HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE - Lecture en ligne - Partie 2

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HISTOIRE DE JULIETTE OU LES PROSPÉRITÉS DU VICE
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— Oh ! vous êtes un homme étonnant ! Et la chose en vaut-elle au moins la peine ?

— Cinq cent mille livres de rente, Juliette, et je les gagne avec vingt sous d’arsenic ! Allons, foutre ! tu vois, poursuivit-il en me mettant à la main son vit très dur et très ferme, tu vois l’empire d’une idée criminelle sur mes sens, je n’aurais jamais raté de femme si j’avais été bien sûr de la tuer après.

Le jeune Rose nous attendait ; nous nous couchâmes près de lui. Saint-Fond le couvrit des caresses les plus luxurieuses ; nous le branlâmes, nous le suçâmes, nous le gamahuchâmes, et comme l’imagination agissait fortement, Saint-Fond eut bientôt foutu le bardache. Je lui branlais le trou du cul avec la langue, et, tout énervé qu’il était, sa décharge fut pourtant des plus longues et des plus copieuses. Il exigea de moi de me la faire rendre dans la bouche : ce libertinage me plaisait excessivement, je souscrivis à tout. Il fallut ensuite que le jeune Rose m’enculât pendant qu’il le foutait une seconde fois, et puis Saint-Fond me traita de même, en gamahuchant le cul du jeune homme, que nous finîmes par épuiser à force de le faire décharger ou dans nos bouches ou dans nos culs. Vers la pointe du jour, Saint-Fond, dégoûté sans être satisfait, m’ordonna de lui tenir l’enfant, et il lui déchira les fesses à coups de martinet ; ensuite, il le battit et le molesta cruellement. Sur les onze heures, le chocolat se servit ; j’eus soin, par les ordres du ministre, de jeter ce qui devait assurer l’héritage à mon amant ; et lui, par un insigne raffinement de cruauté, voulut, pendant que je préparais le poison du fils, donner l’ordre au commandant de la Bastille d’administrer celui de la mère.

— Allons, me dit Saint-Fond dès qu’au moyen de nos fourberies la mort se fut introduite dans les veines de ce malheureux enfant, allons, voilà ce que j’appelle une bonne matinée : que l’Être suprême des malfaisances daigne m’en envoyer seulement quatre comme celle-là par semaine, et je le remercierai de tout mon cœur.

Noirceuil déjeunait toujours avec Clairwil en nous attendant ; aucun de nos secrets ne fut révélé, et le ministre repartit pour Paris avec l’enfant et son ami ; Clairwil me ramena seule.

Pour ne plus revenir sur cette aventure, vous saurez, mes amis, que ce crime, comme tous ceux de Saint-Fond, fut couronné du plus grand succès ; peu de temps après, il fut en possession d’un héritage, du revenu duquel il voulut bien me compter deux années d’avance pour avoir partagé son crime.

Chemin faisant, Clairwil me fit quelques questions, que j’eus l’art d’éluder, sans la satisfaire ; déguiser les actes luxurieux fût devenu inutile : elle ne m’aurait pas crue ; mais je dissimulai le reste, et Saint-Fond m’en sut gré. Je profitai de cette route pour rappeler à mon amie la promesse qu’elle m’avait faite de m’admettre dans son club libertin ; elle me promit que cette réception aurait lieu à la première assemblée, et nous nous quittâmes.

1 Cela est aisé à comprendre : on fait ce que personne ne fait ; on est donc unique dans son genre. Voilà la pâture de l’orgueil.

2 Les voilà, les voilà, ces monstres de l’ancien régime ! Nous ne les avons pas promis beaux, mais vrais : nous tenons parole.

3 Ce système, d’ailleurs, se trouve amplement développé plus loin.

4 Voyez les Mémoires de la marquise de Frène, le Dictionnaire des Hommes illustres, etc.

5 On sait que Sainte-Croix, amant de la Brinvilliers, mourut en composant un poison violent dont la recette se trouvera plus loin. Il avait mis un masque de verre pour éviter de respirer les exhalaisons : la violence du venin brisa le masque, et le chimiste expira. L’imprudente Brinvilliers réclama sur-le-champ la cassette où son amant renfermait ses autres poisons : voilà ce qui la trahit. Cette cassette fut ensuite portée à la Bastille, et ce qu’elle renfermait a servi à tous les membres de la famille de Louis XV. Cette femme célèbre fut convaincue d’avoir également empoisonné ses deux frères et sa sœur et eut, en conséquence, la tête tranchée en 1676.

6 C’est du maréchal, dont on parle ici.

7 Expression de Brantôme, au même article que l’on va citer de lui tout à l’heure.

8 Tome I des Vies des Dames galantes de son temps, édition de Londres, 1666, in-12. Peut-être aurions-nous dû copier littéralement l’auteur cité ; deux raisons nous en ont empêché : la première est que ces citations forment toujours des bigarrures désagréables ; la seconde, que Brantôme n’a fait qu’esquisser ce que nous avons voulu peindre avec plus d’énergie, sans toutefois nous écarter de la vérité.

9 Tout ceci n’est qu’un faible aperçu de ce que le lecteur trouvera sur cette importante matière dans les volumes suivants.

10 On saura bientôt ce que c’était.

11 Femmes lubriques et emportées, lisez avec attention ces conseils : ils s’adressent à vous comme à Juliette, et vous devrez, si vous avez de l’esprit, en tirer comme elle le plus grand parti. Le plus ardent désir de votre bonheur nous les suggère ; vous n’atteindrez jamais à ce bonheur, pour lequel nous travaillons en vous adressant ceci, non, jamais vous ne l’atteindrez, si ces sages avis ne deviennent pas la seule base de votre conduite.

12 « L’enfer, dit un homme d’esprit, est le foyer de la cuisine qui fait bouillir en ce monde la marmite sacerdotale ; elle fut fondée en faveur des prêtres ; c’est pour qu’ils fassent bonne chère que le Père éternel, qui est leur premier cuisinier, met en broche ceux de ses enfants qui n’auront point eu pour leurs leçons la déférence qui leur est due ; aux festins de l’agneau, les élus mangeront des incrédules grillés, des riches en fricassées, des financiers à la sauce Robert », etc., etc. Voyez la Théologie portative, page 106.

13 Eusèbe, dans son Histoire, lib. III, chap. 25, dit que l’épître de Jacques, celle de Juda, la deuxième de saint Pierre, la deuxième et la troisième de saint Jean, les actes de saint Paul, la révélation de saint Pierre, l’épître de Barnabé, les institutions apostoliques et les livres de l’Apocalypse n’étaient nullement reconnus de son temps.

14 Ô toi qui, dit-on, as créé tout ce qui existe dans le monde ; toi, dont je n’ai pas la moindre idée ; toi que je ne connais que sur parole et sur ce que des hommes, qui se trompent tous les jours, peuvent m’avoir dit ; être bizarre et fantastique que l’on appelle Dieu, je déclare formellement, authentiquement, publiquement, que je n’ai pas dans toi la plus légère croyance, et cela par l’excellente raison que je ne trouve rien qui puisse me persuader d’une existence absurde dont rien au monde n’atteste la solidité. Si je me trompe, et que lorsque je n’existerai plus, tu viennes à me prouver mon erreur, et qu’alors (ce qui est contre toutes les lois de la vraisemblance et de la raison), tu viennes à me convaincre de cette existence si fortement niée par moi maintenant, qu’arrivera-t-il ? Tu me rendras heureux ou malheureux. Dans le premier cas, je t’admettrai, je te chérirai ; dans le second, je t’abhorrerai : or, s’il est clair qu’aucun homme raisonnable ne puisse faire un calcul que celui-là, comment avec la puissance qui doit composer le premier de tes attributs, si tu existes, comment, dis-je, laisses-tu l’homme dans une alternative aussi injurieuse à ta gloire !

15 Le lac Asphaltite existe actuellement sur l’emplacement de Sodome et de Gomorrhe, dont l’incendie n’existe plus ; les flammes qui s’aperçoivent quelquefois en ce lieu proviennent des volcans dont il est environné : c’est ainsi que l’Etna et le Vésuve brûlent toujours ; jamais les villes dont il s’agit ne brûlèrent d’une autre façon.

16 Quels sont les seuls et les vrais perturbateurs de la société ? — Les prêtres. — Qui sont ceux qui débauchent journellement nos femmes et nos enfants ? — Les prêtres. Quels sont les plus dangereux ennemis d’un gouvernement quelconque ? — Les prêtres. — Quels sont les fauteurs et instigateurs des guerres civiles ? — Les prêtres. — Qui nous empoisonne perpétuellement de mensonges et d’impostures ? — Les prêtres. — Qui nous vole jusqu’à notre dernier soupir ? — Les prêtres. — Qui abuse de notre bonne foi et de notre crédulité dans le monde ? — Les prêtres. — Qui travaille le plus constamment à l’extinction totale du genre humain ? — Les prêtres. — Qui se souille le plus de crimes et d’infamies ? — Les prêtres. Quels sont les hommes de la terre les plus dangereux, les plus vindicatifs et les plus cruels ? — Les prêtres. — Et nous balançons à extirper totalement cette vermine pestilentielle de dessus la surface du globe !… - Nous méritons donc tous nos maux.

Troisième Partie

Il est temps, mes amis, de vous parler un peu de moi, surtout de vous peindre mon luxe, fruit des plus terribles débauches, afin que vous puissiez le comparer à l’état d’infortune où se trouvait ma sœur, pour s’être avisée d’être sage. Vous tirerez de ces rapprochements les conséquences que votre philosophie vous suggérera.

Le train de ma maison était énorme. Vous devez vous en douter, en voyant toutes les dépenses que j’étais obligée de faire pour mon amant. Mais, en laissant à part la multitude des choses exigées pour ses plaisirs, il me restait à moi un hôtel superbe à Paris, une terre délicieuse au-dessus de Sceaux, une petite maison des plus voluptueuses à la Barrière-Blanche, douze tribades, quatre femmes de chambre, une lectrice, deux veilleuses, trois équipages, dix chevaux, quatre valets choisis à la supériorité du membre, tout le reste des attributs d’une très grande maison, et, pour moi seule, plus de deux millions à manger par an, ma maison payée

.

Voulez-vous ma vie maintenant 

?

