce scélérat, je suis confondue en voyant que l’outil qu’on me fait empoigner a plus de grosseur que la plus forte partie de mon bras et presque la longueur d’une de mes cuisses.

— Prends ce vit, Juliette, me dit l’Italien, et place-le dans le con de la petite fille que je viens de déflorer ; songe qu’il faut qu’il entre, à quelque prix que ce puisse être.

Sur l’inutilité des premières tentatives, nous fûmes obligés d’attacher la victime ; Cordelli veut qu’elle le soit les quatre membres en bas, et fortement liés au parquet… que les deux trous, surtout, soient bien présentés, afin que si son homme ne peut réussir à se plonger dans l’un, il soit à même de se réfugier aussitôt dans l’autre. Je conduis le glaive ; Cordelli pressait son homme par-derrière ; quelque sec et poilu que fût ce fessier, le paillard le lui langotait à plaisir, et paraissait prêt à le foutre, dès que l’énorme engin de cet agent serait niché où il le voulait. A force d’art, nous réussissons : le vit pénètre dans le con de la jeune fille, et les teintes livides de la mort, répandues sur son front, annoncent l’état affreux de son physique. Cependant, Cordelli, l’œil fixé sur ce singulier mécanisme, ordonne bientôt à son homme de changer de main : j’aide à l’opération ; la nature foulée, pressée vivement de partout, semble se prêter à peu près indifféremment à tout ; cependant, l’anus se déchire, le sang coule, et l’Italien, aux nues, se collant au cul du fouteur, lui rend bientôt tout ce qu’il donne.

Oh, juste ciel ! que de contrastes ! On ne se fait pas d’idée de cette jolie petite mine intéressante et douce, salement baisée par la figure d’homme la plus rébarbative et la plus effrayante qu’il y eut sans doute au monde, flétrissant, de ses rudes moustaches, les lis et les roses du plus beau teint possible, et mêlant d’exécrables blasphèmes aux prières douces et pleines d’onction de l’âme la plus innocente. Que votre imagination, mes amis, se représente, d’une autre part, l’infâme Cordelli préférant, aux beautés qui l’environnent, le cul dégoûtant de ce bourreau ; gamahuchant ce cul avec la même ardeur dont tout autre être eût raisonnablement brûlé pour une jeune et jolie novice ; y introduisant son vit, et commandant enfin à la Durand d’étrangler la victime pendant que son homme déchargera.

Tout a lieu : la malheureuse expire. Et l’Italien, déculant son homme, nous offre un vit sec et mutin, maintenant propre à toutes sortes d’attaques.

— Ah ! me voilà remis, nous dit-il… En voilà donc une de morte ! J’ai été bien sage, mes amis, vous en conviendrez : on ne saurait, je crois, ordonner un supplice moins fort.

Une des vieilles voulut emporter le cadavre…

—Laisse donc, s’écria-t-il, laisse donc cela, bougresse ! Ne sais-tu donc pas que ces perspectives me font bander ?

Et le vilain, collant son visage sur celui de cette malheureuse, ose cueillir d’affreux baisers sur des traits déformés par la mort, et n’offrant plus, au lieu des grâces qui s’y jouaient naguère, que les convulsions de la douleur… que les contorsions du désespoir.

— Durand, dit le négociant, fais rebander cet homme-là ; je veux qu’il me foute pendant que mon vit farfouillera l’un et l’autre orifice de la petite fille qui me reste.

Tout se prépare. Cordelli encule ; il faisait toujours précéder cette épreuve. Son homme le fout sans préparation ; un cul si large en avait-il besoin ? Élise et Raimonde lui font baiser leurs fesses, il manie de droite et de gauche celles des deux petits garçons, dont la Durand et moi suçons les vits. Du cul, Cordelli passe au con, et les objets varient sous ses doigts. Son homme décharge : il appelle l’autre. Celui-ci, pour le moins aussi bien fourni que son camarade, mais plus effrayant encore, s’il est possible, sodomise vigoureusement son maître et lui décharge deux fois dans le cul, et les orgies commencent à prendre une plus sérieuse tournure.

— Allons, sacré bougre de Dieu ! dit notre homme en colère, il me faut des crimes, des horreurs, ce n’est plus qu’à ce prix que j’obtiendrai de nouvelles éjaculations ; et, sur ce point, mon égoïsme est tel, que, dût-il en coûter la vie à tous tant que vous êtes ici, je vous immolerais tous à l’instant pour obtenir une bonne décharge.

— Par qui vas-tu commencer, scélérat ? dis-je alors.

— Par toi… par un autre… par je ne sais qui : que m’importe pourvu que je bande ! Croyez-vous donc qu’il en soit ici dont les jours me soient plus précieux les uns que les autres ! Allons, voyons cette garce-ci ! dit le pendard, en saisissant la tremblante Élise par le sein, et l’entraînant à ses genoux ainsi.

Alors il se fit apporter des tenailles, et pendant que je le branlais, qu’un des bourreaux lui contenait la victime, et qu’on l’entourait de culs, le barbare eut la constance d’arracher brin à brin toute la chair des tétons de cette jeune fille, et d’aplanir si bien sa poitrine, que l’on n’y vit bientôt plus nulle trace des deux boules de neige qui l’embellissaient quelques heures avant.

Cette première opération faite, on lui représente la victime sous une autre forme ; elle est tenue par quatre personnes, les cuisses dans le plus grand écart possible, et le con bien en face de lui…

— Allons, dit l’anthropophage, je vais travailler dans l’atelier du genre humain.

Je le suçais cette fois-ci ; ses tenailles fourragent un quart d’heure, il les enfonce jusqu’à la matrice.

— Qu’on retourne ! s’écrie-t-il avec fureur.

Les plus belles fesses du monde lui sont présentées, son fer cruel s’introduit dans l’anus, et cette délicate partie est traitée avec la même frénésie que l’autre. Et c’est moi, moi, jadis folle de cette belle créature, c’est moi qui, maintenant, excite son assassin à la traiter avec autant de rage et de fureur ! Trop funeste inconséquence des passions, voilà donc où vous nous portez ! Inconnue de moi, j’eusse peut-être éprouvé, pour cette créature, quelques sentiments d’indulgence ; mais il est inouï ce qu’on invente, ce qu’on dit, ce qu’on fait, quand c’est le dégoût qui flétrit les tendres roses de l’amour.

Élise, noyée dans son sang, respirait cependant encore ; Cordelli la considère avec délices dans cette voluptueuse angoisse : le crime aime à jouir de son ouvrage ; tout ce qui l’assure, tout ce qui le contente, devient une jouissance pour lui. Il m’oblige à le branler sur elle ; il imbibe avec volupté son vit du sang que sa main fait couler, et l’achève ensuite à coups de poignard.

Un des jeunes garçons remplace ma tribade. Cordelli fait ouvrir les fenêtres du côté de la mer. On attache l’enfant à une corde que tient une poutre, au moyen de laquelle on le laisse brusquement tomber à cinquante pieds de hauteur. Là, Cordelli lui crie de se préparer, en lui faisant voir qu’armé d’un couteau, il peut, au plus petit mouvement de sa volonté, l’engloutir à jamais dans les flots. L’enfant crie ; je branle Cordelli ; il baise la bouche de Raimonde ; il branle le vit de l’un de ses bourreaux, pendant que l’autre le fout, en lui piquant les fesses. On relève la corde : l’enfant rentre, mais toujours attaché.

— Eh bien ! lui dit le négociant, as-tu eu bien peur ?

— Ah ! je n’en puis plus, mon père ; grâce, grâce ! je vous en conjure !

— Petit jeanfoutre ! dit Cordelli en fureur, apprends que ce mot de père n’a plus de sens à mes oreilles ; je ne l’entends plus : tourne tes fesses, il faut que je te foute avant que de te renvoyer aux poissons… Oui, mon cher fils, aux poissons… voilà ta destinée : tu vois quelle est la force du sang de mon cœur !

Le coquin encule : pendant qu’il fout, on allonge la corde ; la chute sera de deux cents pieds cette fois. Dès que deux ou trois allées et venues paraissent l’avoir satisfait, les bourreaux saisissent l’enfant et le précipitent violemment par la fenêtre, c’est-à-dire à deux cents pieds de haut, distance qu’il n’a pas plus tôt parcourue que la corde, en l’empêchant d’aller plus bas, disloque absolument les membres où elle est arrêtée. On la remonte. Le malheureux, tout brisé, rendait le sang de partout.

— Encore une enculade, dit l’Italien…

— Et puis une cabriole, dit Durand.

— Assurément ; mais la corde que je fais allonger ne le laissera plus cette fois qu’à vingt-cinq pieds de la surface des eaux.

L’enfant refoutu se rejette, se remonte presque mort. Son père le fout pour la dernière fois ; et dès qu’il est à dix pieds de la surface de l’eau :

— Allons, lui crie le féroce Italien, prépare-toi, tu vas mourir.

Pour le coup, la corde se coupe, et c’est dans la mer qu’est enfin plongé ce malheureux.

— Cette passion, dis-je à Cordelli, est une des plus jolies que je connaisse.

— T’échauffe-t-elle, Juliette ?

— Oui, d’honneur !

— Eh bien ! donne-moi ton cul, je vais te foutre ; cela te calmera.

Cordelli me lime un quart d’heure en complotant de nouveaux écarts, et Raimonde est appelée. Son sort est écrit dans les yeux de l’Italien : elle peut aisément l’y voir.

— Oh ! ma chère maîtresse ! me dit-elle en m’embrassant, il est donc décidé que vous allez me livrer à ce monstre ? Moi qui vous aimais tant !…

Des rires furent mes seules réponses. Et les bourreaux ayant présenté cette chère fille, le traître fait précéder quelques caresses ; il palpe et baise toutes les parties charnues, il langotte, chatouille le clitoris, encule, reste dix minutes au fond du derrière, et Raimonde est jetée nue dans une cage de fer remplie de crapauds, de serpents, de couleuvres, de vipères, de chiens enragés et de chats qui jeûnaient depuis quatre jours. On ne se figure ni les cris, ni les contorsions, ni les haut-le-corps de cette malheureuse, sitôt que les animaux l’eurent atteinte ; il était impossible de voir des impressions de douleur d’un genre plus pathétique. Je n’y tins pas ; Durand me branlait bien en face de la cage où foutait Cordelli, sucé par une vieille. En un instant, toutes ces bêtes couvrirent Raimonde, au point qu’on ne la vit bientôt plus. S’attachant aux parties charnues, les fesses et les tétons furent dévorés en peu de minutes. Comme elle ouvrait la bouche en criant, une vipère s’insinua dans son gosier et l’étrangla, malheureusement trop tôt pour nos plaisirs. En ce dernier instant, l’autre bourreau foutait Cordelli, le coquin sodomisait une vieille, en gamahuchant le cul de la seconde, et, maniant mes fesses d’une main, celles de la petite fille qui restait, de l’autre ; et Durand continuait de me branler.

— Oh ! double foutredieu que j’exècre ! s’écria-t-il en se retirant fort vite du cul de la vieille, j’avais cru me mettre à l’abri de la décharge en sodomisant cette gueuse, et m’en voilà tout près.

— Non, non, elle ne partira pas, mon cher, dis-je en courbant son vit la tête contre terre ; tu auras le temps de finir : pensons à autre chose un moment.

— Eh bien ! dit le négociant, comment trouves-tu ce supplice, Juliette ? Je l’ai conçu pour cette garce, du moment que j’ai eu vu son derrière : il me suffit d’examiner cette partie dans une femme pour dicter aussitôt son arrêt de mort. Si tu veux, Juliette, je vais écrire le tien sur tes feues mêmes…

Et comme il les pinçait vigoureusement en disant cela, je me dégageai lestement, en lui présentant celui du petit garçon qui restait. Il le fixe avec des yeux terribles : c’est celui dont le scélérat a massacré la mère, dont le cadavre embaumé existe encore sous ses regards.

— J’ai demandé, ce me semble, dit cet effrayant libertin, que l’on fît souffrir à ce petit gueux le même supplice par lequel j’ai fait périr madame sa mère, il y a trois jours. Qu’en dis-tu, Juliette ? Voilà quel est ce supplice : il faut d’abord crever les yeux de la victime ; lui couper ensuite toutes les extrémités ; lui casser après les quatre membres, et, définitivement, l’enculer, pendant qu’on l’achève à coups de poignard.

— Et c’est là, dis-je, ce que vous avez fait souffrir à sa mère ?

— Oui.

— Cela me paraît fort bon ; il ne s’agit plus que d’exécuter ; mais j’espère que vous n’oublierez pas et d’arracher les dents et de couper la langue.

— Ah ! foutredieu ! tu as raison, Juliette, répondit Cordelli, je l’avais oublié avec celle qui lui donna le jour ; mais je proteste bien de m’en souvenir avec le fils. Allons, opérez, dit-il à ses bourreaux.

Et, pendant ce temps, c’est mon cul qu’il perfore, en se faisant placer pour perspective celui de la jeune fille dont les tourments doivent suivre ceux-ci. La Durand lui montre le sien sur la droite, et il examine le spectacle à gauche ; les vieilles le fouettent.

On ne se peint point la légèreté avec laquelle ces bourreaux travaillent, et l’on se forme encore moins d’idée de l’excès des douleurs et de la violence des cris de la victime. Quand Cordelli s’aperçoit qu’un seul agent suffit au supplice, il ordonne à l’autre, encore teint de sang, de venir m’enconner, afin de lui rendre meilleure la jouissance de mon cul. Quelque accoutumée que je fusse aux monstrueux engins, celui-là, je l’avoue, ne s’introduisit en moi qu’en occasionnant d’horribles douleurs : j’étais secouée, Dieu sait ! Quoique cet homme fût affreux, les horreurs qu’il venait de commettre, la manière vigoureuse dont il me traitait, les blasphèmes qu’il prononçait, l’épisode sodomite dont me régalait son maître, tout m’entraîna bientôt, et j’inondai de foutre le vit de mon fouteur. Cordelli, comblé d’entendre les cris de ma décharge se mêler à ceux des tourments de son fils, n’y tient pas : son sperme s’écoule malgré lui, et je suis à la fois mouillée des deux côtés. Cependant, le supplice n’était pas fini ; l’exécuteur demande s’il faut suspendre.

— Non, en vérité ! répond l’Italien. Ces gens-là sont bien singuliers, ils s’imaginent toujours qu’on a besoin de bander pour tourmenter une créature ; mais moi, j’agis de sang-froid comme dans la passion : la nature a placé dans mon être le goût du sang, et je n’ai nullement besoin de m’exciter pour en répandre.

On continua. Cependant, pour ne pas laisser languir la scène, je réchauffais son vit dans ma bouche, et la Durand l’excitait par des propos.

— Cordelli, lui dit-elle, la preuve que tu n’es pas assez féroce, c’est qu’il nous reste encore des horreurs à inventer, après toi.

— Prouvez-moi cela.

— Facilement. Je vais, si tu le veux, ordonner moi-même le supplice de la fille qui te reste ; et tu verras, je me flatte, des choses plus fortes que celles qu’enfanta jusqu’ici ta débonnaire imagination.

— Voyons ! dit le négociant.

— Il faut, dit ma compagne, qu’au moyen des instruments que je vois là, vous fassiez enlever délicatement la peau de cette jeune fille. Ainsi écorchée vive, vous la fouetterez avec des épines, vous la frotterez ensuite avec du vinaigre, et vous renouvellerez sept fois cette opération. Arrivé aux nerfs, vous les lui piquerez avec des pointes d’acier rougies, puis vous la plongerez dans un brasier ardent.

— Oh ! foutre, dit Cordelli, quel supplice ! Écoute, Durand, je l’accepte ; mais je t’avertis que je te le fais subir à toi-même s’il ne me fait pas décharger…

— J’y consens.

— Travaillons.

On fait avancer la donzelle. C’était la plus jolie des deux ; cette malheureuse avait la plus belle taille possible, de superbes cheveux blonds, un air de vierge, et des yeux dont Vénus même eût été jalouse. Le cruel Italien veut encore baiser ce charmant petit cul.

— Il faut, dit-il, que je lui rende un dernier hommage, avant que ma barbarie en flétrisse les roses… Qu’il est beau, ce cul, mes amies !…

Et Cordelli, vivement ému des horreurs proposées, passe bientôt des éloges aux actions. La jeune fille est enculée, et, après deux ou trois courses, le vilain veut jouir du plaisir cruel de voir le plus gros des vits de ses bourreaux perforer ce joli petit cul. L’épreuve a lieu, mais ne peut, comme vous croyez bien, réussir qu’aux dépens du déchirement total de l’anus. Cordelli, pendant ce temps-là, sodomisait l’exécuteur ; l’autre s’empare du con de la jeune personne, qui, traitée de cette cruelle manière, nous donne l’image d’une brebis entre deux lions. Le paillard, ne s’en tenant point là, passe du cul de l’un de ses bourreaux dans celui de l’autre, et, se trouvant enfin suffisamment échauffé, il ordonne le commencement du supplice en chargeant Durand de sa direction.

Il est impossible de se représenter les douleurs qu’éprouva cette malheureuse, quand l’Italien la fouetta avec des épines, sur la peau neuve qu’on venait de lui faire en l’écorchant. Mais ce fut bien autre chose, quand on enleva cette seconde, et qu’il fallut fouetter la troisième ; les grincements de dente de cette malheureuse, ses haut-le-corps faisaient le plus grand plaisir à voir. Cordelli, voyant que je me branlais à ce spectacle, vint me chatouiller lui-même ; mais, occupé du supplice de sa victime, il chargea la Durand de ce soin, et mon amie, tout aussi émue que moi, se fit rendre ce qu’elle me prêtait. L’opération fut longue, nous déchargeâmes trois ou quatre fois ; toutes les peaux de cette créature furent enlevées, sans que les organes de la vie fussent encore endommagés. Il n’en fut pas de même lorsqu’on lui attaqua les nerfs avec des pointes d’acier rougies au feu : ses cris redoublèrent de force ; elle était fort lubrique à voir. Cordelli veut l’enculer en cet affreux état ; il en vient à bout, et continue à la percer avec ses fers rouges tout en la sodomisant. L’excès de la douleur absorbe à la fin dans elle tout ce qui la retenait encore à la vie, et la malheureuse expire, en recevant le foutre de son bourreau dans le cul.

Un sérieux glacé caractérise alors tous les traits de sa figure. Il s’habille, fait revêtir ses bourreaux et passe avec eux et les vieilles dans une pièce voisine.

— Où va-t-il ! dis-je à la Durand, avec laquelle cet arrangement me laissa seule.

— Je l’ignore…

— S’il allait maintenant comploter contre nous ?

— Nous le mériterions.

— Pourquoi diable viens-tu chez des gens que tu ne connais pas mieux.

— L’espoir de l’or m’a séduite, il me séduit encore. Je suis persuadée que c’est ici où le coquin cache ses richesses. Si nous pouvions nous en défaire et le voler ? J’ai sur moi de la poudre prompte, ce serait l’affaire d’un instant.

— Ce procédé, ma chère, heurterait nos principes : respectons éternellement le vice et ne frappons que la vertu. En arrêtant la source des crimes de cet homme, nous sauverions la vie à des millions de créatures : le devons-nous ?

— Tu as raison.

Cordelli reparut, suivi de son escorte.

— D’où viens-tu ? lui dit la Durand… De te livrer, je le parie, à quelque infamie secrète que tu nous caches ?

— Vous vous trompez, répondit l’Italien en ouvrant une porte qui communiquait de la pièce où nous étions dans celle où il avait pénétré par l’extérieur ; tenez, continua-t-il, en nous faisant voir un oratoire orné de tous les attributs de la religion, voilà d’où je viens. Quand on a, comme moi, le malheur de se livrer à d’aussi terribles passions que celles qui m’entraînent, il faut bien apaiser au moins, par quelques bonnes œuvres, la colère qu’elles doivent inspirer à Dieu.

— Tu as raison, dis-je, laisse-nous imiter ton exemple. Durand, suis-moi, allons demander pardon à Dieu des crimes que cet homme nous a fait commettre.

Et, tirant la porte, nous nous enfermâmes dans l’oratoire.

— Oh ! pour le coup, dis-je promptement à mon amie que je n’avais emmenée là que pour lui parler à l’aise, pour le coup, mes idées changent, et cet imbécile fanatique ne mérite que la mort : n’ayons nul regret, au fil criminel que nous coupons en lui arrachant la vie. Avec une âme timorée comme celle de ce bougre-là, on ne parcourt pas longtemps la carrière du vice ; ce seraient peut-être ici ses dernières expéditions : agissons donc sans scrupule.

— Rien de plus aisé, me dit Durand, que de nous défaire de tous ces gens-là, à l’exception d’une des vieilles qu’il faut conserver pour nous montrer le local. Va, sois certaine que c’est ici où ce négociant cache ses trésors, et que notre moisson sera bonne.

— Mais ses gens qui viennent le reprendre ce soir ?

— Nous les ferons boire, et nous nous en déferons de même.

Nous rentrâmes.

— Nous voilà aussi saintes que toi, dîmes-nous, mais, de grâce, fais-nous rafraîchir, nous mourons de soif.

Aussitôt, sur un ordre donné par Cordelli, les deux vieilles servent un assez bon repas que partagent le maître et ses acolytes. Au troisième verre de vin, Durand glisse adroitement la poudre, d’abord à Cordelli, et successivement aux deux autres ; il n’y eut pas moyen d’en donner aux vieilles : elles ne touchèrent à rien. En un instant, la poudre produisit tout l’effet que nous en attendions, et nos trois scélérats tombent à terre comme des sacs. Durand, alors, sauta sur la plus agile des vieilles :

— Va, lui dit-elle, en lui enfonçant un couteau dans le cœur, va rejoindre tes indignes complices ; si ton maître n’eût été qu’un roué comme nous, il était pardonné, mais dès qu’il croit en Dieu, je veux qu’il aille au diable. Pour toi, dit la Durand à l’autre, si nous te laissons la vie, c’est sous la condition expresse de nous aider d’abord à jeter ces cadavres à la mer, et de nous enseigner ensuite tous les détours, toutes les cachettes et toutes les chambres du château. Il doit y avoir des trésors, il nous les faut. Commence par nous dire s’il y a d’autres êtres ici que nous.

— Maintenant ? Non, mesdames, nous répondit la vieille en tremblant, il n’y a plus que moi de domestique dans la maison.

— Que veux-tu dire par là : y aurait-il donc d’autres maîtres ?

— Je crois, nous dit la vieille, qu’il y a encore quelques victimes ; au reste, promettez-moi la vie, je vais vous mener partout.

Nous nous débarrassâmes d’abord des cadavres. Et, tout en agissant :

— Ton maître, dîmes-nous, venait-il souvent à cette maison ?

— Trois fois par semaine.

— Et d’affreux massacres à chaque visite ?

— Vous l’avez vu. Venez, poursuivit cette femme, quand notre première opération fut faite, je vais vous mener dans les cachots, vous y trouverez encore du gibier.

C’était là, qu’à plus de cent pieds sous terre, le scélérat enfermait et cachait ses victimes. Toutes étaient dans des prisons séparées, et sur douze de ces chambres, nous en trouvâmes neuf remplies ; cinq contenaient de très jolies filles d’environ quinze à dix-huit ans ; quatre garçons de treize à seize ans occupaient le reste ; toutes ces victimes avaient été débauchées et enlevées dans différentes villes d’Italie ; deux de ces filles, l’une de seize ans, l’autre de dix. huit ans, étaient de Raguse, en Albanie : il était difficile de voir de plus belles créatures.

Au moment où nous les examinions, nous crûmes entendre quelque bruit au bas de l’escalier du château ; nous volons nous éclaircir de la cause de cet événement : c’était le retour de nos gens et de ceux de l’Italien. Nous commençâmes par faire venir ces derniers, au nombre de trois, et les ayant fait boire dans la salle où étaient encore les restes de notre repas, au moyen de notre poudre prompte, nous les avons bientôt mis au rang de leur maître. Redescendant alors pour parler aux nôtres :

— Retournez à la ville, dîmes-nous, nous voulons passer encore vingt-quatre heures ici ; Cordelli garde ses gens, c’est tout ce qu’il nous faut.

Et la voiture repartit. Nous retournâmes examiner les victimes :

— Durand, dis-je, je prends ces deux Albanaises pour moi, elles me dédommageront d’Elise et de Raimonde ; et je réponds aux signes de mécontentement que j’aperçois déjà sur ta figure, je réponds, dis-je, que je les sacrifierai, dès que tu le voudras, avec la même facilité que j’ai fait des autres.

— Il te faut donc toujours des femmes ?

— Il m’est impossible de m’en passer, mais il ne me faut qu’un cœur, et c’est du tien seul que je veux faire à jamais mon unique trésor.

— Flatteuse, il faut céder à tout ce que tu veux !

Lila (c’était celle de seize ans) et Rosalba furent donc aussitôt relâchées et mises néanmoins sous clef dans une des meilleures chambres du château. Il y avait déjà huit jours que ces pauvres filles étaient reléguées dans ces cachots malsains, mal nourries, couchées sur la paille, et l’on s’apercevait du malaise que leur faisait éprouver leur détention. Toutes deux s’effrayaient encore, mais quand je les eus baisées, caressées, leurs larmes coulèrent, et elles m’accablèrent d’amitiés. Elles étaient sœurs et filles d’un riche négociant de Raguse, avec lequel Cordelli se trouvait en correspondance ; il avait persuadé à leur père de les faire élever à Venise, et le scélérat semait le bruit de leur mort, afin de s’en emparer.

— Je vais imiter ton exemple, dit la Durand, et prendre aussi une de ces jeunes filles.

— Oh ! j’y consens, chère amie, va, sois bien sûre que je ne serai jamais jalouse de ces choses-là.

— Monstre ! dit Durand, plus délicate que toi, je ne veux pas que rien me distraie de ta chère idée.

— Cesse donc, mon amour, cesse donc, répondis-je, de prendre les plaisirs charnels pour des distractions morales. Je t’ai déjà dit que mes systèmes, différents des tiens, étaient inébranlables ; que je saurai foutre et me branler avec toute la terre, sans être un instant distraite du tendre sentiment que je t’ai juré pour la vie.

Nous fîmes placer les trois autres filles et les quatre garçons dans la salle des supplices, et après nous en être amusées la moitié du jour, nous raffinâmes les horreurs commises par Cordelli, et fîmes périr ces sept créatures dans des tourments mille fois plus cruels encore. Cela fait, nous dormîmes deux heures, et poursuivîmes nos recherches.

— Je ne sais pas positivement le lieu où il garde son argent, nous dit la vieille, j’ignore même s’il en a ici ; mais s’il en existe, ce doit être dans une cave voisine de celle où l’on met le vin.

Nous descendîmes. Deux énormes portes d’airain formaient la clôture de ces caveaux, et nous n’avions pas d’outil pour les enfoncer. Plus nous trouvions de difficultés, plus augmentait, suivant l’usage, le désir que nous avions de les vaincre. A force de tourner, nous découvrîmes une petite fenêtre qui donnait dans ce caveau, et que deux seuls barreaux garantissaient. Notre premier mouvement fut de nous élancer pour voir à travers. Là, six grands coffres s’offrirent à notre vue : vous imaginez comme cet aspect redoubla notre zèle. Enfin, après des peines infinies, nous parvenons à déraciner ces barreaux. Je m’élance la première ; j’ouvre un de ces coffres avec une incroyable agitation. Mais, hélas ! combien notre joie est courte en voyant que ces bahuts immenses ne contiennent que des instruments de supplices ou des hardes de femmes. J’allais, de rage, abandonner l’opération, lorsque Durand me dit :

— Cherchons bien, je ne puis m’ôter de la tête qu’il n’y ait autre chose là-dedans.

Je fouille ; mes mains tombent sur un paquet de clefs, dont l’une porte pour étiquette : Clef du trésor.

— Oh ! ma chère Durand ! m’écriai-je, ne cherchons plus ici ; voilà la preuve que l’objet de nos vœux n’est pas dans ce caveau. Hélas ! nous avions d’abord trouvé des portes sans clefs, voilà maintenant des clef sans portes. Donna Maria, sais-tu quelque chose ? Dis-le-nous, ta fortune est faite !

— Vous me mettriez entre la mort et des millions que je ne vous en dirais pas davantage, répondit la vieille. Cherchons, nous trouverons peut-être.

— Allez, dit la Durand, me chercher une baguette de ce coudrier que j’ai vu dans la cour.

Dès que mon amie l’a reçue, elle se livre à l’impression de cette baguette, d’abord immobile en ses mains. Elle monte. Un secret mouvement l’avertit de tourner à gauche ; elle suit une longue galerie, au bout de laquelle une nouvelle porte de fer se présente à nous. J’essaie à l’instant les clefs ; elles ouvrent ; la baguette tourne alors dans les mains de Durand avec une incroyable rapidité. Dix énormes caisses étaient dans cette chambre, et, certes, ce n’étaient ici ni des vêtements de femmes, ni des instruments de supplices, mais de belles et bonnes pièces d’or, dont il y avait pour plusieurs millions.

— Allons, dis-je, pleine de courage et de joie, il ne s’agit plus que d’emporter.

Comment faire pour y réussir ? Se confier aux domestiques était dangereux : on ne pouvait descendre ces caisses, il fallait les vider. Dans cette fatale alternative, nous préférâmes d’emporter moins et d’emporter plus sûrement. La vieille, les deux jeunes filles, la Durand et moi, nous nous chargeâmes à outrance, et nous ne cessâmes, huit jours de suite, de faire des voyages. Nous répandions, pendant ce temps-là, que Cordelli passerait le mois à la campagne ; qu’il nous avait chargées de lui aller journellement tenir compagnie ; et, sous main, nous frétions une felouque pour Venise. Le neuvième jour au matin, nous en profitâmes, après avoir jeté la vieille dans un des puits du château, la dernière fois que nous y fûmes, afin d’enterrer notre secret avec elle.

Le temps de notre traversée fut superbe, les soins de nos femmes excessifs, la chère excellente : nous arrivâmes à Venise, point trop fatiguées d’une mer calme et tranquille, sur les côtes de laquelle nous n’avions jamais cessé d’être.

C’est, sans contredit, un spectacle aussi magnifique qu’imposant que celui d’une ville immense flottant au milieu des eaux ; il semble, comme Grécourt le dit quelque part, que la sodomie ait choisi là son saint asile, afin d’éteindre aussitôt, dans la mer, les bûchers dont le fanatisme voudrait la punir : il est certain qu’elle gît là comme dans son temple, et qu’il est bien peu de villes en Italie où elle règne avec plus d’empire.

L’air qu’on respire à Venise est mou, efféminé, il invite au plaisir, quoique souvent peu sain, surtout quand la marée est basse. Alors, les gens riches vont le plus qu’ils peuvent dans les campagnes riantes qu’ils possèdent en terre ferme ou dans les îles voisines de la ville. Malgré cette mauvaise qualité de l’air, on y voit cependant beaucoup de vieillards, et les femmes s’y flétrissent moins vite qu’ailleurs.

Les Vénitiens sont communément grands et bien faits, leur physionomie est gaie, spirituelle, et cette nation bien connue mérite d’être aimée.

Dès les premiers jours de notre arrivée dans Venise, je m’occupai de placer les sommes que je venais de me procurer nouvellement ; et malgré les instances de la Durand pour que je gardasse tout, je voulus absolument partager. Nos lots nous formèrent à peu près un million cinq cent milles livres de rente chacune, ce qui, réuni à ce que j’avais déjà, me composait un revenu de six millions six cent mille livres à manger par an. Mais craignant de paraître suspectes à Venise avec une fortune aussi considérable, nous prîmes tous les moyens nécessaires à persuader que le luxe que nous affections n’était le résultat que du produit de nos charmes et de nos connaissances dans l’art de la magie et dans l’effet des simples. Nous recevions en conséquence, chez nous, toutes les personnes de l’un et l’autre sexe, qui désiraient des voluptés où des instructions. La Durand avait fait exécuter, d’après cela, un laboratoire et un cabinet à machines, à peu près dans le goût de celui qu’elle avait à Paris. On y voyait des trappes, des coulisses, des boudoirs, des cachots et tout ce qui peut en imposer aux yeux et à l’imagination. Nous primes de vieilles servantes, promptement dressées à toutes ces manœuvres ; et nos deux jeunes filles eurent ordre de se prêter avec autant de complaisance que de soumission à tout ce qui devait servir et l’un et l’autre de nos projets. Vous vous souvenez qu’elles étaient vierges ; cette raison, jointe à tout ce que nous devions attendre de leur charmante figure et de leur jeunesse, devait, à toute sorte de titres, nous faire espérer que ces deux petites terres seraient d’un grand rapport, quand une fois elles seraient défrichées. Je devais d’ailleurs me joindre à elles et reprendre là tous les premiers exercices de bordel que vous m’avez vue pratiquer à Paris, lorsque je me jetai dans la carrière, ce qu’assurément je ne faisais ici que par libertinage, d’après le bien immense dont vous voyez que je jouissais.

Le premier individu qui se présenta chez nous fut un vieux procurateur de Saint-Marc qui, nous ayant bien examinées toutes les trois, me fit l’honneur de me présenter le mouchoir.

— Peut-être, me dit-il délicatement, mon goût me porterait-il à choisir une de vos pucelles, mais mon impuissance prononcée ne me permettrait pas de jouir des voluptés qu’elle m’offrirait. Je serai, sans doute, plus à l’aise avec toi, et je vais t’expliquer de quoi il s’agit. Tu auras, me dit le vilain, la bonté de m’avertir du jour où tes règles seront les plus abondantes. Couchée sur un lit, les cuisses très écartées, je m’agenouillerai devant toi, je te gamahucherai le con, je m’enivrerai de ces menstrues que j’adore : et quand je me serai bien mis en train en les dévorant, je terminerai le sacrifice au temple même que je viendrai d’encenser, pendant qu’une de tes domestiques (il faut absolument que l’individu que je te demande soit de cet état), pendant, dis-je, qu’une de tes servantes aura la complaisance de m’étriller à tour de bras.

— Seigneur vénitien, répondis-je, votre sérénité a-t-elle envie de recommencer souvent cette scène libidineuse, ou n’est-ce que pour une fois ?

— Ce n’est que pour une fois, me répondit le procurateur ; quelque belle que vous soyez, mon ange, il m’est impossible de revoir une femme quand elle a satisfait avec moi cette passion.

— Eh bien, Excellence, lui dis-je, avec le souper (car il est de règle dans notre maison que jamais un cavalier comme vous ne s’amuse sans nous faire l’honneur de souper), avec le repas, dis-je, et la fouetteuse, cela vous coûtera cinq cents sequins.

— Vous êtes chère, mademoiselle, me dit le procurateur en se levant ; mais vous êtes jolie, et tant que vous serez jeune, vous aurez raison de vous faire valoir… Quel jour faut-il que je vienne ?

— Demain : ce que vous aimez commence aujourd’hui, et demain l’orage.

— Je serai très exact, me répondit le procurateur…

Et ayant, dès le lendemain, satisfait à sa dégoûtante passion, l’ayant fait étriller à tour de bras avec un nerf de bœuf, je reçus son dégoûtant hommage, dont j’eus la fausseté de lui faire croire que je faisais le plus grand cas. Je palpai, en plus des cinq cents sequins, un diamant qui valait bien au moins le double, et dont le vieux coquin me fit présent pour me prouver à quel point il était satisfait de mes bonnes manières.

Un négociant fort riche, nommé Raimondi, parut ensuite.

— Mon cœur, me dit-il en examinant mes fesses, votre cul est-il intact ?

— Assurément, monsieur.

— Ma fille, continua-t-il en écartant, vous me trompez : ce n’est pas un homme qui a une aussi grande habitude des culs, auquel il est possible d’en imposer.

— Eh bien ! monsieur, je ne vous cacherai rien : une ou deux fois, d’honneur, et pas davantage…

Et Raimondi, sans répondre, enfonça sa langue au trou de mon cul. Il me fit relever ; il était en feu.

— Écoutez, me dit-il, je vais vous expliquer ma passion : rien de fait, si elle ne vous convient pas. Tout mon plaisir consiste à voir foutre, c’est cela seul qui me met en train ; je serais absolument nul si je ne m’enflammais au spectacle des jouissances d’autrui. Vous me fournirez six beaux hommes qui vous enconneront tour à tour sous mes yeux : je m’amuse avec eux pendant qu’ils vous foutent, et sitôt qu’ils vous ont déchargé dans le con, j’avale avec grand soin le foutre qu’ils vous ont lancé dans le vagin ; votre art doit consister à faire l’impossible pour me le rendre dans la bouche. Cette opération finie, vous m’offrez le derrière : je vous sodomise, pendant que vos six hommes m’enculent tour à tour. Dès que le sixième a déchargé, je sors de votre cul, je m’étends sur un lit ; vous vous posez à califourchon sur moi, et vous me chiez dans la bouche, pendant qu’un des hommes vous gamahuche le con, qu’un second vous enfonce la langue dans la bouche, que le troisième se branle devant moi, que le quatrième me suce le vit et que j’en branle un de chaque main. Aussitôt que votre étron part, je le mange ; cela fait, je me relève ; vous prenez mon vit dans votre bouche, vous me sucez exactement ; tous les hommes alors viennent, l’un après l’autre, chier dans la mienne ; j’avale leur merde, vous avalez mon foutre, et voilà le dénouement de la scène. Mais prenez garde, mon cœur, poursuivit le Vénitien. Trois écueils terribles s’offrent à vous dans cet arrangement : celui où, quelques efforts que vous fassiez, il vous devienne impossible de me lancer dans la bouche le sperme que vous auriez reçu dans le con ; celui où vous n’avaleriez pas le mien, et celui où vous ne pourriez pas chier. Or, il est bon que vous sachiez que chacun de ces crimes est puni par cent coups de fouet, que je vous fais appliquer devant moi par un des six hommes : de manière qu’en manquant de me rendre les six inondations, et en refusant d’avaler mon foutre, et en ne chiant point, c’est huit cents coups de fouet que vous avez mérités ; cent, si vous n’avez commis qu’une de ces fautes : ainsi du reste.

— Monsieur, dis-je à Raimondi, votre passion n’est pas d’une exécution très facile, il y a de grands dangers à courir. J’imagine donc qu’en me chargeant de tous les accessoires, deux mille sequins ne sont pas trop.

— Ta beauté me décide, et je consens à tout, dit le négociant.

Nous prîmes jour, et le surlendemain je le satisfis.

La Durand m’appela, quelque temps après, pour un noble dont la manie n’était pas tout à fait aussi dangereuse.

Mon amie le branlait, il léchait, pendant ce temps-là, mes narines, le tour et le dedans de mes oreilles, ma bouche, mes yeux, le clitoris, l’intérieur du con, le trou du cul, les entre-deux des doigts de pieds et les aisselles. Au bout d’une heure de cette cérémonie, il finissait par se faire sucer le vit et me décharger dans la bouche. La Durand m’avait prévenue huit jours d’avance, afin que je ne lavasse aucune de ces parties, la crise de ce libertin devant être mieux ou plus mal provoquée, en raison du degré de saleté dans lequel il les trouverait.

Ils s’avertissaient tous, et nous ne manquions pas de pratiques. Il en vint un qui conduisait avec lui deux négresses. Il fallait que, nue entre ces deux femmes, j’eusse la complaisance de me laisser branler par elles : le contraste du blanc au noir commençait d’abord par le mettre en train. Dès qu’il y fut, il se mit à fouetter les négresses jusqu’au sang, pendant que je le suçais ; il m’étrilla ensuite à mon tour. Déchiré par les négresses qui le houspillaient, tantôt avec des martinets à pointes de fer, tantôt avec des nerfs de bœuf, il finit par m’enculer, pendant qu’une des femmes noires le sodomisait lui-même avec un godemiché et qu’il molestait le cul de la seconde. Je volai à celui-là un diamant superbe, tout en lui suçant le vit, et j’exigeai encore de lui mille sequins pour une partie aussi extraordinaire.

Il en parut un plus singulier. Il fallait le lier nu sur une échelle double ; deux de nos servantes l’étrillaient à tour de bras ; la Durand le suçait. Juchée sur le haut de l’échelle, je lui chiais sur le nez. Quand il banda, nous le fîmes mettre à genoux, nous lui fîmes son procès, nous l’interrogeâmes, nous le condamnâmes à être rompu. Tous les instruments étaient là ; mais la barre était de carton. Durand le lia sur la croix ; je frappai, il déchargea sous les coups, nous donna cinq cents sequins et s’enfuit, tout honteux de nous avoir mises dans la confidence d’une aussi bizarre fantaisie.

Enfin, nos pucelles furent en scène. Nous vendîmes dix fois le pucelage du con de Rosalba, trente fois celui de son cul ; vingt-deux fois celui du con de Lila, trente-six fois l’autre. Et, après avoir retiré plus de six cent mille francs de ces quadruples prémices, nous les livrâmes au bras séculier.

L’ambassadeur de France m’écrivit un jour de me rendre chez lui avec une des plus jolies filles qu’il me serait possible de trouver. Je lui conduis une enfant de seize ans, plus belle que l’Amour, et qui, enlevée. au sein de sa famille qu’elle ne devait plus revoir, m’avait coûté excessivement cher. Monseigneur nous fait déshabiller toutes les deux dans un petit cabinet situé au plus haut degré de sa maison ; une espèce de trou profond, et que l’on eût pris pour un puits, se trouvait au milieu de cette pièce. L’ambassadeur nous courbe toutes deux sur le bord, comme pour nous en faire voir la profondeur, et s’amuse à observer nos fesses bien à sa portée par cette posture.

— Si je vous précipitais toutes les deux là-dedans, dit le paillard, qu’en arriverait-il ?

— Bien peu d’inconvénients, si nous tombions sur de bons matelas.

— C’est dans les enfers que vous tomberez, gueuses : ce que vous voyez est la bouche du Tartare…

Et en même temps, pour nous effrayer, des flammes sortent de cet antre obscur et nous repoussent.

— Ainsi, ce sera donc là notre tombeau ?

— Je le crains, et vois votre sentence écrite sur vos culs…

Il nous les baisait, nous les pinçait en disant cela ; et celui de la jeune personne que je lui avais amenée était surtout le plus molesté : il le mordait et le piquait avec une aiguille. Cependant, rien ne paraissait encore, et quoique par ses ordres je le secouasse de toutes mes forces, il n’y avait pas même encore la plus légère apparence d’érection…

— Oh ! foutre, dit ce libertin en empoignant ma compagne et l’enlevant de terre, oh ! sacredieu, quel plaisir de précipiter cela dans les flammes !

L’effet suit de près la menace, et sitôt que, par mes soins, le vit du paillard bande, d’un élan vigoureux la jeune fille est à l’instant élancée dans le trou…

— Branle !… branle !… branle donc, foutue garce ! s’écria-t-il en voyant sortir les flammes que détermine la chute du corps qu’on vient de lancer.

Puis, s’armant d’un poignard à l’instant où sa décharge est prête à partir, il se précipite lui-même dans le trou pour y poignarder sa victime dont les cris m’annoncent la mort.

Je ne le revis plus ; une vieille femme me paya, me recommanda le silence, et nous n’avons jamais entendu parler de ce seigneur.

Les femmes parurent bientôt. Je m’étonnais avec Durand de n’avoir encore entendu parler d’aucune, lorsque signora Zanetti, l’une des femmes les plus riches et les plus débordées de Venise, me fit inviter à l’aller voir. Cette créature, âgée de trente-cinq ans, me donna sur-le-champ l’idée de ces belles Romaines dont les sculpteurs nous ont conservé les traits. Quelle céleste figure ! C’était celle de Vénus elle-même, c’était sa taille, c’était la réunion complète de toutes ses grâces.

— Je vous rencontrai l’autre jour à l’église de la Salute, me dit cette charmante femme. Vous y alliez sans doute, comme moi, pour y découvrir quelque objet de lubricité ; car je vous crois trop d’esprit pour qu’un autre objet que celui-là vous conduise en de pareils lieux. C’est l’usage ici : les églises nous servent de bordels… Savez-vous que vous êtes très jolie, mon ange ?… Aimez-vous les femmes ?

— Peut-on ne pas aimer ce qui vous ressemble ?

— Ah ! voilà de la galanterie française ! Dix ans de séjour que j’ai fait à Paris m’ont appris ce jargon. Je vous prie de me dire franchement si vous aimez les femmes, et si vous aurez du plaisir à vous branler avec moi ?…

— Ah ! je vous le jure…

Et pour que mes actions prouvent mes paroles, je m’élance au cou de la belle Vénitienne et lui suce la bouche un quart d’heure.

— Tu es charmante, mon ange, me dit-elle en me prenant la gorge, et je vais passer de délicieux instants avec toi.

Nous soupâmes, et les voluptés les plus piquantes couronnèrent cette libidineuse soirée. Zanetti, la plus libertine des femmes, possédait mieux que qui que ce fût l’art de leur donner du plaisir ; je n’avais de mes jours été si bien branlée. Quand nous eûmes déchargé cinq ou six fois chacune, que nous nous fûmes léchées, sucées, foutues avec des godemichés, que nous eûmes épuisé enfin toutes les ressources les plus raffinées du saphotisme :

— Foutons maintenant, me dit ma tribade.

Elle sonne.

— Ai-je des hommes, là ? demanda-t-elle à sa femme de chambre, jeune fille de dix-huit ans, belle comme le jour.

— Oui, madame, lui répondit celle-ci, il y en a dix, là, qui attendent vos ordres ; n’imaginant pas que madame eût besoin d’eux ce soir, ils allaient se retirer désolés, car ils sont bien en train.

— Est-ce que tu les as maniés, bougresse ? dit la belle Vénitienne.

— Oui, madame, j’en ai touché quelques-uns, mais je ne les ai pas fait décharger ; madame peut s’en convaincre.

— Allons, amène-les-moi, coquine, je veux en régaler ma nouvelle amie.

Rosetti arrive aussitôt avec les dix jeunes gens, qui me parurent d’une taille et d’une figure enchanteresses. En un clin d’œil, la soubrette et la maîtresse mettent ces armes en état ; et je me vois à l’instant menacée de dix vits dont mes mains eussent à peine empoigné le plus mince.

— Eh bien ! me dit Zanetti, toute nue… échevelée comme une bacchante, c’est pour toi cette fête : où veux-tu que posent ces vits ?

— Oh ! foutre, m’écriai-je, étourdie de ce spectacle, mets-les partout… partout.

— Non, me dit-elle, il faut désirer le plaisir : contente-toi de te les faire mettre dans le con, cette première tournée : cela t’échauffera, tu désireras le reste ; et laisse-nous faire.

En même temps, Rosetti se déshabille ; toutes deux soutiennent, à coups de poignet, l’état brillant de nos athlètes ; et ma belle amie me les introduit l’un après l’autre dans le con. Dès qu’ils y sont, la garce se couche sur moi à la renverse, met son con sur ma bouche et vient me sucer le clitoris, pendant que deux jeunes gens l’enculent, et que la soubrette enfonce le vit d’un troisième dans le cul de celui qui me fout.

On n’a pas d’idée des plaisirs que cette première séance me fit goûter. Quand tous les dix m’eurent ainsi passé sur le corps, je présente les fesses : on m’encule ; j’avais le con sucé par Zanetti, agenouillée contre un lit, et qui branlait un vit de chaque main. On sodomisait mon fouteur, et je suçais le con de Rosetti, qui branlait deux vits sur sa motte, de manière à ce que je pusse, alternativement, ou sucer son con ou pomper les vits qu’elle masturbait. Quand tous les engins m’eurent ainsi passé dans le cul, nous ne formâmes plus qu’un seul groupe. Je me couche à plat dos sur un homme qui m’encule ; un autre m’enconne ; de ma main droite, je facilite l’introduction du vit d’un homme dans le cul de Zanetti qui, couchée sur un autre, recevait un vit dans son con ; de ma gauche, j’en faisais autant à Rosetti, également foutue par-devant et par-derrière. Un homme enculait celui dont j’étais sodomisée, et nous en avions chacune un dans la bouche.

— Il y a encore de la place pour deux, dit Zanetti ; tu vois que ceux qui sodomisent, et ma femme de chambre et moi, pourraient, sans surcharger le tableau, avoir chacun un vit dans le derrière. On peut donc faire un groupe de quinze, et si ces groupes imitent le nôtre, tu vois qu’ils seront délicieux.

Mais anéantie, ivre de volupté, je ne répondis qu’à coups de cul ; et le délire nous saisissant tous à la fois, ce fut au milieu d’un torrent de foutre que nous éteignîmes… ou plutôt que nous endormîmes un instant notre dévorante lubricité.

Toutes les mêmes postures s’exécutèrent sur Zanetti, et ne jouant plus que le second rôle, j’eus le plaisir alors de m’embraser aux indicibles lubricités de cette coquine. Ni Sapho, ni Messaline, n’y faisaient œuvre : c’était un déraisonnement… un décousu d’idées… un dévergondage… une série de blasphèmes si énergiques, des soupirs si brûlants… des cris si prodigieux à l’instant de la crise ! Oh ! non, je le répète, jamais Vénus n’eut une plus fidèle prosélyte… jamais délire ne fut semblable… jamais putain plus débordée.

La coquine ne s’en tint pas là ; il fallut boire, après avoir foutu ; nous nous achevâmes ; la soubrette se mit à table avec nous, mais les hommes furent congédiés ; et quand nous fûmes toutes trois hors de raison, nous nous remîmes à nous branler comme des garces, jusqu’à ce que l’astre des cieux, venant éclairer nos saturnales, nous contraignît enfin à les suspendre, pour retrouver dans un peu plus de repos les forces nécessaires à recommencer.

Quelques jours après, cette charmante femme vint me voir. Je lui avais, disait-elle, absolument tourné la tête, elle ne pouvait plus se passer de moi.

— A présent que nous nous connaissons mieux, chère amie, me dit-elle, il faut que je t’avoue tous mes penchants. Je suis pleine de vice, et comme on dit que tu as beaucoup de philosophie dans l’esprit, je viens te supplier de tranquilliser ma conscience.

— Et quels sont, cher amour, m’empressai-je de dire, les vices que tu chéris le plus ? Quels sont ceux où tu te livres avec le plus de plaisir ?

— Le vol. Rien ne m’amuse comme de dérober le bien des autres ; et quoique j’aie plus de cent mille livres de rente, il n’est pas un seul jour dans ma vie où je ne vole par goût.

— Console-toi, cher amour, dis-je, en tendant la main à mon amie, et vois dans celle que tu aimes une des plus grandes zélatrices de cette passion. Assurément, je puis m’en passer comme toi, et comme toi j’aime à m’y livrer… Que dis-je ? j’en fais, à ton exemple, un des plus doux amusements de ma vie. Le vol est d’institution naturelle, ma chère ; non seulement ce n’est point un mal, mais il est constant que c’est même un bien. Au reste, je vois avec plaisir, ma chère amie, poursuivis-je en embrassant ma nouvelle amie, que tes principes ne sont pas très scrupuleux en morale.

— On ne saurait être plus ferme que moi sur tous ces objets, me répondit l’aimable Vénitienne. Entraînée par ma tête à mille infamies, il n’est rien que je ne me permette, toutes les fois que mes passions parlent.

— Quoi ! dis-je, jusqu’au meurtre ?

— Jusqu’au parricide, jusqu’au crime le plus effrayant, s’il en existait chez les hommes.

— Ah ! sacredieu, dis-je à mon amie, baise mille et mille fois celle qui te ressemble aussi bien, et juge-moi digne de toi.

— Eh bien ! me dit Zanetti, puisque tu t’ouvres de cette manière, je vais, de même, te parler avec confiance ; écoute, ne t’effraie pas, et jure-moi de ne rien révéler de tout ce que je vais te dire.

Je fis le serment qu’exigeait mon amie, et voici ce que j’appris d’elle.

— Tu sais que je suis veuve, Juliette, et par conséquent maîtresse absolue de mes actions. Ne me demande point comment j’ai eu cette liberté… et devine, sans me faire rougir de l’aveu, qu’elle est le fruit du crime.

— Est-ce ta main qui l’a commis ?

— Non. Je fis assassiner ce triste ennemi de mes plaisirs : à Venise, avec quelques sequins, on brise aisément tous ses nœuds.

— Il valait mieux le faire toi-même : un trait de ressemblance de plus, en ce cas, nous eût réunies.

— Oh ! Dieu, je t’adore, chère âme ! Comme il est bien fait de se défaire de ces coquins-là, quand ils veulent nous gêner. Et quel droit ont-ils donc à notre liberté, pour oser la contraindre ainsi ? Qu’on nous accorde le divorce, et l’uxoricide sera moins connu.

Quoi qu’il en soit, il faut que tu saches, ma chère, qu’il existe à Venise une célèbre association de scélérats, dont l’unique métier est de voler, de filouter, d’escroquer, et d’assassiner, au besoin, tous ceux qui leur résistent. Les fils de cette association s’étendent à plus de trente ou quarante milles d’ici, et tous correspondent chez le nommé Moberti, directeur en chef de cette troupe. Or, ce Moberti, ma chère, est mon amant ; je suis folle de lui : il est impossible d’avoir pour aucun homme les sentiments que j’ai pour celui-là. Et cependant, ma chère, en le voyant, tu t’étonneras sans doute de ma passion pour lui ; mais lorsque tu le connaîtras, tu cesseras de te surprendre, et tu concevras alors qu’il est possible d’aimer un homme pour ses goûts, ses passions, le genre de son esprit, plus que pour les agréments physiques de sa personne.

Moberti a cinquante-quatre ans ; il est roux comme Judas ; ses yeux sont chassieux et petits ; sa bouche large et mal garnie ; son nez et ses lèvres à la manière des nègres ; il est petit, mal fait, mais doué, malgré cela, d’un instrument si prodigieux que, malgré l’extrême habitude que j’ai d’être enculée, il m’écorche, chaque fois qu’il me sodomise… seule et unique façon dont il jouisse de moi. Voilà, ma chère amie, le physique singulier de l’homme dont je raffole, quoique je lui fasse cent infidélités par jour ; mais il me les permet ; il sait que je ne puis m’en passer ; et si je lui en tolère, de mon côté, en lui fournissant le gibier qu’il aime, il me permet, du sien, de foutre, si je veux, avec toute la terre. Aucune jalousie de part ni d’autre : c’est presque ce qu’on pourrait appeler une union morale. Moberti a l’esprit qui me plaît ; c’est un désordre d’imagination si piquant, un libertinage si atroce, une férocité si sauvage, un abandon de principes si prodigieux, un athéisme si profond, une corruption si complète, que tout cela me tourne la tête, et me fait idolâtrer cet homme, à un point qui surpasse tout ce que les poètes et les historiens ont pu, jusqu’à ce moment-ci, vous peindre de l’amour.

Moberti a, comme tu l’imagines bien, plusieurs agentes dans Venise, qu’il place chez des gens très riches, et qui, ne fréquentant que des personnes de cette caste, sont à même de lui fournir des renseignements. Je suis la première de ses agentes ; toutes les autres correspondent avec moi, et c’est par mon moyen que s’indiquent les principaux vols. Il n’y a que trois ans que nous nous connaissons ; je ne le sers que depuis cette époque ; mais je puis bien assurer que, dans ce court espace, je lui ai valu plus de dix millions, que je lui ai fait assassiner au moins quatre cents personnes ; et voilà ce qui me tourne la tête. Je décharge trois jours et trois nuits de suite, ma chère amie, lorsque j’ai commis ou fait commettre des crimes de cette espèce. Lui-même aime le meurtre au point, qu’à l’exemple de ce fameux voleur de Sibérie, il abandonne, dans ses expéditions, les dépouilles à ses camarades pour le seul plaisir d’égorger les victimes de sa propre main. C’est, je te le répète, le coquin le plus barbare et le plus cruel qu’il soit possible de trouver au monde ; et ses vices s’arrangent si bien avec ceux de mon caractère que voilà pourquoi je l’adore.

Par une fatalité singulière, et qui prouve que le crime est toujours bien plus heureux que la vertu, pourvu qu’il soit constant, hardi, il y a vingt-cinq ans que mon amant mène la même vie : il n’a pas même encore été soupçonné. Quelques capitaines de sa troupe ont été roués, pendus, brûlés, mais jamais ils ne l’ont compromis. Cet homme, rare par son énergie, par sa perversité, par son courage, espère mener encore douze ou quinze ans le même train, et se retirer ensuite avec moi en Dalmatie, où il a acheté dernièrement des possessions superbes. C’est ainsi que nous comptons couronner la vie la plus scélérate dont aient encore été souillées les annales humaines.

Voilà, ma chère, ce que j’avais à te dire : vois si tu veux être des nôtres. Dans le cas de l’acceptation, je te donne à dîner sous peu avec mon amant ; tu le verras jouir de moi, de toi-même, si tu le désires, et nous prendrons tous les trois, ensuite, les arrangements nécessaires à une liaison intime.

— Assurément, dis-je à mon amie, tu ne pouvais rien me proposer de plus agréable. J’accepte tout, à deux conditions : la première, que si ton amant s’amuse avec moi, il me payera cher, et que ce ne sera, de même, qu’aux conditions d’un partage très considérable dans ses vols, que je les servirai ; la seconde, c’est que nous partagerons dorénavant toutes les dépenses de nos réunions libertines : c’est ton amie que je veux être, ce n’est plus ta putain.

Un souper délicieux termina cette conversation, et nous nous séparâmes en nous promettant de nous revoir bientôt.

Ne sachant pas comment tout cela tournerait, je crus devoir, jusqu’à de plus amples éclaircissements, faire un mystère du tout à ma compagne. Nous vivions d’ailleurs dans une liberté assez grande pour que chacune pût faire tout ce qu’il lui plaisait de son côté.

La signora Zanetti me prévint, quelques jours après, qu’elle avait parlé à son ami ; que celui-ci désirait infiniment de faire connaissance avec moi, et qu’elle m’invitait en conséquence de venir le lendemain dîner chez lui, dans une charmante campagne qu’il possédait dans l’île de Saint-George, à très peu de distance de la ville.

On ne m’avait point trompée sur le physique de cet homme étonnant ; il était impossible d’être plus laid, et difficile en même temps d’avoir une physionomie plus spirituelle.

— Voilà, dit Zanetti en l’embrassant, la jolie fille dont je t’ai parlé ; j’espère que, sous tous les rapports, tu auras lieu d’en être content.

Le brigand me prit alors par la main et me conduisit, Bans dire un mot, dans un cabinet, où je fus très étonnée de trouver deux jeunes garçons de quinze ans, beaux comme l’Amour.

— Que ce gibier ne vous scandalise pas, me dit le paillard : je suis bougre ; je vous foutrai pourtant, mais en cul ; votre amie a dû vous en instruire. Faites-moi voir vos fesses, et dissimulez le con, je vous supplie, au point qu’il ne me soit pas même possible de me douter que vous en ayez un.

Ce début me parut cavalier. Je ne sais néanmoins ce que ce personnage avait d’attrayant ; mais je sentis, dès le premier abord, qu’il était tout simple d’aimer un tel homme. Moberti fut long à l’examen de mon derrière, aucun détail ne lui échappa ; puis, m’appliquant deux fortes claques sur chaque fesse :

— Voilà qui est bon, me dit-il, je vois ce que c’est que votre cul, vous pouvez vous déshabiller.

— Et votre amie, monsieur ?

— Elle viendra ; elle sait bien que nous ne nous mettrons pas à l’ouvrage sans elle…

Et pendant que je me déshabillais, Moberti caressait les petits garçons.

La belle Vénitienne parut.

— As-tu pourvu à tout ? lui dit son amant. Serons-nous bien seuls ? Les portes sont-elles bien fermées ? Le dîner sera-t-il bon ?

— Repose-toi sur moi, mon ami, tu connais mes soins.

— Allons, foutons donc en paix, reprit Moberti, et livrons-nous en sûreté aux plus bizarres caprices de l’imagination.

— Oui, mon ami, oui, tu le peux ; il n’y a plus que Dieu qui te voie.

— Oh ! je me fous de ce témoin-là, dit ce roué, mon plus grand chagrin est qu’il n’existe réellement pas de Dieu, et de me voir privé, par là, du plaisir de l’insulter plus positivement… Mais peut-on parler devant cette jeune personne, est-elle des nôtres ?

— Oui, tu sais ce que je t’ai dit sur elle, elle n’attend que son poste pour être en activité, et j’ose croire que tu en seras content.

— Je le suis déjà de son cul… autant qu’on peut l’être du cul d’une femme… Allons, ma chère, mets donc tout ceci en train…

Et Zanetti, déboutonnant aussitôt la culotte des deux jeunes garçons, montra leurs fesses au libertin qui, couché sur un vaste sofa, se branlait en les regardant.

— Presse-toi, me dit mon amie tout bas, je suis sûre qu’il brûle du désir de voir tes fesses à côté de celles de ces garçons…

Je m’y place aussitôt, la motte bien plastronnée, et Moberti, sans préférence, nous examine un moment tous les trois. Il baise cependant le mien avec ardeur, le gamahuche profondément ; alors il ordonne à l’un de ses gitons de se placer entre mes jambes et de m’arracher des poils, de manière à produire en moi des soubresauts, pendant lesquels il continue d’enfoncer toujours sa langue dans le trou de mon cul, et sa maîtresse le branle, pendant qu’elle-même est branlée par l’autre giton.

— Écoutez-moi bien, dit alors le brigand, et, surtout, exécutez ce que je vais vous prescrire, du mieux qu’il vous sera possible. Il faut faire partir un pet dans ma bouche au même instant où l’on vous arrache un poil, et au sixième, en même temps que le pet, il faudra pisser sur le nez du jeune homme qui vous épile, en l’accablant d’invectives.

Je suis assez heureuse pour satisfaire ce singulier libertin, avec toute la ponctualité qu’il désire, et quand j’en suis à l’inondation et qu’il m’entend l’accompagner d’invectives adressées à l’objet de sa luxure, pour venger son bardache, il s’empare d’une poignée de verges et m’étrille un quart d’heure entier.

— Que fais-tu donc ! que fais-tu donc ! s’écrie Zanetti, par une suite de procédés annexés à cette scène, et quel tort cette créature a-t-elle envers toi ?

— Elle a pété, la garce ; elle a souillé de son indigne urine le délicieux visage de mon Ganymède : il ne devrait pas exister de punitions assez fortes pour l’un et l’autre de ces outrages.

— Eh bien ! dit Zanetti, parfaitement au fait de tout ce qui plaisait à son ami, je vais te fouetter, polisson, jusqu’à ce que tu aies cessé de traiter ainsi mon amie…

On le fustige de cette manière un bon quart d’heure, au bout duquel l’Italien nous fit voir un membre d’un pied de long sur huit pouces de circonférence.

— En as-tu vu de cette taille ? me dit-il en me le montrant.

— Oh ! ciel ! m’écriai-je, je suis une fille perdue, si jamais tu me perfores avec une telle machine !

— C’est cependant ce qui va t’arriver, dit-il en ordonnant ensuite à sa maîtresse de se déshabiller aussi ; tu ne seras pas plus difficile que ces enfants : ils ont leur pucelage, tu ne l’as pas.

— Mais tu les tueras et je ne veux pas l’être.

A ces mots, Zanetti, nue, vient lui présenter ses fesses à baiser ; et pendant qu’un des jeunes gens lui tire un poil du con, elle lâche à brûle-pourpoint le plus énorme pet au nez de son amant, qui sacre, tempête, se jette sur elle et l’encule. Il arrange si bien, pendant cette opération, les petits garçons et moi, au-dessus des reins de sa déesse, que nos trois culs se trouvent groupés sur son visage, et qu’il peut baiser indistinctement l’un et l’autre.

J’étais émerveillée, je l’avoue, de la manière leste dont Zanetti, sans sourciller, soutenait dans son cul l’introduction de ce membre énorme ; la garce n’avait pas bougé ; l’Italien sacrait, allait, venait et faisait sentir ses dents sur nos fesses. Il se retire, le groupe se défait, et il nous considère avec des yeux où se peint la plus cruelle luxure ; il se couche sur le canapé, le visage dans les fesses de son amante, dont il tète l’anus, et nous ordonne, dans cette posture, de venir le branler quelques instants, chacun à notre tour, en observant de baiser son vit, de lécher ses couilles et de lui enfoncer trois doigts dans le cul.

Son membre s’anime si prodigieusement à ce jeu, que je crois qu’il va perdre son foutre ; mais, parfaitement maître de lui, il se contient, se relève, demande des verges, et nous fouette tous les quatre à tour de bras : nous en recevons au moins deux cents coups chacun. Cette opération faite, il me saisit, en me lançant des yeux qui me font peur.

— Bougresse, me dit-il, il faut que je te tue.

Quelque accoutumée que je fusse à toutes ces scènes, j’avoue que la frayeur me saisit, et d’autant plus que Zanetti, que je fixais, ne me tranquillisait nullement par ses yeux.

— Oui, triple infâme Dieu ! reprend l’Italien en fureur, oui, garce, il faut que je te tue…

Et, tout en disant cela, il me serrait le cou de manière à m’étouffer ; il saisit ensuite un poignard, me le tient suspendu sur le sein, pendant que son amie le branle, mais sans jeter un seul regard sur moi, sans me rassurer du moindre geste. Après m’avoir tenue quelques minutes dans cette affreuse perplexité, il me couche sur le sofa, présente son vit à l’entrée de mon cul, et me l’enfonce sans nulle préparation, d’une telle vigueur, dans l’anus, qu’une sueur froide couvre mon visage et que je suis près de m’évanouir. Cependant, mon amie me tenait et s’opposait fortement à tous les mouvements que j’eusse pu faire, de façon que je fus labourée, pourfendue de ce vit monstrueux, sans pouvoir opposer la moindre résistance. Il maniait, pendant ce temps-là, de chaque main, le cul d’un des petits garçons, et baisait Zanetti sur la bouche.

Au bout d’un instant, il me fit mettre à terre les mains que j’appuyais sur le sofa, et courber étonnamment la tête, en relevant les reins le plus qu’il m’était possible ; un des petits garçons, passant mon cou entre ses jambes, vint se tenir droit devant lui, et il le langotait pendant ce temps-là ; tous deux se remplacèrent mutuellement dans ce poste, et Zanetti, dans une attitude différente, vint placer le trou de son cul au même endroit où le paillard ne trouvait l’instant d’avant que des bouches. Il ne décharge point, et se retirant avec violence et sans aucune précaution, il m’occasionne presque autant de mal, par cette retraite précipitée, qu’il m’en a fait en s’établissant dans la place.

— Son cul est bon, dit-il en se retirant il est étroit, il est chaud ; mais elle remue pendant qu’on l’encule, et tu sais, Zanetti, que je veux qu’on soit immobile et que, sans cette clause, il me devient impossible de décharger.

Alors sa maîtresse prend des verges et le fouette ; j’étais à terre, étendue sur le ventre ; les deux petits garçons le branlaient sur mes fesses. Au bout d’un instant, il me fit coucher à plat ventre, et de travers sur un canapé. Il fait mettre les deux gitons sur mon corps, tous deux auprès l’un de l’autre, et se présente au cul du premier, qui se trouve placé près du mien : mais les plus fortes résistances s’opposent à ce projet.

— Attachons-les, sacredieu ! s’écrie-t-il.

Et Zanetti, me priant de l’aider, nous lions et garrottons ce jeune garçon, en forme de boule, de façon que sa tête, passée entre ses jambes écartées, présente la jouissance de la bouche tout auprès de celle du cul. Pour mieux fixer la position, Zanetti s’accroupit sur l’enfant. Moberti se représente, rien ne pouvant plus le déranger maintenant. Son vit énorme disparaît en trois tours de reine dans l’anus du chétif écolier ; je lui branle le cul pendant ce temps-là, et il manie l’autre jeune homme.

Rien d’horrible comme les propos de ce scélérat pendant cette jouissance. Il ne parlait que de crimes, que d’abominations, que de meurtres, que d’incendies, que de massacres. Il ne déchargea pourtant point encore. Le second bardache, par ses ordres, est aussitôt mis dans la même posture ; il en jouit de même, mais, cette fois-ci, il avait fait placer celui qu’il venait de foutre, la tête en bas, les pieds en haut, et le corps ainsi étendu le long de celui de sa maîtresse, qui s’accroupissait sur celui du giton enculé. Il avait donc, sous ses baisers, un cul, un con et une bouche. Je le fouettais. Les propos redoublèrent d’horreur, et je vis en un clin d’œil des ruisseaux de sang dans la chambre ; le cruel, en perdant son foutre, avait frappé de vingt coups de stylet, et le garçon qu’il sodomisait et celui qui lui servait de perspective.

— Scélérat ! lui dis-je en redoublant mes coups sur ses fesses, on ne porta jamais la trahison plus loin, et tu peux te flatter d’être un monstre.

L’explosion de la décharge de ce libertin m’avait donné l’idée d’un volcan ; ce n’était plus un homme, mais un tigre, un enragé.

Le calme rétabli, les deux cadavres furent jetés dans un trou, à dessein préparé au fond d’un petit jardin attenant au cabinet où cette scène venait de se passer, et l’on se rhabilla. Moberti s’endormit avant le dîner.

— Oh, quel homme ! dis-je à sa maîtresse.

— Tu ne vois rien encore, me répondit Zanetti ; il a été très doux cette fois, il ne le sera pas toujours ainsi.

Deux nouvelles victimes l’attendaient au sortir de table.

— Et comme ce sont des jeunes filles, je te réponds qu’il les fera souffrir dix fois plus.

— Notre sexe l’émeut donc davantage ?

— Sans doute. C’est l’histoire de tous les gens cruels en volupté ; la faiblesse, la délicatesse d’une femme les irritent bien plus, leur férocité a bien plus d’action sur la débilité que sur la force ; moins on peut se défendre, plus ils attaquent avec violence, et comme il entre ainsi plus de scélératesse dans le crime, ils ont aussi plus de plaisir. T’a-t-il bien fait mal ?