Je me levais tous les jours à dix heures. Jusqu’à onze, je ne voyais que mes amis intimes ; depuis lors, jusqu’à une heure, grande toilette, à laquelle assistaient tous mes courtisans ; à une heure précise, je recevais des audiences particulières pour les grâces que l’on avait à me demander, ou le ministre, quand il était à Paris. A deux heures, je volais à ma petite-maison, où d’excellentes entremetteuses me faisaient trouver régulièrement tous les jours quatre hommes et quatre femmes, avec qui je donnais la plus ample carrière à mes caprices. Pour que vous ayez une idée des objets que j’y recevais, qu’il vous suffise de savoir qu’il n’y entrait aucun individu qui ne me coûtât vingt-cinq louis au moins, et souvent le double. Aussi n’imagine-t-on pas ce que j’avais de délicieux et de rare dans l’un et l’autre sexe : j’y ai vu plus d’une fois des femmes et des filles de la première naissance, et je puis dire avoir goûté dans cette maison des voluptés bien douces et des plaisirs bien recherchés. Je rentrais à quatre heures, et dînais toujours avec quelques amis. Je ne vous parle point de ma table : aucune maison de Paris n’était servie avec autant de splendeur, de délicatesse et de profusion ; il n’était jamais rien d’assez beau ni d’assez rare. L’extrême intempérance que vous me voyez doit, je crois, vous faire bien juger de cet objet. Je place l’une de mes plus grandes voluptés dans ce léger vice, et j’imagine que sans les excès de celui-là, on ne jouit jamais bien des autres. J’allais ensuite au spectacle, ou je recevais le ministre, si c’était ses jours

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A l’égard de ma garde-robe, de mes bijoux, de mes économies, de mon mobilier, quoiqu’il y eût à peine deux ans que je fusse avec M. de Saint-Fond, je ne vous dirai point trop, en évaluant ces objets à plus de quatre millions, dont deux en or dans ma cassette, devant lesquels j’allais quelquefois, à l’instar de Clairwil, me branler le con en déchargeant sur cette idée singulière : J’aime le crime, et voilà tous les moyens du crime à ma disposition. Oh ! mes amis, qu’elle est douce, cette idée, et que de foutre elle m’a fait perdre ! Désirais-je un nouveau bijou, une nouvelle robe ? Mon amant, qui ne voulait pas me voir trois fois de suite les mêmes choses, me satisfaisait à l’instant, et tout cela sans exiger autre chose de moi que du désordre, de l’égarement, du libertinage, et les soins les plus excessifs aux arrangements de ses débauches journalières. C’était donc en flattant mes goûts que tous mes goûts se trouvaient servis, c’était en me livrant à toute l’irrégularité de mes sens que mes sens se trouvaient enivrés

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Mais dans quelle situation morale tant d’aisance m’avait-elle placée ? Voilà ce que je n’ose dire, mes amis, et ce dont il faut pourtant que je convienne avec vous. L’extrême libertinage dans lequel je me plongeais tous les jours avait tellement engourdi les ressorts de mon âme, qu’aidée des pernicieux conseils dont j’était abreuvée de toutes parts, je n’aurais pas, je crois, détourné un sol de mes trésors pour rendre la vie à un malheureux. A peu près vers ce temps, une disette affreuse se fit sentir dans les environs de ma terre ; tous les habitants furent à la plus grande détresse : il y eut des scènes affreuses, des filles entraînées dans le libertinage, des enfants abandonnés et plusieurs suicides. On vint implorer ma bienfaisance : je tins ferme, et colorai très impertinemment mes refus, des dépenses énormes auxquelles m’avaient entraînée mes jardins. Peut-on donner l’aumône, disais-je insolemment, quand on fait faire des boudoirs de glaces au fond de ses bosquets, et qu’on garnit ses allées de Vénus, d’Amours et de Saphos ? En vain offrait-on à mes regards tranquilles tout ce qu’on imaginait de plus propre à toucher ma sensibilité : des mères éplorées, des enfants nus, des spectres dévorée par la faim ; rien ne m’ébranlait, rien ne sortait mon âme de son assiette ordinaire, et l’on n’obtenait jamais de moi que des refus. Ce fut alors qu’en me rendant compte de mes sensations, j’éprouvai, ainsi que me l’avaient annoncé mes instituteurs, au lieu du sentiment pénible de la pitié, une certaine commotion produite par le mal que je croyais faire en rejetant ces malheureux, et qui fit circuler dans mes nerfs une flamme à peu près semblable à celle qui nous brûle, chaque fois que nous brisons un frein ou que nous subjuguons un préjugé. Je conçus dès lors combien il pouvait devenir voluptueux de mettre ces principes en action ; et ce fut de ce moment, que je sentis bien qu’aussitôt que le spectacle de l’infortune causée par le sort pouvait être d’une sensualité si parfaite sur des âmes disposées ou préparées par des principes comme ceux que l’on m’inculquait, le spectacle de l’infortune causée par soi-même devait améliorer cette jouissance ; et comme vous savez que ma tête va toujours bien loin, vous n’imaginez pas ce que je conçus de possible et de délicieux sur cela. Le raisonnement était simple : je sentais du plaisir au seul refus de mettre l’infortune dans une situation heureuse ; que n’éprouverais-je donc pas si j’étais moi-même la cause première de cette infortune ? S’il est doux de s’opposer au bien, me disais-je, il doit être délicieux de faire le mal. Je rappelai, je flattai cette idée dans ces moments dangereux où le physique s’embrase aux voluptés de l’esprit, instants où l’on se refuse d’autant moins qu’alors rien ne s’oppose à l’irrégularité des vœux ou à l’impétuosité des désirs, et que la sensation reçue n’est vive qu’en raison de la multitude des freins que l’on brise, et de leur sainteté. Le songe évanoui, si l’on redevenait sage, l’inconvénient serait médiocre : c’est l’histoire des torts de l’esprit, on sait bien qu’ils n’offensent personne ; mais on va plus loin, malheureusement. Que sera-ce, ose-t-on se dire, que la réalisation de cette idée, puisque son seul frottement sur mes nerfs vient de les émouvoir si vivement ? On vivifie la maudite chimère, et son existence est un crime

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Il y avait, à un quart de lieue de mon château, une malheureuse chaumière appartenant à un paysan fort pauvre qui se nommait Martin Des Granges, père de huit enfants, et possédant une femme que l’on pouvait appeler un trésor par sa sagesse et son économie. Croiriez-vous que cet asile du malheur et de la vertu excita ma rage et ma scélératesse ! Il est donc vrai que c’est une chose délicieuse que le crime ; il est donc certain que c’est au feu dont il nous embrase que s’allume le flambeau de la lubricité… qu’il suffit seul à l’éveiller en nous, et que pour donner à cette délicieuse passion tout le degré d’activité possible sur nos nerfs, il n’est besoin que du crime seul

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Elvire et moi, nous avions apporté du phosphore de Boulogne, et j’avais chargé cette fille leste et spirituelle d’amuser toute la famille, pendant que je fus le placer adroitement dans la paille d’un grenier qui se trouvait au-dessus de la chambre de ces malheureux. Je reviens, les enfants me caressent, la mère me raconte avec bonhomie tous les petits détails de sa maison, le père veut que je me rafraîchisse, il s’empresse à me recevoir de son mieux… Rien de tout cela ne me désarme, je ne suis attendrie par rien ; je m’interroge, et loin de cette fastidieuse émotion de la pitié, je n’éprouve qu’un chatouillement délicieux dans toute mon organisation : le plus chétif attouchement m’aurait fait décharger dix fois. Je redouble mes caresses à toute cette intéressante famille, dans le sein de laquelle je viens apporter le meurtre ; ma fausseté est au comble, plus je trahis, et mieux je bande. Je donne des rubans à la mère, des bonbons aux enfants. Nous revenons, mais mon délire est tel que je ne puis rentrer chez moi sans prier Elvire de soulager l’état terrible dans lequel je suis. Nous nous enfonçons dans un taillis, je me trousse, j’écarte les cuisses… elle me branle… A peine m’a-t-elle touchée que je décharge ; jamais encore je ne m’étais trouvée dans un égarement si terrible ; Elvire, qui ne se doutait de rien, ne savait comment interpréter l’état où elle me voyait

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— Branle… branle… lui dis-je en suçant sa bouche, je suis dans une prodigieuse agitation ce matin ; donne-moi ton con, que je le chatouille aussi, et noyons-nous dans des flots de foutre

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— Et qu’est-ce donc que madame vient de faire 

?

— Des horreurs… des atrocités, et le sperme coule bien délicieusement lorsque ses flots s’élancent au sein de l’abomination. Branle-moi donc, Elvire. il faut que je décharge

.

Elle se glisse entre mes jambes, elle me suce

— Oh, foutre ! lui criai-je, que tu as raison : tu vois que j’ai besoin des grands moyens, tu les emploies

Et j’inonde ses lèvres

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Nous rentrâmes ; j’étais dans un état qui ne peut se peindre, il me semblait que tous les désordres, tous les vices s’armaient à la fois pour venir débaucher mon cœur, je me sentais dans une espèce d’ivresse, dans une sorte de rage : il n’était rien que je n’eusse fait, aucune luxure dont je ne me fusse souillée. J’étais désolée de n’avoir atteint qu’une si petite portion de l’humanité ; j’aurais voulu que la nature entière eût pu se ressentir des égarements de ma tête. Je fus me jeter nue sur le sopha d’un de mes boudoirs, et j’ordonnai à Elvire de m’amener tous mes hommes, en leur recommandant de faire de moi tout ce qu’ils voudraient, pourvu qu’ils m’invectivassent et me traitassent comme une putain. Je fus maniée, pelotée, battue, souffletée ; mon con, mon cul, mon sein, ma bouche, tout servit : je désirais avoir vingt autels de plus à présenter à leur offrande. Quelques-uns amenèrent des camarades que je ne connaissais pas : je ne refusai rien, je me rendis la coquine de tous, et je perdis des torrents de foutre au milieu de toutes ces luxures. Un de ces grossiers libertins (je leur avais tout permis) s’avise de dire que ce n’était pas sur des canapés qu’il voulait me foutre, mais dans la fange… Je me laisse traîner par lui sur un tas de fumier, et me prostituant là comme une truie, je l’excite à m’humilier davantage encore. Le vilain le fait, et ne me quitte qu’après m’avoir chié sur le visage… Et j’étais heureuse ; plus je me vautrais dans l’ordure et dans l’infamie, plus ma tête s’embrasait de luxure, et plus augmentait mon délire. En moins de deux heures, je fus foutue plus de vingt coups, pendant qu’Elvire me branlait toujours… et rien… non, rien n’apaisait l’état cruel où me plongeait l’idée du crime que je venais de commettre

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Remontée dans mon boudoir, nous apercevons l’atmosphère obscurcie

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— Oh ! madame, me dit Elvire en ouvrant une fenêtre, regardez donc… le feu… le feu où nous avons été ce matin 

!

Et je tombe, presque évanouie

Restée seule avec cette belle fille, je la conjure de me branler encore

.

— Sortons, lui dis-je, je crois que j’entends des cris, allons savourer ce délicieux spectacle, Elvire : il est mon ouvrage, viens t’en rassasier avec moi… Il faut que je voie tout, il faut que j’entende tout, je ne veux pas que rien m’échappe

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Nous sortons toutes deux, échevelées, froissées, enivrées, nous ressemblions à des bacchantes. A vingt pas de cette scène d’horreur, derrière un petit tertre qui nous déguisait aux regards des autres sans nous empêcher de rien voir, je retombe dans les bras d’Elvire, presque autant agitée que moi. Nous nous branlons à la lueur des flammes homicides qu’allumait ma férocité, aux cris aigus du malheur et du désespoir que faisait pousser ma luxure, et j’étais la plus heureuse des femmes

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Nous nous levons enfin pour analyser mon forfait. Je vois avec douleur que deux victimes me sont échappées ; je reconnais les autres cadavres, je les retourne avec le pied

.

— Ces individus vivaient ce matin, me dis-je, j’ai tout détruit dans quelques heures… tout cela pour perdre mon foutre… Et voilà donc ce que c’est que le meurtre : un peu de matière désorganisée, quelques changements dans les combinaisons, quelques molécules rompues et replongées dans le creuset de la nature, qui les rendra dans quelques jours sous une autre forme à la terre ; et où donc est le mal à cela ? Si j’ôte la vie à l’un, je la donne à l’autre : où est donc l’offense que je lui fais 

?

Cette petite révolte de mon esprit contre mon cœur ébranla vivement les globules électriques de mes nerfs… et mon con mouille encore une fois les doigts de ma tribade. Si j’avais été toute seule, je ne sais pas, d’honneur, jusqu’où j’aurais porté les effets de mon dérèglement. Aussi cruelle que les Caraïbes, j’aurais peut-être dévoré mes victimes : Elles étaient là, jonchées… Le père et l’un de ses enfants s’étaient seuls échappés ; la mère et les sept autres étaient sous mes yeux ; et je me disais en les observant, en les touchant même : C’est moi qui viens de consommer ces meurtres, ils sont mon unique ouvrage ; et je déchargeais encore… Pour la maison, il n’en restait plus de vestiges, à peine se doutait-on de la place qu’elle avait occupée

.