— Ah ! je suis toute écorchée ; j’ai soutenu des vits monstrueux : jamais aucun qui m’ait fait autant de mal.

Cependant, Moberti ne tarda pas à se réveiller ; à peine le fut-il qu’il demanda à dîner : on servit. Nous étions dans une salle fraîche et solitaire ; tout ce qui était utile au service se trouvait placé près de nous, sans que nous eussions besoin de domestiques. Ce fut là que le brigand m’expliqua les services auxquels il me destinait. Il s’agissait de protéger ses vols, de lui découvrir des victimes, de quitter la Durand, pour prendre une maison, seule, où j’attirerais les dupes qu’il comptait voler et tuer. Je prévis dans l’instant qu’il y aurait infiniment plus de danger que de profit à l’acceptation d’un tel projet ; et, beaucoup trop au-dessus d’un gain si médiocre, je refusai intérieurement les propositions de cet homme. Mais je me gardai bien de lui découvrir ma pensée, et pour que rien ne troublât son illusion, j’applaudis infiniment ses projeta, et lui promis bien de le servir. Nous achevâmes ainsi le plus magnifique repas que j’eusse fait depuis longtemps ; au sortir de table, il me fit passer dans un cabinet secret avec lui.

— Juliette, me dit-il, tu as vu mes goûts d’assez près pour concevoir que c’est dans le meurtre que je place mes plus voluptueuses jouissances… Puis-je être sûr de l’ardeur que tu mettras à multiplier mes victimes ? N’ai-je rien à appréhender de tes remords ?

— Il faut me mettre à l’épreuve, mon cher, répondis-je ; la manière dont je me conduirai vous fera voir si c’est par goût ou par complaisance que j’entre dans vos vues.

Et l’idée la plus perfide s’offrit ici à mon imagination scélérate. Je n’avais aucune envie d’être la maîtresse de cet homme, aucune d’accepter ses propositions, et cependant, par unique principe de méchanceté, je lui témoignai de la jalousie.

— A quoi me servira, dis-je, d’occuper le second poste dans vos arrangements ? La confiance, le cœur, ces biens si précieux à posséder quand ils sont accordés par quelqu’un que l’on aime, tout cela m’appartiendra-t-il ? J’ai accepté tout ce que vous m’avez proposé, j’en conviens ; mais il me serait bien plus agréable d’exercer seule cet emploi près de vous, et de n’avoir pas sous mes yeux, perpétuellement, une rivale aussi dangereuse que votre Zanetti…

Et le coquin m’écoutait avec autant d’intérêt que de surprise.

— Quoi ! réellement tu m’aimerais ? me dit-il au bout d’un moment de silence.

— Ah ! vous me tourneriez la tête ; ayant absolument tous vos goûts, j’idolâtrerais un amant qui vous ressemblerait.

— Eh bien ! ne dis mot, tout cela va s’arranger ; tu es infiniment plus belle que Zanetti, je te préfère, et tu vas régner seule sur mon cœur.

— Mais vous allez la mettre au désespoir ! Quelle ennemie, d’ailleurs, je vais me faire ; croyez-vous qu’elle puisse me pardonner jamais de vous avoir séduit ?

— Oh ! si elle nous tracassait bien fort…

— Dieu ! quelle idée ! elle me fait frémir : une femme que j’aime, que vous avez aimée… Réfléchissez-vous à ce comble d’horreur ?

— Il n’en existe à rien, toutes nos actions sont simples, toutes sont inspirées par la nature, et je ne croyais pas que tu en fusses encore à douter de ces premières bases.

— Ah ! mes scrupules ne tiendront pas longtemps aux charmes de vous posséder seule !… Mais tant que cette créature existera, je vous avoue que je ne serai pas rassurée ; elle, de son côté, m’inspirera beaucoup de frayeur, et je craindrai toujours de vous perdre. Il me semble que, pendant que nous y sommes, ce serait une affaire à terminer sur-le-champ. Cette femme est méchante : si vous saviez tout ce qu’elle m’a dit de vous… Ah ! croyez que si nous ne prenons pas les avances, elle ne nous laissera jamais vivre en paix.

— Je t’adore, fille céleste, me dit l’Italien en se jetant dans mes bras, le sort de ta rivale est décidé, tu triomphes, il ne s’agit plus que de prononcer son supplice ensemble…

Et Moberti, que cette idée brûlait tout autant que moi, saisit mon cul et l’enfile sans aucune préparation ; ce vit énorme m’eût fait jeter les hauts cris dans tout autre temps, mais ici, très en feu moi-même, je me précipitai sur le dard et déchargeai dès la première secousse.

— Que lui ferons-nous ? me dit le paillard en foutant. Je veux que ce soit au sein des plaisirs que nous prononcions sur ses douleurs.

Nous le fîmes. Ce que vous verrez fut le résultat de l’arrêt prononcé. Nous rentrâmes.

Moberti, qui voulait conserver ses forces, s’était bien gardé de les perdre. Zanetti commençait à s’inquiéter, et nous pûmes lire facilement dans ses yeux que le démon de la jalousie commençait à tourmenter son cœur. Elle pria son amant de passer avec moi dans le même salon où s’étaient célébrées les orgies du matin ; et là, elle lui présenta les nouveaux objets destinés aux derniers plaisirs de la soirée. C’était une mère de vingt-six ans, grosse de sept mois, et conduisant par la main deux charmantes petites filles, dont l’une avait onze ans et l’autre neuf. Moberti, qui connaissait la marchandise pour l’avoir choisie lui-même, fut ravi de la voir enfin dans ses filets.

— Voilà qui va me faire excessivement bander, nous dit-il à l’oreille ; c’est une femme que je trompe ; elle croit que je vais lui rendre de grands services, et les tourments que je lui prépare sont affreux. Allons, Zanetti, que les portes se ferment, que le silence règne, qu’il n’y ait aucun autre bruit dans cette maison que celui que je vais y faire. Je voudrais que l’univers entier cessât d’exister quand je bande.

Moberti s’assoit, il ordonne à sa maîtresse de déshabiller Angélique, pendant que Mirza, l’aînée des filles, et la jeune Marietta attendront dans un silence respectueux les ordres qui émaneront du brigand.

Zanetti, en cachant avec le plus grand soin toutes les parties antérieures d’Angélique, approche sa croupe de Moberti, qui, après l’avoir brutalement maniée, déclare qu’avant qu’il soit une heure, ce beau cul va changer de forme. Il touche ce ventre rebondi, le frappe avec délices et lui pronostique les mêmes malheurs.

— Ah ! monsieur, dit l’intéressante Angélique, vous m’avez cruellement trompée ; il ne m’est que trop facile de m’apercevoir à présent à quelles horreurs je suis destinée ; respectez au moins le fruit que je porte…

On ne se peint point ici les éclats de rire que cette intercession fit pousser à ce scélérat.

— Double putain ! s’écrie-t-il en accablant de coups cette malheureuse ; oh ! oui, oui, ne doute pas que je n’aie les plus hautes considérations pour ton état ; il n’est rien à mes yeux de plus respectable qu’une femme grosse, et tu dois déjà voir à quel point cet intéressant état m’attendrit. Commence, néanmoins, par me déshabiller ta fille aînée, et amène-la-moi dans le même état que Zanetti vient de t’offrir à mes recherches.

Agenouillée pendant ce temps-là entre les jambes de ce libertin, je le polluais légèrement, afin d’entretenir son feu, et, souvent, il baisait ma bouche avec d’inexprimables transports. Rien de plus joli comme la petite fille qu’on lui amène, et rien n’est cruel comme le genre de caresses lubriques dont il l’accable. La cadette avance ; même cérémonie.

— Sacredieu ! dit le scélérat exalté, ne pourrais-je pas trouver un moyen de les enculer d’un seul coup toutes trois ?

A ces mots, il se saisit de la mère, la couche sur le dos, fixe ses jambes en l’air par des cordes et l’encule en levrette. Par ses ordres, je m’élance sur cette mère, de façon à prêter entièrement mon cul aux baisers du paillard, et sur mes reins s’établit sa maîtresse, présentant un second derrière aux baisers de cet insatiable ; de chacune de ses mains il manie une petite fille, dont il écorche les fesses avec des tenailles. Ne s’en tenant pas à molester ces deux petite culs, il s’égare sur celui de la mère, qu’il traite de même ; et, pour les nôtres, il se contente de les mordre, pendant que nous lui pétons dans la bouche.

— Pèse sur cette coquine, Juliette, me dit-il, afin que ce double poids étouffe, s’il est possible, l’abominable fruit dont sont empestées ses entrailles.

Zanetti et moi, nous exécutâmes si bien toutes deux ce dont on nous charge, qu’il s’en fallut de bien peu que la pauvre Angélique ne périt étouffée sur-le-champ. Au bout d’un quart d’heure d’allées et venues dans l’anus de cette pauvre femme, supplice affreux et qui lui faisait jeter les hauts cris, Moberti décula, et ordonna que la plus âgée des deux filles lui fût présentée. Zanetti préparait les voies, je présentais l’instrument, devenu plus terrible et plus monstrueux encore par ses incursions dans le cul de la mère. Après des peines infinies, nous parvînmes enfin, la Vénitienne et moi, à introduire cette énorme masse dans l’étroit orifice offert à ses fureurs. Aussitôt que le paillard s’aperçoit des progrès de son vit, il le pousse avec tant de vigueur qu’il l’engloutit bientôt tout entier ; mais la malheureuse s’évanouit.

— Voilà ce que je voulais, dit le féroce personnage, je ne jouis jamais aussi bien que quand mes vexations les réduisent là… Allons, Zanetti, tu m’entends !

Et puis, bas à mon oreille :

— Je ne veux l’envoyer aux enfers que souillée d’un bel et bon crime.

Par les soins de la Vénitienne, Angélique est placée sur les reins de sa fille, présentant les fesses au paillard ; les miennes sont exposées à droite, celles de la plus jeune fille à gauche, et mon amie s’agenouille devant le cul de son amant : mais devinez quel est ici le nouvel épisode dont le libertin régala sa lubricité ? Il faut que sa maîtresse, en lui mordant fortement les fesses, imite l’aboiement d’un dogue, pendant que lui, contrefaisant le même animal, dévore le cul d’Angélique. Je n’ai de ma vie rien vu de plaisant comme ce concert de chiens ; à la vérité, il ne l’était pas autant pour Angélique, dont le cruel brigand déchire tellement les fesses que les lambeaux pendaient le long des cuisses de cette infortunée. Il s’égayait aussi de temps en temps sur celles de la petite et sur les miennes ; mais ce n’était que pour aiguiser ses dents, qu’il rapportait avec plus de fureur ensuite sur les masses charnues d’Angélique, bientôt réduites en un tel état qu’elle s’évanouit comme sa fille. Il change de cul ; l’autre sœur est vigoureusement attaquée, et ce sont alors les fesses de celle qu’il vient de foutre sur lesquelles s’exercent ses dents.

Cependant la Zanetti exécute les ordres qu’elle a reçus. Pendant que son amant jouit, pour déterminer son extase, la coquine poignarde celle des jeunes filles qui sert de perspective, et la malheureuse tombe à l’instant, noyée dans les flots de son sang.

— Scélérate ! s’écrie l’Italien, vois le crime affreux que tu viens de commettre ; que l’Être éternel, prolongeant maintenant tes jours, te donne le temps de te repentir, car l’enfer serait ton partage si tu mourais chargée de ce crime… Qu’on laisse là ce cadavre, je m’en servirai tout à l’heure.

Il décule, son foutre n’avait pu tenir à cet excès d’horreur, il venait d’en lâcher les flots ; et cette opération faite, il laisse Zanetti avec cette malheureuse famille, et passe avec moi dans le cabinet où nous venions de nous entretenir tous deux.

— Je vais faire des atrocités, me dit-il en baisant ma bouche et se rebranlant sur mon derrière, et ta rivale va s’y trouver enveloppée. Je voudrais enchérir encore sur l’arrêt que nous avons prononcé ; je voudrais qu’il ne pût exister au monde de tourment plus cruel que celui qu’il faut qu’elle subisse… et malheureusement cela ne sera pas… Oh ! Juliette, je rebande ; vois comme l’idée de cette insigne trahison a d’empire sur mes sens ! (puis, maniant mes fesses) quel beau cul, Juliette ! Je t’adore, tu es remplie d’imagination, tu possèdes une exécution facile dans le crime, et je n’immole Zanetti que pour te conserver éternellement.

— Mais, dis-je, cher ami, songes-tu que cette femme t’idolâtre ? Je suis véritablement fâchée d’avoir un instant cédé à tes perfides désirs ; il est affreux de traiter ainsi une femme qui nous est attachée.

— Eh ! que m’importent les sentiments de cette putain ! Mes passions n’eurent jamais rien de sacré quand je bande. Oh ! la garce, elle ne s’attend à rien, c’est le moment de la saisir… Que cette soirée sera délicieuse pour moi. Revêts-moi de cette peau de tigre. Elles seront nues, toutes trois, dans la chambre, elles tiendront le cadavre au milieu d’elles ; je me jetterai indifféremment sur toutes… je les dévorerai : tel sera le premier supplice où tu reconnaîtras qu’elle a perdu tous mes sentiments. Tu auras soin, pendant la scène, de m’exhorter à la plus extrême rigueur. Nous terminerons ensuite par ce que nous avons dit ; et si tu trouves quelque chose de plus exécrable encore, tu l’ajouteras à nos résolutions ; car tout ce qui est convenu se trouve, ce me semble, bien au-dessous de mes désirs.

Je fus prévenir Zanetti. Elle ne revint pas de l’ordre que je lui apportais, de se trouver au rang des autres. Accoutumée à commander, elle trouva la subordination bien étrange, et ne put s’empêcher de me questionner.

— Que va-t-il donc faire ? me dit-elle.

— Vous le verrez ! répondis-je froidement.

Et je rentrai. Moberti se branlait, son imagination s’enflammait sur les exécrations qu’il allait commettre. Il se précipite sur mon cul, l’accable de caresses, et, me courbant, le coquin m’encule, en jurant qu’il ne connaît pas au monde une plus délicieuse jouissance que celle de mon derrière. Il lime longtemps. Nous améliorions nos projets pendant ce temps-là ; nous perfectionnions nos plans de supplice ; nous concevions des horreurs dont eussent frémi les animaux, môme les plus sauvages.

— Allons, me dit le paillard en se retirant, me voilà suffisamment excité…

Et. revêtu de sa peau de tigre, dont les quatre pattes étaient armées d’ongles monstrueux et le mufle arrangé de façon qu’il peut mordre de sa bouche tout ce qu’il atteint, arrangé, dis-je, de cette manière, et moi le suivant nue, armée d’un immense gourdin dont je devais réveiller sa paresse, nous entrons.

Zanetti est la première sur laquelle il se jette ; il lui emporte un téton de ses griffes, et la mord à l’instant sur les fesses, avec tant de violence, que le sang coule tout de suite…

— Ah ! je suis perdue ! s’écrie cette infortunée, je suis perdue, Juliette ! et c’est vous qui me trahissez ! J’aurais dû m’en douter. Oh ! ciel, à quoi dois-je m’attendre ?… Ce monstre, que j’ai tant aimé, voilà donc ce qu’il me prépare…

Et chacune de ses jérémiades était accompagnée des plus affreux traitements. Moberti, cependant, laisse une minute respirer sa victime pour se jeter avidement sur les autres objets qui l’entourent. Angélique et sa fille veulent fuir… Comment échapper à la rage de ce furieux ? Il les considère mais ce n’est pas encore à elles qu’il en veut : le cadavre l’occupe, il le saisit, et sa dent carnassière s’attache un moment sur les restes inanimés de cette malheureuse, qu’il quitte bientôt pour se porter, avec la même rage, sur les deux objets qui le fuient. Il martyrise avec la même furie l’une et l’autre de ces créatures ; et c’est précisément sur les parties les plus charnues que le scélérat s’attache à plaisir. Il bande extraordinairement. Je suis obligée de le suivre, tantôt pour le frapper de toutes mes forces, tantôt pour le branler en dessous ou lui gamahucher le derrière : opération à laquelle je procédais en levant la queue de sa peau de tigre.

Peu à peu ses cruautés se raffinent. Il saute sur sa maîtresse, en me faisant un signal : je l’aide ; nous lions et garrottons cette malheureuse sur un banc de bois. Il s’établit à califourchon sur elle et, de ses griffes aiguës, le scélérat lui arrache les yeux, le nez et les joues ; il la baisait, l’infâme, pendant qu’elle poussait ainsi les hauts cris ; et moi, je me branlais de toutes mes forces.

— Sans moi, me disais-je, sans mes trahisons, mes perfidies, mes conseils, il n’aurait jamais entrepris cette horreur : j’en suis l’unique cause.

Mon sperme s’échappait à cette délicieuse idée ; et lui, poursuivait ses horreurs, ne cessant de baiser la bouche de cette infortunée, afin, disait-il, de recueillir avec soin les élans précieux de la douleur d’une femme qu’il a tant aimée ! Il la retourne, lui déchire les fesses et me fait distiller sur les blessures de la cire d’Espagne enflammée. Il se jette à la fin sur elle comme un furieux, et, pendant que je le branle en dessous, le monstre déchire, assassine, met en pièces le malheureux objet de son ancienne flamme, qu’il laisse enfin sans vie sur le carreau.

Ivre de rage et de lubricité, il s’élance sur les deux autres victimes. Uniquement avec ses griffes, il arrache l’enfant du sein de la mère, le brise contre le crâne de cette malheureuse femme, se précipite sur l’autre fille, les étouffe, les déchire et les massacre toutes deux. S’élançant aussitôt dans mon cul, c’est là que l’exécrable bourreau perd à la fin, avec son foutre, le délire qui le ravale au rang des plus dangereux animaux de la nature…

Et nous revolons à Venise, en nous promettant de nous revoir le plus tôt possible, pour statuer sur de derniers arrangements, que je n’avais nullement envie de prendre.

Je passai la nuit la plus agitée. Dieux ! que je me fis branler de fois, par mes femmes, sur l’idée des crimes dont je venais de me souiller ! C’est alors que je reconnus bien qu’il n’est pas au monde de plaisir plus violent que celui du meurtre : cette passion, une fois introduite dans le cœur, aucun effort ne peut l’en arracher. Rien, non, rien n’est comparable à la soif du sang. A peine en a-t-on goûté qu’il devient impossible de s’en rassasier, et l’on n’existe plus qu’en multipliant ses victimes.

Cependant, rien au monde ne put me décider à accepter la proposition de cet homme. J’y voyais, comme je vous l’ai dit, des dangers infiniment supérieurs aux profits ; et bien décidée au refus, je contai tout à la Durand, qui m’assura, que je faisais d’autant mieux, qu’assurément cet homme n’aurait pas été trois mois à me traiter comme sa maîtresse. Quand il reparut, je lui fis fermer ma porte, et je ne l’ai jamais revu depuis.

Un jour, la Durand me fit prier de monter chez elle pour une femme qui me désirait encore avec ardeur ; car il est inouï combien j’inspirais naturellement plus aux femmes qu’aux hommes. La signora Zatta, épouse d’un procurateur, pouvait avoir cinquante ans ; belle encore, et douée du plus ardent amour de son sexe, à peine m’a-t-elle vue, que la tribade me cajole comme un homme, et ses instances deviennent telles, qu’elle m’ôte, pour ainsi dire, tous les moyens de lui résister.

Nous soupons ensemble, et, au dessert, la Messaline, à moitié ivre, se précipite sur moi et me met nue. Zatta était une de ces femmes à fantaisies, qui, pleines d’esprit et d’imagination, aiment moins leur sexe par goût que par libertinage, et qui remplacent avec lui les jouissances réelles par les plus luxurieux caprices. Cette créature n’avait absolument que des goûts d’hommes ; je déchargeai six fois sous ses doigts savants, ou plutôt ce ne fut qu’une seule éjaculation qui se prolongea pendant deux grandes heures. Revenue à moi, je voulus attaquer la bizarrerie des goûts préliminaires de cette femme ; mais je la trouvai aussi habile à les défendre qu’ardente à en jouir. Elle me prouva que l’égarement où elle se livrait était pour elle le plus délicieux de tous ; elle m’ajouta qu’elle portait ses manies au dernier degré et qu’elle ne déchargeait jamais aussi délicieusement que lorsqu’elle s’y abandonnait.

Elle désira d’autres filles : il en vint sept ; après s’être branlée avec toutes, elle sortit de sa poche un godemiché, comme je n’en avais encore vu de ma vie : cet outil singulier avait quatre têtes. Elle commence par s’en enfoncer une dans le cul, et me sodomise avec l’autre ; nous étions dos à dos ; les deux autres têtes de cet instrument étaient recourbées ; nous nous les enfonçâmes dans le con. Nous avions, dans cette attitude, chacune une fille entre nos jambes, qui suçait notre clitoris, et qui remuait artistement la machine. Il nous restait cinq autres filles à employer. Deux donnaient le fouet à celles qui nous suçaient ; deux, élevées sur des chaises, nous faisaient téter leur con, et la cinquième présidait au total et parcourait les rangs pour que tout s’exécutât dans la plus grande règle. Nous luttâmes ensemble, et, après avoir épuisé nos sept femmes, nous être fait mettre les fesses en sang, Zatta voulut se venger sur nos fouetteuses. Nous les déchirâmes impitoyablement ; elles eurent beau crier, nous fûmes inflexibles, et nous ne leur fîmes grâce que quand des flots de foutre eurent apaisé nos fureurs. L’infatigable coquine, plus irritée que calmée par cette série de luxures, voulut encore passer la nuit avec moi, et se livra à mille débauches d’imagination, toutes plus extraordinaires les unes que les autres. Ce que cette libertine faisait le mieux, sans doute, c’était de gamahucher le trou du cul : elle avait l’art d’allonger et de durcir sa langue à tel point que le doigt le plus long et le plus agile n’eût pas procuré de plus douces sensations.

Le besoin que nous avions eu de femmes, ce jour-là, engagea la Durand à consentir enfin à ce que je lui proposais depuis longtemps : nous augmentâmes notre établissement de quatre créatures charmantes, et nous en retînmes, au-dehors, plus de cinq cents, pour les avoir à nos ordres quand nous les voulions.

Je n’ai pas besoin de vous dire à quels excès de turpitude nous avons vu des hommes et des femmes se livrer dans notre maison. Quelque savante que je fusse, j’appris encore, et j’avoue que je n’aurais jamais cru que l’imagination humaine pût s’élever à cet incroyable degré de corruption et de perversité.

Ce que j’ai vu faire là est inimaginable ; on ne croira jamais que le libertinage puisse entraîner l’homme dans un tel gouffre d’horreurs et d’infamies : oh ! comme il est dangereux quand il bande ! Non, je puis le dire avec vérité, la bête la plus féroce et la plus sauvage n’atteignit jamais ces monstruosités. Le grand crédit dont nous jouissions, le silence, l’ordre, la subordination qui régnaient dans cet asile, l’extrême facilité que l’on y trouvait à la satisfaction de toutes les débauches, de quelque nature qu’elles pussent être… tout encourageait l’homme timide, tout enthousiasmait l’homme entreprenant, et les passions, sous quelques formes qu’elles se présentassent, quel que fût le genre des âmes où elles s’éveillassent, étaient toujours sûres de s’alimenter, de se nourrir et de se satisfaire.

C’est là, mes amis, je le répète, oui, c’est là qu’il faut suivre l’homme pour le bien connaître ; c’est dans le sein de la lubricité que son caractère, absolument à nu, fournit à la fois toutes les teintes nécessaires au philosophe qui veut les saisir, et c’est après l’avoir vu là qu’on peut deviner à coup sûr le résultat des jets de son exécrable cœur et de ses effrayantes passions.

A l’égard des meurtres produits par la luxure, nous nous rendions très difficiles sur l’acquiescement à cette sorte de fantaisie : cependant on nous en demandait si souvent la permission, et l’on nous la payait si cher, qu’il nous devint impossible de ne pas établir un tarif pour cette trop ordinaire manie des hommes sanguinaires. Pour mille sequins, il devint permis, dans notre maison, de faire périr, de telle manière que l’on voudrait, soit un jeune garçon, soit une jeune fille.

Mais pour jouir de toutes ces extravagances et pour nous en échauffer la tête, Durand et moi, nous avions ménagé des niches secrètes, d’où nous pouvions, sans être vues, distinguer à merveille tout ce qui se passait dans les boudoirs que nous donnions à nos libertins, et c’est là où nous avons fait, l’une et l’autre, un cours complet de tous les plus bizarres raffinements. Dès que les personnes qui désiraient des objets de libertinage nous paraissaient mériter la peine d’être observées, nous nous rendions au poste, et là, nous faisant foutre, ou nous faisant branler, nous nous échauffions à loisir des détails lascifs que les plus excessives débauches offraient à nos regards. Avec ma figure et mon âge, il m’arrivait souvent d’être plutôt désirée qu’une des créatures de notre maison. Si la partie me convenait, je me prostituais à l’instant. La bizarrerie des caprices de la Durand, son goût décidé pour le crime, ses charmes, quoique sur leur déclin, la faisaient souvent désirer de môme. Parfois aussi, l’on nous réunissait, ou l’on nous mêlait avec d’autres filles, et Dieu sait alors quelles orgies !

Un homme, d’une des familles les plus distinguées de Venise, se présente un jour chez nous. Le libertin dont il s’agit se nommait Cornaro.

— Il faut, me dit-il, que je t’avoue la passion dont je suis dévoré.

— Ordonnez, monsieur, ordonnez ; on ne refuse rien dans cette maison.

— Eh bien ! ma chère, il faut que j’encule un petit garçon de sept ans, dans les bras de sa mère et de sa tante, et que ces deux femmes aiguisent elles-mêmes les fers, dont un homme que j’amènerai se servira pour trépaner l’enfant pendant que je le sodomiserai. L’opération faite, il faut que j’encule la mère sur le corps de son fils, dont cet homme, toujours en se servant des fers aiguisés par la mère et la tante, coupera les fesses, que je mangerai sur le gril, avec les deux femmes et toi, en ne buvant que de l’eau-de-vie.

— Oh ! monsieur, quelle horreur !

— Oui, c’en est une, je le sais ; mais je ne bande qu’aux horreurs, ma chère : plus elles sont fortes, plus elles m’excitent, et je ne me plains jamais que de l’impossibilité où je suis de ne pouvoir les redoubler.

Mon homme fut bientôt servi. Son chirurgien parut, et, ayant pris avec lui deux vigoureux fouteurs, il s’enferma dans un cabinet, en m’ordonnant de me retirer jusqu’à ce qu’il eût besoin de moi ; je le fis, mais en allant me cacher dans une des pièces pratiquées, comme je vous l’ai dit, pour examiner tous les individus de la jouissance desquels j’attendais quelque plaisir. Il se livra, et je ne puis vous rendre le plaisir que j’en éprouvai.

Au bout de deux heures il me rappela ; j’entrai. L’enfant était dans les bras de sa mère, il pleurait ; celle-ci le couvrait de ses larmes et de ses baisers… Le chirurgien, les fouteurs buvaient, et la jeune tante partageait les larmes de sa sœur.

— Foutre ! dit le Vénitien, contemplons ceci ! Oh ! que cette scène est sublime !

Puis, au bout d’un moment d’observation :

— Comment ! dit-il, putain, tu pleures ? Tu pleures parce que je vais tuer ton fils ? Et quel intérêt peux-tu prendre à ce marmouset, dès qu’il est sorti de ton ventre ? Allons, opérons, Juliette, opérons ; fous en cul sous mes yeux, pendant que j’agirai ; prends l’un de ces gaillards-là, je garderai l’autre : je ne puis rien faire sans un vit dans le cul.

J’obéis au caprice de ce libertin qui, saisissant l’enfant d’un bras nerveux, le campe sur le dos de sa mère, l’enfile pendant qu’on le fout, et que la jeune tante, à genoux, aiguise l’instrument nécessaire à l’opération, sous l’inspection du chirurgien qui la fouette pendant ce temps-là. J’étais placée de manière à ne rien perdre : quoique mon cul, vigoureusement perforé, se trouvât positivement sous le nez de Cornaro, il avait ordonné que, de temps en temps, mon fouteur déculât pour lui faire sucer son vit, qu’il devait, aussitôt après, engloutir dans mon cul ; tout se passait comme il le désirait, lorsque, sentant son foutre prêt à lui échapper, il fait signe au chirurgien. Celui-ci saisit l’arme des mains de la tante, et dans moins de temps que je n’en mets à vous le dire, il fend les trois têtes, en fait jaillir les cervelles, et notre Vénitien décharge, en beuglant comme un âne, au fond de l’une de ces masses dont il vient d’arracher l’existence. Il décule, et les trois malheureux individus, qui respirent encore, roulent au milieu de la chambre, en jetant les hauts cris. Les tigres commettraient-ils des atrocités de ce genre ?

— Oh ! foutre, me dit Cornaro, je n’eus jamais tant de plaisir ; achevons ces victimes, dit-il en leur lançant à chacune un coup de massue sur la tête ; oui, foutre, achevons-les, et mangeons leurs fesses sur le gril.

— Scélérat ! dis-je à ce barbare, ne te repens-tu donc point des horreurs que tu viens de commettre ?

— Oh ! Juliette, quand on est où j’en suis, les seuls remords que l’on connaisse sont ceux de la vertu.

Ivre de volupté, je tenais ce divin scélérat sur mon sein ; je le branlais, je tâchais de rendre à son physique, par des sensations délicieuses, toute l’énergie que l’éjaculation qu’il avait faite venait de lui faire perdre. Il bandaillait, mordillait ma gorge et suçait ma bouche. Je lui disais des horreurs ; je mêlais, aux titillations matérielles, tout l’embrasement de la plus lascive conversation. Quand je l’entendis demander mon cul, je crus mon triomphe certain ; il s’agenouilla devant mes fesses, il les mania, les pressura, en gamahuchant le trou un quart d’heure : mais il ne bandait pas encore.

— Une décharge m’énerve pour huit jours, me dit-il ; le temps énorme que je suis à m’exciter, l’abondante quantité de liqueur que je perds, tout m’épuise. Soupons ; mes forces se répareront au milieu des luxures dont nous allons entremêler le repas que nous ferons, et peut-être, au sein de l’ivresse, consommerons-nous de nouveaux crimes. Fais-toi foutre, en attendant, devant moi, car le libertinage étincelle dans tes yeux, et je conçois tout le besoin que tu as d’une décharge.

— Non, répondis-je, puisque tu attends, j’attendrai de même ; c’est toi seul qui m’excites, et non d’autres : c’est ton sperme que je veux voir couler et qui peut seul faire éjaculer le mien.

— Eh bien ! dit Cornaro, rendons, en ce cas, notre souper le plus impur possible, transformons-le en d’affreuses orgies. Je n’ai pas besoin de te recommander ce qu’il y faut : tu connais mes goûts, maintenant, et tu ne me laisseras rien à désirer.

Vêtue en bacchante, la Durand, dès que tout fut prêt, vint avertir que le souper était servi. Nous nous transportâmes dans une fort grande salle, au milieu de laquelle était une table de quatre couverts qui devaient être remplis par Cornaro, la Durand, une femme de cinquante ans nommée Laurentia, connue pour la créature la plus débordée, la plus corrompue, la plus lascive et la plus spirituelle qu’il y eût dans toute l’Italie : j’étais la quatrième convive. Laurentia, décidée comme nous à manger de la chair humaine, la vit servir sans effroi et dévora sans répugnance.

Rien n’était délicat comme le souper qui accompagna ces mets sanguinaires. Huit services de tout ce qu’il est possible d’imaginer de plus rare et de plus exquis le précédèrent et le suivirent ; mais, ainsi que cela était convenu, on ne but absolument que de l’eau-de-vie de la plus grande vieillesse. Huit filles de quatorze ans, de la plus délicieuse figure, ayant dans leur bouche l’eau-de-vie que l’on devait boire, venaient au moindre signe la lancer de leurs lèvres de rose dans le gosier enflammé des convives. Huit bardaches de quinze ans se tenaient respectueusement, deux par deux, appuyés sur le dos de la chaise de chacun des convives, afin d’exécuter, au moindre signe, les ordres qui pourraient leur être donnés. Aux quatre angles de la table, en face de chaque acteur, était un groupe composé de deux vieilles femmes, deux négresses, deux vigoureux fouteurs, deux bardaches, deux jeunes filles de dix-huit ans et de deux enfants de sept. D’un seul geste on pouvait approcher ce groupe de soi et se satisfaire avec les sujets qui le composaient. Au delà du gradin, s’élevaient quatre théâtres, sur chacun desquels deux nègres déchiraient à coups de fouet une belle fille de seize à dix-sept ans, qui disparaissait par des trappes, et une autre reparaissait dès que la première était engloutie ; de droite et de gauche de chacun de ces fustigateurs, et sur le même théâtre, étaient d’autres nègres enculant des gitons mulâtres, de l’âge de douze ou treize ans. Quatre filles de quinze ans, placées sous la table, suçaient le vit de Cornaro et nos cons. Un faisceau énorme de lumière partant du plafond répandait dans cette salle une flamme aussi pure que celle du soleil, et avait cela de particulier que les rayons de ce feu ardent, adroitement dirigés sur une infinité d’enfants placés dans le balcon du cintre, les brûlaient au point de leur faire jeter les hauts cris. Ce phénomène fut celui qui frappa le plus Cornaro, celui qui l’amusa davantage et qui nous valut le plus d’éloges. Notre homme enthousiasmé, après avoir promené ses regards sur tous les objets dignes de le fixer, s’assit, en protestant n’avoir jamais rien vu de si lubrique.

— Quelle est cette femme ? demanda-t-il en voyant Laurentia.

— Une rouée comme toi, dit Durand, une garce en état de te surpasser en infamie, et dont on branle à présent le con comme on suce ton vit.

— Voilà qui va fort bien, dit Cornaro, mais il me semble qu’avant de se mettre à table avec moi, cette femme et la Durand auraient dû me faire voir leurs fesses.

— Cela est juste, répondirent-elles toutes deux en se levant, pour aller poser leurs culs près du visage de Cornaro.

Le libertin les examine, les baise, et les observant avec attention :

— Voilà, dit-il, des culs où le libertinage empreignit plus d’une fois son cachet ; j’en aime la dégradation ; elle est l’ouvrage du temps et de la lubricité ; ces flétrissures me délectent. Oh ! combien la nature corrompue est belle dans ses détails, et combien les pavots de la vieillesse l’emportent, à mon avis, sur les roses de l’enfance ! Baisez-moi, culs divins ! Parfumez-moi de vos zéphyrs, et retournez ensuite à vos places pour vous prostituer de concert… Que sont ces femmes ? dit ensuite Cornaro en jetant les yeux sur les complaignantes entourant la table.

— Ce sont, répondis-je, des victimes condamnées à la mort et qui, connaissant ton autorité dans ces lieux, viennent à tes genoux implorer leur grâce.

— Elles ne l’auront assurément pas, dit le barbare en jetant sur elles un coup d’œil féroce : j’ai souvent fait mourir beaucoup de gens, mais je n’ai jamais accordé nulle grâce.

De ce moment, on se mit à manger, et tout ce qui devait se mouvoir se mit en action.

Cornaro, que l’on suçait sans cesse, bandait déjà fort dur ; il dit qu’il fallait que chacune des victimes vînt recevoir un supplice de lui. Ces charmantes créatures se lèvent l’une après l’autre, commencent par présenter leur cul au paillard, et se prêtent ensuite avec humilité à ce qu’il lui plaît de leur imposer. Soufflets, pinçons, épilations, morsures, nasardes, brûlures, chiquenaudes, claques sur le cul, compression de seins, égratignures, tout est employé, et sitôt qu’elles ont reçu ce qui leur est destiné, elles vont reprendre à genoux les mêmes places qu’elles occupaient avant. Ces préliminaires accomplis, Cornaro se courbe sur mon sein, en me faisant empoigner un vit, de l’état duquel je commençais à être fort contente.

— Ces garces-là m’ont fait bander, me dit-il à l’oreille, je ne serais pas étonné de devenir fort méchant tout à l’heure.

— Les moyens de le devenir sont là, mon ami, répondis-je ; nous n’attendons que les mouvements de ton cœur et les instigations de ton esprit ; parle, et la plus entière soumission va te prouver notre dévouement.

Ici, Cornaro, assez violemment, passa ses deux mains sous mes fesses, me souleva sur lui, et montrant mon cul à l’un des fouteurs :

— Venez, dit-il, la sodomiser dans mes bras.

On m’encule ; il me suce la bouche ; une des jeunes servantes s’empare de son vit, une autre lui moleste le cul.

— Va-t-en, Juliette, me dit-il ; toi, Laurentia, viens la remplacer…

Même cérémonie : on encule la vieille ; Cornaro suce, d’intervalle en intervalle, le vit qui la fout. Durand passe après ; mêmes épisodes. Toutes les femmes éprouvent le même sort, toutes sont enculées par un fouteur nouveau qui, de même, au bout d’un instant, vient faire sucer à ce libertin les souillures acquises dans cette jouissance. Les branleuses changent comme les vieilles, et, par mes soins, les plus jeunes et les plus jolies filles vont manier le vit du paillard et prêter leurs fesses à ses claques.

— Mangeons, dit-il à la fin, en voilà suffisamment pour une première scène : nous raffinerons tout cela dans quelques instants. Juliette, me dit Cornaro, crois-tu qu’il puisse exister au monde une plus divine passion que celle de la luxure ?

— Aucune, sans doute ; mais il faut la porter à l’excès : celui qui s’impose des freins en libertinage est un imbécile qui ne connaîtra jamais le plaisir.

— Le libertinage, dit la Durand, est un égarement des sens qui suppose le brisement total de tous les freins, le plus souverain mépris pour tous les préjugés, le renversement total de tout culte, la plus profonde horreur pour toute espèce de morale ; et tout libertin qui n’en sera pas à ce degré de philosophie, flottant sans cesse entre l’impétuosité de ses désirs et ses remords, ne pourra jamais être parfaitement heureux.

— Je crois, dit Laurentia, qu’il n’y a rien à reprocher à monsieur sur les faits que l’on vient d’alléguer, et je lui crois assez d’esprit pour être au-dessus de tous les préjugés.

— Il est bien certain, dit Cornaro, que je n’admets absolument rien de respectable parmi les hommes, et cela par la grande raison que tout ce que les hommes ont fait n’est absolument chez eux que l’ouvrage de l’intérêt et des préjugés. Y a-t-il un seul homme au monde qui puisse légitimement assurer qu’il en sait plus que moi ? Quand une fois on ne croit plus à la religion, et par conséquent aux imbéciles confidences d’un Dieu avec les hommes, tout ce qui vient de ces mêmes hommes doit être soumis à l’examen, et livré sur-le-champ au plus vil mépris, si la nature m’inspire de fouler aux pieds ces mensonges. Dès qu’il sera donc prouvé qu’en religion, en morale et en politique, nul homme ne peut en avoir appris plus que moi, je puis, de ce moment, être aussi savant que lui, et rien de ce qu’il m’annonce, dès lors, ne peut plus être respecté de moi. Aucun être n’a le droit despotique de me soumettre à ce qu’il a dit ou pensé ; et à quelque point que j’enfreigne ces rêveries humaines, il n’est aucun individu sur la terre qui puisse acquérir le droit de m’en blâmer ou de m’en punir. Dans quel gouffre d’erreurs ou d’imbécillités nous plongerions-nous, si tous les hommes suivaient aveuglément ce qu’il a plu à d’autres hommes d’établir ? Et par quelle incroyable injustice nommerez-vous moral ce qui vient de vous, immoral ce qui vient de moi ? A qui nous en rapporterons-nous, pour savoir de quel côté se trouve la raison ?

Mais, objecte-t-on, il y a des choses si visiblement infâmes qu’il est impossible de douter de leur danger ou de leur horreur. Pour moi, j’avoue sincèrement que je ne connais aucune action de ce genre… aucune qui, conseillée par la nature, n’ait fait autrefois la base de quelques coutumes anciennes ; aucune enfin qui, n’étant assaisonnée de quelques attraits, ne devienne, par cela seul, légitime et bonne. D’où je conclus qu’il n’en est pas une seule à laquelle on doive résister, pas une qui ne soit utile, pas une enfin qui n’ait eu pour elle la sanction de quelques peuples.

Mais, vous dit-on imbécilement encore, puisque vous êtes né dans ce climat-ci, vous devez en respecter les usages. Pas un mot : il est absurde à vous de vouloir me persuader que je doive souffrir des torts de ma naissance ; je suis tel que la nature m’a formé ; et s’il existe une contrariété entre mes penchants et les lois de mon pays, ce tort, appartenant uniquement à la nature, ne doit jamais m’être imputé…

Mais, ajoute-t-on encore, nous nuirez à la société, si l’on ne vous en soustrait. Platitudes que cela ! Abandonnez vos stupides freins, et donnez également à tous les êtres le droit de se venger du tort qu’ils reçurent : vous n’aurez plus besoin du code, vous n’aurez plus besoin du sot calcul de ces pédants boursouflés, plaisamment nommés criminalistes, qui, pesant lourdement, dans la balance de leur ineptie, des actions incomprises de leur sombre génie, ne veulent pas sentir que quand la nature a des roses pour nous, elle ne peut nécessairement avoir que des chardons pour eux.

Abandonnez l’homme à la nature, elle le conduira beaucoup mieux que vos lois. Détruisez surtout ces vastes cités, où l’entassement des vices vous contraint à des lois répressives. Quelle nécessité y a-t-il que l’homme vive en société ? Rendez-le au sein des agrestes forêts qui le virent naître, et laissez-lui faire là tout ce qui pourra lui plaire : ses crimes alors, aussi isolés que lui, n’auront plus nul inconvénient, et vos freins deviendront inutiles. L’homme sauvage ne connaît que deux besoins : celui de foutre, et celui de manger ; tous deux lui viennent de la nature : rien de ce qu’il fera, pour parvenir à l’un ou l’autre de ces besoins, ne saurait être criminel. Tout ce qui fait naître en lui des passions différentes n’est dû qu’à la civilisation et la société. Or, dès que ces nouveaux délits ne sont le fruit que des circonstances, qu’ils deviennent inhérents à la manière d’être de l’homme social, de quel droit, je vous prie, les lui reprocherez-vous ?

Voilà donc les deux seules espèces de délits auxquels l’homme peut être sujet : 1° Ceux que l’état de sauvage lui impose : or, n’y aura-t-il pas de la folie, à vous, de le punir de ceux-là ? 2° Ceux que sa réunion aux autres hommes lui inspire : ne serait-il pas plus extravagant encore de sévir contre ceux-là ? Que vous reste-t-il donc à faire, hommes ignorants et stupides, lorsque vous voyez commettre des crimes ? Vous devez admirer et vous taire ; admirer… très certainement, car rien n’est intéressant, rien n’est beau comme l’homme que ses passions entraînent ; vous taire… bien plus sûrement encore, car ce que vous voyez est l’ouvrage de la nature, qui ne doit vous inspirer pour elle que du respect et du silence.

A l’égard de ce qui me regarde, je conviens avec vous, mes amies, qu’il n’existe pas au monde un homme plus immoral que moi ; il n’est pas un seul frein que je n’aie brisé, pas un principe dont je ne me sois affranchi, pas une vertu que je n’aie outragée, pas un seul crime que je n’aie commis ; et, je dois l’avouer, ce n’est jamais qu’au bouleversement constaté de toutes les conventions sociales, de toutes les lois humaines, que j’ai vraiment senti la luxure palpiter dans mon cœur et l’embraser de ses feux divins. Je bande à toutes les actions criminelles ou féroces ; je banderais à assassiner sur les grands chemins ; je banderais à exercer le métier de bourreau. Eh ! pourquoi donc se refuser ces actions, dès qu’elles apportent à nos sens un trouble aussi voluptueux ?

— Ah ! dit Laurentia… assassiner sur les grands chemins !

— Assurément. C’est une violence : toute violence agite les sens ; toute émotion, dans le genre nerveux, dirigée par l’imagination, réveille essentiellement la volupté. Si donc je bande à aller assassiner un homme sur le grand chemin, cette action ayant le même principe que celle qui me fait déboutonner ma culotte ou trousser une jupe, doit être excusée comme elle, et je la commettrai dès lors avec la même indifférence, mais cependant avec plus de plaisir, parce qu’elle a quelque chose de plus irritant.

— Comment, dit ma compagne, jamais l’idée d’un Dieu n’arrêta tes écarts ?

— Ah ! ne me parle pas de cette indigne chimère ! Je n’avais pas douze ans qu’elle était déjà l’objet de ma dérision. Je ne concevrai jamais que des hommes sensés pussent s’arrêter un moment à cette fable dégoûtante que le cœur abjure, que la raison désavoue, et qui ne peut trouver de partisans que parmi des sots, des fripons ou des fourbes. S’il était vrai qu’il y eût un Dieu, maître et créateur de l’univers, ce serait, incontestablement, d’après les notions reçues par ses sectateurs, l’être le plus bizarre, le plus cruel, le plus méchant et le plus sanguinaire ; et, de ce moment, nous n’aurions pas en nous assez d’énergie, assez de puissance pour le haïr, pour l’exécrer, pour l’avilir et le profaner au point où il mériterait de l’être. Le plus grand service que pourraient rendre des législateurs serait une loi sévère contre la théocratie. On n’imagine pas à quel point il est important de culbuter les funestes autels de cet horrible Dieu : tant que pourront renaître ces fatales idées, il n’y aura pour les hommes ni repos, ni tranquillité sur la terre, et le flambeau des guerres religieuses sera toujours suspendu sur nos têtes. Un gouvernement qui permet tous les cultes n’a pas absolument rempli le but philosophique auquel tous doivent tendre : il doit aller plus loin, il doit expulser de son sein tous ceux qui peuvent troubler son action. Or, je vous démontrerai, quand vous voudrez, que jamais un gouvernement ne sera vigoureux ni stable, tant qu’il admettra chez lui le culte d’un Être suprême, c’est-à-dire la boîte de Pandore, l’arme acérée et destructive de tout gouvernement, le système effrayant en vertu duquel les hommes se croient journellement en droit de s’égorger entre eux. Qu’il périsse mille et mille fois, celui qui s’avisera de parler d’un Dieu dans un gouvernement quelconque ! Le fourbe, à ce nom sacré et révéré des sots, n’a d’autre objet que d’ébranler les bases de l’État ; il veut y former une caste indépendante, toujours ennemie du bonheur et de l’égalité ; il veut maîtriser ses compatriotes, il veut allumer les feux de la discorde, et finir par enchaîner le peuple, dont il sait bien qu’il fera toujours ce qu’il voudra, en l’aveuglant par la superstition, et l’empoisonnant par le fanatisme.

— Mais, dit la Durand dans la seule vue de faire jaser notre homme, la religion est la base de la morale ; et la morale, quelles que soient les entorses que tu viennes de lui donner, n’en est pas moins très essentielle dans un gouvernement.

— De quelque nature que vous supposiez ce gouvernement, reprit Cornaro, je vous prouverai que la morale y est inutile. Et qu’entendez-vous, en effet, par morale ? N’est-ce pas la pratique de toutes les vertus sociales ? Or, qu’importe, je vous prie, le respect de toutes les vertus, aux ressorts du gouvernement ? Craignez-vous que le vice, contraire à ces vertus, puisse entraver ses ressorts ? Jamais. Il est même bien plus important que l’action du gouvernement agisse sur des êtres corrompus que sur des êtres moraux. Ceux-ci raisonnent, et jamais vous n’aurez de gouvernement solide, partout où l’homme raisonnera ; car le gouvernement est le frein de l’homme, et l’homme d’esprit ne veut aucun frein. Voilà d’où vient que les plus adroits législateurs désiraient ensevelir dans l’ignorance les hommes qu’ils voulaient régir ; ils sentaient que leurs chaînes assujettissaient bien plus constamment l’imbécile que l’homme de génie. Dans un gouvernement libre, allez-vous me répondre, ce désir ne peut être celui du législateur. Et quel est, selon vous, le gouvernement libre ? En existe-t-il un seul sur la terre ? Je dis plus, en peut-il exister un seul ? L’homme n’est-il pas partout l’esclave des lois, et, de ce moment, ne le voilà-t-il pas enchaîné ? Dès qu’il l’est, son oppresseur, quel qu’il soit, ne doit-il pas désirer qu’il se maintienne toujours dans l’état où il peut être le plus facilement captivé ? Or, cet état n’est-il pas visiblement celui de l’immoralité ? L’espèce d’ivresse dans laquelle végète perpétuellement l’homme immoral et corrompu, n’est-il pas l’état où son législateur le fixe avec le plus de facilité ? Pourquoi donc lui donnerait-il des vertus ? Ce n’est jamais que quand l’homme s’épure qu’il secoue ses freins… qu’il examine son gouvernement, et qu’il en change. Pour l’intérêt de ce gouvernement, fixez-le par l’immoralité, et il vous sera toujours soumis. Je vous le demande, d’ailleurs, les choses vues en grand, de quelle conséquence sont les vices entre les hommes ? Qu’importe à l’État que Pierre vole Jean, ou qu’à son tour celui-ci assassine Pierre ? Il est parfaitement absurde d’imaginer que ces différents délits réciproques puissent être de la plus légère importance à l’État. Mais il faut des lois qui captivent le crime… A quoi bon ? Quelle nécessité y a-t-il de captiver le crime ? Le crime est nécessaire aux lois de la nature, il est le contrepoids de la vertu : il convient bien aux hommes de vouloir le réprimer ! L’homme des forêts avait-il des lois qui continssent ses passions, et n’existait-il pas aussi heureux que vous ? Ne craignez pas que la force soit jamais entamée par la faiblesse ; si celle-ci souffre, c’est une des lois de la nature : il ne vous appartient pas de vous y opposer.

— Voilà, dis-je, un système qui ouvre la porte à toutes les horreurs.

— Mais elles sont nécessaires, les horreurs : la nature ne nous en convainc-t-elle pas, en faisant naître les poisons les plus dangereux au pied même des plantes les plus salutaires ? Pourquoi blâmez-vous le crime ? Ce n’est point parce que vous le croyez mal en lui-même, c’est parce qu’il vous nuit : croyez-vous que celui qu’il sert s’avise de le blâmer ? Eh ! non, non. Si donc le crime fait sur la terre autant d’heureux que de malheureux, la loi qui le réprimera sera-t-elle juste ? Le caractère d’une bonne loi doit être de rendre tout le monde heureux : celle que vous aurez promulguée contre le crime n’aura pas ce grand but ; elle n’aura satisfait que la victime du délit, et sans doute elle aura déplu souverainement à l’agent. Le grand malheur des hommes est de ne jamais, en législation, regarder qu’une portion de l’humanité, sans faire la moindre attention à l’autre ; et voilà d’où viennent tant de bévues.

Nous en étions là, lorsqu’on vint annoncer qu’une femme, plongée dans la plus extrême misère, sollicitait, avec la plus vive instance, l’honneur d’entretenir un instant Cornaro.

— Faites entrer, dis-je, sans donner le temps au Vénitien de répondre.

Aussitôt, les femmes qui entouraient la table à genoux se levèrent pour faire place à cette nouvelle scène, et furent prendre place sur les gradins où les cinquante sultanes présentaient leurs fesses.

On vit aussitôt paraître, avec modestie, une femme grosse, âgée de trente ans, belle comme Vénus, suivie de deux petite garçons lui appartenant, dont un de quatorze ans, l’autre de treize, et deux filles dont elle était également la mère, l’une de quinze ans, l’autre de douze.

— Oh, monsieur ! s’écria-t-elle, en tombant avec sa famille aux genoux de Cornaro, absolument la dupe de la scène que je faisais jouer pour l’émouvoir… oh ! monsieur… monsieur ! c’est votre pitié que j’implore ; au nom du ciel, laissez-vous attendrir sur le sort d’une mère abandonnée de son époux, et dont vous voyez les malheureux enfants vous demander du pain. Depuis deux ans, nous manquons de tout ; sans travail, sans ressource, nous sommes prêts à nous plonger tous cinq dans l’abîme éternel de la mort, si la dureté des hommes persiste à nous enlever tous les moyens de prolonger nos jours… Oh ! mon cher monsieur, ne voyez pas, sans vous attendrir, l’excès de la misère à vos genoux : Soulagez-nous, ou nous allons périr.

Je l’ai dit, rien n’était joli comme cette femme ; son costume négligé, sa grossesse, des grâces infinies répandues sur toute sa personne, des enfants d’une physionomie enchanteresse, d’intéressants pleurs inondant les joues de cette jolie famille, tout enflamma si bien la criminelle luxure de notre libertin que je crus un instant qu’il allait décharger sans qu’on le touchât ; mais il s’en garda bien : c’est pour des scènes bien plus piquantes que le scélérat se réserve ; et c’est pour les exécuter qu’il passe avec moi dans un cabinet, où l’on venait de faire entrer les nouvelles victimes que je viens de peindre.

C’est là que la férocité de cet anthropophage se développe dans toute son étendue. Il n’est plus à lui ; le décousu de ses propos annonce son nouveau désordre ; il ne balbutie plus que des paroles sales et sans suite, que d’affreux mots ou des blasphèmes. Je continuerai de vous le peindre dans cet égarement : tous les traits sont essentiels, à l’artiste qui développe aux hommes les monstruosités de la nature.

— Eh bien, garce ! dit-il en entrant, je viens t’apporter des secours ; tu es grosse, je viens te faire pendre. Allons, nue… et des fesses, surtout… Juliette, je bande, je bande beaucoup… Frotte mes couilles avec de l’esprit-de-vin… Mais déshabille donc ces garces… hâte donc leur toilette !…

Et, en disant ces mots, il lance un si furieux coup de poing dans le visage de la mère qu’il lui poche un œil, lui casse une dent, la jette à vingt pas de lui ; et le bourreau, tout en agissant, touche mon cul d’une manière si brutale que, dans la crainte qu’il ne s’en prenne à moi, je me hâte d’enlever les haillons qui couvrent l’infortunée, déjà sur le sol que vont bientôt arroser et son sang et ses larmes. Cette attitude, en me forçant d’être courbée, présente entièrement mes fesses au paillard ; il s’en saisit et m’encule.

— Déshabille-la donc ! s’écrie-t-il, arrache, déchire, étrangle si elle résiste ! Ne sens-tu pas comme je bande ?

Et, ici, Cornaro exige que cette infortunée vienne me supplier, à genoux, de la déshabiller ; il lui crache au nez pendant qu’elle le fait. Dès que la pauvre femme est dans l’état qu’il désire, il sort de mon cul, la relève, dépouille lui-même, en un clin d’œil, les deux garçons et les deux petites filles, accable ces quatre culs des plus brutales et des plus dégoûtantes caresses ; puis, m’ordonnant de lui brûler les fesses avec une bougie :

— Allons, foutre ! dit-il en fureur, au bout d’un instant, donne-moi donc des verges…

Dès qu’il en est armé, il étend la mère sur le dos, de manière à ce que son gros ventre se trouve absolument présenté ; il établit ensuite, sur le ventre, les quatre enfants par échelons, ce qui lui donne à flageller de suite un ventre et quatre culs. D’abord il baise, il patine tout cela ; il s’extasie à la vue de tant de charmes, s’étonne que la misère et le dénuement de ces malheureuses créatures ne leur aient rien enlevé de leur fraîcheur et de leur embonpoint. Puis, passant de la surprise à la scélératesse, il flagelle à la fois, en remontant avec la rapidité de la foudre, et le ventre le plus dur, le plus blanc, et les huit fesses les plus appétissantes. Je le branlais pendant l’opération, j’entretenais son énergie par les détails les plus atroces et les plus sanguinaires. De temps en temps, quand il se reposait, quand il s’extasiait à la vue des plaies ouvertes par sa barbarie, il me mettait le vit dans le cul, se retirait au bout de trois ou quatre saccades, et reprenait ses funestes fustigations. Las de ce premier plaisir, il se mit à comprimer le ventre de la jeune mère, à le pétrir, à le battre, à l’accabler de coups de poing ; et, pendant ce temps, il dévorait de baisers les fesses sanglantes des quatre enfants.

Les attitudes changent : il couche la mère au milieu du lit, sur le dos, établit entre ses jambes, tour à tour, chacun de ses enfants, et les encule, en accablant le ventre de la mère des plus sensibles outrages.

— Mon ami, dis-je, je lis dans tes yeux que ton foutre va te trahir ; tu ne tiens pas, à tout le piquant de cette scène ; tes forces se perdront, et tu ne pourras plus ni consommer ton crime, ni jouir des nouveaux épisodes qui doivent en précéder l’accomplissement.

— Et que me prépares-tu donc encore ? dit le Vénitien, ivre de lubricité.

— Viens, dis-je, laisse un moment reposer ces créatures, tu les reprendras dans une minute.

Je l’entraîne dans une salle où Durand venait de préparer, avec Laurentia, la nouvelle scène que vous allez voir.

Cette salle représentait un de ces temples où se célébraient autrefois les Saturnales, à Rome. Neuf tableaux lubriques s’offrirent au Vénitien.

Le premier représentait un bel homme, bandant près du cul d’un petit garçon, qu’un autre giton caressait.

Au second, se voyait une femme de quarante ans, branlant une jeune fille de quinze ans, elle-même branlée par une fille de dix-huit.

Au troisième, un vigoureux athlète enculant une belle négresse, et léchant le con d’une jolie blanche.

Au quatrième, une mère fouettant sa fille, et fouettée elle-même par un homme.

Le cinquième offrait un homme enculant un veau et sodomisé par un chien.

Le sixième, un homme fouettant à tour de bras sa propre fille, attachée le long d’une échelle ; on l’étrillait pendant ce temps-là lui-même.

Le septième, un groupe de dix jeunes filles se gamahuchant toutes les dix.

Le huitième, un groupe de dix hommes s’enculant tous mutuellement, et dans des attitudes assez bizarres pour ne composer qu’une masse ronde.

On voyait au neuvième, enfin, des hommes enculant des filles tarées, pendant qu’ils gamahuchaient des vieilles de soixante ans, et que des petits garçons leur mordaient les fesses.

Au milieu de tout cela, deux matrones semblaient offrir à Cornaro six jeunes filles de deux ou trois ans, toutes nues, et belles comme des petits Amours ; elles étaient couronnées de fleurs. Tout agissait ; tout bandait ; tout se prêtait. On n’entendait que des cris ou de plaisir ou de douleur, et le murmure délicieux des cinglons de verges. Tout était nu ; tout présentait la lubricité sous ses faces les plus scandaleuses. Des flots abondants de lumière, produits par des lampes nourries d’huile de jasmin, dont le parfum flattait autant l’odorat que les rayons enchantaient les yeux, achevaient de rendre ce temple l’un des asiles les plus délicieux que la luxure eût encore vus s’ériger pour elle.

Notre homme parcourt les différents tableaux offerts à sa luxure. Deux fouteurs et deux fouetteuses le suivent, afin d’irriter son cul, tour à tour, de toutes les différentes manières possibles4. Ici, le paillard presse des tétons ; de ce côté, il égratigne un con ; par là, de vigoureux coups de poing ensanglantent les plus jolies figures. C’est le tigre en fureur au milieu d’un troupeau de brebis.

— Allons, dit-il, finissons : je n’y puis plus tenir ; mais je veux opérer devant du monde ; je veux joindre le plaisir du scandale aux horreurs qui décideront à la fin mon sperme. Donne-moi six jeunes filles et six jeunes hommes, des plus sensibles et des plus honnêtes que tu aies ici. Ils m’entoureront pendant que j’agirai, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour être le plus effrayant possible.

Je lui amène sur-le-champ ce qu’il demande, et nous passons tous dans le cabinet où nous attend cette malheureuse famille. On l’entoure ; la peine de mort est prononcée contre ceux ou qui ne pourront soutenir ce spectacle ou qui y verseront des larmes. Cornaro se saisit de la mère ; il l’attache par les pieds et la suspend ainsi au plafond, afin que son enfant l’étouffe. Il fait tenir la plus jolie des filles par sa sœur ; il l’encule. Puis, armé d’une soie à triples dents, il tranche ainsi, lentement, la tête de cette infortunée, tout en l’enculant. Le cruel fit durer plus d’une heure cette exécrable opération. Trois des spectatrices se trouvent mal et se brisent la tête en tombant.

— Marque-les, dit Cornaro, je les travaillerai quand j’aurai fini…

La tête tombe enfin. Un autre remplace ; et ce n’est que dans le cul du dernier des garçons, et en déchiquetant le cou de cette dernière victime, que le scélérat perd enfin les flots du sperme écumeux dont les bouillonnements le rendent aussi féroce. Trois autres spectatrices s’étaient de même, évanouies ; tout le reste fondait en larmes. Quant à la mère, elle n’existait plus : son enfant, redescendu dans la poitrine, l’avait étouffée. On ne voyait donc, dans cet affreux repaire, d’un côté, que l’épuisement du crime, et que ses sinistres effets de l’autre.

— Eh quoi ! mon ami, dis-je en m’approchant du coupable et secouant son vit, quoi ! tu laisseras ces victimes impunies ? tu n’exécuteras pas la sentence que tu as portée contre elle ?

— Non, dit le Vénitien, je suis épuisé ; je ne suis pas ennuyé du crime, mais j’en suis las ; il faut que je me repose…

Désespérant d’en tirer davantage, je lui fais servir un consommé, et il se retire, après m’avoir payé cent mille francs les orgies qu’il vient de célébrer.

L’individu le plus apparent qui vint nous visiter, après ce personnage, fut une noble Vénitienne, très riche et très connue par ses débauches. Silvia, âgée de quarante-cinq ans, grande, faite à peindre, et les plus beaux yeux possibles, arrivait pour passer trois jours entiers dans notre maison.

— Mes amies, nous dit-elle, j’ai une réplétion de foutre qui ne peut s’épancher que dans des horreurs, et j’en désire de tous les genres. Je veux d’abord, poursuivit cette nouvelle Messaline, que vous me prostituiez à quelque libertin, dont les goûta bizarres me promènent tour à tour dans les sentiers les plus bourbeux de la crapule.

— Il en est un tout prêt, là-bas, répondis-je, madame, et qui sûrement fera votre affaire ; mais il vous battra, il vous rossera.

— Ah ! mon cœur, c’est tout ce que je demande ; je brûle d’être la victime d’un tel libertin… Que me fera-t-il ensuite ?

— Après vous avoir traitée comme la dernière des malheureuses, il vous obligera de lui branler des vits sur le visage ; il vous fera foutre en con devant lui, et finira par vous enculer.

— Ah ! c’est délicieux ! répondit Silvia ; voilà précisément ce que je désire. Pressons-nous de commencer par cette scène : je vous ferai part ensuite de quelle manière je veux la terminer.

Je fis monter l’homme en question. Il m’avait positivement demandé quelqu’un de l’âge et de la tournure de Silvia. Sa joie fut extrême en la voyant. Nos deux acteurs furent bientôt aux prises ; et moi, derrière ma cloison, nonchalamment couchée entre deux filles, qui me branlaient à la fois par-devant et par-derrière, je ne perdais rien du spectacle. Dorsini débuta par une douzaine de coups de pied au cul, rapidement suivis d’une vingtaine de soufflets et de huit ou dix coups de poing ; mais tout cela distribué avec une telle rapidité, que Silvia put croire qu’elle était assaillie d’une grêle. Cependant sa contenance est ferme, et ses yeux mêmes n’annoncent que du plaisir. A cet orage succèdent des invectives : on n’a jamais traité une femme comme Dorsini traite Silvia.

— Allons, dit-il, qu’on m’amène des vits ! je veux voir comment cette putain exerce son métier…

Six beaux fouteurs paraissent ; Silvia, nue, les fesses appuyées sur le vit du paillard, lui fait dégorger des engins sur le visage ; il est arrosé de sperme ; on lui en barbouille le nez ; à peine bande-t-il. Six nouveaux jeunes gens paraissent ; il leur ordonne de foutre sa putain.

— Sacredieu ! s’écrie-t-il, en la voyant s’agiter sous eux, quelle coquine, quel dévergondage !… Oh ! vieille garce, comme le tempérament te domine ! Jure, putain, sacre donc Dieu !…

Et c’est par mille et mille invectives à l’Éternel que Silvia répond à cette invitation. On ne porta jamais plus loin l’idiome du blasphème. Cette persuasion au moins me fût restée, si Dorsini n’eût encore enchéri sur elle. Pendant ce temps, le coquin se branlait lui-même, en maniant tour à tour le cul des fouteurs et celui de sa gueuse. Il la fait enfin retourner ; un vigoureux fouteur qui l’enconne expose ses fesses à Dorsini, lequel, après un examen préalable de ce cul qui, comme vous l’imaginez bien, ne se fait pas sans quelques vexations, braque son vit sur l’orifice immoral et s’engloutit en une minute. Silvia souffre tout sans sourciller, tant il est vrai qu’il est possible de trouver autant de plaisir au rôle de patient qu’à celui d’agent : l’imagination est l’unique berceau des voluptés, elle seule les crée, les dirige ; il n’y a plus qu’un physique grossier… imbécile, dans tout ce qu’elle n’inspire ou n’embellit pas.

Mais Dorsini, qu’on encule lui-même pendant qu’il agit, ne fait que s’exciter provisoirement dans l’anus ; la bouche est son temple ordinaire, c’est là que son hommage se consomme ; il la demande avec fureur et continue de la foutre dès qu’il est englouti, et le coquin décharge, au grand contentement de sa coquine, qui le suce avec une ardeur bien propre à caractériser son putanisme et tout l’affreux désordre de sa tête impudique. Dorsini paye et se retire.

— Partageons, me dit Silvia, j’aime l’argent qui vient du bordel, il m’a toujours porté bonheur. Me voilà suffisamment échauffée, me dit-elle ensuite, procédons au reste.

Alors la coquine, réunissant dans un vaste salon vingt-cinq hommes superbes et vingt-cinq filles de la plus grande beauté, se livre, seize heures de suite, devant moi, aux plus monstrueux écarts de la débauche, aux passions les plus désordonnées, aux goûts à la fois les plus sales et les plus extraordinaires dans une femme qui, nécessairement, n’a dû contracter de pareilles habitudes qu’après avoir renoncé à tous les soins de sa réputation, à tous les principes de pudeur et de vertu dont il semble que notre sexe doive être exclusivement le dépositaire, et dont il ne s’écarte jamais sans surpasser alors tout ce que les hommes offrent de plus exécrable en ce genre.

Silvia, tout en feu, finit par la cruauté ; c’est l’usage. Voici l’horreur qu’elle inventa. Elle choisit pour victime un petit garçon de treize ans, joli comme un ange.

— Je lui ferai beaucoup de mal, me dit-elle ; peut-être même le réduirai-je en une telle extrémité que tu l’enterreras peu de jours après. Combien veux-tu me le vendre ?

— Mille sequins.

Le marché est conclu. La coquine fait lier cet enfant à plat ventre sur un banc recourbé, en telle sorte qu’il lui exposait entièrement son derrière ; elle s’accroupit alors sur le visage d’un beau jeune homme, couché sur des piles de carreaux, et se fait lécher le con par lui, pendant qu’un autre, à genoux devant sa croupe, lui gamahuche le cul. Excitée de cette manière, elle s’arme d’une bougie, et se délecte à calciner lentement les fesses et le trou du cul de la victime qui, comme vous l’imaginez bien, jette des cris affreux pendant l’opération. Pour Silvia, elle décharge ; la garce se pâme en blasphémant comme un charretier et pousse la férocité au point de faire retourner l’enfant et de lui arracher avec les dents toutes les parties qui forment son sexe. Nous le retirons évanoui ; le malheureux mourut trois jours après ; et Silvia triomphante, après m’avoir couverte d’or, ne fut pas longtemps sans venir renouveler chez moi de pareilles horreurs.

Ce fut à elle que nous dûmes, quelques mois après, la connaissance du sénateur Bianchi, l’un des plus riches citoyens de la république, âgé d’environ trente-cinq ans. La manie de ce libertin était de prostituer, au bordel, deux de ses nièces dont il était le tuteur. A quelque point que cet homme eût tâché d’anéantir la pudeur dans l’âme de ces jeunes personnes, elles se ressentaient cependant encore assez de l’excellente éducation qu’elles avaient reçue pour ne se prêter qu’avec peine à un tel acte de débauche. Elles rougirent en me regardant, et ce fut là où je pus voir à quel point cette heureuse candeur embellissait les grâces dont la nature les avait parées : il était impossible d’être plus jolies. De ce moment, j’embrasse, avec délices, le luxurieux projet du paillard, et me plais, par d’indignes propos, à scandaliser ces oreilles chastes.

— Quelle marchandise faut-il à ces putains, mon ami ? dis-je au sénateur ; leur faut-il du gros ou du menu ?

— Regarde toi-même, me répondit Bianchi, en troussant l’une après l’autre ses deux nièces devant moi, mesure leurs cons, et vois ce qu’il leur faut.

_ Bon, dis-je, après y avoir assez brutalement fourré mes doigts… c’est du médiocre qui convient.

— Eh ! non, non, sacredieu ! s’écria Bianchi ; je veux les élargir : donne-moi ce que tu as de plus gros.

Et d’après cet ordre expressif, dont les pauvres filles continuaient de rougir, je présente six jeunes fouteurs dont les membres avaient au moins douze pouces de long sur huit de circonférence.

— Voilà ce que je veux, me dit notre homme en les maniant ; mais six ne sont pas assez, ma chère, tu ne connais pas l’appétit de ces demoiselles avec leur air Agnès, elles foutent, quand elles y sont, comme des louves, et douze hommes, je le parierais, ne les satisferont qu’à peine.

— Eh bien ! dis-je, en voilà six de plus. Et toi, que te faut-il, aimable libertin ? Que fais-tu pendant qu’on déshonore tes nièces ?