Eh bien ! croiriez-vous, mes amis, que lorsque je racontai cette histoire à Clairwil, elle m’assura que je n’avais fait qu’effleurer le crime, et que je m’étais conduite comme une poltronne 

?

— Il y a trois ou quatre fautes graves, me dit-elle, dans l’exécution de cette aventure. Premièrement (et je vous rends tout ceci pour que vous jugiez mieux le caractère de cette étonnante femme), premièrement, tu as manqué de conduite, et si malheureusement quelqu’un fût venu, à ton désordre, à tes mouvements, on t’aurait jugée criminelle. Prends garde à cette faute : tout ce que tu voudras d’ardeur au-dedans, mais le plus grand flegme au-dehors. Quand tu resserreras ainsi les effets lubriques, ils auront plus d’activité. Deuxièmement, ta tête n’a pas conçu la chose en grand ; car tu conviendras qu’ayant sous tes fenêtres un bourg immense de sept ou huit gros villages aux environs, il y a de la sagesse… de la pudeur, à n’aller s’égarer que sur une seule maison et dans un endroit bien isolé… de crainte que les flammes, en se propageant, n’augmentent l’étendue de ton petit forfait : on voit que tu as frémi en exécutant

.

Voilà donc une jouissance manquée, car celles du crime ne veulent pas de restriction. Je les connais : si l’imagination n’a pas tout conçu, si la main n’a pas tout exécuté, il est impossible que le délire ait été complet, parce qu’il reste toujours un remords : Je pouvais faire davantage, je ne l’ai pas fait. Et les remords de la vertu sont pis que ceux du crime. Lorsqu’on est dans le train de la vertu et que l’on fait une mauvaise action, on imagine toujours que la multitude des bonnes œuvres effacera cette tache : et comme on se persuade aisément ce qu’on désire, on finit par se calmer. Mais celui qui, comme nous, s’achemine à grands pas dans la carrière du vice, ne se pardonne jamais une occasion manquée, parce que rien ne le dédommage ; la vertu ne vient pas à son secours, et la résolution qu’il forme de faire quelque chose de pis, en échauffant davantage sa tête sur le mal, ne le consolera sûrement pas de l’occasion qu’il a manquée d’en faire

.

A ne considérer ton plan, d’ailleurs, que dans le rétréci, poursuivit Clairwil, il y a encore une grande faute, car j’aurais fait poursuivre Des Granges, moi. Il était dans le cas d’être brûlé comme incendiaire, et tu sens bien qu’à ta place, je ne l’aurais sûrement pas manqué. Quand le feu prend à la maison d’un homme en sous-ordre, comme celui-là dans ta terre, ne sais-tu donc pas que tu es en droit de faire vérifier par tes gens de justice si ce n’est pas lui qui est coupable. Qui t’a dit que cet homme ne voulait pas se défaire de sa femme et de ses enfants, pour aller gueuser hors du pays ? Dès qu’il tournait le dos, il fallait le faire arrêter comme fuyard et comme incendiaire, le livrer à la justice. Avec quelques louis, tu trouvais des témoins. Elvire elle-même t’en servait : elle déposait que, le matin, elle avait vu cet homme errer dans son grenier, d’un air insensé ; qu’elle l’avait interrogé, qu’il n’avait pu répondre à ses questions ; et dans huit jours on serait venu te donner le spectacle voluptueux de brûler ton homme à ta porte. Que cette leçon te serve, Juliette : ne conçois jamais le crime sans l’étendre, et quand tu es dans l’exécution, embellis encore tes idées

.

Voilà, mes amis, les cruelles additions que Clairwil eût désiré me voir mettre au délit que je lui avouais, et je ne vous cache pas que, profondément frappée de ses raisons, je me promis bien de ne plus retomber dans des fautes si graves. La fuite du paysan me désolait surtout, et je ne sais ce que j’aurais donné pour le voir rôtir à ma porte ; je ne me suis jamais consolée de cette fuite

.

Enfin, le jour de ma réception au club de Clairwil arriva. On appelait cette réunion : La Société des Amis du Crime. Dès le matin, mon introductrice m’apporta les statuts de l’assemblée. Je les crois assez curieux pour vous les montrer ; les voici 

:

STATUTS DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU CRIME

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La Société se sert du mot crime pour se conformer aux usages reçus, mais elle déclare qu’elle ne désigne ainsi aucune espèce d’action, de quelque sorte qu’elle puisse être

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Pleinement convaincue que les hommes ne sont pas libres, et qu’enchaînés par les lois de la nature, ils sont tous esclaves de ces lois premières, elle approuve tout, elle légitime tout, et regarde comme ses plus zélés sectateurs ceux qui, sans aucun remords, se seront livrés à un plus grand nombre de ces actions vigoureuses que les sots ont la faiblesse de nommer crimes, parce qu’elle est persuadée qu’on sert la nature en se livrant à ces actions, qu’elles sont dictées par elle, et que ce qui caractériserait vraiment un crime, serait la résistance que l’homme apporterait à se livrer à toutes les inspirations de la nature, de telle espèce qu’elles puissent être. En conséquence, la Société protège tous ses membres ; elle leur promet à tous, secours, abri, refuge, protection, crédit, contre les entreprises de la Loi ; elle prend sous sa sauvegarde tous ceux qui l’enfreignent, et se regarde comme au-dessus d’elle, parce que la Loi est l’ouvrage des hommes, et que la Société, fille de la nature, n’écoute et ne suit que la nature

.

1° Il n’y aura aucune distinction parmi les individus qui composent la Société. Non qu’elle croie tous les hommes égaux aux yeux de la nature (elle est loin de ce préjugé populaire, fruit de la faiblesse et de la fausse philosophie), mais elle est persuadée que toute distinction serait gênante dans les plaisirs de la Société, et qu’elle les troublerait nécessairement tôt ou tard1

.

2° L’individu qui veut être reçu dans la Société doit renoncer à toute religion, de quelque espèce qu’elle puisse être. Il doit s’attendre à des épreuves qui constateront son mépris pour ces cultes humains et leur chimérique objet. Le plus petit retour de sa part à ces bêtises lui vaudra sur-le-champ l’exclusion

.

3° La Société n’admet point de Dieu ; il faut faire preuve d’athéisme pour y entrer. Le seul Dieu qu’elle connaisse est le plaisir ; elle sacrifie tout à celui-là ; elle admet toutes les voluptés imaginables, elle trouve bon tout ce qui délecte ; toutes les jouissances sont autorisées dans son sein ; il n’en est aucune qu’elle n’encense, aucune qu’elle ne conseille et ne protège

.

4° La Société brise tous les nœuds du mariage et confond tous ceux du sang. On doit jouir indifféremment, dans ses foyers, de la femme de son prochain comme de la sienne, de son frère, de sa sœur, de ses enfants, de ses neveux, comme de ceux des autres. La plus légère répugnance à ces règles est un titre puissant d’exclusion

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5° Un mari est obligé de faire recevoir sa femme ; un père, son fils ou sa fille ; un frère, sa sœur ; un oncle, son neveu ou sa nièce, etc

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6° On ne reçoit personne dans la Société qui ne prouve au moins vingt-cinq mille livres de rente, attendu que les dépenses annuelles sont de dix mille francs par individu. Sur cette masse, se prennent toutes les dépenses de la maison, celles du loyer, des sérails, des voitures, des bureaux, des assemblées, des soupers, de l’illumination. Et quand le trésorier a de l’argent de reste au bout de l’année, il le partage entre les frères ; si les dépenses ont excédé la recette, on se cotise pour rembourser le trésorier, toujours cru sur sa parole

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7° Vingt artistes ou gens de lettres seront reçus au prix modique de mille livres par an. La Société, protectrice des arts, veut leur décerner cette déférence ; elle est fâchée que ses moyens ne lui permettent pas d’admettre à ce médiocre prix un beaucoup plus grand nombre d’hommes dont elle fera toujours tant d’estime

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8° Les amis de cette Société, unis comme on l’est au sein d’une famille, partagent toutes leurs peines comme tous leurs plaisirs ; ils s’aident et se secourent mutuellement dans toutes les différentes situations de la vie ; mais toutes aumônes, charités, secours donnés aux veuves, orphelins ou indigents sont absolument défendus, et dans la Société et aux personnes de la Société ; tout membre seulement soupçonné de ces prétendues bonnes œuvres sera exclu

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9° Il y aura toujours en réserve une somme de trente mille livres pour l’utilité d’un membre que la main du sort aurait plongé dans quelque mauvais cas

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10° Le président est élu au scrutin, et n’est jamais qu’un mois en exercice ; il est pris, tantôt dans un sexe, tantôt dans un autre, et préside douze assemblées (il y en a trois par semaine) ; son unique emploi est de faire respecter les lois de la Société, de maintenir la correspondance exécutée par un comité permanent dont le président est le chef. Le trésorier et les deux secrétaires de l’assemblée sont membres de ce comité, mais les secrétaires se renouvellent tous les mois, comme le président

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11° Chaque séance s’ouvre par un discours, ouvrage de l’un des membres ; l’esprit de ce discours est contraire aux mœurs et à la religion ; s’il en mérite la peine, il est imprimé sur-le-champ aux frais de la Société, et mis dans ses archives

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12° Dans les heures consacrées à la jouissance, tous les frères et toutes les sœurs seront nus ; ils se mêlent, ils jouissent indistinctement, et jamais un refus ne pourra soustraire un individu aux plaisirs d’un autre. Celui qui sera choisi doit se prêter, doit tout faire : n’a-t-il pas le même droit, l’instant d’après ? Un individu qui se refuserait aux plaisirs de ses frères, y serait contraint par la force, et chassé après

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13° Dans le sein de l’assemblée, aucune passion cruelle, excepté le fouet, donné simplement sur les fesses, ne pourra s’exercer, il est des sérails dépendant de la Société et dans lesquels les passions féroces pourront avoir le cours le plus entier ; mais au sein de ses frères, il ne faut que des voluptés crapuleuses, incestueuses, sodomites et douces

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14° La plus grande confiance est établie parmi les frères ; ils doivent entre eux s’avouer leurs goûts, leurs faiblesses, jouir de leurs confidences, et y trouver un aliment de plus à leurs plaisirs. Un être qui trahirait les secrets de la Société, ou qui reprocherait à l’un de ses frères les faiblesses ou les passions qui font le bonheur de sa jouissance, serait exclu sur-le-champ

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15° Près de la salle publique des jouissances, sont les cabinets secrets où l’on peut se retirer pour se livrer solitairement à toutes les débauches du libertinage ; on peut y passer en tel nombre que l’on veut. On y trouve tout ce qui est nécessaire, et, dans chacun, une jeune fille et un jeune garçon prêts à exécuter toutes les passions des membres de la Société, et même celles qui ne sont permises que dans l’intérieur des sérails, parce que ces enfants étant de la même espèce que ceux que l’on livre aux sérails, et en dépendant même, peuvent être traités comme eux

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16° Tous les excès de table sont autorisés ; on donnera tout secours et toute assistance à un frère ou une sœur qui s’y sera livré ; tous les moyens possibles sont fournis dans l’intérieur pour y satisfaire

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17° Aucune flétrissure juridique, aucun mépris public, aucune diffamation n’empêchera d’être reçu dans la Société. Ses principes étant basés sur le crime, comment ce qui vient du crime pourrait-il jamais entraver ! Ces individus, rejetés du monde, trouveront des consolations et des amis dans une Société qui les considérera et les admettra toujours de préférence. Plus un individu sera mésestimé dans le monde, plus il plaira à la Société ; ceux de ce genre seront élus présidents dès le même jour de leur réception, et admis dans les sérails sans noviciat