— Je fous des garçons ; fais-m’en venir six de douze ans, tout au plus…

A l’instant je les lui procure ; l’opération commence, et me voilà à mon poste, car vous croyez que je manquais bien peu de pareilles scènes.

Ce libertin fit des horreurs, et en fit exécuter sur ses nièces de plus terribles encore ; il mourut quelque temps après cette scène, et le barbare avait, en expirant, déshérité ces malheureuses. La misère dans laquelle il les laissa les contraignit à venir nous demander un asile, que nous leur accordâmes au prix d’une prostitution qui nous valut beaucoup d’argent. Ce fut la cadette, c’est-à-dire une des plus belles filles de l’Europe, que je livrai, quelque temps après, à l’homme dont la passion mérite un article à part dans cet intéressant recueil des lubricités inhumaines.

Alberti était un homme grand, sec, d’environ cinquante-cinq ans, dont le seul aspect était capable d’effrayer une femme. Je lui fis voir la délicate et belle enfant que je lui destinais. Il m’ordonne de la faire mettre nue, et l’examine ensuite, en la palpant brutalement, comme on fait à un cheval dont on veut connaître les défauts. Pas une parole pendant cet examen : pas un geste qui prouvât la lubricité : ses yeux s’enflammaient seulement ; il respirait avec difficulté.

— Est-elle grosse ? me demanda-t-il au bout de quelques instants, en portant ses mains sur le ventre, toujours avec la même brutalité.

— Je ne le crois pas, répondis-je.

— Tant pis ; je vous la payais le double, si elle l’eût été ; quoi qu’il en soit, que veux-tu de cette bête ? tu sais à quoi je la destine.

— Deux mille sequins, dis-je.

— Je les donnerais si elle était grosse ; ne l’étant pas, je n’en offre que la moitié.

Nous marchandons en face de la victime ; je la livre enfin. Dès l’instant, elle est enfermée dans une chambre de notre maison, si basse et si prodigieusement isolée que ses cris ne pouvaient s’entendre. Là, couchée sur de la paille, le supplice de cette malheureuse devait durer neuf jours ; la nourriture diminuait par gradation jusqu’au quatrième jour : il ne lui était plus rien fourni les cinq derniers. Chaque jour, le féroce Alberti venait supplicier sa victime ; il y passait deux heures. Rosalba et moi assistions à la séance, avec une autre fille qui se changeait tous les jours.

La première chose que fit ce cruel libertin fut de presser fortement, et les fesses et les tétons de la victime ; il les mollissait, les pinçait, les comprimait avec un tel art qu’en moins d’une heure, ces quatre globes de chair devinrent tout meurtris. Placée en face de lui, parfaitement à hauteur de sa bouche, il baisait mes fesses pendant ce temps-là, tandis que Rosalba le branlait, et que celle qui changeait tous les jours le fustigeait à tour de bras. Plongé dans un recueillement total, Alberti ne laissait échapper que des mots coupés, entremêlés de jurements.

— Les vilaines chairs ! dit-il ironiquement ; quel exécrable cul ! De semblables tripailles ne sont bonnes qu’à bouillir.

Et les Grâces embellissaient celles qu’il osait traiter de cette manière. Il ne déchargea point.

Pendant les deux premiers jours, les procédés furent les mêmes. Le troisième, les parties charnues de la victime se trouvèrent tellement flétries, tellement boursouflées, qu’une fièvre assez violente s’empara de son sang.

— Bon, dit Alberti, voilà où je la voulais ; mon intention était que le régime ne commençât que le quatrième jour… Mais ce nouvel événement le décide pour aujourd’hui.

Et il continue de pressurer. Au bout de la séance, il sodomise la victime, en lui pinçant vigoureusement les cuisses ; puis il traita de même la nouvelle fille qui nous aidait, et gamahuchait mon derrière. Les épisodes des trois jours suivants furent les mêmes. Jamais il ne déchargeait. A cette époque, les fesses et les tétons de la victime ressemblaient à des peaux de bœuf que le soleil a racornies, et la fièvre, malgré le régime, ayant toujours augmenté, nous crûmes que la malheureuse n’irait pas au neuvième jour.

— Il faut la faire confesser, me dit-il enfin, le huitième, en se retirant ; elle expire, sans faute, à la séance de demain…

Cette précaution me fit rire ; mais quand je sus que ce paillard voulait être le témoin secret de cette cérémonie, et qu’elle ne devenait qu’un véhicule à sa lubricité, je m’y prêtai de la meilleure grâce.

Un moine vint, et confessa la malheureuse, pendant qu’Alberti, entre Rosalba et moi, écoutait, du cabinet voisin, tout ce que disait la malade. Rien ne parut l’amuser autant que cet épisode.

— Ah ! foutre, disait-il pendant que nous le branlions, c’est pourtant moi qui la réduis là… Voilà mes œuvres ! Oh ! la garce, comme j’aime à l’entendre…

Et au moyen de ce que nous avions dit à la moribonde que le confesseur était sourd, nous ne perdîmes pas un mot de cette sainte conversation. Le moine disparaît ; le paillard entre. La jeune fille, épuisée de faim, de fièvre et de contusions, paraît toute prête à rendre l’âme. Tel est le spectacle dont le scélérat veut jouir. Il la met bien en face de lui, et pendant qu’il encule Rosalba… que la nouvelle le fouette, il m’ordonne de continuer, sur le corps de la victime, les mêmes vexations dont il l’a tourmentée jusqu’alors. Je remanie ces peaux pendantes ; à la seconde ou troisième compression, la malheureuse, épuisée d’aussi longues souffrances, tombe à nos pieds, sans vie. Tel est l’instant de la décharge de notre homme. Mais, juste ciel ! quels élans : je n’avais vu de mes jours une décharge ni aussi longue, ni aussi impétueuse. Il fut plus de dix minutes en extase ; et le résultat du clystère le plus abondant l’eût été moins que celui de l’éjaculation de ce scélérat.

Alberti devint une de nos meilleures pratiques : il ne s’écoulait pas de mois qu’il ne fît une neuvaine dans notre maison. Nous lui livrâmes bientôt l’autre nièce de Bianchi, mais qui, plus délicate, expira dès le septième jour.

Au travers de tout cela, la Durand menait son cabinet à merveille. Elle s’était si bien informée de toutes les intrigues de la ville, qu’elle était devenue, au bout de fort peu de temps, en état de dire la bonne aventure à tout le monde. Elle sut que le sénateur Contarini, père d’une fille de seize ans, belle comme le jour, en était éperdument amoureux. Elle va le trouver.

— Échauffez, lui dit-elle, la tête de votre charmante Rosina sur le désir de se faire annoncer ce qui doit lui arriver dans le cours de sa vie ; indiquez-lui ma maison ; je vous y cacherai, et vous réponds de vous faire jouir d’elle amplement, dans les différentes cérémonies où je la soumettrai pour lui dire sa bonne aventure.

Le sénateur, hors de lui, promet à Durand tout ce qu’elle voudra, si elle réussit. La modeste Durand s’informe des passions du père ; et comme le paillard exigeait beaucoup de choses, elle lui demande trois mille sequins. Contarini, fort riche, en compta la moitié d’avance, et le jour est pris pour le surlendemain.

Rosina, très enflammée du désir de se faire annoncer l’avenir, écrit à la Durand pour lui demander son jour, et celle-ci ne manque pas de lui indiquer celui dont elle est convenue avec le père. Elle arrive, renvoie sa duègne. Et, je l’avoue, quand cette belle fille fut débarrassée des gazes qui la couvraient, nous crûmes voir l’astre du jour se montrer, après un orage, sur l’horizon de la nature. Représentez-vous ce que le ciel a pu former de plus parfait, et vous n’aurez encore qu’une imparfaite idée de l’intéressante fille que je vais en vain essayer de vous peindre.

Rosina, âgée de seize ans, grande et faite comme les Grâces, ressemblait à ces belles vierges qu’immortalisa le pinceau de l’Albane. Ses cheveux châtains retombaient en boucles flottantes sur son sein d’albâtre ; ses grands yeux bleus inspiraient à la fois l’amour et la volupté ; et c’est sur sa bouche de rose qu’on désirerait éprouver tous les traits du Dieu séducteur dont son ensemble était l’image. On n’eut jamais une plus belle peau, jamais un sein plus rond, des cuisses plus potelées, un con plus étroit, plus chaud, plus mignon… et des fesses !… Ah ! quel être au monde eût pu résister à ce beau cul ? J’avoue qu’en le voyant, il me séduisit au point que je ne pus m’empêcher de l’accabler de caresses. Nous prévînmes cette aimable enfant de tout ce à quoi elle devait s’attendre pour obtenir les prophéties qu’elle demandait.

— Vous serez fouettée, mon ange, lui dit la Durand ; soumise d’ailleurs à un homme qui jouira de vous de toutes les manières imaginables.

— Oh ! ciel, si jamais mon père…

— Est-il rigoureux, votre père ?

— Jaloux de moi comme d’une maîtresse.

— Soit ; mais il ne saura jamais un mot de ce qui va se passer : c’est l’Être suprême qui va s’emparer de vous, chère fille, et les brèches que ses jouissances occasionneront seront réparées sur-le-champ. D’ailleurs, cette cérémonie est indispensable : vous n’apprendrez pas ce que vous désirez, si vous refusez de vous y soumettre.

Et, je vous l’avoue, mes amis, rien ici ne nous amusa davantage comme les combats de la pudeur et de la curiosité. Rosina voulait et ne voulait pas ; tantôt révoltée des épreuves, tantôt séduite par l’espoir de son instruction, rien n’était plaisant comme cet état d’incertitude ; et sans l’arrivée du père, nous nous en serions, je crois, amusées tout un jour. Mais comme le sénateur était là, il fallut promptement frapper les derniers coups. Rosina se décide à la fin. Je passe du côté du père ; la Durand reste avec la fille.

Quelle que fût la tendresse de Contarini pour sa fille, comme dans une âme pareille le libertinage était tout et le sentiment rien, le sénateur ne m’en fit pas moins quelques agaceries suffisantes à me persuader que je ne lui déplairais pas, en exposant mes charmes à ses yeux. Je le satisfis, et ses caresses me convainquirent bientôt de ses goûts. Le paillard aimait passionnément le derrière, et il en était encore à caresser le mien, quand nous entendîmes frapper à la cloison.

— Allons, lui dis-je, préparez-vous, le corps de votre charmante fille va vous arriver.

Les planches s’entrouvrent, et la belle Rosina, jusqu’au cou, tombe nue à la disposition de l’incestueux sénateur.

— Oh ! foutre, s’écrie-t-il, dès que ce trésor est ouvert à ses yeux, branle-moi, Juliette, branle-moi ! je vais mourir de plaisir en examinant tant d’attraits…

J’exécute ; le libertin parcourt ; tout paraît un moment égal à ses désirs ; le con même est baisé par lui ; mais le cul l’emporte bientôt. On ne se fait pas d’idée de l’ardeur avec laquelle ses baisers le couvrent.

— Branle en dessous, me disait-il, pendant que je vais lécher le trou de ce beau cul.

Et n’étant bientôt plus maître de lui, son vit, plus dur que le fer, se présente au trou : il encule. Rosine, peu faite à de semblables attaques, pousse des cris affreux ; rien n’arrête l’impétuosité de ce libertin, il pousse, il presse, il est au fond. Le coquin touche mes fesses ; il veut que ma bouche se colle sur la sienne, qu’une de mes mains favorise ses attaques, pendant que l’autre lui chatouillera le trou de son cul.

— Libertin, dis-je en lui obéissant, ton intention est-elle donc d’en rester là, et ce joli petit mont de Vénus ne sera-t-il donc point attaqué par toi ?

— Non, me dit le fidèle sodomiste, non, je débanderais à l’entreprise : il y a quinze ans que je ne touche plus à ce fruit, et quinze ans qu’il me fait horreur ; mais je vais fouetter…

Il se retire en disant cela, saisit les verges que je lui présente, et se met à étriller sa fille avec une telle violence que le sang dont nous avions besoin pour l’opération s’écoule promptement sur les cuisses.

— Tu me trouves cruel, mon enfant, me disait Contarini ; mais on n’est pas le maître de ses passions : plus celles où nous nous livrons sont raffinées et plus leurs excès sont affreux…

Et, ici, le désir d’augmenter les tourments de cette jolie petite malheureuse m’inspira d’épouvantables conseils.

— Quels sont vos projets sur cette fille ? lui demandai-je.

— La bien foutre, la fesser cruellement, m’en divertir ainsi trois mois, la forcer à prendre ensuite le voile…

Et les coups de fouet, pendant ce dialogue, déchiraient toujours la plus belle peau du monde.

— En vérité, monsieur, ce n’est pas trop la peine, ce me semble, de la garder comme cela ; et quand vous en serez rassasié, on vous fournira facilement ici les moyens de vous en défaire, et vous n’aurez pas de dot à payer.

— Que dis-tu, Juliette ?

— Il y a mille façons.. Comment ! l’idée d’un meurtre de débauche n’est jamais venue souiller votre imagination ?

— Si… j’ai quelquefois conçu cette fantaisie… mais avec ma fille !…

Et je voyais le vit du paillard lever, à cette idée, une tête rubiconde et vermeille, signe assuré du plaisir dont le seul aperçu du projet enflammait ses sens irrités.

— Juliette, poursuivait-il en baisant avec fureur les traces de ses cruautés, tu m’avoueras que ce serait un crime horrible, un délit sans exemple, et dont frémirait la nature.

— Vous en jouirez pourtant.

Alors, pour achever d’enflammer le paillard, je tire des cordons préparés. La chambre où nous sommes s’obscurcit au plus grand degré ; je frappe contre la cloison, et le corps entier de Rosina passe dans la chambre.

— Observez-vous, dis-je bas à Contarini, la voilà tout entière ; mais ne dites mot…

Le libertin saisit sa fille, s’enivre sur sa bouche et sur ses tétons des plus divine baisers, la rencule et décharge.

— Oh ! ciel, qu’avez-vous fait, lui dis-je, je vous la livrais : que n’en avez-vous profité ?… Renvoyons-la, et je vais tâcher de vous rappeler à la vie, pendant que la Durand tirera son horoscope.

Je refrappe ; la cloison s’ouvre, l’enfant disparaît et, pendant ce temps, l’adroite Durand la vendait à un autre. Nous avions trois ou quatre abonnés qui ne s’amusaient que de ces sortes de prostitutions ; et l’on avait soin de leur livrer ce que l’on supposait devoir leur convenir.

Je fis l’impossible alors pour tirer notre homme de son engourdissement : rien ne put y réussir. Contarini était un de ces hommes faibles qui ne conçoivent le crime que dans le délire des passions ; l’idée que je lui proposais était trop forte pour lui, il redemanda sa fille avec instance. Je fus aussitôt prévenir la Durand ; mais trop sûre de gagner des monts d’or avec cette délicieuse petite fille, elle m’assura qu’elle ne la rendrait jamais. Absolument de cet avis, je me hâtai de lui proposer un moyen qui remplirait notre but mutuel ; elle arrange tout.

— Oh ! monsieur, dis-je en larmes en revenant trouver le père, votre malheureuse fille… eh bien ! effrayée de la prédiction qui lui a été faite, elle vient de se jeter par une fenêtre : elle est morte, monsieur, elle est morte.

Contarini, désolé, repasse dans l’appartement de ma compagne ; on lui fait voir un cadavre défiguré, de l’âge et de la tournure de sa fille ; le benêt croit tout. Un moment, il veut employer la menace, mais bientôt contenu par la crainte d’une récrimination trop juste, dont il sait que nous pouvons légitimement nous armer, il se tait, sort en larmes, comme un imbécile, et nous laisse sa chère et adorable fille qui, promptement séduite par nous, devint bientôt une de nos meilleures putains.

A quelque temps de là, un noble Vénitien de la première clame vint nous acheter du poison pour une femme qu’il avait adorée, et dont il était devenu l’époux depuis deux ans. Le malheureux se croyait trompé. Il ne l’était pas : sa femme était un modèle de sagesse et de retenue. J’étais la seule cause des soupçons qu’il avait contre elle ; ils étaient l’ouvrage de ma méchanceté. Cette femme me déplaisait ; je voulais la perdre : j’y réussis ; le scélérat l’empoisonna lui-même, et vous jugez des effets que j’en ressentis.

Peu après, un fils vint nous en demander pour son père. Il s’agissait de la succession ; le jeune homme, impatient, s’ennuyait d’attendre : pour deux mille sequins, nous lui vendîmes le secret d’entrer en jouissance dès le lendemain.

Vous me rendez, j’espère, assez de justice pour croire qu’au milieu de tout cela je ne m’oubliais point. Assez riche pour donner énormément à mes plaisirs, et pour ne me livrer aux autres que par caprice ou par sordidité, je me plongeai, sans aucune retenue, dans un gouffre d’horreurs et d’impudicités. Mon goût pour le vol et pour le meurtre s’exerçait à travers tout cela ; et dès que ma perfide imagination condamnait une victime, il était bien rare qu’elle ne fût immolée sur-le-champ.

J’en étais là de mes désordres moraux et physiques, lorsqu’un jour, je reçus de Zeno, chancelier de la République, l’invitation de me rendre, avec mes deux amies, à sa campagne, située sur les bords du canal de la Brenta. Nous y passâmes une journée entière, au milieu de ce que la lubricité put nous fournir de plus piquant. Excédés de fatigue, nous étions à nous restaurer par un souper délicieux lorsqu’une fille de dix-huit ans, belle comme le jour, demanda instamment à parler à Zeno.

— Comment ! ici, dans l’asile de mes plaisirs ! à l’heure qu’il est !

— Excellence, dit l’introductrice, elle a tout forcé, elle est au désespoir, elle accourt exprès de Venise, elle dit que la chose est pressée, et qu’il n’y a pas un moment à perdre.

— Faites entrer, dit Zeno… Ô Juliette ! poursuivit-il en me parlant bas, ou je me trompe, ou voici quelque occasion de mettre en action mes principes.

Les portes s’ouvrent, et la plus belle créature que j’aie vue de ma vie tombe en larmes aux pieds du magistrat.

— Oh, monseigneur ! s’écrie la belle affligée, il s’agit de la vie de mon père. Arrêté hier, pour une prétendue conspiration dans laquelle il n’entra de ses jours, il va demain porter sa tête sur l’échafaud… Vous seul pouvez le sauver ; je vous conjure de m’accorder sa grâce. S’il faut que le sang de l’un des deux coule, ô monseigneur, prenez le mien, et sauvez celui de mon père.

— Aimable enfant, dit Zeno en relevant cette fille et en la faisant placer près de lui, n’êtes-vous pas la belle Virginie, fille du noble Grimani ?

— C’est moi-même.

— Je connais votre affaire, mademoiselle ; et certes, votre père, quoi que vous puissiez dire, est grandement coupable.

— Non, monseigneur.

— Il l’est ; mais tout peut s’arranger… Juliette, suivez-moi… Je suis à vous dans un instant, Virginie ; je vais écrire ce qu’il faut pour sauver votre père.

— Ô brave seigneur !

— Un moment, ne pressez pas autant les effets de votre reconnaissance ; cette grâce n’est pas accordée.

— Comment ?

— Vous saurez tout, mademoiselle ; tout sera bientôt dans vos mains, et vous ne pourrez bientôt plus vous en prendre qu’à vous-même si vous n’obtenez pas ce que vous demandez.

Nous passons dans un cabinet.

— Voilà, me dit Zeno, une créature qui me fait extraordinairement bander ; c’est la plus belle fille de Venise ; il faut que je l’aie, à quelque prix que ce soit ; cependant, je ne puis sauver son père, et quand je le pourrais, Juliette, je ne le ferai certainement pas. Je vais écrire deux lettres : dans l’une, je demanderai sa grâce ; sa prompte exécution dans la seconde ; et ce sera cette dernière que je ferai porter, tout en lui faisant croire que c’est l’autre. Persuadée que j’envoie celle qui flatte ses désirs, Virginie m’accordera tout. Mais quand elle verra que je l’ai trompée… ô Juliette ! c’est ce qui m’embarrasse.

— Et quelle nécessité y a-t-il de la renvoyer ?

— Sa fille… Venise… la république entière.

— Il faut la dénoncer elle-même.

— Mais, en l’accusant, je ne peux plus en jouir : elle me perdra.

— Zeno, vos accusations sont secrètes, vos tribunaux obscurs, vos exécutions nocturnes ; promettez à cette fille la grâce de son père ; envoyez, ainsi que vous l’avez dit, la billet contraire à ce dessein ; jouissez d’elle ; accusez-la tout de suite après : je vous proteste que mes femmes et moi, nous vous servirons de témoins. Ces petites horreurs sont des jouissances pour mon cœur dépravé, et je m’y livre avec délices. Certifiez que cette créature n’est venue ici que pour vous séduire, nous le soutiendrons de même ; traitez de calomnies, de récriminations, tout ce qu’elle inventera pour sa défense ; payez bien l’avocat de forme qui lui sera donné ; que son procès s’instruise avec autant de promptitude que de mystère, et, dans vingt-quatre heures, si vous le voulez bien, elle est expédiée.

— Tu as raison… Voilà les billets écrits… Rentrons… Oh ! Juliette, quelle jouissance !… Non, je ne vis jamais une fille plus aimable que toi.

— Voilà, dit Zeno en reparaissant, la grâce de votre père, mademoiselle ; lisez ce papier ; mais vous imaginez, j’espère, que de telles faveurs ne s’accordent pas pour rien.

— Oh ! monseigneur, toute notre fortune est à vous prenez, disposez, ordonnez, j’ai ordre de ma famille de prendre avec vous, sur cela, tous les arrangements que vous voudrez.

— Il ne s’agit point d’argent, dit Zeno, ce que j’exige est plus précieux : ce sont vos charmes, Virginie, qu’il faut m’abandonner ; telle est la seule récompense que j’exige pour la grâce que je vous accorde, et le courrier ne part pas que je n’aie obtenu ce que je demande.

— Grand Dieu ! quel sacrifice !… Ô toi que j’aime, dit-elle en tirant de son sein le portrait de son amant, faut-il donc que l’on ait la cruauté de me mettre entre l’infidélité et l’infamie ! Ah ! monseigneur, quelle belle action vous feriez en vous contentant du bonheur de sauver la vie à un innocent…

— Cela est impossible ; il faut même que vous vous décidiez à la minute même… Les crimes de votre père sont tels que, dans quelques minutes, il ne sera plus temps…

Et pendant qu’elle se consultait, Zeno fut s’enfermer avec Lila, pour achever de s’exciter aux infamies qui l’animaient. Je donne le mot à Rosalba, dont l’esprit pénétrant faisait chaque jour de nouveaux progrès ; et pour combler la méchanceté, nous sermonnâmes cette jeune fille en sens inverse.

— Oh ! mademoiselle, lui dit Rosalba, n’ayez aucune confiance en ce libertin ; il est capable de tout, dès qu’il a pu l’être d’exiger votre honneur pour prix des jours de votre père. Il vous trahira, dès qu’il aura joui de vous ; et le monstre, pour couvrir son crime, vous immolera peut-être sur les mânes encore palpitantes du respectable auteur de vos jours. Mais, à supposer qu’il tienne parole, de quel œil votre amant verra-t-il ce sacrifice ? L’amour n’en pardonne point de cette espèce, et vous êtes bien sûre de n’être jamais excusée par lui ; méfiez-vous de tous les pièges qu’on vous tend : ce que vous inspirez dès la première vue m’engage à vous le dire… Vous êtes perdue, si vous faiblissez…

La reprenant de là, et sans avoir l’air de savoir ce que Rosalba vient de faire :

— Mademoiselle, lui dis-je, je sais parfaitement qu’à votre âge le sentiment et la délicatesse sont des dieux auxquels on croit devoir s’immoler. mais cette folle constance que vous gardez à votre amant doit-elle balancer, je vous prie, tous les sentiments dus à votre père ? Zeno, le plus honnête des hommes, est incapable de vous trahir ; songez, d’ailleurs, que ce n’est pas votre cœur qu’il demande, il se contente de votre corps. Vous n’en resterez pas moins pure aux yeux de votre amant… Ah ! croyez-moi, belle Virginie, dans la situation où les circonstances vous placent, vous ne pouvez refuser sans crime. Verrez-vous de sang-froid votre père marcher à la mort, pendant qu’un seul instant de complaisance eût pu le sauver ? Ah ! Virginie, êtes-vous bien sûre que cette fidélité, à laquelle vous sacrifiez tout, soit aussi religieusement observée par votre amant que par vous, et ne connaissez-vous pas les hommes ? S’il arrivait cependant que celui que vous aimez n’eût pas autant de vertu, quels remords n’auriez-vous pas, en ce cas, d’avoir immolé votre père à un sentiment dont vous ne seriez pas payée ? Non, mademoiselle, vous ne pouvez refuser ce que l’on vous propose, sans crime ; je vous le répète : la pudeur que vous allez sacrifier n’est qu’une vertu de convention ; la pitié filiale que vous outrageriez, ne cédant pas, est le vrai sentiment de la nature, le sentiment précieux et cher que vous n’étoufferiez pas sans mourir de douleur.

Vous n’avez pas d’idée, mes amis, du bouleversement dans lequel nous tenions cette âme timorée, par des propos de cette nature. Son esprit était si troublé, que ses forces morales étaient prêtes à l’abandonner. Zeno rentre… et dans un tel état d’indécence qu’il n’était plus possible de douter de la perte de sa malheureuse victime. Le coquin bandait ferme, et Lila, nue, nous l’amenait par le bout du vit.

— Eh bien ! est-elle décidée ? nous dit-il en balbutiant.

— Oui, oui, monseigneur, répondis-je, mademoiselle est trop raisonnable pour ne pas sentir qu’elle doit bien plus à son père qu’à sa prétendue virginité, et elle est prête à vous l’immoler sur-le-champ.

— Non, non ! s’écria cette pauvre fille en larmes, non, non, j’aime mieux la mort…

Mais la saisissant aussitôt, mes femmes et moi, en deux minutes, nous l’exposâmes nue, malgré elle, aux regards impurs du chancelier.

Dieu ! quelles formes ! quelle chair ! que de fraîcheur ! quel incarnat ! Flore elle-même eût offert moins d’attraits. Zeno ne se lassait point d’admirer, et chacun des baisers lubriques dont il accablait cette charmante fille semblait découvrir un charme nouveau. Nous offrîmes le cul : juste ciel ! que d’attraits, que de fermeté, que de rondeur ! Et quand nous l’entrouvrîmes, quand nous exposâmes aux yeux de Zeno le trou mignon, objet de ses désirs, nous crûmes qu’il allait mourir de plaisir en le foutant avec sa langue.

— Voyons comme elle est dans le plaisir, dit le chancelier ; Juliette et toi, Rosalba, chatouillez-la toutes deux sur toutes les parties voluptueuses de son corps. En face de l’opération, je vais me faire polluer par Lila, et à mesure que vous allez l’enflammer toutes deux, ma bouche errante sur tous ses charmes y saisira la volupté…

Cette commission me plaisait d’autant plus, que j’avais la plus grande envie de branler cette belle fine. Nous nous y prîmes donc avec tant d’adresse, ma compagne et moi, que les beaux yeux de Virginie se chargèrent bientôt de lubricité ; et la jolie coquine, pâmée dans nos bras, facilite bientôt au vit de Zeno, par le moyen du foutre qu’elle perdait avec abondance, la destruction de son pucelage. Lila y présente aussitôt l’engin du chancelier ; le paillard pousse, mais comme il est faiblement fourni et que Virginie décharge, toutes les difficultés disparaissent : le voilà maître de la place, pendant que je contiens seule la victime en continuant de la branler, que Lila, exhaussée sur le sein de Virginie, présente son beau cul aux baisers du paillard, et que Rosalba le fustige.

Il était prêt à s’égarer, quand je l’arrête aux portes du plaisir.

— Ménagez vos forces, lui dis-je, songez qu’une autre forteresse vous attend, n’épuisez pas vos munitions de guerre.

— Tu as raison, s’écrie-t-il en se retirant.

Et nous remontrons aussitôt, à ses lubriques désirs, le plus divin cul qu’eût créé la nature depuis celui de Ganymède. Zeno contemple.

— Sacredieu ! dit-il, que d’attraits !…

Et le coquin, sans s’amuser à louer davantage, au moyen des services que nous lui rendions, eut bientôt forcé les barrières. Virginie, par l’attitude que je lui avais fait prendre, était appuyée sur mon visage, et je suçais son con pendant qu’on la sodomisait ; mes amies branlaient, maniaient, servaient Zeno. Tout l’entourait de volupté, tout hâtait la perte de foutre, qu’il élança bientôt au fond du plus beau cul du monde, malgré les cris, les soubresauts de la victime, qui n’avait pas enduré si patiemment cette attaque-ci que l’autre.

— Quelle jouissance, me dit-il en se retirant ! Oh ! Juliette, après la tienne, il n’en est pas de plus délicieuse au monde… Je suis encore dans une ivresse…

— Allons, dis-je, presse-toi d’envoyer le billet.

— Assurément, me répondit ce monstre ; je viens d’acquérir, en foutant cette fille, de bien grands titres à condamner son père…

Puis, bas :

— Mais je n’en resterai point là, Juliette. Je veux que ma scélératesse t’étonne, et c’est dans ce nouvel épisode que je compte retrouver les forces nécessaires à une nouvelle jouissance.

— En laisseras-tu vivre longtemps l’objet ?

— Mais, dit Zeno, je crois qu’en joignant un mot au billet, on viendrait l’arrêter dans mon château même ; . et comme je rebanderai d’ici là, peut-être serais-je encore dans son cul quand on arriverait pour la conduire à la mort.

— Exécute promptement, dis-je à Zeno ; cette idée est délicieuse.

Le supplément au billet part, et nous nous relivrons aux luxures. A la manière dont je voyais que Zeno caressait les fesses de Virginie, il était facile de se douter de toutes les conjurations qu’il formait intérieurement contre ce beau derrière : on n’imagine pas les atrocités qu’inspire un cul, quand on en a bien joui.

— Tu veux fouetter, n’est-ce pas, mon ami ? dis-je à Zeno, tu veux déchirer ce beau cul, et tu n’oses ? Eh bien ! dis-je, satisfais-toi ; j’ai dans ma poche une eau qui, dans trois minutes, fera disparaître les traces ; et si, pour preuve de ce qu’elle a souffert, la coquine veut montrer les marques, elle sera contrariée par l’évidence, et tout ce qu’elle pourra dire ensuite n’en portera que bien mieux toutes les couleurs de la calomnie…

— Oh ! Juliette ! Juliette ! s’écria Zeno, je ne cesserai de te dire que tu es une créature délicieuse !…

Le scélérat, alors, n’écoutant plus que sa passion, saisit des verges, nous fait tenir Virginie et, sacrant comme un malheureux, le coquin, en moins de cent coups, met en lambeaux le plus beau cul du monde. Il redouble ; je le suçais pendant ce temps-là ; mes deux autres femmes le fouettaient ; il rebande, se jette comme un furieux sur cette belle fille, la sodomise et décharge en hurlant.

— Oh ! Juliette, me dit-il dès qu’il a fini, que ne puis-je immoler moi-même cette garce ! que de plaisir elle me donnerait ! Sa profonde sensibilité la rend susceptible de mille différente supplices, tous plus divins les une que les autres. Comme on écorcherait ce beau sein, comme on brûlerait ces belles fesses !… Ah ! Juliette ! Juliette ! je voudrais rôtir son cœur sur son ventre, et le lui manger sur la figure.

Et comme je voulais la frotter de mon eau :

— Non, non, me dit ce monstre, laisse-lui mes marques, je veux qu’elle les porte à l’échafaud, je veux qu’elle ait la possibilité de les montrer et qu’elle ne l’ose pas ; cette idée m’amuse…

Et, par d’affreux discours, nous nous amusâmes à désespérer cette pauvre fille, jusqu’au moment où les réponses arrivèrent.

Les fatales lettres de Zeno n’avaient que trop réussi : on venait arrêter la fille du Grimani.

— Oh ! juste ciel ! s’écrie cette infortunée en voyant les effets des perfides manœuvres du chancelier, tu m’as trompée, scélérat, mais mes juges m’entendront, et je me vengerai de tes horreurs.

— Faites votre devoir, messieurs, dit aux sbires le flegmatique Zeno, sans avoir l’air de prendre garde aux invectives qu’on lui adressait, emmenez cette fille ; ne voyez-vous pas bien que la douleur lui trouble la cervelle. A-t-on pris garde, ajouta ce monstre, aux recommandations que j’ai faites d’exécuter promptement les coupables ?

— Excellence, dit un des sbires, en sortant deux têtes sanglantes de dessous son manteau, voilà comme vos ordres ont été exécutés…

Et Virginie tombe à la renverse, en reconnaissant son père et son amant.

— Quelle scène ! me dit Zeno tout bas ; vois comme elle me fait rebander. Ah ! tâchons d’être seuls, et recommençons des horreurs.

— Bien de plus simple, gardez les têtes et renvoyez les sbires.

— Tu as raison… Sortez, messieurs, dit le chancelier : dans deux heures, Virginie sera dans les cachots de Venise ; laissez ces têtes, et retournez à d’autres devoirs.

— Un moment, dis-je bas à Zeno : le sbire qui tient ces têtes est-il le même que celui qui les a coupées ?

— Oui.

— Eh bien ! il y a ici, ce me semble, un raffinement d’outrages essentiel à mettre en action. Quelque affreux que soit ce sbire, il faut qu’il foute la fille, la main teinte encore du sang de son malheureux père et de son triste amant…

— Assurément, dit Zeno, il y a là des choses délicieuses à faire, gardons-nous bien de les manquer.

Un seul sbire s’en va, et Zeno s’enferme avec l’autre, Virginie, les têtes, les trois femmes et moi. Nous rappelons la victime à la lumière, en ayant soin de placer les têtes en face d’elle, pour qu’elles la frappent sitôt qu’elle ouvrira les yeux. Le sbire est chargé du soin de rendre cette belle fille au jour ; et dès qu’elle a repris l’usage de ses sens, c’est son père, c’est son amant qu’elle voit… c’est dans les bras de leur bourreau qu’elle se trouve. Je branlais ce vilain homme, pendant qu’il donnait ses soins à Virginie.

— Foutez cette belle fille, lui dit le chancelier.

— Oh ! monseigneur.

— Je vous l’ordonne ; vous avez assassiné le père, je veux que vous foutiez la fille ; vous avez tué l’amant, je veux que vous foutiez la maîtresse.

Et le coup de foudre qui frappe à ces mots Virginie la replonge encore, presque sans connaissance, dans mon sein.

— Un moment, dis-je à Zeno, ceci malheureusement va devenir ta dernière décharge ; il faut qu’elle soit complète, que tous les moyens qui sont en notre puissance soient employés pour la rendre brillante.

Et voici, sous ma direction, la tournure que je fis prendre au groupe voluptueux que je désirais. Le sbire se coule sous Virginie ; il l’enconne, ouvre et présente les fesses de cette sublime créature à Zeno, qui l’encule ; de chacune de ses mains, Virginie tient une des têtes ; à cheval sur la poitrine du sbire, je lui fais sucer mon con, en tournant mes fesses à Virginie ; Zeno branle de droite et de gauche les deux culs de mes amies ; une vieille le fouette. Vaincu par d’aussi délicieuses sensations, il était difficile que le paillard y tînt ; il décharge ; nous l’imitons tous ; mais c’est sans mouvements que Virginie est arrachée à cette scène d’horreurs.

Nous partons. Le chancelier remet lui-même sa victime dans les prisons du palais, et dans vingt-quatre heures, au moyen de nos dépositions, Virginie se trouve condamnée. Tel était le moment où nous l’attendions. A force d’or et de séductions, Zeno fait immoler une autre fille à sa place. Virginie retombe entre nos mains ; nous lui servons nous-mêmes de bourreaux, et la malheureuse ne gagne pas au change. Dieu ! quelle scène ! j’en déchargeai huit jours de suite : peu d’infamies, sans doute, m’avaient plus échauffée que celle-là.

Les femmes, de leur côté, continuaient d’abonder dans notre maison ; les unes pour se faire dire leur bonne aventure, les autres pour s’y vautrer, avec autant de mystère que d’impunité, dans tout ce que le libertinage avait de plus recherché. Par les mesures que nous avions prises, nous pouvions fournir, sous le voile le plus impénétrable, des filles ou des garçons aux femmes qui nous fréquentaient. Nous arrangions aussi des petits ménages qui, gênés par leurs parents, étaient bien aises de trouver un asile chez nous. D’autres parties se faisaient dans des appartements obscurs, où les hommes ne pouvaient reconnaître les femmes que nous leur livrions. A combien de pères, par ce moyen, nous avons donné leurs filles ; à combien de frères leurs sœurs, à combien de prêtres leurs pénitentes !

Il me vint, un jour, deux femmes de vingt à vingt-cinq ans, charmantes, qui, s’étant mutuellement échauffé la tête sur moi, me supplièrent de diriger leurs jeux et de m’y mettre en tiers. Nous soupâmes toutes les trois. Leur manie consistait à me sucer la bouche et le con : elles se relayaient rapidement, et de manière à ce que celle qui venait de me gamahucher, me langotait, et que celle qui venait de baiser ma bouche suçait aussitôt mon con. Il fallait que, pendant ce temps-là, je les branlasse chacune d’une main, et qu’armée d’un godemiché, je les foutisse ensuite toutes deux, pendant que celle qui n’était pas foutue se faisait gamahucher par celle qui l’était. Je n’avais jamais vu de femmes si lubriques : on ne se figure point ce qu’elles inventèrent, ce qu’elles me dirent, en se livrant à la lubricité ; une d’elles, je m’en souviens, porta l’extravagance au point de désirer d’aller se faire foutre au milieu d’un hôpital de vérolés.

Bien venu qui m’expliquera maintenant l’imagination des individus de mon sexe : pour moi, j’y renonce. En général, on n’est pas plus vive, plus aimable que ne le furent ces deux libertines : je crois que la nature favorise infiniment davantage les tribades que les autres femmes, et que, comme elle leur accorde une imagination plus sensible, elle leur a prodigué, de même, tous les moyens du plaisir et de la volupté5.

Je ne dois pas vous laisser ignorer non plus une partie bien extraordinaire que j’exécutai avec quatre citadines vénitiennes.

Elles attendirent un jour orageux et vinrent me prendre en gondole, dans le moment où les éclairs sillonnaient la nue. Nous gagnons la grande mer ; l’orage se décide ; le tonnerre se fait entendre.

— Allons, dirent ces coquines, voici l’instant, branlons-nous ; que ce soit en bravant la foudre que nous élancions notre sperme…

Et les garces se jettent sur moi comme des Messalines. Ma foi, je les imite : trop sensible au plaisir pour être refroidie par d’aussi simples phénomènes de la nature, je blasphème, comme elles, le chimérique Dieu qui, dit-on, les produit. Cependant le tonnerre gronde, la foudre tombe de toutes parts ; notre gondole, rapidement élancée, ne paraît plus que le jouet des flots : et nous jurons, nous déchargeons, nous bravons la nature alarmée… en courroux contre tout ce qui existe, et ne respectant que nos plaisirs.

Une autre très jolie femme m’envoya prier de venir déjeuner dans son palais. Je fus obligée de polluer, devant elle, son fils âgé de quinze ans ; ensuite nous nous branlâmes devant son fils. Elle fit descendre sa fille, qui avait un an de moins ; elle m’ordonna d’exciter cette jeune personne, pendant qu’elle se faisait enculer par son fils ; ensuite, elle tint elle-même sa fille aux attaques sodomites de son fils. Pendant ce temps-là, je gamahuchais la demoiselle, et la mère branlait, avec sa langue, le trou du cul du fouteur de sa fille. Je n’avais pas encore vu de tête plus libertine de sang-froid… aucune de mieux organisée. Dès qu’elle sut que nous vendions des poisons, elle en acheta de toutes les sortes. Je lui demandai si elle s’en servirait pour les jolis objets avec lesquels nous venions de jouir.

— Pourquoi pas ? me dit-elle ; quand je me livre à ces infamies-là, je n’y mets jamais de bornes.

— Délicieuse créature, lui dis-je, en baisant sa bouche, c’est que, plus l’on brise de freins en ce cas, et plus l’on décharge.

— Je déchargerai donc bien, me dit-elle, car j’en briserai beaucoup…

Six mois après, elle n’avait plus ni mari, ni père, ni mère, ni enfants.

Un membre du Conseil des Dix m’envoya chercher, pour servir de jouissance à son fils qu’il enculait pendant ce temps-là.

Un autre, de la même Chambre, exigeait que je me branlasse avec sa sœur, vieille et laide ; il enculait cette sœur. Il m’en fit autant après ; puis je reçus cent coups de fouet par cette sœur.

Il n’était pas, en un mot, de luxure, de débauche, d’infamies, auxquelles la Durand et moi ne nous livramions du matin au soir ; et il n’y avait pas de jour que ce quadruple métier de putain, de maquerelle, de sorcière et d’empoisonneuse, ne nous rapportât mille sequins, et souvent bien davantage.

Soutenues, aimées, recherchées de tout ce qu’il y avait d’aimables libertins dans les deux sexes à Venise, nous menions, sans aucun doute, la vie la plus délicieuse et la plus lucrative, lorsqu’un revers affreux vint troubler notre union… m’enlever ma chère Durand et me faire perdre, en un jour, et toutes les sommes que j’avais placées sur Venise, et toutes celles que j’y avais gagnées.

Le sort s’annonçait dans la punition qu’il préparait à la Durand, de même manière qu’il s’était manifesté pour moi. J’avais été punie, lorsque je fus obligée de quitter Paris, pour n’avoir pas voulu porter le crime à son dernier période. La malheureuse Durand eut la même fortune ; et nous pûmes nous convaincre, l’une et l’autre, par de si cruels exemples, que le plus dangereux de tous les partis, quand on est dans le train du crime, est de revenir à la vertu, ou de manquer de la force nécessaire à franchir les dernières bornes. Car ce fut bien plutôt le défaut de courage que la volonté qui manqua à mon amie ; et, certes, si la malheureuse se perdit, ce fut plutôt pour n’avoir pas tout osé que pour n’avoir pas tout voulu.

Les trois inquisiteurs d’État envoyèrent, un matin, chercher la Durand ; et après avoir exigé d’elle le secret le plus inviolable, ils lui révélèrent qu’ils avaient besoin de ses secrets destructeurs pour anéantir une faction nombreuse qui s’élevait dans la ville.

— Les choses sont malheureusement trop avancées, lui dirent-ils, pour employer les moyens juridiques : nous n’avons plus que celui du poison. Vous savez avec quelle tranquillité nous vous avons laissée jouir du fruit de vos forfaits, depuis trois ans que vous êtes dans Venise : il faut nous en témoigner votre reconnaissance, en nous communiquant, ou en exerçant pour notre compte, aujourd’hui, des crimes dont il eût été de notre devoir de punir sévèrement les résultats. Avez-vous le double secret de donner la peste dans une ville, et d’en préserver ceux qui vous seront indiqués ?

— Non, dit la Durand, quoiqu’elle possédât et l’un et l’autre de ces secrets ; mais elle eut peur.

— Cela est bon, répondirent les magistrats en lui faisant ouvrir une porte pour la congédier.

Et ce qui acheva de la faire frémir, c’est qu’on ne prit pas même la peine de lui recommander le silence.

— Nous sommes perdues, me dit-elle en rentrant.

Et elle me raconta ce qu’il venait de lui arriver. Je voulus la renvoyer à l’instant.

— Ce serait la même chose, me dit-elle ; j’exécuterais que je perdrais de même la vie : on me sacrifierait secrètement. Je vais même te quitter fort vite, afin de ne point te compromettre, si l’on venait à soupçonner que nous nous fussions vues au retour.

La malheureuse me quitte.

— Adieu, Juliette, me dit-elle, nous ne nous reverrons peut-être jamais…

Il n’y avait pas deux heures qu’elle m’avait quittée lorsqu’on vint me chercher de la part de la république. Je suis les sbires ; j’arrive au palais ; on me fait passer, très émue, dans une salle très isolée, presque aux combles de la maison. Les sbires se rangent autour de moi et me gardent. Un grand rideau de taffetas noir partageait cette salle. Deux des inquisiteurs paraissent ; les sbires sortent.

— Levez-vous, me dit l’un d’eux, et répondez avec autant de clarté que de précision. Avez-vous connu une femme nommée Durand ?

— Oui.

— Avez-vous exercé des crimes avec elle ?

— Non.

— Vous a-t-elle quelquefois mal parlé du gouvernement de Venise ?

— Jamais.

— Juliette, dit gravement l’autre juge, vous en imposez dans vos réponses ; vous ne nous instruisez pas autant que nous le sommes ; vous êtes coupable. Tenez, continua-t-il en tirant le rideau et me laissant voir le corps d’une femme pendue au plafond, dont je détournai sur-le-champ les yeux avec horreur, voilà votre complice : c’est de cette façon que la république punit les fourbes et les empoisonneuses. Sortez sous vingt-quatre heures de son territoire, ou voilà le sort qui vous attend demain.

Je m’évanouis. Quand je repris l’usage de mes sens, j’étais entre les mains d’une femme que je ne connaissais point, et les sbires m’entouraient encore. On m’entraîna de cette salle.

— Allez chez vous, me dit le chef des sbires, exécutez fidèlement… ponctuellement les ordres de la république. Ne réclamez point contre celui qui confisque vos biens ; c’est-à-dire seulement ce que vous avez placé sur Venise, vos meubles et vos bijoux. Partez avec le reste, ou vous êtes morte si demain le soleil vous retrouve encore dans la ville.

— J’obéirai, monsieur, répondis-je, j’obéirai, je n’ai pas envie de rester plus longtemps dans un pays où l’on punit les gens pour n’avoir pas voulu mal faire.

— Silence, madame, silence ; si votre propos était entendu par d’autres, vous ne sortiriez pas de ce palais.

— Allez, brave homme, dis-je à cet alguazil en lui remettant cent sequins, je vous entends et vous remercie ; je ne serai plus demain dans vos tristes lagunes.

Mes malles furent bientôt faites. Lila et Rosalba paraissaient désirer rester à Venise, où elles faisaient fort bien leurs affaires ; je les y laissai ; je n’emmenai qu’une seule femme, qui ne m’avait pas quittée depuis mon mariage, et dont je ne vous ai jamais parlé, parce qu’elle ne jouait jamais de rôle dans mes aventures. Ayant la permission de garder mon portefeuille et mon argent comptant, j’emportai plus de huit cent mille francs ; tout le reste fut confisqué au profit de la république ; mais ce qui me restait des fonds placés sur Rome, s’élevant à cinq millions de rente, suffisait à me consoler. Je dus, dès le même soir, coucher à Padoue, d’où je gagnai Lyon en moins de huit jours ; je m’y reposai. Ce petit carême me fit violemment éprouver le besoin de foutre ; et pour y satisfaire, je descendis tout naturellement chez une célèbre maquerelle dont on m’avait donné l’adresse, et qui me fournit, pendant les quinze jours que je passai chez elle, tout ce qui pouvait, dans l’un et l’autre sexe, satisfaire amplement mes désirs.

Ne voyant plus aucun danger pour moi de retourner à Paris, puisqu’il y avait longtemps que le ministre qui m’en avait chassée n’était plus au monde, je me déterminai d’y rentrer ; j’en fis part à Noirceuil, et j’attendis sa réponse. Enchanté de me revoir, ce cher et bon ami m’assura que je lui ferais grand plaisir en venant lui montrer les progrès de son élève. J’écrivis sur-le-champ à l’abbé Chabert de m’amener ma fille à Paris, dans un hôtel garni que je lui indiquai. Nous y arrivâmes presque au même instant. Marianne atteignait sa septième année ; il était impossible d’être plus jolie ; mais la nature était muette en moi ; le libertinage l’avait éteinte. Voilà donc quels sont ses effets : il semble qu’en s’emparant avec tyrannie d’une âme, il ne veuille y laisser aucun autre sentiment que ceux qu’il inspire, ou que, si, par hasard, en dépit de lui, quelque autre parvient à nous pénétrer, il ait aussitôt la puissance de le corrompre ou de le tourner à son profit. Je n’éprouvai, je dois en convenir, d’autres mouvements, en embrassant Marianne, que ceux de la lubricité.

— La jolie élève à former ! dis-je bas à Chabert. Oh ! je veux préserver celle-là des fautes qui firent quitter Paris à sa mère, et de celles qui firent perdre la Durand à Venise. Je lui ferai si bien sentir la nécessité du crime qu’elle n’en quittera jamais la route, et si jamais la vertu voulait se faire entendre au fond de son cœur, je veux qu’elle y trouve le vice si bien établi qu’elle n’ait même pas la possibilité de l’attaque.

Chabert, qui avait présidé à l’éducation de Marianne, se plut à me faire admirer tous ses petits talents : elle était musicienne, dansait à merveille, dessinait joliment… parlait italien, etc.

— Et le tempérament ? dis-je à l’abbé.

— Je crois qu’elle en aura, me répondit Chabert, et si l’on n’y prend garde, la petite friponne se branlera bientôt.

— Je l’aiderai, dis-je, je jouirai singulièrement à recueillir les premières preuves de sa nubilité.

— Il faut attendre, me dit l’abbé, ou vous risqueriez sa santé…

Mais cette considération me touchait peu. L’abbé, qui était venu plusieurs fois à Paris depuis mon absence, me remit au courant, et se chargea du soin de déplacer mes fonds de Rome, pour en acquérir ici les deux belles maisons de ville et de campagne que vous me connaissez.

Dès le lendemain, je fus trouver Noirceuil ; il me reçut avec la plus grande marque de joie, et me trouva, dit-il, fort embellie. Ayant continué de profiter de la faveur du ministre, tant qu’il avait vécu, Noirceuil, depuis mon départ, avait triplé sa fortune, et tout Paris le désignait aux premières places.

— Juliette, m’assura-t-il, sois bien certaine que je n’y monterai jamais sans t’y élever avec moi. Tu es nécessaire à mon existence ; je n’aime à commettre le crime qu’avec toi ; et de délicieux débordements s’offriront à nous, si j’obtiens encore une plus grande somme de crédit que celle, très considérable, dont je jouis toujours : il sera donc alors nécessaire de nous entendre pour profiter agréablement de cette veine…

Il exigea ensuite le récit de mes aventures ; et quand je vins à lui parler des cinq cent mille francs que j’étais chargée de remettre à Fontange de Donis, élevée dans un couvent de Chaillot, et qui devait être âgée de dix-sept ans, il m’engagea vivement à nous amuser de cette fille et à mettre les cinq cent mille francs dans ma poche. Ses raisonnements sur ces objets me persuadèrent tellement que je ne puis m’empêcher de vous les répéter : il est bon de vous prévenir que j’avais l’air de balancer, pour qu’il s’ouvrît davantage à moi. Voici donc comment il combattit mes objections simulées, un soir que je soupais dans sa petite maison de la Barrière-Blanche.

— Quand on a deux raisons pour faire une chose, Juliette, me dit-il, et aucune pour ne la pas faire, je vous avoue qu’il me paraît incroyable d’entendre demander si on la fera. Quand on a trente ans, de l’esprit, point de préjugés, plus de religion, plus de Dieu, aucun remords, la plus grande habitude du crime, beaucoup d’intérêt à faire cette chose, je vous avoue encore qu’il me paraît très singulier d’entendre demander si on fera cette chose ou non. Quand on a dans sa main tout ce qu’il faut pour opérer, que l’on a déjà fait des choses plus fortes, qu’on a trouvé du plaisir à les faire, que l’on a été vivement chatouillé de ce plaisir, je vous avoue franchement encore, lorsque la même dose de plaisir et une beaucoup plus grande d’intérêt s’y trouvent, qu’il me paraît très singulier d’entendre demander si on succombera. Vous mériteriez donc le fouet, ma chère Juliette, oui, le fouet, pour oser me consulter sur une chose de cette futilité : je vous déclare donc que si, dans quatre jours, elle n’est pas exécutée, je romps tout commerce avec vous, et vous regarde comme une femme faible, sans caractère, qui ne sait jamais se décider à rien. M’objecterez-vous que vous êtes assez riche pour vous passer d’une somme qui doit faire le bonheur d’une malheureuse orpheline ? Ah ! Juliette, l’est-on jamais assez ? Je vous accorde que cette somme ne doive vous servir qu’à des superfluités : je vous demande si la jouissance de ces superfluités, ne serait pas toujours préférable, pour vous, au vain plaisir de les donner à une petite fille que vous ne connaissez pas, et que vous éloigneriez par là des seuls plaisirs auxquels vous devez la soumettre.

Examinons maintenant l’existence de cette petite fille… Oh ! oui, c’est une chose assez importante pour mériter d’être approfondie. Que vous est-elle ? Rien. Qui est-elle ? La bâtarde d’une femme avec qui vous avez fait du libertinage : oh ! combien ces titres sont respectables ! Mais, voyons, qu’arrivera-t-il si vous remplissez l’objet prescrit ? Personne au monde ne vous en saura gré ; on dira seulement : elle a fait son devoir. Si, au contraire, vous gardez la somme, jamais aucun individu ne saura qu’elle vous a été confiée, et vous aurez le délicieux plaisir d’en jouir. Dites maintenant lequel vous flattera le plus, ou ce vain et futile devoir, ou ces jouissances que vous vous procurerez avec la somme ? Oh ! Juliette, pouvez-vous balancer un instant ! Je vais plus loin : je ne connais pas cette fille, mais examinez-la bien attentivement, regardez s’il n’est pas écrit au son front : C’est pour tes menus plaisirs que le ciel m’a mise en ce monde ; considère toutes les fatalités qui nous réunissent, et vois si ce n’est pas une victime que t’offre la nature en mon individu… Oui, ces mots sont écrits sur son front, vous les y lirez ; et qui les a placés, si ce n’est la main de la nature ? Mais, m’objecterez-vous peut-être, c’est tromper les intérêts d’une amie ; plus j’ai eu de torts avec elle, et plus je dois les réparer. Il y a deux choses à prouver ici : et que vous ne trompez point les intérêts de votre amie, et qu’il n’y a pas le plus petit mal à tromper les intentions d’un mort, quel que soit le respect imbécile que l’on ait eu de tout temps pour cela. En quoi manquerez-vous d’abord aux intentions de votre amie ? Son intention pure et simple est que cette somme aille à sa fille ; mais il n’est pas dit que vous ne deviez pas en jouir avant. Ainsi, gardez, avec l’intention de lui laisser la somme après vous, si elle existe : et voilà votre conscience en repos, si tant est que vous ayez besoin de la calmer. Ce qui tromperait le désir de votre amie serait que vous laissassiez ce bien à un tiers ; mais quand vous en jouirez avec le projet de le laisser après vous, assurément l’intention se trouve parfaitement remplie. Mme de Donis ne vous a pas dit : Conservez les jours de cet enfant, je vous les recommande, et si malheureusement elle meurt, le bien sera à vous, et n’y sera que dans ce cas. Elle vous a dit simplement : Voilà cinq cent mille francs, je les laisse à ma fille. Eh bien ! si cette fille vous survit, qu’elle les ait après vous, les vœux du mort sont remplis. Maintenant je vais plus loin : trompassiez-vous même les intentions de ce mort, quel respect imbécile pouvez-vous donc imaginer qu’on puisse devoir aux ordres d’un individu qui n’est plus au monde ? On lèse un individu en lui manquant lorsqu’il vit, parce que son existence passive reçoit la lésion, et qu’elle souffre du refus que vous faites de lui obéir ; mais quand cette existence est détruite, la douleur ne peut plus avoir lieu ; le choc est nul puisqu’il n’est plus d’être qui puisse le recevoir ; il est donc parfaitement impossible d’offenser un mort. Donc il résulte que tout héritier qui remplit à son détriment un legs, dans l’unique vue de satisfaire au défunt, est un imbécile aussi complet que celui qui jetterait son argent dans l’eau ; car celui-ci perd son argent, et l’autre sacrifie son bonheur à la satisfaction d’un être qui n’a plus d’existence, et je crois que l’un vaut bien l’autre. Il y a, comme cela, tout plein de petites institutions bénignes dans le monde, dont nous ne voulons pas nous défaire, et qui n’en sont pas moins ridicules pour cela. Toutes les clauses testamentaires ne doivent jamais être exécutées : il est absurde de vouloir les remplir ; absurde de vouloir donner à un homme la faculté d’agir quand il est mort ; c’est contre toutes les lois de la nature et du bon sens. Voilà donc l’objet résolu : en gardant les cinq cent mille francs, vous ne trompez point les intentions de votre amie ; je vous l’ai, je crois, suffisamment démontré. Examinons maintenant une autre branche de votre dilemme : si je rends, je fais la fortune de cette petite fille ; si je ne rends pas, je fais mon bonheur. Voici comment l’on peut répondre à cela.

Nous ne pouvons, ce me semble, estimer les qualités des autres que par les relations intimes qu’ils ont avec nous : ainsi, nous ne devons aimer un être quelconque que parce que ses rapports s’enclavent avec les nôtres ; sa figure nous charme, son esprit, son caractère, sa manière d’être, tout cela nous donne du plaisir, et nous éprouvons une jouissance réelle à voir cet objet ; mais entre deux jouissances, le bon sens dicte qu’il faut, quand on ne peut en avoir qu’une, choisir incontestablement la meilleure. Telle est votre position : ou il faut jouir de Fontange, en renonçant aux cinq cent mille francs, ou il faut jouir des cinq cent mille francs en renonçant à Fontange. Ici, je n’ai point de conseils à vous donner ; vous seule pouvez choisir la jouissance qui vous conviendra le mieux. Comparez, décidez, et souvenez-vous seulement que, quelque parti que vous preniez, vous éprouveriez nécessairement un petit remords, car vous savez que la vertu en donne comme le crime. D’après cela, si vous abandonnez Fontange et que vous gardiez l’argent, vous vous direz : Pourquoi donc ai-je pris ce parti ? Je regrette cette jolie personne. Si c’est le contraire que vous adoptez, vous direz : Que je suis faible !… je jouirais de cinq cent mille francs, et je suis obligée de m’en passer aujourd’hui… Mais observez que le premier de ces remords a nécessairement, auprès de lui, une consolation réelle, une consolation physique. Il est vrai que j’ai perdu Fontange, direz-vous, mais je jouis ; au lieu que le second n’a, pour toute consolation, qu’une jouissance isolée, qu’un sacrifice mort à la vertu, dont vous ne recueillerez jamais nul mérite, qu’une petite satisfaction intérieure, qu’un plaisir intellectuel très médiocre par lui-même, et toujours troublé par l’autre remords. L’un vous donne une privation de peu de conséquence et une jouissance physique délicieuse ; l’autre, une privation très réelle et une simple jouissance de l’esprit. Votre manière de penser, d’ailleurs, s’oppose à cette petite jouissance morale ; ce n’est pas quand on ne croit à rien, ce n’est pas quand on déteste la vertu et qu’on adore le vice, ce n’est pas quand on aime le crime par lui-même et par intérêt, que l’on peut être longtemps touché des jouissances vertueuses. Comparez cela maintenant avec les charmes de jouir de vos cinq cent mille francs, et vous verrez ce que vous éprouverez. L’objet, dites-vous, est de n’avoir point de remords : faites donc, sur-le-champ et sans balancer, le crime que vous projetez ; car je vous réponds que, si vous ne le faites pas, vous ne vous serez pas plus tôt ôté la possibilité de le faire, que vous serez dévorée du regret d’avoir manqué une si belle occasion de posséder cet argent. Le crime n’est pas pour vous ce qu’il est pour les autres : vous êtes parvenue à y trouver un chatouillement très vif, il vous cause de la volupté : ne doutez donc point que cette volupté, dont vous jouirez d’autant mieux ici qu’il n’y a plus de freins à rompre, ne contrebalance entièrement la petite peine que tout autre être pourrait trouver à cette action.

Ainsi, je vois pour vous, dans le cas du crime fait, d’abord une jouissance à le faire, ensuite une jouissance à l’avoir fait ; et dans l’autre cas, je ne vois qu’une privation décidée… privation dont vous allez souffrir d’autant plus, que vos caprices augmenteront tous les jours, auront tous les jours un nouveau besoin d’argent pour être assouvis ; et pour tout dédommagement, je ne vois que la douceur isolée… momentanée et faible pour tous les êtres… entièrement frivole pour vous, d’avoir, non pas fait une bonne action, mais une action fort ordinaire. Car, peut-être vous la passerais-je, s’il y avait ce qu’on appelle de l’héroïsme, attendu qu’au moins l’orgueil y serait satisfait, au lieu qu’ici il n’y a pas la plus légère jouissance : votre action n’est ni grande ni belle ; elle n’est que simple. Vous ne faites aucun bien en laissant jouir Fontange, et vous vous faites un très grand mal en ne l’en empêchant pas. Mais il faudra, dites-vous, se défaire de cette petite fille, pour qu’elle ne puisse jamais savoir le vol que je lui fais. Eh bien ! dès que vous concevez à merveille les meurtres de débauche, il me semble que vous devez concevoir, tout aussi facilement, ceux qui n’ont que l’intérêt pour but. Tous deux sont également inspirés par la nature ; tous deux ont le même objet et les mêmes passions. On commet le meurtre de débauche pour s’irriter aux plaisirs des sens ; on commet toutes les autres sortes de meurtres dans l’égale vue de satisfaire une passion. Il n’y a pas à cela la plus légère différence : toutes celles que vous y voudriez établir seraient frivoles ; le motif seul pourrait établir quelque distance. Or, il est assurément bien plus légitime de se livrer au délit, par un intérêt puissant, que par le seul agrément d’une chatouilleuse émission. Vous voulez bien commettre le meurtre pour irriter votre tête, pour délecter votre imagination, et vous ne l’osez point quand il s’agit d’une fortune.

Le résultat est donc que, si les égarements que Fontange vous procure l’emportent sur ceux que vous pouvez attendre de son bien, il faut garder Fontange, la marier, et jouir du sot et froid plaisir d’avoir fait votre devoir… d’avoir fait une belle action, relative à Fontange, mais une très mauvaise par rapport à vous : car, ne vous y trompez pas, se priver d’une mauvaise action n’est point du tout égal à en faire une bonne. Il peut, à la rigueur, se rencontrer quelquefois un peu de mérite à faire une belle action ; il n’y en a jamais à se priver du plaisir d’en faire une mauvaise ; parce que la première a de l’éclat, et que l’autre n’en a point. La seconde branche du résultat est que, si les plaisirs que vous pourriez attendre de ce supplément de fortune vous touchent plus que le bonheur de Fontange, il faut très promptement vous débarrasser d’elle : car vous ne pouvez jouir de ces deux bonheurs à la fois, et vous devez nécessairement sacrifier le plus faible.

Examinons maintenant quelle est l’espèce de sentiment que vous devez à Mme de Donis… Aucun, ce me semble. La volupté vous a réunies, le crime vous a séparées. Dût-elle exister encore, assurément vous ne lui devez rien ; morte, beaucoup moins, sans doute. Il serait absurde, extravagant, d’avoir encore un sentiment quelconque pour un être qui ne peut plus en jouir ; on ne doit aux mânes de cet être ni respect, ni considération, ni amour, ni souvenir ; il ne peut occuper l’imagination en quelque sens que ce puisse être, parce qu’il ne le pourrait que désagréablement, et vous savez qu’il est dans nos principes de ne jamais laisser parvenir à l’esprit que des idées agréables ou voluptueuses. Or, cette série d’idées se prolonge en molestant la fille, puisque ce fut par volupté que vous vous défîtes de la mère : ces idées se troubleraient, se dégraderaient infailliblement, si vous alliez maintenant rendre service à la fille. Il n’y a donc non seulement aucun inconvénient à ce que vous ne soyez utile en rien à cette fille, mais il est même nécessaire à votre volupté que vous la rendiez très malheureuse. Les idées, nées de l’infortune où vous allez la plonger, se renoueront à celles des atrocités répandues, exécutées par vous, sur le reste de la famille ; et, de la réunion de toutes ces idées, naîtra nécessairement pour vous un tout voluptueux, absolument absorbé par des procédés contraires.

Ne m’alléguez pas les sentiments de tendresse éprouvés par vous, autrefois, pour Mme de Donis. Il serait absurde de les réveiller, non pas seulement à cause que vous les avez troublés par votre crime, mais parce qu’il faut bien se garder d’en conserver le moindre pour quelqu’un qui n’existe plus : ce serait user les facultés de son cœur à une chose inutile, et nuire à son action pour des choses plus réelles ; rien ne doit nous être plus indifférent qu’un être privé de la vie6. Ainsi, vous voilà, vis-à-vis de Mme de Donis, dans le cas où vous pouvez très bien l’offenser, puisque vous ne lui devez rien, et où, en l’offensant, vous n’offensez rien, puisqu’elle n’existe plus ; il y aurait donc, je vous le répète, la plus affreuse extravagance, à vous, de balancer. Mais vous entendez, dites-vous, une voix secrète qui semble vous dire de résister ; vous me demandez si cette voix est celle de la nature ? Eh ! non, Juliette, non, non ; cette voix, à laquelle il est inconcevable que vous puissiez vous tromper, n’est autre que celle du préjugé auquel vous avez la faiblesse de laisser encore quelque empire, parce qu’il s’agit ici d’un genre de délit qui ne vous est pas aussi familier que ceux où vous vous livrez d’ordinaire, et qui, cependant, n’est autre chose que celui du vol que vous aimez et où vous vous livrez journellement. Vous prenez donc bien certainement ici la voix du préjugé pour celle de la nature, tandis que celle-ci, bien différente, sans doute, ne vous conseille que de vous rendre heureuse, n’importe aux dépens de qui. Épurez-la donc, cette voix, dégagez-la de tout ce qu’elle a d’hétérogène : vous l’entendrez dans toute sa pureté, et cessant de flotter désagréablement ainsi, vous agirez alors en paix, sans crainte de vous donner des remords, sans crainte d’outrager une nature que vous servez, au contraire, en accomplissant le crime qu’elle vous indique par le désir qu’elle vous en donne.

Ce que je ferais, à votre place, serait donc de m’amuser complètement de cette jeune fille, de lui ravir son bien, et de la mettre ensuite dans une telle position d’infortune que vous puissiez, à chaque instant, augmenter votre bonheur des charmes de la voir languir : ce qui, pour la volupté, vaudra mieux que de la tuer. La félicité que je vous conseille sera infiniment plus vive : il y aura alors, et le bonheur physique acquis par la jouissance, et le bonheur intellectuel né de la comparaison de son sort au vôtre ; car le bonheur consiste plus à ces sortes de comparaisons qu’à des jouissances réelles. Il est mille fois plus doux de se dire, en voyant des malheureux : Je ne leur ressemble pas, et voilà ce qui me met au-dessus d’eux, que de se dire tout simplement : Je jouis, mais je jouis au milieu de gens tout aussi heureux que moi. Ce sont les privations des autres qui nous font sentir nos jouissances ; au milieu d’êtres qui en auraient d’égales aux nôtres, nous ne serions jamais contents : voilà pourquoi l’on dit, avec beaucoup de raison, que ce n’est jamais qu’au-dessous de soi qu’il faut regarder pour être heureux, jamais au-dessus. Si donc c’est le spectacle des malheureux qui doit nécessairement compléter notre bonheur par la comparaison fournie d’eux à nous, il faut donc se garder de soulager ceux qui existent ; car en les sortant, par ces secours, de la classe qui fournit à vos comparaisons, vous vous privez de ces comparaisons, et, par conséquent, de ce qui améliore vos jouissances. Mais il ne faut pas s’en tenir à ne pas soulager les malheureux, pour se conserver cette classe utile à des comparaisons d’où résulte la plus haute portion de votre bonheur : il faut en faire toutes les fois que l’occasion s’en trouve, et pour multiplier cette classe, et pour en composer une qui, devenant votre ouvrage, aiguise les délices qui vont résulter pour vous des comparaisons fournies. Ainsi, la jouissance complète, ici, serait de vous emparer du bien de cette fille, de la réduire ensuite à l’aumône, de la contraindre, en quelque façon, à la venir demander à votre porte, où vous la lui refuseriez cruellement, afin, en rapprochant ainsi l’infortune de vous, d’améliorer votre jouissance par une comparaison plus intime, et d’autant meilleure, que le désordre procuré devient votre ouvrage.

Voilà ce que je vous conseille, Juliette, voilà ce que je ferais à votre place… Je banderais tous les jours à ces délicieuses idées… au spectacle plus divin des malheurs que j’aurais causés ; et je m’écrierais, au milieu de ces délicieux plaisirs : Oui, la voilà ; je l’ai acquise par un crime, elle ; et ce bien dont je paierai des voluptés si douces, tout est crime ; je suis, par ce procédé, dans un état perpétuel de crimes ; il n’est pas un de mes plaisirs qui n’en soit souillé… Et avec votre imagination, Juliette, oh ! comme cette complication doit être divine !

Noirceuil bandait beaucoup en terminant sa digression, et comme nous n’avions encore rien fait ensemble depuis mon retour, nous nous jetâmes sur un canapé. Là, je lui avouai que j’étais bien loin d’avoir balancé sur le sort de cette petite fille, et que ce que je lui avais dit n’était que pour lui donner occasion de mieux développer ses systèmes. Je lui promis cette jeune personne, en l’assurant que, quelque intéressante qu’elle pût être, nous la livrerions bien sûrement au sein de la plus déplorable misère, après en avoir tiré tout ce que nous voudrions.