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18° Il y a une confession publique aux quatre grandes assemblées générales, lesquelles se tiennent aux époques appelées par les catholiques les quatre plus grandes fêtes de l’année. Là, chacun est obligé d’avouer, à haute et intelligible voix, généralement tout ce qu’il a fait ; si sa conduite est pure, il est blâmé ; on le comble de louanges, si elle est irrégulière ; est-elle horrible, s’est-il couvert de forfaits et d’exécrations ? il est récompensé, mais, dans ce cas, il doit produire des témoins. Les prix s’élèvent toujours à deux mille francs, toujours pris sur la masse

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19° Le local de la Société, qui ne doit être connu que de ses membres, est d’une grande beauté ; de superbes jardins l’environnent. L’hiver il y a grand feu dans les salles. L’heure de la réunion est depuis cinq heures du soir jusqu’à midi du lendemain. Vers minuit, on y sert un superbe repas, et des rafraîchissements tout le reste du temps

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20° Tous les jeux possibles sont défendus dans la Société ; occupée de délassements plus agréables à la nature, elle dédaigne tout ce qui s’écarte des divines passions du libertinage, les seules en possession d’électriser l’homme

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21° Le récipiendaire, de quelque sexe qu’il soit, est, pendant un mois, au noviciat ; il est tout ce temps aux ordres de la Société ; il en est comme le plastron, et ne peut pas entrer aux sérails, ni être admis à aucune place. Il y a peine de mort prononcée contre lui, s’il s’avisait de se refuser à telles propositions qui pourraient lui être faites

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22° Toutes les places s’élisent au scrutin secret ; les cabales sont sévèrement défendues. Ces places sont : celle de la présidence, les deux du secrétariat, celle de la censure, celles des deux directions des sérails, celle du trésorier, du maître d’hôtel, des deux médecins, des deux chirurgiens, de l’accoucheur, de la direction de la secrétairerie, dont le chef a sous lui les écrivains, les imprimeurs, le réviseur et le censeur des ouvrages, et l’inspecteur général des billets d’entrée

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23° On ne reçoit point de sujets au-delà de quarante ans pour les hommes, et de trente-cinq pour les femmes ; mais ceux qui vieillissent dans la Société peuvent y rester toute leur vie

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24° Tout membre que l’on n’aura pas vu d’un an dans la Société en sera exclu, sans que ses emplois publics ou ses charges puissent légitimer ses absences

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25° Tout ouvrage contre les mœurs ou la religion, présenté par un membre de la Société, soit qu’il l’ait composé ou non, sera sur-le-champ déposé à la bibliothèque de la maison, et l’on récompensera celui qui l’aura offert, en raison du mérite de l’ouvrage et de la part qu’il y aura prise

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26° Les enfants faits dans la Société seront aussitôt placés dans la maison du noviciat des sérails, pour en devenir membres, dès qu’ils auront atteint l’âge de dix ans pour les garçons, de sept pour les filles. Mais une femme ou une fille qui serait sujette à faire des enfants, serait promptement exclue : la propagation n’est nullement l’esprit de la Société ; le véritable libertinage abhorre la progéniture ; la Société le réprime donc. Les femmes dénonceront les hommes assujettis à cette manie, et si l’on les reconnaît incorrigibles, ils seront également priés de se retirer bientôt

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27° Les fonctions du président sont de veiller à la police générale de l’assemblée. Il a sous lui le censeur ; tous deux doivent maintenir le calme, la tranquillité, les caprices des agents, la soumission des patients, le silence, modérer les rires, les conversations, tout ce qui n’est pas enfin dans l’esprit du libertinage, ou tout ce qui y nuit. Il a, pendant sa présidence, la grande inspection sur les sérails. Dans le cours de sa séance, il ne peut quitter le bureau sans s’y faire remplacer par son devancier

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28° Les jurements, et surtout les blasphèmes, sont autorisés ; on peut les employer à tous propos. On ne doit jamais se parler entre soi qu’en se tutoyant

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29° Les jalousies, les querelles, les scènes ou propos d’amour, sont absolument défendus : tout cela nuit au libertinage, et l’on ne doit s’occuper là que de libertinage

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30° Tout tapageur, tout duelliste, sera exclu sans miséricorde. La poltronnerie y sera révérée comme à Rome : le poltron vit en paix avec les hommes ; il est d’ailleurs assez communément libertin, c’est le sujet qu’il faut à la Société

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31° Jamais le nombre des membres ne pourra être au-dessus de quatre cents, et l’on le maintiendra toujours le plus possible en égalité de sexe

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32° Le vol est permis dans l’intérieur de la Société, mais le meurtre ne l’est que dans les sérails

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33° Un membre n’aura pas besoin d’apporter les meubles nécessaires au libertinage : la maison fournira ces objets avec abondance, choix et propreté

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34° Nulles infirmités dégoûtantes ne seront souffertes. Quelqu’un qui se présenterait affligé de cette manière ne serait assurément pas reçu. Et si de pareils maux survenaient à des membres déjà reçus, ils seraient priés de donner leur démission

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35° Un membre attaqué du mal vénérien sera contraint à se retirer jusqu’à son entier rétablissement, attesté par les médecins et chirurgiens de la maison

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36° Aucun étranger ne sera reçu, pas même les habitants de la province. Cet établissement n’existe absolument que pour les personnes domiciliées à Paris ou dans la banlieue

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37° Les titres de naissance ne feront rien pour l’admission ; il ne s’agira que de prouver que l’on a le bien nécessaire et indiqué ci-dessus. Telle jolie que puisse être une femme, elle ne sera point reçue si elle ne prouve la fortune requise. Il en sera de même d’un jeune homme, quelque beau qu’il puisse être

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38° La beauté, ni la jeunesse, n’ont aucun droit exclusif dans la Société : ces droits détruiraient bientôt l’égalité de mœurs qui doit y régner

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39° Il y a peine de mort contre tout membre qui révélerait les secrets de la Société ; il sera poursuivi partout, aux frais d’icelle

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40° L’aisance, la liberté, l’impiété, la crapule, tous les excès du libertinage, tous ceux de la débauche, de la gourmandise, de ce qu’on appelle, en un mot, la saleté de la luxure, règneront impérieusement dans cette assemblée

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41° Il y aura toujours cent frères servants en activité, soudoyés par la maison, qui, tous jeunes et jolis, pourront être employés comme patients aux scènes libidineuses ; mais ils n’y joueront jamais d’autre rôle. La Société possède à ses ordres seize équipages, deux écuyers et cinquante valets extérieurs. Elle a une imprimerie, douze copistes et quatre lecteurs, sans comprendre ici tout ce que nécessitent les sérails

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42° Aucune arme, aucun bâton ne sera toléré dans les salles destinées aux jouissances. Tout se laisse en entrant dans une vaste antichambre, où des femmes sûres vous déshabillent et vous répondent de vos vêtements. Il y a, aux environs de la salle, plusieurs cabinets d’aisances servis par des jeunes filles et de jeunes garçons, obligés de se prêter à toutes les passions, et de la même espèce que ceux qui sont dans les sérails. Ils tiennent là : des seringues, des bidets, des lieux à l’anglaise, des linges très fins, des odeurs, et généralement tout ce qui est nécessaire, avant, après le besoin, ou pendant qu’on y procède ; leur langue, après, est à votre service

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43° Il est absolument défendu de s’immiscer dans les affaires du gouvernement. Tout discours de politique est expressément interdit. La Société respecte le gouvernement sous lequel elle vit ; et si elle se met au-dessus des lois, c’est parce qu’il est dans ses principes que l’homme n’a pas le pouvoir de faire des lois qui gênent et contrarient celles de la nature. Mais les désordres de ses membres, toujours intérieurs, ne doivent jamais scandaliser ni les gouvernés, ni les gouvernants

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44° Deux sérails sont affectés aux membres de la Société, et leurs bâtiments forment les deux ailes de la grande maison. L’un est composé de trois cents jeunes garçons, depuis sept ans jusqu’à vingt-cinq ; l’autre d’un pareil nombre de filles, de cinq ans à vingt et un. Ces sujets varient perpétuellement, et il n’y a pas de semaine où l’on ne réforme au moins trente sujets de chaque sérail, afin de procurer plus d’objets nouveaux aux membres de la Société. Près de là, est une maison où l’on élève quelques sujets destinés à des remplacements ; soixante maquerelles sont chargées de ces renouvellements ; et il y a, comme on l’a dit, un inspecteur à chaque sérail. Ces sérails sont commodes, bien distribués ; on y fait absolument tout ce que l’on veut ; les passions les plus féroces s’y exécutent ; tous les membres de la Société y sont admis sans payer. Les meurtres seuls s’y paient cent écus par sujet. Ceux des membres qui veulent souper là sont les maîtres ; les cartes pour y entrer sont distribuées par le président, qui ne peut jamais les refuser à tout membre ayant fait son mois de noviciat. La plus grande subordination des sujets règne dans les sérails ; les plaintes que l’on aurait à faire du défaut de soumission ou de complaisance seront sur-le-champ portées à l’inspecteur de ce sérail ou au président, et l’on punit aussitôt le sujet de la peine prononcée par vous, et que vous avez le droit d’infliger vous-même, si cela vous amuse. Il y a douze cabinets de supplices par sérail, où rien ne manque de ce qui peut plonger la victime dans les tourments les plus féroces et les plus monstrueux. On peut mêler les sexes et conduire à volonté des hommes chez les femmes, ou celles-ci chez les hommes. Il y a aussi douze cachots, par chaque sérail, pour ceux qui se plaisent à y laisser languir des victimes. Il est défendu de conduire, ni chez soi, ni dans les salles, aucun des sujets de ces deux sérails. On trouve également dans ces pavillons des animaux de toutes les espèces, pour ceux qui sont adonnés au goût de la bestialité : c’est une passion simple et dans la nature, il faut la respecter comme les autres

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Trois plaintes contre un même sujet suffisent à le faire renvoyer. Trois demandes de mort suffisent à l’en faire punir sur-le-champ. Il y a, dans chaque sérail, quatre bourreaux, quatre geôliers, huit fustigateurs, quatre écorcheurs, quatre sages-femmes et quatre chirurgiens, aux ordres des membres qui, dans leurs passions, pourraient avoir besoin du ministère de pareils personnages ; bien entendu que les sages-femmes et les chirurgiens ne sont là que pour des supplices, et nullement pour des soins à rendre. Dès qu’un sujet a le plus léger symptôme de maladie, il est envoyé à l’hôpital, et ne rentre plus à la maison

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Les deux sérails sont environnés de hauts murs. Toutes les fenêtres en sont grillées, et jamais les sujets ne sortent. Entre le bâtiment et le haut mur environnant, est un intervalle de dix pieds formant une allée plantée de cyprès, où les membres de la Société font quelquefois descendre les sujets, pour se livrer avec eux, dans cette promenade solitaire, à des plaisirs plus sombres et souvent plus affreux. Au pied de quelques-uns de ces arbres sont ménagés des trous, où la victime peut à l’instant disparaître. On soupe quelquefois sous ces arbres, quelquefois dans ces trous mêmes. Il y en a d’extrêmement profonds, où l’on ne peut descendre que par des escaliers secrets, et dans lesquels on peut se livrer à toutes les infamies possibles avec le même calme, le même silence que si l’on était dans les entrailles de la terre

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45° Nul ne peut être reçu sans signer préalablement, et le serment qu’on lui fait prononcer, et les obligations imposées à son sexe