— Oh ! Juliette, me dit Noirceuil, en maniant et baisant mes fesses, si tu t’es dépravée pendant ton voyage, je t’ai bien imitée dans cet intervalle ; et tu me retrouves mille fois pis que je n’étais encore : il n’est pas une seule horreur où je ne me sois livré depuis que je ne t’ai vue. Le croirais-tu ? La mort de Saint-Fond est mon ouvrage. J’aspirais à la place ; je l’ai manquée ; mais je succède bien décidément à celui qui l’occupe aujourd’hui ; tous mes filets sont déjà tendus pour le faire périr ; et quand j’aurai cette place, que j’ambitionne autant parce qu’elle met en mes mains, et toute la puissance du prince imbécile, et toute la richesse de son royaume, oh ! Juliette, de quelle somme de plaisirs nous jouirons alors ! Je veux que tous mes instants soient marqués par des crimes : tu ne faibliras pas avec moi comme avec Saint-Fond, et nous irons bien loin ensemble.

Il fallut enfin présenter le derrière à ce furieux ; mais il s’en retira sans perdre de foutre.

— J’attends quelqu’un, me dit-il. Il faut que je t’instruise : c’est une très jolie créature d’environ vingt-deux ans, dont j’ai fait mettre le mari en prison afin de posséder la femme. Si elle dit un mot, cet époux peut être exécuté demain ; mais comme elle l’adore, elle se gardera bien de prononcer ce mot. Elle a un enfant qu’elle idolâtre ; je veux la faire renoncer à tout ; je veux foutre la femme, faire rouer le mari et envoyer l’enfant à l’hôpital. Il y a deux mois que je travaille à cette opération et n’ai pu rien obtenir encore sur l’amour et sur la vertu de cette femme. Tu vas voir comme elle est jolie ; je veux que tu m’aides à la séduire.

Voici le fait. Un meurtre a été commis dans sa maison ; elle y était seule avec l’homme assassiné, son mari et un autre homme. Elle devient témoin nécessaire ; l’homme a déposé contre le mari, mais il faut le témoignage de la femme, puisqu’elle était seule en ce moment à la maison.

— Scélérat ! c’est toi qui as conduit toute cette trame, tu as fait tuer l’homme par le témoin que tu as séduit, et qui a déposé que c’était l’époux ; tu veux que la femme en dise autant, et pour le plaisir de posséder cette femme, et pour celui, plus piquant encore, de l’avoir rendue l’assassin de son mari.

— Oh ! Juliette, comme tu me connais !… Oui, tu sa raison, j’ai fait tout cela ; mais je veux compléter mon crime et je compte sur toi… Ah ! comme je déchargerai voluptueusement ce soir en foutant cette femme.

Elle arriva. Mme de Valrose était effectivement une des plus jolies créatures qu’il fût possible de voir : petite, mais faite à peindre… de l’embonpoint, la peau éblouissante, les plus beaux yeux du monde, la gorge et les fesses moulées.

— Eh bien ! madame, lui dit Noirceuil, êtes-vous décidée ?

— Oh, ciel ! répondit, les larmes aux yeux, cette charmante femme, comment voulez-vous que je me décide à une telle horreur ?

— Prenez garde à vous, madame, dis-je vivement ici ; M. de Noirceuil, en me mettant au fait de ce qui vous regarde, m’a permis de vous donner un avis : songez que votre époux est déjà perdu, n’y eût-il qu’un témoin, et vous savez qu’il y en a un ; ce seul témoin suffirait à le perdre.

— Mais, madame, il n’est point coupable : le témoin qui le charge est le meurtrier lui-même.

— Vous ne le persuaderez jamais à vos juges : ce témoin n’avait nul rapport avec l’homme assassiné, et M. de Valrose en avait beaucoup. Vous devez donc regarder votre mari comme perdu ; c’est incontestable. Or, puisque dans cette terrible certitude, M. de Noirceuil, dont vous connaissez le crédit, vous offre de le sauver, si vous voulez déposer contre lui, je ne…

— Mais à quoi sert cette déposition, puisqu’il veut le sauver ?

— Il ne le peut sans cette déposition ; c’est d’elle dont il se servira pour prouver que la procédure est informe, et les faits calomnieux, sans doute, dès que la femme sert elle-même de témoin.

— Mais alors, je serais punie ?

— Un couvent… dont nous vous tirerons huit jours après… Oh ! madame, comment se peut-il que vous balanciez ?

— Mais mon mari me croira coupable ; il saura que j’ai voulu le perdre : cette idée pèsera sur mon cœur, je ne pourrai jamais revoir cet époux adoré : je ne le sauve qu’en me brouillant éternellement avec lui.

— J’en conviens, mais ne vaut-il pas mieux cela que de l’envoyer à la mort ? Et, si vous l’aimez véritablement, ne devez-vous pas préférer sa vie au bonheur de le posséder ? S’il meurt, n’en serez-vous pas de même séparée ?

— Funeste alternative !… Et si l’on me trompe… si cet aveu achève de le perdre, au lieu de le sauver ?

— Ce soupçon injurieux, dit alors Noirceuil, est la récompense du bien que je veux vous faire, madame, et je vous en remercie.

— En vérité, repris-je avec chaleur, vous mériteriez, madame, que M. de Noirceuil vous abandonnât sur-le-champ : comment osez-vous soupçonner ainsi le plus vertueux des hommes ?

— Il met, aux soins qu’il veut me rendre, un prix qui me déshonore. J’idolâtre mon mari, je ne lui ai manqué de mes jours, et ce n’est pas quand il est dans le malheur que je comblerai son infortune par un aussi sanglant outrage.

— Cet outrage est imaginaire, jamais votre époux ne s’en doutera. Avec l’esprit que vous annoncez, je suis étonnée que vous teniez à ces chimères. Ce ne sont point vos sentiments, d’ailleurs, que désire M. de Noirceuil, ce ne sont que vos faveurs, et la lésion, dès lors, doit vous paraître beaucoup moins sensible. Mais, je vais plus loin : cette lésion dût-elle même exister, de quelle considération devient-elle dès qu’il s’agit de sauver votre époux ? Il me reste donc à défendre M. de Noirceuil sur le prix qu’il exige. Ah ! madame, vous connaissez bien peu l’esprit du siècle, si vous supposez qu’on oblige gratuitement aujourd’hui. En vérité, M. de Noirceuil, pour un service que vous ne payerez pas encore assez de votre fortune entière, se contente, selon moi, de bien peu, en n’exigeant que vos faveurs. En un mot, vous tenez dans vos mains la vie de votre époux : sauvé en l’accusant, perdu si vous ne le chargez pas, voilà votre sort ; prononcez.

Et ici, la chère petite femme tomba dans une crise épouvantable de douleurs, qui mit Noirceuil dans un tel embrasement que le scélérat vint se faire branler par moi sous ses yeux. Elle s’évanouit.

— Allons, sacredieu, trousse-la ! dit Noirceuil que je la foute…

Et comme, en la délaçant, j’avais mis sa jolie gorge à l’air, Noirceuil la pétrissait déjà de cette manière barbare dont il avait coutume de caresser cette partie. J’achève de déshabiller cette pauvre petite créature ; et la plaçant sur mes genoux, toujours évanouie, j’expose ce joli cul à ce libertin qui, pendant que je lui tiraille les poils en dessous, se dispose à la sodomie, suivant son usage. Noirceuil, qui ne se souciait nullement de ménager sa victime, pénètre avec tant de violence que la moribonde ouvrit enfin les yeux…

— Où suis-je ? s’écria-t-elle, et qu’ose-t-on entreprendre ?

— Un peu de patience, mon enfant, répondis-je assez durement, et l’on aura bientôt de vous tout ce que l’on en veut…

— Mais on me fait des choses…

— Que jamais n’entreprit votre époux, n’est-ce pas ?

— Jamais, jamais ; cette horreur me fait frissonner.

— Songez donc, madame, dit le féroce Noirceuil, enculant toujours, qu’il ne s’agirait que de couper la cloison qui sépare, pour rendre absolument nulle l’action contre laquelle vous vous récriez ; et si vous voulez, Juliette, avec un rasoir…

— Fouts, fous, Noirceuil ! tu commences à déraisonner…

Et la petite femme, se débattant toujours :

— Oh ! lâchez-moi, c’est une violence, c’est une abomination !

— Double putain ! dit Noirceuil s’armant d’un pistolet dont il lui met le bout sur la tempe, si tu me déranges, si tu dis un mot, tu es morte…

C’est alors que la malheureuse conçoit que la résignation est son seul lot. Elle abaisse sur mon sein sa belle tête en larmes, je lui pince la motte, et la lui épile, et lui occasionne, en un mot, des douleurs si vives que Noirceuil, serré dans cet anus comme dans un étau, se sent près d’élancer son foutre. Il saisit les tétons en dessous avec une telle violence, les douleurs deviennent si cuisantes, que le coquin décharge en jetant les hauts cris. Il se retire ; et, me jetant sur cette charmante femme, j’en jouis à mon tour, en mourant de plaisir. Cette scène ranime Noirceuil ; bandant encore, il veut s’y joindre ; par mon attitude, mes fesses lui sont présentées, il les baise et, mettant son vit dans la bouche de Valrose, il lui ordonne de le sucer ; le premier mouvement en est d’horreur, le second un de désobéissance. Quel groupe ! J’étais couchée sur Valrose ; Noirceuil, en sens contraire, l’était également sur moi ; il s’excitait dans la bouche de cette jolie petite femme, et venait gamahucher mon cul. Je couvris de foutre le con de ma branleuse ; Noirceuil répandit le sien dans sa bouche. Nous nous rajustâmes.

— Eh bien ! dit Noirceuil quand il fut de sang-froid, voilà l’infidélité commise ; balancerez-vous maintenant à sauver votre mari ?

— Eh ! monsieur, cela le sauvera-t-il ? dit cette charmante créature, de l’air le plus doux et le plus intéressant ; êtes-vous bien sûr que cela le sauvera ?

— Je vous en fais le serment le plus sacré, dit le traître, et je consens à ne jamais renouveler avec vous les plaisirs que je viens de goûter si je vous trompe. Venez me trouver demain matin, nous irons ensemble chez le juge, vous signerez que votre mari est coupable ; je vous le rends après-demain.

— Oh ! Noirceuil, dis-je bas à ce monstre, que j’idolâtre en toi cette persévérance dans le crime, même au moment où s’éteignent les passions qui semblent t’y porter.

— N’en ai-je pas joui ? me répondit Noirceuil ; et ne sais-tu pas que mon foutre signe toujours un arrêt de mort ? Nous nous retirâmes. Mme de Valrose, que je ramenai, me supplia de m’intéresser pour elle ; et je le lui promis, avec la sincérité que l’on doit à une putain dont on est lasse. Le lendemain, elle déposa ; le surlendemain, Noirceuil arrangea les choses avec tant d’art, que la pauvre petite malheureuse fut déclarée complice du mari et pendue près de lui, dans la même heure où celui-ci fut exposé sur la roue, après avoir été rompu. Je branlai Noirceuil, à une croisée d’où nous vîmes toute l’expédition ; il me le rendait. Depuis longtemps, je n’avais ai délicieusement déchargé. Noirceuil demanda l’enfant, par motif de commisération : il l’obtint, le foutit et le mit à la porte au bout de vingt-quatre heures, sans lui donner le moindre secours.

— Cela vaut bien mieux que de le tuer, me dit-il, ses souffrances seront bien plus longues, et je jouirai bien plus longtemps d’en être la cause.

Cependant l’abbé Chabert m’avait trouvé tout ce qu’il me fallait. Je m’établis, au bout de huit jours de mon arrivée à Paris, dans un hôtel délicieux, vous le connaissez ; et j’achetai, près d’Essonnes, la belle terre où nous voici réunis ; je plaçai le reste de mon bien en différentes acquisitions, et me trouvai, mes affaires faites, à la tête de quatre millions de rente. Les cinq cent mille francs de Fontange servirent à meubler mes deux maisons, avec la magnificence que vous y voyez. Je m’occupai, ensuite, d’arrangements libidineux ; je me formai les différents sérails de femmes que vous me connaissez, à la ville et à la campagne ; je pris trente valets de la plus belle taille et de la plus délicieuse figure, choisis surtout à la grosseur du membre, et vous savez l’usage que j’en fais. J’ai, de plus, six maquerelles qui ne travaillent absolument que pour moi dans Paris, et chez lesquelles, quand je suis à la ville, je me rends trois heures tous les jours. A la campagne, elles m’envoient ce qu’elles découvrent, et vous avez souvent pu juger de leurs fournitures. Peu de femmes, d’après cela, doivent se flatter de jouir plus délicieusement de la vie ; et cependant je désire toujours ; je me trouve pauvre ; mes désirs sont mille fois supérieurs à mes facultés ; je dépenserais le double, si je l’avais ; et il ne sera jamais rien que je ne fasse pour augmenter encore ma fortune ; criminel ou non, je ferai tout. Dès que ces divers arrangements furent pris, j’envoyai chercher Mlle de Donis à Chaillot ; je fis payer sa pension, et la retirai. Rien, dans la nature entière, n’était aussi joli que cette fille. Représentez-vous Flore elle-même, et vous n’aurez encore, de ses grâces et de ses attraits, que la plus imparfaite idée. Agée de dix-sept ans, Mlle de Donis était blonde ; ses cheveux superbes la couvraient en entier ; ses yeux étaient du plus beau brun : on n’en vit jamais de plus vifs, ils pétillaient à la fois d’amour et de volupté ; sa bouche délicieuse ne paraissait s’ouvrir que pour l’embellir encore ; et ses dents, les plus belles du monde, ressemblaient à des perles qu’on avait semées sur des roses. Nue, cette superbe fille eût pu servir de modèle aux Grâces. Quelle motte rebondie ! quelles cuisses rondes et appétissantes ! quel sublime cul ! Ô Fontange ! qu’il fallait être à la fois cruelle et libertine, pour ne pas faire grâce à tant d’attraits, et pour ne pas t’excepter, au moins, du sort rigoureux que je destinais à toutes mes jouissances !

Prévenue depuis cinq ans, par sa mère, de me rendre tous les respects et tous les soins possibles, aussitôt qu’elle sut que c’était moi qui l’envoyais prendre, elle se félicita intérieurement de ce bonheur ; et en arrivant, éblouie de ce faste, de cette multitude de valets, de femmes, de cette magnificence de meubles, dont elle n’avait encore aucune idée, n’étant jamais sortie de son couvent, elle s’imagina voir l’Olympe et se crut transportée, toute vive, dans le séjour azuré des dieux : peut-être même me prenait-elle pour Vénus. Elle se jette à mes genoux ; je la relève ; je baise sa jolie bouche de rose, ses deux grands yeux et ses deux joues d’albâtre que la pudeur anima, sous mes lèvres, du plus joli vermillon de la nature. Je la presse contre mon sein et je sens son petit cœur battre sur ma gorge, comme celui de la jeune colombe qu’on arrache au sein de sa mère. Elle était assez bien vêtue, quoique avec simplicité : un joli chapeau de fleurs, de superbes cheveux blonds, retombant en boucles flottantes sur deux épaules délicieusement coupées. Elle me dit, du son de voix le plus doux et le plus flatteur :

— Madame, je rends grâce au ciel qui me procure l’avantage de vous consacrer ma vie ; je sais que ma mère est morte, et je n’ai plus que vous dans le monde.

Alors ses paupières se sont mouillées, et j’ai souri.

— Oui, mon enfant, lui ai-je dit, votre mère est morte ; elle a été mon amie ; elle mourut singulièrement… elle me laissa de l’argent pour vous. Si vous vous conduisez bien avec moi, vous pourrez être riche ; mais tout cela dépendra de votre conduite, de votre aveugle obéissance à toutes mes volontés.

— Je serai votre esclave, madame, me répondit-elle, en se courbant sur ma main.

Et je rebaisai sa bouche une seconde fois avec un peu plus de détail. Je fis découvrir la gorge… Elle rougissait, elle était émue, et m’adressait néanmoins, toujours avec esprit, ce qu’elle pouvait placer d’honnête et de respectueux. Alors je la reprends une troisième fois dans mes bras, ses cheveux épars, sa jolie gorge bien nue, et je lui dis, en dévorant sa bouche :

— Je crois que je vous aimerai, car vous êtes douce et fraîche…

L’idée de la scandaliser me vint alors : rien n’est joli comme le scandale donné par le vice à la vertu. Je sonne mes femmes ; je me fais mettre nue devant cette jolie petite fille ; et m’examinant devant une glace :

— Est-il vrai, Fontange, lui dis-je en la baisant, est-il vrai que mon corps est beau ?

Et la pauvre petite détourna les yeux en rougissant. J’avais, autour de moi, quatre de mes plus belles femmes : Phryné, Laïs, Aspasie et Théodore ; toutes quatre de seize à dix-huit ans, et plus belles que Vénus.

— Approchez donc, mademoiselle, lui dit Laïs, c’est une faveur que madame vous accorde ; il faut en profiter.

Elle vient, en baissant les yeux. Je lui prends la main ; je la place sur moi.

— Comme elle est enfant ! dis-je à mes femmes. Phryné, faites donc voir à cette petite fille ce qu’il faut qu’elle fasse…

Et me penchant sur une ottomane, Phryné s’assoit à mes côtés, prend ma tête sur son sein et me branle le clitoris. Aucune femme ne s’acquitte de ce devoir comme celle-là. Son exécution est savante, ses coups de doigts lascifs ; elle baise et caresse singulièrement le derrière ; sa langue, quand je le veux, chatouille l’anus à merveille ; ses mouvements, au mont de Cypris, s’accordent étonnamment bien avec ceux de l’autre temple, qu’elle suce délicieusement quand on veut. Pendant qu’elle agissait, Laïs, juchée sur ma poitrine, venait, en s’accroupissant sur ma bouche, me faire sucer son petit con ; Théodore me branlait le cul, et la belle Aspasie rapprochait Fontange du spectacle, en l’obligeant d’y fixer les yeux, et la branlant pour adoucir ses maux.

— Est-ce que vous n’avez jamais fait la même chose avec vos compagnes ? lui demandait Aspasie.

— Oh ! jamais !

— C’est impossible, disais-je, tout en suçant le cul de Laïs, je sais qu’on se branle beaucoup au couvent… J’avais déjà troussé toutes mes compagnes à votre âge.

Puis, quittant le con que je suce :

— Venez me baiser, lui dis-je.

Elle avance ; je la dévore.

— Déshabillez-la donc, dis-je à mes femmes.

Et l’attitude se rompt un moment pour quitter, toutes à la fois, les incommodes vêtements qui gênent mes plaisirs. Toutes les cinq sont en un instant aussi nues que moi. Dieu ! que Fontange était belle ainsi ! que de blancheur ! quelles proportions !

— Allons, dis-je, qu’on la place sur moi, de manière à ce que j’aie son petit con sur mes lèvres. Vous, Aspasie, vous saisirez le cul qu’elle vous offrira par cette posture, et vous lui langoterez l’anus. Phryné, vous lui branlerez le clitoris, de manière à ce que le foutre qu’il exhalera vienne distiller dans ma bouche. Je vais écarter mes cuisses : vous, Théodore, vous gamahucherez mon con, et vous, Laïs, vous lécherez le trou de mon cul. De grâce, mes belles amies, mettez en usage tout ce que vous savez ; usez de toutes vos recherches, car cette petite fille m’excite beaucoup, et je veux perdre, pour elle, infiniment de foutre.

Je n’ai pas besoin de vous peindre tout le plaisir que je devais retirer de cette voluptueuse scène : j’étais dans l’ivresse. Enfin, la volupté s’empare de la jeune Fontange ; elle ne peut résister aux délicates sensations dont elle est enivrée. La pudeur cède au plaisir, et la novice décharge. Oh ! comme un premier foutre est délicieux ! avec quels délices je le dévorait !

— Retournez-la, dis-je à mes femmes ; qu’elle place sa tête entre les cuisses de Théodore, et qu’elle la gamahuche ; moi, je lui branlerai le cul avec la langue ; Laïs me le rendra ; je manierai, je branlerai un cul de chaque main.

Nouvelle extase, nouvelle éjaculation de ma part ; je n’y tiens plus ; je saisis Fontange ; je me précipite sur elle ; je réunis mon clitoris au sien ; je frotte avec ardeur ; je dévore sa bouche ; mes femmes branlent mon cul, le fouettent, passent leurs mains en dessous pour chatouiller ma motte, me comblent, en un mot, de plaisir, et je décharge pour la dixième fois au moins, en inondant de mon sperme impur le con délicieux de la plus vierge et de la plus jolie des filles.

Le foutre éjaculé, l’illusion disparut. Toute belle qu’était Fontange, je ne la voyais plus qu’avec cette indifférence maligne qui réveille en moi la cruauté, quand je me suis rassasiée des objets, et bientôt sa sentence est écrite au fond de mon cœur.

— Rhabillez-la, dis-je à mes femmes.

J’en fais autant ; nous restons seules.

— Mademoiselle, lui dis-je sévèrement, n’arguez rien de ce moment d’ivresse où la nature m’a plongée malgré moi ; n’allez pas vous imaginer que ce soit, de ma part, une affaire de prédilection ; j’aime les femmes en général ; vous m’avez satisfaite ; tout est dit. Il faut maintenant que vous sachiez que votre mère m’a remis cinq cent mille francs pour vous composer une dot : comme vous auriez pu l’apprendre par d’autres, il est plus simple que je vous en prévienne.

— Oui, madame, je le savais.

— Ah ! vous le saviez, mademoiselle, je vous en félicite ; mais ce que vous ne saviez pas, c’est que madame votre mère doit ici cette même somme à un certain M. de Noirceuil, auquel je l’ai remise, et qui, de ce moment-ci, devient le maître de vous en faire présent, ou de la garder, puisqu’elle lui appartient. Je vous mènerai demain chez ce M. de Noirceuil, et vous exhorte à beaucoup de complaisance, s’il lui arrive d’exiger de vous quelque chose.

— Mais, madame, les leçons de morale et de pudeur qui ont fait la base de l’excellente éducation que j’ai reçue s’accordent mal avec vos conseils…

— Ajoutez : mes actions, pendant que vous êtes en train de me gronder ; je vous conseille de me reprocher jusqu’aux bontés que j’ai eues pour vous.

— Je ne dis pas cela, madame.

— Ah ! dites-le, si vous le voulez, je vous assure que vos reproches me touchent aussi peu que vos éloges : on s’amuse d’une petite fille comme vous, on la méprise après.

— Du mépris, madame !… J’avais cru qu’on ne méprisait que le vice.

— Le vice amuse, et la vertu fatigue ; or, je crois que ce qui sert à nos plaisirs doit toujours l’emporter sur ce qui n’est bon qu’à donner des vapeurs… Mais, vous répondez, ma belle ; vous êtes insolente, et vous n’êtes pas, il s’en faut, au degré de supériorité qui peut faire excuser ce travers ; je vous prie donc de laisser là toutes ces discussions, mademoiselle ; le fait est que je ne vous dois rien, que j’ai payé à un créancier de votre mère ce que j’étais chargée de vous remettre, et qu’il dépend absolument de ce créancier de vous rendre cette somme ou de la garder, et je vous avertis qu’il la gardera, si vous n’avez pas pour lui les égards les plus étendus.

— Et de quel genre, madame ?

— Du genre de ceux que je viens d’exiger de vous : il me semble que vous devriez m’entendre.

— En ce cas, madame, votre M. de Noirceuil gardera donc tout ; je ne suis point faite pour le métier infâme que vous me proposez ; et si, par respect pour vous, par faiblesse ou par enfantillage, j’ai pu tout à l’heure oublier mes devoirs, vous m’avez trop ouvert les yeux pour ne m’avoir pas punie de mon erreur…

Et des larmes coulèrent alors avec abondance des plus beaux yeux du monde…

— En vérité, dis-je, il est bien singulier de se voir faire une scène, parce qu’on n’est pas aux genoux de mademoiselle. Eh ! grand Dieu, où en serions-nous, nous autres libertines, s’il fallait adorer toutes les petites putains qui nous branlent ?

Et, à ce mot de putain, des cris de désespoir se firent entendre ; on se précipita la tête sur la table, on hurla, on inonda la chambre de larmes ; et ce n’était pas, je l’avoue, sans un plaisir bien piquant et bien vif que j’humiliais ainsi celle qui venait d’encenser mes luxures. La chute de l’illusion console l’amour-propre, et l’on aime à se dédommager alors, par des mépris, du fol encens qu’on brûla pour l’idole : cette petite pécore m’irritait à un point que je ne saurais peindre.

— Écoutez, lui dis-je, mon enfant, si M. de Noirceuil ne vous donne pas votre dot, vous me servirez : j’ai précisément besoin d’une fille de cuisine, vous laverez la vaisselle au mieux…

Et les larmes redoublèrent ici à un tel excès que je crus qu’elle allait suffoquer…

— Eh bien ! continuai-je, si ce moyen-là ne vous plaît pas, il vous reste celui de la mendicité, ou de la prostitution… Tenez, ce dernier parti, je vous le conseillerais, moi ; vous n’êtes pas mal : il est inouï ce que vous gagneriez à branler des vits.

— Madame, dit Fontange en se levant comme une furieuse, je ne suis faite ni pour l’un ni pour l’autre de ces métiers ; laissez-moi sortir de chez vous ; je me repens des actions où je me suis livrée ; j’en demanderai pardon, toute ma vie, à l’Être suprême… Je vais retourner dans mon couvent.

— On ne vous y recevra plus ; personne n’y paiera votre pension.

— J’y ai des amies.

— On n’en a plus quand on est pauvre.

— Je travaillerai.

— Allons, allons, calmez-vous, petite imbécile, séchez ces pleurs ; mes femmes, ce soir, vont avoir soin de vous, je vous mènerai demain chez Noirceuil, et peut-être ne le trouverez-vous pas, si vous êtes douce, aussi dur et aussi méchant que moi.

Je sonne, recommande cette jeune fille à mes tribades, fais mettre mes chevaux, et vole chez Noirceuil. Il me demande des détails ; en lui peignant Fontange avec les seules couleurs de la vérité, je devais nécessairement l’enflammer.

— Vois, me dit-il en me montrant un vit très roide, vois, Juliette, l’effet de tes foutus pinceaux.

Et me faisant passer dans son boudoir, il fallut absolument consentir à lui satisfaire quelques-unes de ces fantaisies bizarres qui doublent les effets du désir sans l’éteindre ; qui ne sont pas des jouissances, mais qui, sur des têtes libertines comme celle de Noirceuil, valent mieux que toutes les conjonctions licites ou de l’hymen ou de l’amour. Nous fûmes deux heures, car j’aime aussi toutes ces petites horreurs-là. Je les satisfais à des hommes, avec le même plaisir qu’ils prennent à m’y soumettre ; leur lubricité allume la mienne : je ne les ai pas plus tôt contentés, que je veux que l’on me contente à mon tour ; et après quelques heures de plaisir, qui ne nous coûtèrent aucune perte, tel fut à peu près le discours que tint Noirceuil :

— Une fantaisie bien extraordinaire me tourmente depuis bien longtemps, Juliette, et j’attendais ton retour avec impatience, n’y ayant que toi seule au monde avec qui je pusse la satisfaire. Je veux me marier… me marier deux fois dans le même jour : à dix heures du matin, je veux, habillé en femme, épouser un homme ; à midi, vêtu en homme, épouser un bardache comme femme. Je veux plus… je veux qu’une femme m’imite : et quelle autre femme que toi pourrait servir cette fantaisie ? Il faut que, vêtue en homme, tu épouses une tribade à la même messe où, comme femme, j’épouserai un homme ; et que, vêtue en femme, tu épouses une autre tribade vêtue en homme, quand, ayant repris les habits de mon sexe, j’épouserai, comme homme, un bardache habillé en fille.

— Assurément, vous l’avez dit, monsieur, cette passion est bizarre.

— Oui, mais comme Néron épousa Tigellin comme femme et Sporus comme homme, je n’invente, moi, que la double liaison dans un même jour, et la fantaisie de me voir imité par toi. Les liens qui nous unissent déjà aux objets qui vont servir cette fantaisie sont encore des épisodes neufs, et que Néron ne trouva pas. Les deux femmes à toi sont d’abord Fontange, qui, revêtue d’habits de notre sexe, t’épousera comme homme, et ta fille qui, revêtue des habits du sien, t’épousera en secondes noces, lorsque toi tu seras vêtue en homme. Mon époux et ma femme, à moi, les voici : deux enfants, Juliette, oui, deux enfants que tu ne me connais pas, et que personne au monde ne connaît. L’un a près de dix-huit ans, c’est mon époux : il est vigoureux et beau comme Hercule ; l’autre a douze ans, c’est l’Amour. Tous deux sont les fruits de nœuds très légitimes ; l’un est de ma première femme, l’autre de ma sixième : tu sais que j’en ai eu huit ?

— Mais vous m’aviez dit, ce me semble, qu’il ne vous restait plus d’enfants ?

— Ils étaient morts au monde ; on élevait, par mes soins, l’un et l’autre, dans un de mes châteaux, au fond de la Bretagne, et jamais ils n’ont vu le jour. Ils viennent d’arriver en mon hôtel, dans une chaise fermée ; ce sont de vrais sauvages, à peine savent-ils parler. Qu’importe ! bien menés, ils serviront à la cérémonie ; le reste est notre affaire.

— Et d’affreuses bacchanales suivront sans doute une fantaisie extraordinaire ?

— Assurément.

— Et vous voulez, Noirceuil, que ma malheureuse Marianne, que j’adore, devienne, sans doute, une victime de ces épouvantables orgies ?

— Non, me dit-il, elle y sera, c’est tout ce qu’il faut à ma luxure ; mais tu peux être bien certaine qu’il ne lui sera fait aucun mal : tes femmes l’amuseront pendant que nous serons à l’ouvrage ; voilà tout…

J’accepte tout ; et l’on va voir comment le scélérat tint parole.

Ce ne fut pas sans peine que je fis comprendre à Mlle de Donis le bizarre arrangement de cette scène : la vertu s’arrange mal des extravagances du vice. Moitié crainte, moitié complaisance, la malheureuse consentit à tout, sous ma parole la plus sacrée, que le dénouement de ces noces scandaleuses n’aurait rien qui pût alarmer sa pudeur. La première cérémonie se faisait dans une petite ville, éloignée de deux lieues du château magnifique que Noirceuil possédait en Orléanais, et dans lequel devait se célébrer la fête ; la seconde, dans la chapelle même de ce château.

Je ne vous ennuierai pas des détails de cette double fonction ; vous saurez seulement que tout s’y passa avec décence, rigueur et ponctualité ; la partie civile s’exécuta avec autant de respect que la partie religieuse. Il y eut des anneaux, des messes, des bénédictions, des dots constituées, des témoins : rien ne manqua. Les plus savantes toilettes déguisèrent artistement les sexes, et les embellirent quand il le fallut.

A deux heures du soir, le double projet de Noirceuil fut rempli ; et comme il se trouvait à la fois l’épouse de l’un de ses fils [et] le mari de l’autre, je me trouvais, de même, le mari de ma fille et l’épouse de Fontange. Tout étant conclu, les portes du château se fermèrent avec soin. La saison étant très rigoureuse, d’ardents brasiers furent allumés dans la superbe salle où nous devions nous tenir ; et, les ordres les plus sévères étant donnés pour qu’on n’osât troubler en rien les bacchanales qu’on allait célébrer, nous nous enfermons dans cet appartement pompeux, au nombre de douze personnes, dont voici les noms :

Noirceuil et moi, comme les deux héros, nous nous plaçâmes sur un trône de velours noir, au milieu de la salle ; au bas du trône, se voyaient, couronnés de cyprès, l’aîné des fils de Noirceuil nommé Phaon, âgé de dix-huit ans ; le second, âgé de douze, ayant pour nom Euphorbe ; Marianne, ma fille, et Mlle de Donis ; les deux témoins des mariages, agents des plaisirs sodomistes de Noirceuil et ses bourreaux, s’appelant l’un Desrues, l’autre Cartouche, de l’âge d’environ trente ans ; tous deux, vêtus en cannibales, des verges, des poignards et des serpents aux mains, étaient debout, près de nos flancs, et paraissaient nous servir de gardes ; à côté de nous, et assises, se voyaient, nues, deux de mes tribades, Théodore et Phryné ; à nos pieds, deux putains, également nues, paraissaient attendre nos ordres. Ces filles, prises tout simplement dans un bordel, n’avaient guère plus de dix-huit à vingt ans, et toutes deux de la plus charmante figure : elles étaient là pour servir la scène.

Un peu effrayée de ces apprêts pour ma pauvre Marianne, je m’avisai de rappeler à Noirceuil les promesses qu’il m’avait faites.

— Ma chère, me répondit-il, tu dois voir que ma tête est extraordinairement exaltée ; les plaisirs que j’ai goûtés, ce matin, à satisfaire l’incroyable passion qui me dévorait depuis longtemps, m’ont exactement tourné la cervelle, et je crains que tu choisisses mal ton moment pour me rappeler à des promesses de sagesse, qu’une dose de plus d’irritation dans le genre nerveux peut faire évanouir en un instant. Jouissons, Juliette, amusons-nous, peut-être te tiendrai-je parole ; mais si cela n’arrivait pas, tâche de trouver dans les luxures qui vont nous enivrer assez de forces pour supporter le malheur que tu sembles craindre, et qui, pourtant, soit dit entre nous, n’aurait rien d’effrayant. Songe, ma chère, qu’il n’existe aucun frein pour des libertins tels que nous, que la multiplicité des motifs de respect ne devient qu’une raison de plus à redoubler les outrages : plus la vertu paraît exiger, plus le vice en fureur se plaît à l’avilir.

Cent bougies éclairaient cette salle, quand la scène s’ouvrit.

— Cartouche, et vous Desrues, dit Noirceuil à ses deux agents, dignes émules des hommes célèbres dont je vous ai permis de porter les noms, vous que je respecte à ce noble titre, vous qui, comme vos patrons dont le burin fidèle de l’histoire transmettra les hauts faits jusqu’au dernier âge de l’homme, seriez prêts à tout faire pour les respectables intérêts du crime, allez déshabiller les quatre holocaustes que couronne l’arbre de la mort, et faites de leurs habits, désormais inutiles, l’usage que je vous ai prescrit.

Les émissaires partent ; en un instant, les quatre victimes sont nues, et, à mesure qu’on leur arrache un vêtement, il est aussitôt jeté dans les brasiers ardents de cette salle.

— Quelle est donc cette funeste cérémonie ? dit Fontange, en voyant qu’on brûle jusqu’à sa chemise. Pourquoi jeter au feu ce qui me couvre ?

— Chère fille, lui répond Noirceuil assez brutalement, c’est que vous n’aurez bientôt plus besoin que d’un peu de terre pour vous mettre à l’abri.

— Dieu ! quel arrêt barbare ! et par où donc l’ai-je mérité ?