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L’heure arrivée, nous partîmes. J’étais parée comme la déesse du Jour. Clairwil, comme jouant le rôle de ma marraine, était mise avec une coquetterie moins jeune. Elle me prévint, en route, de l’extrême docilité que je devais apporter à tous les désirs des membres de la Société, et me dit aussi de ne point m’impatienter, si je ne pouvais, comme novice, participer d’un mois aux plaisirs du sérail

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La maison se trouvant dans un des faubourgs les plus déserts et les moins peuplés de Paris, nous fûmes près d’une heure en chemin. Le cœur me battit, dès que je vis la voiture entrer dans une cour très sombre, absolument entourée de grands arbres, et dont les portes se refermèrent aussitôt sur nous. Un écuyer vint nous recevoir à la descente de notre voiture, et nous introduisit dans la salle. Clairwil fut obligée de se mettre nue ; je ne devais me déshabiller qu’en cérémonie. Le local me parut superbe et magnifiquement éclairé ; nous ne pûmes arriver qu’en marchant sur un grand crucifix tout parsemé d’hosties consacrées, au bout duquel était la Bible, qu’il fallait de même fouler aux pieds. Vous croyez bien qu’aucune de ces difficultés ne m’arrêta

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Je pénétrai. C’était une fort belle femme de trente-cinq ans qui présidait ; elle était nue, magnifiquement coiffée ; ce qui l’entourait au bureau était également nu : il y avait deux hommes et une femme. Plus de trois cents personnes étaient déjà réunies et nues : on enconnait, on se branlait, on se fouettait, on se gamahuchait, on se sodomisait, on déchargeait, et tout cela dans le plus grand calme ; on n’entendait aucune autre espèce de bruit que celui nécessité par les circonstances. Quelques-uns se promenaient doubles ou seuls ; beaucoup examinaient les autres, et se branlaient lubriquement en face des tableaux. Il y avait plusieurs groupes, quelques-uns même formés de huit ou dix personnes ; beaucoup d’hommes seuls avec des hommes ; beaucoup de femmes entièrement livrées à des femmes ; plusieurs femmes entre deux hommes ; et plusieurs hommes occupant deux ou trois femmes. Des parfums extrêmement agréables brûlaient dans de grandes cassolettes et répandaient des vapeurs enivrantes qui plongeaient, malgré soi, dans une sorte de langueur voluptueuse. Je vis plusieurs personnes sortir ensemble des cabinets d’aisances. Au bout d’un instant, la présidente se leva et prévint, à voix basse, qu’on lui prêtât, quand on pourrait, un moment d’attention. Quelques minutes après, tout le monde m’entoura ; je n’avais été de ma vie tant examinée ; chacun prononçait, et j’ose dire que je ne recueillis de tout cela que des éloges ; de grands complots, de grands projets se formèrent sur moi et autour de moi, et je frémis d’avance de l’obligation où j’allais être de me prêter à tous les désirs que faisaient naître ma jeunesse et mes charmes. Enfin la présidente me fit monter sur une estrade en face d’elle ; et là, séparée par une balustrade de toute l’assemblée, elle ordonna que l’on me mît nue : deux frères servants arrivèrent, et, en moins de trois minutes, il ne me resta pas un vêtement sur le corps. J’avoue qu’un peu de honte s’empara de moi, lorsque les frères, en se retirant, m’exposèrent absolument nue aux yeux de l’assemblée, mais les nombreux applaudissements que j’entendis me rendirent bientôt toute mon impudence

.

Telles furent les questions que m’adressa la présidente ; j’y joins mes réponses 

:

— Promettez-vous de vivre éternellement dans les plus grands excès du libertinage 

?

— Je le jure

.

— Toutes les actions luxurieuses, même les plus exécrables, vous paraissent-elles simples et dans la nature 

?

— Je les vois toutes comme indifférentes à mes yeux

.

— Les commettriez-vous toutes au plus léger désir de vos passions 

?

— Oui, toutes

.

— Protestez-vous de vous conformer exactement à tout ce qui vous a été lu par votre marraine dans les statuts de notre Société ? et vous soumettez-vous aux peines portées par ces statuts, si vous devenez réfractaire 

?

— Je jure et promets tout ce qui est contenu dans cet article

.

— Êtes-vous mariée 

?

— Non

.

— Êtes-vous pucelle 

?

— Non

.

— Avez-vous été enculée 

?

— Souvent

.

— Foutue en bouche 

?

— Souvent

.

— Fouettée 

?

— Quelquefois

.

— Comment vous appelez-vous 

?

— Juliette

.

— Quel âge avez-vous 

?

— Dix-huit ans

.

— Vous êtes-vous branlée avec des femmes 

?

— Souvent

.

— Avez-vous commis des crimes 

?

— Plusieurs

.

— Avez-vous attenté à la vie de vos semblables 

?

— Oui

.

— Promettez-vous de vivre toujours dans les mêmes écarts 

?

— Je le jure

.

(Ici de nouveaux applaudissements se firent entendre.

)

— Ferez-vous recevoir à la Société tous ceux qui vous tiendront par les liens du sang 

?

— Oui

.

— Promettez-vous de ne jamais trahir les secrets de la Société 

?

— Je le jure

.

— Promettez-vous la complaisance la plus entière à tous les caprices, à toutes les lubriques fantaisies des membres de la Société 

?

— Je la promets

.

— Qu’aimez-vous le mieux, des hommes ou des femmes 

?

— J’aime beaucoup les femmes pour me branler, infiniment les hommes pour me foutre

.

(Cette naïveté fit éclater de rire tout le monde.

)

— Aimez-vous le fouet 

?

— J’aime à le donner et à le recevoir

.

— Qu’aimez-vous le mieux des deux jouissances qui peuvent être procurées à une femme : celle de la fouterie en con, ou celle de la sodomie 

?

— J’ai quelquefois raté l’homme qui m’enconnait, jamais celui qui me foutait en cul

.

(Il me parut que cette réponse faisait aussi le plus grand plaisir.

)

— Que pensez-vous des voluptés de la bouche 

?

— Je les idolâtre

.

— Aimez-vous à être gamahuchée 

?

— Infiniment

.

— Et gamahuchez-vous bien les autres 

?

— Très moelleusement

.

— Vous sucez donc aussi des vits avec plaisir 

?

— Et j’en avale le foutre

.

— Avez-vous fait des enfants 

?

— Jamais

.

— Protestez-vous de vous en abstenir 

?

— Le plus que je pourrai

.

— Vous détestez donc la progéniture 

?

— Je l’abhorre

.

— S’il vous arrivait de devenir grosse, auriez-vous le courage de vous faire avorter 

?

— Assurément

.

— Votre marraine est-elle munie de la somme que vous devez payer avant que d’être reçue 

?

— Oui

.

— Êtes-vous riche 

?

— Immensément

.

— Vous n’avez jamais fait de bonnes œuvres 

?

— Je les déteste

.

— Vous ne vous êtes livrée à aucun acte de religion depuis votre enfance 

?

— A aucun

.

Clairwil remit aussitôt entre les mains du secrétaire la somme convenue, et elle prit un papier que l’on m’ordonna de lire à haute voix. Ce papier imprimé avait pour titre : Instructions aux femmes admises à la Société des Amis du Crime

.

— Le voilà, mes amis, dit Mme de Lorsange, il est trop intéressant pour que je ne vous en fasse pas la lecture2 

:

« En quelque état ou condition que soit née celle qui va signer ceci, dès qu’elle est femme, elle est, de ce moment-là seul, créée pour les plaisirs de l’homme ; il faut donc lui prescrire une conduite qui la mette à même de rendre ces plaisirs utiles à sa bourse et à sa lubricité. C’est dans l’état de mariage que nous allons la prendre ; car celles qui, n’étant point mariées, vivent néanmoins avec un homme, soit comme maîtresses, soit comme entretenues, se trouvant avec les mêmes chaînes que celles qui existent sous les nœuds de l’hymen, trouveront, dans les conseils suivants, les mêmes avis pour se soustraire à ces chaînes ou pour se les rendre plus douces. On prévient donc que le mot homme employé dans cet écrit, voudra génériquement dire amant, époux ou entreteneur, tout individu s’arrogeant, en un mot, des droits sur une femme, dans quelque état qu’elle soit, parce que, fût-elle riche à millions, elle doit néanmoins toujours retirer de l’argent de son corps. La première loi de toutes les femmes étant de ne foutre jamais que par libertinage ou par intérêt, et comme souvent elle est obligée de payer ceux qui lui plaisent, il faut qu’elle se mette en fonds pour cela, par le moyen de ce qu’elle retire des prostitutions où elle se livre avec ceux qui ne lui plaisent pas. Bien entendu, que tout ceci n’a pour objet que sa conduite dans le monde : les statuts qu’elle vient de jurer fixent celle que l’on doit garder dans la Société

.

« 1° Pour réussir à cette apathie nécessaire à conserver, soit qu’elle foute pour de l’argent, soit qu’elle foute pour son plaisir, la première chose qu’elle observera sera de tenir toujours son cœur inaccessible à l’amour ; car si elle fout pour son plaisir, elle jouira mal, étant amoureuse ; l’occupation où elle sera de donner des plaisirs à son amant l’empêchera d’en goûter elle-même ; et si elle fout pour de l’argent, elle n’osera jamais pressurer celui qu’elle aimera : telle doit être pourtant son unique occupation avec l’homme qui la paye

.

« 2° Abstraction faite de tout sentiment métaphysique, elle donnera donc toujours la préférence à celui qui, si elle fout par plaisir, bandera le mieux, aura le plus beau vit ; et si elle fout par intérêt, à celui qui la payera le plus cher

.

« 3° Qu’elle évite toujours avec soin ce qu’on appelle des greluchons : cette engeance-là paye aussi mal qu’elle fout. Qu’elle s’en tienne aux valets, aux crocheteurs : voilà les culottes où la vigueur est reléguée !… les esprits où le secret se conserve !… On change de cela comme de chemise, et il n’y a jamais d’indiscrétion à redouter

.

« 4° Quel que soit l’homme qui l’enchaîne, qu’elle se garde bien de la fidélité. Ce sentiment puéril et romanesque n’est bon qu’à perdre une femme, à lui causer beaucoup de chagrins ; elle peut être sûre qu’il ne lui rapportera jamais aucun plaisir. Et par quelle raison serait-elle fidèle, puisqu’il est certain qu’il n’est pas un seul homme dans le monde qui le soit ? N’est-il pas ridicule que le sexe le plus fragile, le plus faible, celui que tout entraîne perpétuellement au plaisir, celui que des séductions journalières autorisent à succomber, n’est-il pas absurde que ce soit celui-là qui résiste, pendant que l’autre n’a pour faire le mal que sa seule et unique méchanceté ? Et d’ailleurs, à quoi sert la fidélité à une femme ? Si son homme l’aime véritablement, il doit être assez délicat pour tolérer toutes ses faiblesses, et pour partager même idéalement les jouissances qu’elle se procure ; s’il ne l’aime pas, quelle extravagance elle ferait de s’enchaîner à quelqu’un qui la trompe journellement ! Les infidélités de la femme sont les torts de la nature : celles de l’homme, ceux de sa fourberie et de sa méchanceté. La femme dont il s’agit ici ne se refusera donc à aucune infidélité : au contraire, elle en fera naître les occasions le plus souvent possible, et elle les multipliera journellement

.

« 5° La fausseté est un genre de caractère essentiel dans une femme. De tout temps elle fut l’arme du faible : toujours placée devant son maître, comment résisterait-elle à l’oppression, sans le mensonge et sans l’imposture ? Qu’elle use donc sans crainte de ses armes ; elles lui sont données par la nature pour la défendre contre toutes les entreprises de ses oppresseurs. Les hommes veulent être trompés, une agréable erreur est plus douce qu’une triste réalité : ne vaut-il pas mieux qu’elle déguise ses torts que de les avouer 

?