— Qu’on approche de moi cette créature, dit Noirceuil…

Et pendant que Laïs le suce, qu’une des putains lui branle le cul, et que je l’excite par des propos, le libertin se colle sur la bouche de cette fille enchanteresse et la lui pompe un quart d’heure de suite, malgré les résistances qu’offre sa pudeur à de pareilles tentatives. Et puis, s’emparant du derrière :

— Oh ! le beau cul, Juliette ! s’écrie-t-il en s’extasiant devant les fesses ; qu’il sera délicieux de foutre et de martyriser tout cela !…

Sa langue, alors, s’introduit au trou mignon, pendant que, par ses ordres, j’arrache d’une main les poils follets du con de cette belle fille, et que je pince vivement sa gorge naissante, de l’autre. Il la fait mettre à genoux, ordonne aux deux hommes de la langoter, et finit par lui faire baiser son derrière.

On ne se peint point, pendant ces affreux débute, la honte et l’embarras de cette jeune personne ; si quelque chose l’emporte sur ces deux sentiments, c’est la frayeur que lui inspirent les préparatifs de ce qui lui paraît devoir suivre. Mlle de Donis, modestement élevée, n’ayant reçu, dans la maison dont elle sortait, que les meilleurs principes, était nécessairement dans une affreuse situation ; et rien ne nous amusait comme les combats violents de sa pudeur et de la nécessité. Un moment, elle veut se soustraire à tout ce qu’on entreprend sur elle.

— Tenez-vous bien, lui dit durement Noirceuil ; ne voyez-vous donc pas ce qu’est l’imagination d’un homme tel que moi ? Un rien la trouble et la dérange ; dès qu’on cesse de la servir, elle se démonte, et les attraits les plus divins sont nuls, quand la soumission et l’obéissance ne viennent pas nous les offrir…

Le coquin maniait le cul, tout en disant cela ; c’était sur les fesses charmantes de cette fille angélique où s’égaraient indocilement les mains les plus impures et les plus féroces.

— Double dieu ! s’écria-t-il, oh ! comme je veux rendre cette coquine-là malheureuse ! A quel point ses attraits exigent des horreurs !…

Il lui fait alors empoigner le vit de Cartouche, l’oblige de le branler, se plaisant à voir la besogne du vice aux mains de l’innocence : et comme la pauvre fille, tout en larmes, s’y prend avec autant de maladresse que de dégoût, il ordonne à l’une des putains de lui donner des leçons, et contraint celle qui les reçoit à en rendre bien humblement grâces.

— Ce métier lui sera peut-être utile, dit Noirceuil ; l’état affreux de misère où je vais la réduire saura l’y contraindre bientôt…

Il lui ordonne de branler, avec sa langue, le con de ces deux putains ; de venir ensuite sucer son vit, et veut qu’on lui applique de vigoureux soufflets, à la plus légère marque de répugnance.

— Allons, dit-il, pensons aux plaisirs de l’hymen, c’est assez s’occuper de ceux de l’amour… Jetant alors un regard affreux sur Fontange : Qu’elle frémisse, dit-il, quand je lui ferai l’honneur de revenir m’occuper d’elle.

Laïs et Théodore sont envoyées vers Phaon, le mari de Noirceuil et son fils à la fois ; elles réussissent bientôt à le faire bander, et l’amènent à Noirceuil qui, courbé sur moi, présente nonchalamment le derrière au chaste époux que mes tribades lui conduisent. Je le branlais en dessous, pendant ce temps-là, et il gamahuchait le trou du cul des deux putains.

— Faites observer les cérémonies d’usage, dit-il aux conductrices de Phaon, et que ce jeune époux ne puisse cueillir les faveurs qui lui sont offertes, sans s’en rendre digne auparavant.

Phaon s’agenouille, il adore religieusement le cul qu’on lui présente, le baise avec respect, se lève, et, cédant aux mouvements qui lui sont imprimés, le beau jeune homme s’introduit jusqu’aux couilles au cul du cher papa. Membré comme un mulet, ses secousses font bientôt frétiller celui qui les reçoit, et le paillard se plaît à contrefaire les cris, les plaintes et les simagrées de la jeune épouse qu’on dépucelle ; il soupire, il se plaint, rien ne devient plaisant comme ses contorsions. Le jeune homme, parfaitement excité par ce qui l’entoure, décharge bientôt au cul qui le chatouille. Dès qu’il a fait, on le contraint aux mêmes marques de respect auxquelles il fut soumis en commençant. Il s’éloigne ; mais Noirceuil, échauffé, veut être foutu ; son anus, haletant, semble appeler des vits : Cartouche et Desrues le sodomisent ; il baise, pendant ce temps, les fesses de Laïs et de Théodore, dont il ne peut, dit-il, se rassasier. Nichée sous lui, je le suce de toutes mes forces ; il pétrit le cul des putains. Foutu deux fois par chacun de ses hommes :

— Allons, dit-il, essayons du rôle d’époux : après avoir si bien rempli celui de femme, ne suis-je donc pas digne de celui d’homme ?

On lui amène Euphorbe, son second fils. Je suis chargée de guider l’engin ; en trois secousses, le pucelage est au diable. Noirceuil, qui se retire sans décharger, désire ardemment Fontange au sortir de là. Ce sont les putains qui la lui conduisent et qui guident l’opération.

— Juliette, me dit-il, je voudrais que tu mordisses violemment le con de cette petite fille, pendant que je vais l’enculer ; et comme, lors de ma jouissance, je veux qu’elle éprouve infiniment de douleur, j’ordonne à Cartouche et à Desrues de lui saisir chacun une main et de lui enlever les ongles avec un canif..

On exécute. Fontange, étourdie, suffoquée par la violence des maux qui pèsent à la fois sur son existence, ne sait si elle se plaindra davantage, ou des plaies ouvertes à chacun de ses doigts, ou des morsures dont j’ensanglante son con, ou des secousses du vit monstrueux qui lui déchire le derrière. Celles-ci, néanmoins, semblent être les titillations les plus cuisantes dont son physique soit martyrisé : à peine peut-elle les soutenir ; ses cris, ses larmes, ses gémissements deviennent à un tel degré de violence que Noirceuil, qu’ils irritent puissamment, est à l’instant de perdre ses forces : il se retire.

— Oh ! Juliette, s’écrie-t-il, quel délicieux cul, et comme je vais faire souffrir cette garce ! Je voudrais que tous les démons de l’enfer fussent réunis autour de moi pour lui faire souffrir chacun un nouveau supplice !

Il la fait retourner et tenir par les putains ; j’écarte et lui présente le con : il y plonge en furieux, pendant qu’on donne à cette malheureuse des camouflets de soufre, et qu’on lui arrache les oreilles. Le pucelage saute, le sang coule, et Noirceuil, plus irrité que jamais, déconne, fait tenir sa victime en l’air par les deux bourreaux, et se plaît à la flageller ainsi jusqu’au sang, avec des martinets de fer que l’on a fait rougir au feu. Les putains le flagellent lui-même pendant qu’il agit, et il baise alternativement le cul de mes tribades, dont les fesses se trouvent élevées à hauteur de sa bouche ; je le suce, en lui chatouillant l’anus.

— Le froid excessif qu’il fait, dit Noirceuil au bout de quelques instants de cette scène, me fait naître une idée unique…

Il se revêt d’une fourrure, en fait prendre de même à ses deux hommes, autant à moi, et nous descendons Fontange toute nue. On la place sur un grand bassin gelé qui se trouve en face du château. Cartouche et Desrues se tiennent sur les bords, armés de grands fouets de poste et de bombes d’artifice. Je branle Noirceuil en face du spectacle. Fontange a ordre de faire six fois le tour du bassin ; quand elle s’approche des bords, on la repousse à grands coups de fouet ; quand elle s’éloigne, on lui lance des bombes d’artifice, qui lui éclatent sur la tête, ou entre les jambes. Il n’y a rien au monde de plaisant comme de voir ainsi cabrioler cette pauvre créature, qui tantôt s’éloigne, tantôt se rapproche, et qui, la plupart du temps, glisse et tombe sur la glace, au point de s’y casser les jambes.

— Comment ! dit Noirceuil en colère, la voyant près d’avoir fini ses six tours sans accident, comment ! la garce ne s’estropiera pas ?…

Et ce vœu était à peine formé que la malheureuse, atteinte par une bombe qui lui fait voler un téton, se brise au même instant un bras en tombant.

— Ah ! foutre, dit Noirceuil, voilà ce que je voulais…

On la remporte ; elle est évanouie. Quelques soins intéressés la rappellent au jour, et ses blessures sont légèrement pansées. On songe à d’autres scènes.

Noirceuil exige que ma fille me branle sous ses yeux ; il baise avec avidité le joli petit cul de cette enfant, pendant qu’elle procède à cette fantaisie.

— Il sera beau, Juliette, ce cul-là, me dit-il ; il m’excite déjà violemment…

Et quoiqu’elle n’eût que sept ans, le scélérat l’effleurait déjà de son vit énorme ; mais, reprenant tout à coup son fils Euphorbe, le vilain l’encule, en m’ordonnant d’écraser les couilles de cet enfant. Il n’est point de douleurs semblables à celles qu’éprouve ce malheureux, à la fois tourmenté et par-devant et par-derrière. Après quelques courses dans ce charmant cul, Noirceuil se retire et fait fouetter cet enfant par ses bourreaux. Celui qui ne frappe pas l’encule pendant ce temps-là, et je dois couper, avec un rasoir, absolument à ras du ventre, les parties viriles de l’infortuné. Noirceuil baise ardemment les fesses de Théodore pendant ce temps-là.

— Allons, Juliette, me dit-il, fais-toi foutre !

Je le désirais ardemment dans l’état affreux où j’étais. Les deux cannibales me saisissent ; l’un me pénètre le con, l’autre m’enfile le cul ; Noirceuil les encule tour à tour, pendant que les putains le fouettent. Aussitôt qu’il m’a vue décharger, Fontange est reprise. Noirceuil la livre aux deux bourreaux.

— Jouissez-en comme il vous plaira, leur dit-il, tout sera bon, pourvu que vous la tourmentiez en la foutant…

Et les coquins, ayant toute permission, traitèrent si mal cette fille qu’elle s’évanouit encore dans leurs bras.

— Un moment, dit Noirceuil, il faut que je l’encule encore…

Et pendant qu’il se satisfait, je le surprends par une cruauté nouvelle : j’arrache, avec un bistouri, l’œil droit de ma pupille. Noirceuil ne peut tenir à cette horreur ; la secousse, que la douleur occasionne à sa patiente, est si vive que le libertin perd son foutre au fond du cul de la pucelle, pendant qu’on le sodomise lui-même et qu’il est entouré de culs.

— Viens, coquine ! dit-il à cette créature, au bout de quelques instants…

Et la saisissant fortement par un bras, il l’entraîne dans un cabinet voisin. Je les suis.

— Regarde, poursuit-il en montrant sur une table les cinq cent mille francs qui appartiennent à la pauvre fille, et qu’il y a fait placer en or, voilà ta dot ; l’œil que nous t’avons laissé pour voir ces richesses fera, nous nous en flattons, promptement passer à ton âme l’affreux regret de ne les posséder de tes jours. Je te destine à mourir de faim, garce ; et je vais te traiter de manière à ce qu’il te devienne impossible de t’en jamais plaindre, quoique je te rende ta liberté. Tiens, lui dit-il en lui saisissant la main, touche cet or, il est à toi, et cependant tu ne l’auras jamais. Allons, bougresse, poursuit-il en fureur, telle est la dernière fonction que je voulais faire faire à tes organes : ils te deviennent inutiles maintenant…

Il lui attache, en disant cela, les deux mains sur un billot, l’encule, et je coupe les mains pendant qu’il opère ; le sang s’étanche, les plaies se bandent. Aussitôt, continuant de foutre, le barbare ordonne à la victime de tirer la langue ; je saisis cette langue avec des tenailles, et l’extirpe de même ; je crève l’autre œil… Il décharge.

— Bon, dit-il en se retirant et revêtissant la victime d’une grosse chemise, nous voilà bien sûrs qu’elle n’écrira point, qu’elle ne verra goutte, et qu’elle ne parlera à personne…

Nous la descendons sur le grand chemin.

— Cherche ta vie maintenant, garce, lui dit Noirceuil en lui donnant un grand coup de pied dans le cul ; l’idée de te voir périr de cette manière excite bien mieux notre lubricité que celle de t’assassiner… Va… va, si tu peux, dénoncer tes persécuteurs…

— Elle peut au moins entendre leurs questions, dis-je, l’ouïe se trouve encore pure chez elle.

Et le barbare Noirceuil, lui enfonçant aussitôt des fers dans les oreilles, la prive promptement du seul organe qui lui reste. Nous rentrons.

— Excitez-moi, coquines, dit-il aux quatre femmes ; je viens de décharger ; il faut que je retrouve des forces… Branlez ces hommes, et qu’ils me foutent ; je n’ai jamais un plus grand besoin d’horreurs que lorsque je viens d’en commettre.

Noirceuil est entouré : des culs, des vits l’environnent de toutes parts ; on le branle, on le fout, on le gamahuche.

— Oh ! Juliette, me dit-il aussitôt qu’il bande… Juliette, je veux foutre ta fille…

Et sans me donner le temps de répondre, le scélérat se jette sur elle, la fait tenir par ses satellites et l’encule avec la promptitude de l’éclair. Les cris aigus de ma pauvre Marianne sont les seuls avertissements que je reçois de l’outrage affreux qu’elle essuie.

— Dieux ! que fais-tu, Noirceuil ?

— J’encule ta fille : ne fallait-il pas que cela fût ? et ne vaut-il pas mieux que cette rose soit cueillie par ton ami que par un autre ?

Après avoir écorché, mis en sang cette malheureuse, il se retire sans rien perdre ; et jetant des yeux hagards sur les deux putains, il annonce qu’il veut en sacrifier une. L’infortunée tombe à ses genoux ; elle veut l’implorer, mais en vain. Elle est saisie, liée à cheval sur le haut d’une échelle double. Noirceuil, assis à quelques pieds de l’échelle, en devient le maître, au moyen d’une corde qu’on attache au pied. Théodore et Laïs, agenouillées, lui branlent le vit, les couilles et le trou du cul : les deux sauvages me foutent devant lui ; celle des putains qui reste est liée contre un poteau, la tête en bas, en attendant douloureusement son sort. Vingt fois de suite, le coquin fait tomber l’échelle, rajuste la fille, la fait choir, et ne cesse cet abominable jeu que quand la victime s’y est fracassé la tête et cassé les deux jambes. Ces infamies l’ayant échauffé, l’autre putain est condamnée à avoir les deux yeux bandés, pendant que chacun de nous, autour d’elle, lui fera quelques blessures. Ce n’est qu’en nommant l’agresseur que sa délivrance aura lieu : elle tombe évanouie et noyée dans son sang, avant de pouvoir nommer le coupable. Par les ordres de Noirceuil et d’après mes idées, ces deux malheureuses qui respirent à peine sont pendues dans la cheminée, afin que les flammes puissent les dévorer en détail et que la fumée les étouffe.

Ivre de volupté, Noirceuil erre comme un furieux dans le salon ; cinq objets capables d’allumer sa rage s’offrent encore à ses regards : mes deux tribades, ma fille et ses deux fils. On dirait, à le voir, qu’il voudrait les immoler tous à la fois.

— Infâme jean-foutre de Dieu ! s’écrie-t-il, ne borne donc pas ainsi ma puissance, quand je veux t’imiter et commettre le mal ! Je ne te demande aucune faculté pour la vertu, mais communique-moi, du moins, tous tes pouvoirs pour le crime ; laisse-le-moi faire, à ton exemple ; mets, si tu l’oses, un instant, ta foudre en mes mains, et quand j’en aurai détruit les mortels, tu me verras bander encore à la lancer au sein de ton exécrable existence, pour la consumer, si je puis !

Il se jette, à ces mots, sur son fils Phaon, l’encule, se fait foutre, et m’ordonne, en me faisant branler par Théodore, d’arracher le cœur de l’enfant qu’il fout, et de le lui offrir à dévorer. Le vilain l’avale, en plongeant, au même instant de sa décharge, un poignard au sein de son autre fils.

— Eh bien ! me dit-il, Juliette, eh bien ! mon ange, en ai-je assez fait ? Suis-je assez souillé de sang et d’horreurs ?

— Tu me fais frémir, mais je t’imite.

— Ne crois pourtant pas que j’en reste là…

Ses yeux étincelants se portent encore sur ma fille ; il bande comme un furieux ; il la saisit, la fait contenir et l’enconne.

— Oh ! sacré foutredieu ! s’écrie-t-il, comme cette petite créature me tourne la tête ! Qu’en veux-tu faire, Juliette ? Porterais-tu l’imbécillité au point d’avoir quelques sentiments… quelques égards pour ce dégoûtant résultat de la couille bénite de ton abominable époux ? Vends-moi cette garce-là, Juliette, je te la paye ; je veux l’acheter ; souillons-nous tous les deux, toi, du joli péché de me la vendre, moi, de celui, plus chatouilleux encore, de ne te la payer que pour l’assassiner. Oh ! oui, oui, Juliette, assassinons ta fille ! Et sortant son vit, pour me le faire voir : Examine à quel point, dit-il, cette exécrable idée enflamme tous mes sens. Fais-toi foutre, Juliette, et ne me réponds qu’avec deux vits dans le corps.

Le crime n’a plus rien d’effrayant quand on fout ; et c’est toujours au milieu des flots de foutre qu’il en faut caresser les attraits… On me fout. Noirceuil me demande une seconde fois ce que je veux faire de ma fille.

— Oh ! scélérat ! m’écriai-je en déchargeant, ton perfide ascendant l’emporte, il étouffe en moi tout autre sentiment que ceux du crime et de l’infamie… Fais de Marianne ce que tu voudras, foutu gueux ! dis-je en fureur, je te la livre…

Il n’eut pas plus tôt entendu ces mots, qu’il déconne, saisit cette malheureuse enfant et la jette, nue, au milieu des flammes ; je l’aide, comme lui, je m’arme d’un fer pour repousser les mouvements naturels de cette infortunée, que des bonds convulsifs enlèvent et rejettent vers nous ; on nous branle tous deux, on nous encule ; Marianne est rôtie… elle est consumée. Noirceuil décharge, j’en fais autant ; et nous allons passer le reste de la nuit, dans les bras l’un de l’autre, à nous féliciter d’une scène dont les épisodes et les circonstances deviennent le complément d’un crime que nous trouvons encore trop faible.

— Eh bien ! me dit Noirceuil, est-il quelque chose au monde qui vaille les plaisirs divins que donne le crime ? Existe-t-il quelque sentiment qui donne à notre existence une secousse plus vive et plus délicieuse ?

— Oh ! mon ami, je n’en connais pas.

— Vivons-y donc éternellement ; que rien, dans la nature entière, ne puisse nous ramener à des principes différents ! Il est bien malheureux, celui que des remords entraînent à des retours aussi funestes qu’imbéciles ; car, faible et pusillanime dans toutes les actions de sa vie, il ne sera pas plus heureux dans la carrière qu’il va parcourir, qu’il ne l’était dans celle qu’il quitte ! Le bonheur tient à l’énergie des principes : il ne saurait y en avoir pour celui qui flotte sans cesse.

Nous passâmes huit jours à la terre de Noirceuil, pendant lesquels nous nous livrâmes journellement à quelques nouvelles infamies. Ce fut là qu’il voulut que j’essayasse une des passions de l’impératrice Théodora, femme de Justinien. Je m’étendais à terre ; deux hommes semaient des grains d’ordre sur ma motte et sur les lèvres de mon con ; douze oies superbes et de la plus grande taille venaient becqueter ces graines et me causaient, par leurs coups de bec dans cette partie, une irritation si violente que j’étais obligée de foutre en sortant de là. Noirceuil, qui le prévoyait, me livra à une cinquantaine de paysans de sa terre, qui firent des prouesses avec moi. Il voulut se faire également becqueter le cul, et y trouva des sensations plus vives que celles du fouet. Il joignit à ces débauches celle d’ordonner à l’instituteur et à l’institutrice du bourg de sa terre de lui fournir chacun trente sujets du sexe qu’ils instruisaient. Il les mêla, fit dépuceler les filles par les petits garçons, et finit par les fouetter et les sodomiser, et les empoisonner tous.

— Oh ! mon ami, dis-je à Noirceuil, tout ce que nous faisons là est bien simple : ne pourrions-nous pas couronner nos orgies par quelque action plus éclatante ? Tous les habitants de ce bourg n’ont d’autre eau que celle de leurs puits ; je tiens de la Durand un secret qui les empoisonne en deux jours : mes femmes et moi, nous nous chargeons de les troubler tous.

Et je branlais Noirceuil en lui faisant cette proposition, afin de ne pas éprouver de refus.

— Oh ! foutre, me dit le paillard, ne pouvant plus contenir son sperme à cette proposition, oh ! sacredieu, Juliette, quelle imagination bizarre t’a donnée la nature ! Fais ce que tu voudras, mon ange, les flots que tu fais couler signent mon acceptation : agis.

Je tins parole ; tout fut empoisonné en quatre jours ; quinze cents personnes furent mises en terre, et presque autant réduites à un tel état de douleur qu’on les entendait invoquer la mort : on n’attribua le tout qu’à une épidémie. L’ignorance des gens de l’art, de la province, nous mit à couvert même du soupçon ; et nous partîmes, après une expédition qui nous avait coûté bien du foutre.

Telle est l’heureuse position où vous me voyez, mes amis. Je l’avoue, j’aime le crime avec fureur, lui seul irrite mes sens, et je professerai ses maximes jusqu’aux derniers moments de ma vie. Exempte de toutes craintes religieuses, sachant me mettre au-dessus des lois, par ma discrétion et par mes richesses, quelle puissance, divine ou humaine, pourrait donc contraindre mes désirs ? Le passé m’encourage, le présent m’électrise, je crains peu l’avenir ; j’espère donc que le reste de ma vie surpassera de beaucoup encore tous les égarements de ma jeunesse. La nature n’a créé les hommes que pour qu’ils s’amusent de tout sur la terre ; c’est sa plus chère loi, ce sera toujours celle de mon cœur. Tant pis pour les victimes, il en faut ; tout se détruirait dans l’univers, sans les lois profondes de l’équilibre ; ce n’est que par des forfaits que la nature se maintient, et reconquiert les droits que lui enlève la vertu. Nous lui obéissons donc en nous livrant au mal ; notre résistance est le seul crime qu’elle ne doive jamais nous pardonner. Oh ! mes amis, convainquons-nous de ces principes : dans leur exercice se trouvent toutes les sources du bonheur de l’homme.

C’est ainsi que Mme de Lorsange termina le récit de ses aventures, dont les scandaleux détails avaient arraché plus d’une fois des larmes bien amères à l’intéressante Justine. Il n’en était pas de même du chevalier et du marquis : les vits nerveux qu’ils mirent au jour prouvèrent bien de la différence dans les sentiments qui les avaient animés. Il se complotait déjà quelque horreur, lorsque l’on entendit revenir au château Noirceuil et Chabert, qui, comme on s’en souvient, avaient été passer quelques jours à la campagne, pendant que la comtesse instruisait ses deux autres amis des faite que ceux-ci savaient depuis longtemps.

Les larmes qui venaient d’inonder les belles joues de notre malheureuse Justine, son air intéressant… abattu par autant de malheurs… sa timidité naturelle, cette vertu touchante, disséminée sur chacun de ses traits, tout irrita Noirceuil et Chabert, qui voulurent absolument soumettre cette infortunée à leurs sales et féroces caprices. Ils furent s’enfermer avec elle pendant que le marquis, le chevalier et Mme de Lorsange se livrèrent à d’autres voluptés tout aussi bizarres, avec les nombreux objets de luxure dont était meublé ce château.

Il était environ six heures du soir, quand chacun revint et se réunit ; le sort de Justine fut mis alors en délibération ; et sur le refus formel que fit Mme de Lorsange de garder une telle prude chez elle, il ne fut plus question que de décider si cette malheureuse créature serait renvoyée, ou immolée dans quelques orgies. Le marquis, Chabert et le chevalier, plus que rassasiés de cette créature, étaient fermement tous les trois de cette dernière opinion, lorsque Noirceuil demanda à être entendu.

— Mes amis, dit-il à la joyeuse société, j’ai souvent vu que, dans de pareilles aventures, il devenait extrêmement instructif de tenter le sort. Un orage horrible se forme ; livrons cette créature à la foudre ; je me convertis, si elle la respecte.

— A merveille ! s’écria tout le monde.

— Voilà une idée que j’aime à la folie, dit Mme de Lorsange, ne balançons pas à l’exécuter.

L’éclair brille, les vents sifflent, le feu du ciel agite les nues ; il les ébranle d’une manière horrible… On eût dit que la nature, ennuyée de ses ouvrages, fût prête à confondre tous les éléments, pour les contraindre à des formes nouvelles. On met Justine à la porte, non seulement sans lui donner un sol, mais en lui ravissant même le peu qui lui restait. La malheureuse, confuse, humiliée de tant d’ingratitude et de tant d’horreurs, trop contente d’échapper peut-être à de plus grandes infamies, gagne, en remerciant Dieu, le grand chemin qui borde l’avenue du château… Elle y est à peine arrivée, qu’un éclat de foudre la renverse, en la traversant de part en part.

— Elle est morte ! s’écrient, au comble de leur joie, les scélérats qui la suivaient. Accourez, accourez ! madame ! venez contempler l’ouvrage du ciel, venez voir comme il récompense la vertu : est-ce donc la peine de la chérir, quand ceux qui la servent le mieux deviennent aussi cruellement les victimes du sort ?

Nos quatre libertins entourent le cadavre ; et quoiqu’il fût entièrement défiguré, les scélérats forment encore d’affreux désirs sur les restes sanglants de cette infortunée. Ils lui enlèvent ses vêtements ; l’infâme Juliette les excite. La foudre, entrée par la bouche, était sortie par le vagin : d’affreuses plaisanteries sont faites sur les deux routes parcourues par le feu du ciel.

— Qu’on a raison de faire l’éloge de Dieu, dit Noirceuil ; voyez comme il est décent : il a respecté le cul. Il est encore beau, ce sublime derrière, qui fit couler tant de foutre ! est-ce qu’il ne te tente pas, Chabert ?

Et le méchant abbé répond en s’introduisant jusqu’aux couilles dans cette masse inanimée. L’exemple est bientôt suivi ; tous les quatre, l’un après l’autre, insultent aux cendres de cette chère fille ; l’exécrable Juliette se branle, en les voyant faire ; ils se retirent, la laissent, et lui refusent jusqu’aux derniers devoirs.

Triste et malheureuse créature, il était écrit dans le ciel, que le repos même de la mort ne te garantirait pas des atrocités du crime et de la perversité des hommes !

— En vérité, s’écrie Mme de Lorsange en retournant avec ses amis au château, voilà qui m’affermit plus que jamais dans la carrière que j’ai parcourue toute ma vie. Ô Nature ! s’écria-t-elle dans son enthousiasme, il est donc nécessaire à tes plans, ce crime contre lequel les acte s’avisent de sévir ! tu le désires donc, puisque ta main punit, de cette manière, ceux qui le craignent ou ne s’y livrent pas… Oh ! voilà des événements qui comblent mon bonheur, et perfectionnent ma tranquillité.

On arrivait à peine au château, qu’une berline en poste y parvenait par l’autre route ; elle entre dans la cour presque en même temps que la compagnie. Une grande femme, fort bien mise, en descend, Juliette s’avance vers elle. Juste ciel ! c’est la Durand, c’est cette chère amie de Mme de Lorsange, condamnée par les inquisiteurs de Venise, et que Juliette croyait avoir vue accrochée au plafond de la salle de ses terribles juges…

— Chère âme ! s’écrie-t-elle en se jetant dans les bras de son amie… par quel événement !… grand Dieu…, explique-toi… je ne sais où j’en suis…

Un salon s’ouvre, on s’y installe, et chacun écoute en silence l’éclaircissement d’une aussi singulière aventure.

— Ma chère Juliette, dit la Durand avec tranquillité, tu revois celle que tu avais cru perdre dans les horreurs d’une mort violente, et qui, grâce à ses intrigues, à son industrie, à sa science, te retrouve bien plus fortunée que jamais, puisque avec le bien considérable qu’elle conserve, elle est encore assez heureuse pour te rapporter celui qu’on t’avait confisqué dans Venise… Oui, Juliette, continua cette chère amie, en remettant sur la table une liasse de papier : voilà le fond de tes quinze cent mille livres de rente que je te rends ; c’est tout ce que j’ai pu sauver ; jouis en paix, et ne m’accorde, pour reconnaissance, que la certitude de finir, avec toi, mes jours.

— Oh ! mes amis, s’écrie Juliette ivre de joie, aura-t-il tort, celui qui, quelque jour, écrira l’histoire de ma vie, s’il l’intitule : LES PROSPÉRITÉS DU VICE ? Hâte-toi, Durand, hâte-toi de nous développer des faits aussi singuliers, et convaincs-toi bien que c’est moi qui te supplie de ne jamais nous quitter de tes jours.

Alors cette femme, à jamais célèbre, apprit à la société, le plus succinctement qu’elle put, qu’en promettant de livrer et d’exécuter tous ses secrets, on lui assurait qu’une autre femme serait exécutée à sa place, l’exemple étant nécessaire pour Juliette, dont le Conseil voulait les biens et le départ, de peur d’imprudence. La feinte ayant parfaitement réussi, elle avait satisfait les inquisiteurs, et produit, dans Venise, une épidémie, dans laquelle plus de vingt mille personnes étaient mortes ; son opération faite, elle avait demandé pour grâce intime et spéciale que les biens de son amie lui fussent rendus ; on les lui avait accordés ; de ce moment, elle ne songea plus qu’à s’évader de Venise, bien persuadée que, nourris des principes de Machiavel, ces perfides Vénitiens immoleraient bientôt leur complice.

— Je suis donc accourue vers toi, mon ange, poursuivit la Durand ; je te rends heureuse, et me voilà contente. Ris maintenant de la fatalité du sort qui m’a fait échapper deux fois à la corde ; assurément, je ne dois plus maintenant craindre cette fin. Je ne sais quelle sera celle que me destine la main du sort : ah ! qu’il ne me frappe que dans le sein de ma chère Juliette, je ne me plaindrai jamais de ses coups.

Et les deux amies, ne rejetant dans le sein l’une de l’autre, ne cessent un quart d’heure entier de se prodiguer les protestations sincères d’amitié, de confiance et d’attachement que le vice goûte ainsi que la vertu, quoi qu’en puissent dire les froids sectateurs de cette fastidieuse divinité. Chacun partageait les sentiments de ces deux tendres amies, lorsqu’un courrier de Versailles arrive avec grand fracas dans la cour ; il demande Noirceuil ; c’est à lui qu’il remet les ordres dont il est chargé.

— Oh ! ciel, s’écrie celui-ci dès qu’il a lu, il est dit, ma chère Juliette, que tous les genres de bonheur doivent affluer sur nos têtes aujourd’hui. Le ministre vient de fermer les yeux ; voilà la lettre, de la main du roi, qui m’ordonne de me rendre en hâte à la cour prendre les rênes du gouvernement. Quelle somme abondante de félicités ceci nous promet ! Suivez-moi toutes deux, continue Noirceuil, en s’adressant à Juliette et à la Durand, je ne veux de la vie me séparer de vous. De quelle nécessité vous m’allez être, au gouvernail du vaisseau que je vais conduire ! Vous, Chabert, je vous donne un archevêché ; marquis, je vous nomme à l’ambassade de Constantinople ; vous, chevalier, je vous fais quatre cent mille livres de rente : vous resterez à Paris, pour surveiller nos affaires. Allons, mes amis, réjouissons-nous, je ne vois dans tout cela que la vertu de malheureuse : nous n’oserions peut-être pas le dire, si c’était un roman que nous écrivissions.

— Pourquoi donc craindre de le publier, dit Juliette, quand la vérité même arrache les secrets de la nature, à quelque point qu’en frémissent les hommes ? La philosophie doit tout dire.

On partit dès le lendemain ; les plus grande succès couronnèrent dix ans nos héros. Au bout de ce temps, la mort de Mme de Lorsange la fit disparaître de la scène du monde, comme s’évanouit ordinairement tout ce qui brille sur la terre ; et cette femme, unique en son genre, morte sans avoir écrit les derniers événements de sa vie, enlève absolument à tout écrivain la possibilité de la montrer au public. Ceux qui voudraient l’entreprendre ne le feraient qu’en nous offrant leurs rêveries pour des réalités, ce qui serait d’une étonnante différence aux yeux des gens de goût, et particulièrement de ceux qui ont pris quelque intérêt à la lecture de cet ouvrage.

FIN DE L’HISTOIRE DE JULIETTE.

1 Les putains de cette nation sont extrêmement recherchées dans les pays étrangers. Leur extrême complaisance, leur adresse, leur libertinage et leur beauté leur obtiennent une préférence décidée sur les prostituées des autres nations, presque toujours laides, maladroites et sales.

2 La plus fameuse de l’Italie.

3 Peu d’hommes savent se faire soigner après leur décharge : anéantis, ils se retirent froidement, et ne pensent plus à rien. Des soins qui suivent l’éjaculation dépend, néanmoins, la vigueur nécessaire à regoûter de nouveaux plaisirs, et à se retirer des anciens dans un état moins abattu. Ces soins consistent à se faire bien exactement sucer, à se faire consoler et manier les couilles, et à appliquer des linges très chauds. Il est également utile d’avaler, après la crise, des restaurants ou des spiritueux. Ces derniers, employés en lotions sur les couilles, sont aussi d’un excellent usage.

4 On ne désire jamais plus vivement un vit au derrière que quand on vient d’être fouetté, et jamais plus vivement le fouet qu’on venant d’être foutu. Il est inouï comme ces deux plaisirs-là se servent et s’enchaînent.

5 Ces charmantes créatures, que l’opinion des sots flétrit avec tant de bêtise, portent dans la société les mêmes qualités que dans le plaisir : elles sont toujours plus vives, plus aimables, plus spirituelles que les autres ; presque toutes ont des grâces, des talents, de l’imagination : et pourquoi donc leur en vouloir d’un tort qui n’appartient qu’à la nature ? Lourds sectateurs des plaisirs ordinaires, vous les blâmez parce qu’elles vous refusent ; mais que l’on analyse celles qui vous aiment, on les trouvera toujours presque aussi bêtes que vous.

6 Ce serait ici le cas, sans doute, d’examiner l’absurdité révoltante qu’il y a de pleurer un mort. Il faudrait bien plutôt se réjouir, puisqu’en périssant, il s’affranchit de toutes les peines de la vie. D’ailleurs, notre chagrin, nos larmes ne peuvent lui servir à rien, et elles nous affectent désagréablement. Il en est de même des cérémonies de l’enterrement d’un mort, et du respect que l’on pourrait avoir encore pour lui : tout cela est inutile, superstitieux. On ne doit à un cadavre que de le mettre dans une bonne terre, où il puisse germer promptement, et se métamorphoser, avec vitesse, en ver, en mouche ou en végétaux, ce qui est difficile dans les cimetières. Si l’on veut rendre un dernier service à un mort, c’est de le faire mettre au pied d’un arbre fruitier, ou dans un gras pâturage ; c’est tout ce qu’on lui doit : tout le reste est absurde. (voyez ce qui est dit sur cette matière, plus haut, page 361.)