« 6° Une femme ne doit jamais avoir de caractère à elle : il faut qu’elle emprunte, avec art, celui des gens qu’elle a le plus d’intérêt à ménager, soit pour sa luxure, soit pour son avarice, sans néanmoins que cette souplesse lui ôte l’énergie essentielle à se plonger dans tous les genres de crimes qui doivent flatter ses passions ou les servir, tels que ceux de l’adultère, de l’inceste, de l’infanticide, des empoisonnements, du vol, du meurtre, et tous ceux enfin qui peuvent lui être agréables, et auxquels, sous le voile de la fausseté et de la fourberie que nous lui conseillons, elle peut se livrer sans aucune espèce de crainte ni de remords, parce qu’ils sont placés par la nature dans le cœur des femmes, et que de faux principes reçus avec l’éducation l’empêchent seuls de les caresser chaque jour comme elle le devrait

.

« 7° Que le libertinage le plus excessif, le plus renouvelé, le plus crapuleux, loin de l’effrayer, devienne la base de ses plus délicieuses occupations. Si elle veut écouter la nature, elle verra qu’elle a reçu d’elle les plus violents penchants à cette sorte de plaisir, et qu’elle doit, par conséquent, s’y livrer journellement sans crainte : plus elle fout, mieux elle sert la nature ; elle ne l’outrage que par sa continence3

.

« 8° Qu’elle ne se refuse jamais à tel acte de débauche qui lui sera proposé par son homme ; la complaisance la plus entière en ce cas-là lui deviendra toujours un des plus sûrs moyens de captiver celui qu’elle a intérêt de conserver. La jouissance d’une femme fatigue bientôt un homme : qu’arrive-t-il, si elle n’a pas l’art de le ranimer ? Il se dégoûte et l’abandonne. Mais celui qui reconnaîtra dans une femme l’étude la plus entière à deviner et savoir ses goûts, à les prévenir et à s’y enchaîner, celui-là, dis-je, trouvant la possession d’une femme toujours nouvelle, se fixera bien plus certainement : il deviendra dès lors bien plus facile à la femme de le tromper ; et telle doit toujours être la plus chère étude de l’individu du sexe dont nous traçons les devoirs

.

« 9° Que cet individu charmant évite avec le plus grand soin l’air de la pruderie et de la modestie, quand elle est avec son homme : il en est très peu qui aiment cette manière d’être, et l’on risque de dégoûter fort promptement ceux qui ne l’aiment point. Qu’elle adopte ce masque pour en imposer dans le monde, si elle le croit nécessaire : tout ce qui tend à l’hypocrisie est bon, c’est un moyen de plus de tromper, et il n’en est aucun qu’elle ne doive prendre

.

« 10° On ne saurait trop lui recommander d’éviter les grossesses, soit en faisant un grand usage de toutes les manières de jouir qui détournent la semence du vase prolifique, soit en détruisant le germe, sitôt qu’elle en soupçonne l’existence. Une grossesse trahit, gâte la taille, et n’est bonne sous aucun rapport. Qu’elle se livre de préférence au plaisir antiphysique ; cette délicieuse jouissance lui assure à la fois et plus de plaisir et plus de sûreté : presque toutes les femmes qui en ont essayé s’y tiennent. L’idée, d’ailleurs, de donner ainsi bien plus de plaisir aux hommes doit être, pour leur délicatesse, un motif puissant de ne plus adopter d’autre genre

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« 11° Que son âme, absolument cuirassée, ne laisse jamais pénétrer dans elle une sensibilité qui la perdrait. Une femme sensible doit s’attendre à tous les malheurs, car, comme elle est plus faible et plus délicate que les hommes, tout ce qui attaquera cette sensibilité la déchirera bien plus cruellement, et, dès lors, plus aucun plaisir pour elle. Sa complexion la porte à la luxure : si par cet excès de sensibilité que nous cherchons à détruire, elle va s’enchaîner à un seul homme, elle divorce, de ce moment-là, avec tous les charmes du libertinage, les seuls qui soient vraiment faits pour elle, et qui doivent la combler de volupté, d’après l’organisation qu’elle a reçue de la nature

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« 12° Qu’elle évite soigneusement toute pratique de religion : ces infamies, qu’elle doit avoir foulées sous les pieds longtemps, ne pourraient, en timorant sa conscience, que la rappeler à un état de vertu, qu’elle ne reprendrait pas sans être obligée de renoncer à toutes ses habitudes et à tous ses plaisirs ; ces platitudes affreuses ne valent pas les sacrifices qu’elle serait obligée de leur faire, et, comme le chien de la fable, elle quitterait, en les poursuivant, la réalité pour l’apparence. Athée, cruelle, impie, libertine, sodomiste, tribade, incestueuse, vindicative, sanguinaire, hypocrite et fausse, voilà les bases du caractère d’une femme qui se destine à la Société des Amis du Crime, voilà les vices qu’elle doit adopter, si elle veut y trouver le bonheur. 

»

L’énergie avec laquelle je lus ces principes, en convainquant la société qu’ils étaient déjà tous au fond de mon cœur, me valut de nouveaux applaudissements, et je descendis dans la salle

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Tous les couples, distraits par l’événement de ma réception, se renouèrent, et je fus bientôt attaquée ; de ce moment jusqu’à celui du souper, je ne revis plus Clairwil. Le premier qui m’aborda était un homme de cinquante ans

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— Te voilà bien putain, pour le coup ! me dit-il en me conduisant sur un canapé, il n’y a plus à t’en dédire à présent ; te voilà garce comme une raccrocheuse ; j’ai été content de toi, tu m’as fait bander

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Et le paillard m’enconne en me disant cela. Il lime un quart d’heure, baise beaucoup ma bouche, puis, saisi par une autre femme, il me quitte sans décharger. Une vieille de soixante ans vint à moi, et m’ayant recouchée sur le canapé que j’allais quitter, elle me branla, et se fit branler fort longtemps. Trois ou quatre hommes nous examinaient ; un d’eux encula la matrone, et la fit crier de plaisir. Un autre de ces hommes, voyant que je me pâmais sous les coups de doigts de la tribade, vint m’offrir son vit à sucer ; et comme la vieille me quitta, le coquin passa de ma bouche à mon con ; il avait le plus beau vit du monde, et foutait à merveille. Une jeune personne me l’enleva encore, il me laissa là pour la foutre à mes yeux ; ma rivale me fit un signe, je l’approchai et la putain me gamahucha ; elle eut le foutre de l’homme qu’elle m’avait enlevé, je lui donnai le mien. Deux jeunes gens nous assaillirent, et formèrent le groupe le plus agréable, en nous enconnant toutes deux ; ma compagne suivit le jeune homme avec lequel elle venait de s’amuser, et me laissa seule un instant. Un homme, que je reconnus pour un évêque avec lequel j’avais fait des parties chez la Duvergier, m’enconna de même, après s’être fait pisser sur le nez. Celui qui vint après, et que je reconnus également pour un ecclésiastique, me le mit dans la bouche, et y déchargea. Une jeune personne très jolie vint se faire branler, je la gamahuchai de tout mon cœur. Un homme d’environ quarante ans la prit, les fesses en l’air, et l’encula ; le libertin m’en fit bientôt autant ; il nous invectivait, en jouissant ainsi de nous, il nous traitait de tribades, de gamahucheuses, et lorsqu’il en enculait une, il claquait toujours les fesses de l’autre

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— Que fais-tu de ces deux bougresses ? lui dit un jeune homme, en l’abordant et l’enculant lui-même ; tiens, bougre, voilà ce qu’il te faut, disait-il, et non pas des culs de femmes

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Tout me quitte encore une fois, lorsqu’un vieil homme, armé d’une poignée de verges, vient m’en échauffer le derrière, et se faire un instant branler

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— N’est-ce pas toi qu’on a reçue ce soir ? me dit-il

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— Oui

.

— Je suis fâché de ne t’avoir pas vue, j’étais au sérail ; tu as le plus beau cul du monde… Courbe-toi, que je te sodomise

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Et le vilain triompha, j’eus son foutre. Un très joli jeune homme parut, et me traita de même, mais je fus fouettée bien plus fort : il en vint dix de suite, parmi lesquels je reconnus, à la coiffure, six robins et quatre prêtres ; tous m’enculèrent. J’étais en feu, je m’approchai d’une garde-robe ; comme les femmes n’allaient qu’à celles qui étaient servies par des hommes, et les hommes à celles que les femmes soignaient, le jeune garçon, après m’avoir placée sur le fauteuil, me demanda si j’emploierais sa langue. Lui ayant répondu en lui exposant mon derrière, il me nettoya d’une manière si agréable que je perdis du foutre. Je m’aperçus, en rentrant, qu’il y avait des hommes qui guettaient les femmes sortant de ces garde-robes ; l’un d’eux m’aborde, et me demande le cul à baiser : je le présente, il gamahuche, et paraît très fâché de ne plus trouver de vestiges. Il me quitta sans me rien dire, pour prendre un jeune homme qui entrait dans le même lieu, et qu’il suivit. Parcourant alors un instant la salle, je puis dire que je vis là tous les tableaux que l’imagination la plus lascive pourrait à peine concevoir en vingt ans : que d’attitudes voluptueuses, que de caprices bizarres, quelle variété de goûts et de penchants ! Oh, Dieu ! me dis-je, comme la nature est belle, et combien sont délicieuses toutes les passions qu’elle nous donne ! Mais une chose fort extraordinaire, que je ne cessais de remarquer, c’est qu’excepté les mots nécessaires à l’action, les cris de plaisir et beaucoup de blasphèmes, on eût entendu le vol d’une mouche. Le plus grand ordre régnait au milieu de tout cela. S’élevait-il quelques altercations, ce qui était fort rare, d’un geste la présidente ou le censeur y ramenait l’ordre : les plus décentes actions ne se seraient point passées avec plus de calme. Et je pus facilement me convaincre, en cette circonstance, que ce que l’homme respecte le plus dans le monde, ce sont ses passions

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Beaucoup d’hommes et de femmes passaient aux sérails ; la présidente, en souriant, leur distribuait des cartes. En ce moment, plusieurs femmes m’attaquèrent ; je me branlai avec trente-deux, dont plus de la moitié avait passé quarante ans ; elles me sucèrent, me foutirent en cul et en con avec des godemichés ; une d’elles me fit pisser dans sa bouche, pendant que je la gamahuchais ; une autre me proposa de nous chier mutuellement sur les tétons, elle le fit, je ne pus le lui rendre ; un homme, en se faisant enculer, vint manger l’étron que cette femme avait fait sur mon sein, et il chia lui-même après, en déchargeant dans la bouche de celui qui venait de le foutre

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La présidente eut envie de moi. Elle se fit relever par un homme, et vint me trouver ; nous nous baisâmes, nous nous suçâmes, nous nous dévorâmes de caresses ; je n’avais jamais vu de femme, excepté Clairwil, décharger avec tant d’abondance et de lubricité ; sa passion favorite était de se faire enculer, pendant qu’appuyée sur le visage d’une femme, elle s’en faisait sucer le con, en en gamahuchant une autre ; nous exécutâmes ce tableau, et la putain reprit son fauteuil

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Les hommes revinrent. A cette seconde séance, je trouvai peu de conistes, mais infiniment de bougres, quelques masturbateurs et une douzaine de fouteurs en bouche ; un d’eux se fit sucer par un jeune homme, pendant qu’il sentait et respirait mes aisselles ; il les léchait de temps en temps, ce qui m’occasionnait un chatouillement très agréable. Je fus fouettée cinq ou six fois ; je reçus trois ou quatre lavements que ceux qui les administraient me firent rendre dans leur bouche ; on me fit péter, cracher ; un homme se fit enfoncer un millier d’épingles dans les couilles, dans les fesses, et resta ainsi toute la soirée ; un autre avait pour manie de me sucer partout : il passa pendant deux heures sa langue dans ma bouche, sur mes yeux, autour de mes oreilles, dans mes narines, entre les doigts de mes pieds, et déchargea en me l’enfonçant dans le cul. Plusieurs femmes exigèrent de moi d’être enculées avec des godemichés ; une me fit branler sur le trou de son cul le vit d’un homme qu’elle m’amena, elle voulut que j’y fisse ensuite entrer le foutre avec le bout de mon doigt ; une très jolie fille me chia sur les fesses, un vieil homme la suivit, qui l’encula en dévorant sur mon cul l’étron qu’elle venait d’y faire ; on m’assura que c’était le père et la fille. Je vis d’autres couples semblables ; je vis des frères enculant leurs sœurs ; des pères enconnant leurs filles ; des mères foutues par leurs enfants ; enfin tous les tableaux de l’inceste, de l’adultère, de la sodomie, de la prostitution, de l’impureté, de la crapule, de l’impiété, s’offrirent à moi sous mille nuances, et je crois que jamais des bacchantes ne réunirent à la fois plus d’ordures et plus d’infamie

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Lassée du rôle de victime, je voulus être agente à mon tour. J’attaquai cinq ou six jeunes gens dont les vits me parurent fort gros, et qui, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, quelquefois de tous deux ensemble, me foutirent pendant près de deux heures. Au sortir de là, un vieil abbé se fit branler sur mon clitoris par une très jolie nièce que je gamahuchais ; un assez beau jeune homme voulut baiser mes fesses pendant qu’il enculait sa mère. Deux jolies sœurs me mirent entre elles, l’une me branlait le con, pendant que l’autre me chatouillait le derrière ; je déchargeai, sans me douter que le papa les enconnait alternativement toutes deux. Un autre père me fit enculer par son fils, pendant qu’il jouissait du jeune homme de la même manière ; il me sodomisa lui-même après, et le fils lui rendit ce qu’il venait d’en recevoir. Un frère m’enconna, pendant que sa sœur l’enculait avec un bijou de religieuse… Et tous ces prétendus outrages à la nature se passaient avec un ordre, une tranquillité, bien capables de nourrir les réflexions d’un philosophe. S’il y a quelque chose de simple, en effet, dans le monde, c’est l’inceste : il est dans les principes de la nature, il est conseillé par elle ; les lois climatériques seules le poursuivirent ; mais ce qui est toléré dans les trois quarts de la terre peut-il faire un crime dans l’autre quart ? L’impossibilité de commettre ce délicieux crime me désolait ; je ne sais ce que j’aurais donné pour avoir un père ou un frère : avec quelle ardeur je me serais livrée à l’un ou l’autre… comme il eût fait de moi tout ce qu’il aurait voulu !

D’autres objets m’environnèrent bientôt

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Deux très jolies sœurs, de dix-huit à vingt ans, me menèrent dans un cabinet où elles s’enfermèrent avec moi. Là, elles me firent exécuter sur elles tout ce que la lubricité peut avoir de plus piquant et de plus fort

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— Si nous nous amusions ainsi dans le salon, me dirent-elles, nous serions entourées de ces vilains hommes qui viendraient nous inonder de leur sperme gluant ; il est bien plus joli de n’être qu’entre femmes

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Et les petites friponnes, alors, me firent l’aveu de leurs goûts. Délicates zélatrices de leur sexe, elles ne pouvaient supporter les hommes ; entraînées dans cette société par leur père, l’espoir de posséder des femmes tant qu’elles en voudraient les avait consolées de l’obligation de se prêter aux hommes

— Vous ne vous marierez donc point ? leur dis-je

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— Oh ! jamais ! nous aimerions mieux mourir que de nous enchaîner avec des hommes

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Je les tâtai sur leurs autres principes. Quoique si jeunes encore, elles étaient fermes : philosophiquement élevées par leur père, on ne trouvait plus dans ces cœurs-là ni morale, ni religion, tout était soigneusement élagué ; elles avaient tout fait, étaient prêtes à tout recommencer, et leur énergie m’étonna. De tels caractères s’arrangeaient trop parfaitement au mien pour que je n’accablasse pas ces charmantes filles de caresses ; et après avoir bien perdu du foutre ensemble, et nous être promis de nous cultiver, nous rentrâmes. Un jeune homme, qui m’avait vue sortir d’avec elles, me pria de me renfermer un instant avec lui dans le cabinet

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— Oh, ciel ! me dit-il dès que nous fûmes seuls, j’ai frémi, vous voyant avec ces créatures ; méfiez-vous d’elles, ce sont des monstres qui, malgré leur extrême jeunesse, sont capables de toutes les horreurs

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— Mais, dis-je, n’est-ce donc point ainsi qu’il faut être 

?

— Soit ; mais entre nous, il faut se respecter, se chérir ; ce n’est qu’au-dehors que doivent s’aiguiser nos armes ; et les créatures que vous venez de quitter n’ont de plaisir qu’à nuire à leurs frères. Méchantes, sournoises, traîtresses, elles ont tous les défauts qui peuvent déplaire à la Société : il suffit qu’elles viennent de s’amuser avec vous, pour tâcher de vous perdre ou de vous faire esclave, si elles peuvent en venir à bout ; sachez-moi quelque gré de vous prévenir, et donnez-moi votre cul pour récompense

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Je crus qu’il allait me foutre : point du tout. La seule passion de cet original consistait à m’épiler en dessous, en léchant le trou de mon cul. Sur ce que je lui représentai qu’il me faisait mal, il me dit que l’avis qu’il me donnait m’en épargnait de bien plus grands. Nous sortîmes enfin au bout d’un quart d’heure de ce supplice, sans que mon jeune homme éjaculât. A peine l’eus-je quitté, que j’appris que tout ce qu’il m’avait dit sur les deux sœurs n’était pas vrai, que la calomnie le faisait bander, et, par ces faux avis, il croyait payer à merveille les tourments auxquels il condamnait toutes les femmes

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Une musique mélodieuse se fit entendre : on me dit que c’était l’avertissement du souper. Je passai avec tout le monde dans la voluptueuse salle du festin. La décoration représentait une forêt coupée par une infinité de petits bosquets, sous lesquels étaient des tables de douze couverts. Des guirlandes de fleurs pendaient aux festons des arbres, et des millions de lumières, placées avec le même art que celles de l’autre selon, répandaient la clarté la plus douce. Deux frères servants, attachée à chacune de ces tables, la soignaient avec autant de propreté que de promptitude. Il n’assiste guère que deux cents personnes au souper ; tout le reste était aux sérails. Chacun choisissait sa compagnie pour se placer à ces différentes tables ; et là, splendidement et magnifiquement servis, au son d’une musique enchanteresse, on se livrait à la fois aux intempérances de Comus et à tous les désordres de Cypris

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Clairwil, revenue des sérails, s’était rapprochée de moi. Il était facile de voir, à son désordre, les excès où elle venait de se porter ; ses regards brillants, ses joues animées, ses cheveux flottants sur son sein, les mots obscènes ou féroces qu’elle prononça, tout, tout peignait encore des nuances de délire qui la rendaient mille fois plus belle ; je ne pus m’empêcher de la baiser en cet état

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— Scélérate, lui dis-je, à combien d’horreurs viens-tu de te livrer 

!

— Console-toi, me dit-elle, nous les ferons bientôt ensemble

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Les deux petites sœurs avec lesquelles je venais de me branler, deux femmes de quarante ans, deux fort jolies de vingt à vingt-cinq, et six hommes, composaient notre table

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Ce qu’il y avait de fort régulier dans l’arrangement de ces bosquets, c’est qu’il n’était pas une seule table d’où l’on ne pût voir toutes les autres ; et, par une suite du cynisme qui avait dirigé tout ceci, les lubricités du souper ne pouvaient pas plus échapper à l’œil observateur que celles du salon

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Ces dispositions me firent voir des choses bien extraordinaires : on ne se figure point l’égarement d’une tête luxurieuse en de pareils instants. Je croyais tout savoir en libertinage, et cette soirée me convainquit que je n’étais encore qu’une novice. Oh ! mes amis, que d’impuretés, que d’horreurs, que d’extravagances ! Quelques-uns sortaient de table pour passer dans des cabinets, et il était impossible de se refuser à ces désirs : ceux des membres de la Société devenaient des lois pour l’individu qui en était l’objet. Celui-ci bientôt en faisait autant : il ne se voyait là que des despotes et des esclaves, et ces derniers, consolés par l’espoir de changer à l’instant de rôle, ne balançaient jamais à se plier aux soumissions qu’ils retrouvaient bientôt à leur tour

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La Présidente, élevée dans une chaire d’où elle dominait sur tout, maintenait l’ordre au souper comme au salon, et le même calme y régnait. Le ton des conversations y était extrêmement bas ; on s’y croyait dans le temple de Vénus, dont la statue se voyait sous un bosquet de myrtes et de roses, et on s’apercevait là que ses sectateurs recueillis ne voulaient troubler leurs mystères par aucune de ces vociférations dégoûtantes qui n’appartiennent qu’au pédantisme et à l’imbécillité

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Électrisés par les vins étrangers et par la bonne chère, les orgies de l’après-souper furent encore plus luxurieuses que celles d’avant. Je vis un instant où tous les membres de la société ne formaient plus qu’un seul et unique groupe ; il n’y en avait pas un qui ne fût agent ou patient, et l’on n’entendait plus que des soupirs et des cris de décharges. J’eus encore de terribles amants à soutenir : pas un sexe qui ne me passât par les mains, pas une partie de mon corps qui ne fût souillée ; et si j’avais les fesses meurtries, j’avais la gloire d’en avoir outragé beaucoup d’autres. Enfin je sortis au jour, dans un tel état de fatigue et d’épuisement, que je fus obligée d’être trente-six heures dans mon lit

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Je ne respirai qu’après la fin de mon mois de noviciat ; il arrive enfin, ce terme si désiré : l’entrée des sérails m’est permise. Clairwil, qui voulait me faire tout connaître, m’accompagna partout

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Rien de si délicieux que ces sérails, et comme celui des garçons ressemblait à celui des filles, en vous donnant la description de l’un, vous aurez celle de l’autre

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Quatre grandes salles entourées de chambres et de cabinets formaient l’intérieur de ces ailes séparées ; ces salles servaient à ceux qui voulaient, comme à la Société, s’amuser l’un devant l’autre ; les cabinets se donnaient aux personnes qui désiraient isoler leurs plaisirs, et les chambres étaient destinées à loger les sujets. Le goût et la fraîcheur présidaient à l’ameublement ; les cabinets surtout étaient de la dernière élégance : c’étaient autant de petite temples consacrés au libertinage, où rien ne manquait de tout ce qui pouvait en échauffer le culte. Quatre duègnes présidaient à chaque salle ; elles recevaient les billets que vous apportiez, s’informaient de vos désirs, et vous satisfaisaient aussitôt. On voyait, dans le même lieu, également toujours prêts, un chirurgien, une sage-femme, deux fustigateurs, un bourreau et un geôlier ; rien d’aussi rébarbatif que la figure de ces derniers personnages

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— Ne t’imagine pas, me dit Clairwil, que ces êtres-là soient simplement pris dans la classe qui les fournit ordinairement ; ce sont des libertins comme nous, mais qui, n’ayant pas de quoi payer ce qu’il faut pour être admis, exercent ces fonctions par plaisir, et la besogne, de cette manière, est, comme tu le vois, bien mieux faite ; quelques-uns se payent, d’autres ne demandent que les droits d’un membre de la Société, on le leur accorde

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Lorsque ces êtres-là étaient en fonctions, ils étaient revêtus d’un costume effrayant ; les geôliers avaient autour d’eux des ceintures de clefs, les fustigateurs étaient entourés de verges et de martinets, et le bourreau, les bras nus, deux effrayantes moustaches sous les lèvres, avait toujours deux sabres et deux poignards à ses côtés. Celui-ci se leva dès qu’il vit entrer Clairwil et vint la baiser sur la bouche

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— M’emploies-tu aujourd’hui, bougresse ? lui dit-il

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— Tiens, répondit Clairwil, voilà une novice que je t’amène et qui, sois-en bien sûr, fera, pour le moins, de tes bras, un usage aussi grand que moi

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Et le scélérat, me baisant comme il avait fait à mon amie, m’assura qu’il était sous tous les rapports à mes ordres. Je le remerciai, lui rendis son baiser de tout mon cœur, et nous poursuivîmes notre examen

.

Chacune de ces salles était destinée à un genre de passion particulière. On se livrait dans la première aux goûts simples, c’est-à-dire, à toutes les masturbations et à toutes les fouteries possibles. La seconde salle était destinée aux fustigations et autres passions irrégulières. La troisième aux goûts cruels. La quatrième au meurtre. Mais comme un sujet de l’une ou l’autre de ces salles pouvait mériter la prison, le fouet ou la mort, il se trouvait également dans toutes, des geôliers, des bourreaux, des fustigateurs. Les femmes étaient aussi bien reçues dans le sérail des garçons que dans celui des filles, et les hommes dans celui des filles que dans celui des garçons. Tous les sujets, lorsque nous entrâmes, étaient employés, ou attendaient dans leurs chambres qu’on les mît en œuvre. Clairwil ouvrit quelques cellules du sérail féminin et me fit voir des créatures vraiment célestes : elles étaient en chemises de gaze, coiffées de fleurs, et toutes celles dont nous ouvrîmes les portes nous reçurent avec l’air du plus profond respect. J’allais m’amuser d’une de seize ans qui me parut belle comme un ange, je lui maniais déjà le con et la gorge, lorsque Clairwil me gronda de l’air de délicatesse et d’honnêteté que j’employais avec cette jolie personne

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— Ce n’est point ainsi que l’on se conduit avec ces garces-là, me dit-elle ; trop heureuses du choix que tu veux bien en faire… commande, et l’on t’obéira

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Je changeai de ton aussitôt, et l’on répondit à mes ordres par la plus aveugle obéissance. Nous visitâmes d’autres chambres : partout mêmes grâces, mêmes beautés, partout même soumission

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— Il ne faut pas sortir d’ici, dis-je à Clairwil, sans quelques petites expéditions

Et comme cette idée me vint dans la cellule d’une fille de treize ans, jolie comme l’amour, par laquelle je venais de me faire lécher le cul et le con pendant plus d’un quart d’heure, je choisis sur-le-champ celle-là pour ma première victime. Nous appelâmes un fustigateur ; l’enfant fut conduite par une des vieilles dans un des cabinets de supplices, et là, liée, garrottée comme une carotte de tabac, nous fîmes mettre la donzelle en sang, pendant que nous nous branlions en face du sacrifice. Clairwil, s’apercevant que l’opérateur bandait, développa son vit, et se l’introduisit dans le con, pendant qu’à la prière de ce libertin, je lui rendais ce qu’il venait d’appliquer à ma jeune victime. Le coquin m’enfila après Clairwil, et nous nous remîmes à fustiger la petite fille, qui sortit de nos mains en un tel état, qu’il fallut l’envoyer à l’hôpital le lendemain. Nous passâmes au sérail des hommes

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— Que veux-tu faire ici ? me dit Clairwil

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— Branler beaucoup d’engins, lui dis-je ; il n’y a rien que j’aime autant que de secouer un vit ; la récolte du foutre humain est une chose délicieuse pour moi : j’aime à le moissonner, j’aime à voir jaillir le sperme, à m’en sentir arrosée

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— Eh bien, satisfais-toi ! me répondit mon amie, je ne me nourris pas de viande si creuse. Écoute, contractons ensemble un arrangement que je fais quelquefois avec une femme de mes amies. Comme je ne veux pas que les vits me déchargent dans le corps, ils me foutront, et tu les branleras : je te les enverrai tout roides, tu auras de moins la peine de les mettre en train

.

— J’accepte

.

On nous envoya, dans la grande salle, quinze garçons de dix-huit à vingt ans. Nous les rangeâmes en haie devant nous, et sur des canapés, en face d’eux, nous nous placions, pour les défier, dans les plus lascives postures. Le moins fourni avait un engin de sept pouces de long sur cinq de tour, et le plus gros huit sur douze ; ils arrivaient à nous en raison du feu que nous leur inspirions. Clairwil les recevait et me les renvoyait : je les faisais couler sur mon sein, sur ma motte, sur mon visage ou sur mes fesses ; au quatrième, je me sentis des démangeaisons si violentes autour de l’anus, que je mis à présenter le derrière à tous ceux qui sortaient du vagin de Clairwil ; ils se préparaient dans son con, et venaient décharger dans mon cul ; ils redoublèrent, mais sans nous rassasier. Rien n’est tel que le tempérament d’une femme quand il est excité, c’est un volcan que l’on enflamme en voulant l’apaiser. Nous redemandâmes des hommes ; on nous en envoya dix-huit de vingt à vingt-cinq ans. Ici nous avions changé de rôle : ces nouveaux vits, pour le moins aussi beaux que les précédents, s’allumaient dans mon con et s’éteignaient au cul de ma compagne ; mais nous branlions nous-mêmes ceux que nous préparions ; et il arrivait souvent que l’excès de nos désirs troublant l’ordre que nous avions établi, nous en trouvions tout d’un coup six ou sept, ou dans nous, ou autour de nous

.

Nous nous relevâmes enfin, collées de foutre sur nos sophas, comme Messaline sur le banc des gardes de l’imbécile Claude, après avoir été foutues quatre-vingt-cinq coups chacune

.

— Les fesses me brûlent, me dit Clairwil ; quand j’ai été prodigieusement foutue, j’éprouve un incroyable besoin d’être fouettée

.

— J’ai la même envie, répondis-je

.

— Il faut faire venir deux fustigateurs

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— Prenons-les tous les quatre, mon ange : il faut, ce soir, que mon cul soit mis en marmelade

.

— Attends, dit Clairwil en voyant entrer un homme de sa connaissance, il faut faire de cela une petite scène

.

Elle parle bas à cet homme, qui, se chargeant d’avertir les fustigateurs, eut l’air de nous condamner lui-même au supplice

.

Nous fûmes saisies, on nous lia les mains, et, fustigées toutes deux devant cet homme qui se branlait en ordonnant, et en maniant le cul des flagellateurs, quand nous fûmes en sang, nous présentâmes le con à nos bourreaux, qui, munis de vits monstrueux, nous foutirent encore deux coups chacun

.

— Pour moi, mes belles poulettes, me dit le maître des cérémonies, je ne vous demande, pour ma récompense, que de contenir à mes attaques le râble d’un de ces gaillards-là

.

Nous le satisfaisons, il encule ; les autres le fouettent pendant qu’il sodomise, et nous suçons avec délices les vits des fustigateurs

.

— Je n’en puis plus, dit Clairwil, dès que nous fûmes seules, le libertinage m’entraîne aux cruautés ; immolons une victime… As-tu remarqué ce joli garçon de dix-huit ans, qui nous baisait avec tant d’ardeur… Il est joli comme un ange, et m’échauffe horriblement la tête. Faisons-le passer dans la salle des tourments, nous l’égorgerons

.

— Friponne, tu ne m’as point fait la même proposition dans le sérail des femmes 

!

— Non, j’aime mieux massacrer les hommes ; je te l’ai dit, j’aime à venger mon sexe, et s’il est vrai que celui-là ait une supériorité sur le nôtre, l’imaginaire offense à la nature n’est-elle pas plus grave en l’immolant 

?

— On te croirait désolée de ce que cette offense soit nulle

.

— Tu me juges bien : je suis au désespoir de ne trouver jamais que le préjugé, au lieu du crime que je désire et que je ne rencontre nulle part. Oh ! foutre, foutre ! quand pourrai-je donc en commettre un 

!

Nous emmenons le jeune homme

.

— Nous faudra-t-il un bourreau ? dis-je à mon amie

.

— N’en ferons-nous pas bien nous-mêmes les fonctions 

?

— A merveille

.

— Allons donc

.

Nous fîmes entrer notre victime dans un cabinet attenant à cette salle, où nous trouvâmes tout ce qui était nécessaire pour le supplice que nous destinions à ce jeune homme. Il fut aussi long qu’affreux : l’infernale Clairwil but son sang et avala une de ses couilles. Moins portée à ces meurtres masculins que Clairwil, mon délire ne fut peut-être pas aussi vif que le sien : il l’eût été davantage avec une femme. Quoi qu’il en fût, je déchargeai beaucoup, et, quittant le sérail des hommes, nous repassâmes dans celui des filles

.

— Montons dans la salle où il se fait des choses extraordinaires, dis-je à Clairwil, nous ne ferons rien si tu veux, mais nous verrons faire

.

Un homme de quarante ans (c’était un prêtre) tenait une petite fille de quinze ans, fort jolie, pendue par les cheveux au plafond ; il la lardait à coups d’aiguille : le sang ruisselait de toutes parts. Il encula Clairwil en mordant mon cul. Un second donnait le fouet sur la gorge et sur le visage à une très belle fille de vingt ans ; il se contenta de nous demander si nous voulions en recevoir autant. C’était par un pied que le troisième avait pendu sa victime. Rien n’était plaisant comme de voir cette créature ainsi accrochée : elle paraissait avoir dix-huit ans, un beau corps ; au moyen de cette attitude, le con se trouvant fort écarté, le vilain enfonçait dedans un godemiché à pointes de fer. Quand il nous vit, il dit à Clairwil de tenir celle des jambes de cette fille qui pendait, afin de lui entr’ouvrir davantage le vagin, et il me plaça à genoux près de lui, en m’ordonnant de lui branler le cul d’une main, le vit de l’autre ; en très peu de minutes, nous fûmes toutes deux couvertes du sang que perdait la victime. Le quatrième était un vieux robin de soixante ans ; il avait enchaîné sur un gril une très jolie petite fille de douze ans, et, par le moyen d’un vaste réchaud de braise que le vilain ôtait et remettait à volonté, il la faisait rôtir en détail : je vous laisse à penser quels cris poussait la malheureuse, quand il plaisait à cet homme cruel de lui griller les chairs. Dès qu’il nous vit, il chauffa sa créature, et me demanda le cul ; je le lui présentai ; il l’enfile en claquant celui de ma compagne ; mais malheureusement il décharge : le supplice est interrompu, et le barbare nous maudit d’être ainsi venues le troubler

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Tout cela m’avait échauffé la tête : je voulus absolument passer dans la salle des meurtres. Clairwil m’y suivit par complaisance : quoiqu’elle n’aimât pas tuer les femmes, sa férocité naturelle lui faisait indifféremment accepter tout ce qui flattait ses goûts

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Je fis mettre vingt filles en haie, sur lesquelles j’en choisis une de dix-sept ans, de la plus jolie figure qu’il fût possible de voir. Je passai avec elle dans le cabinet qui m’était destiné

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La malheureuse que j’allais sacrifier, s’imaginant trouver plus de pitié dans mon cœur que dans celui d’un homme, se jeta à mes pieds pour m’attendrir : belle comme un ange, et pleine de délicatesse, ses moyens eussent nécessairement triomphé avec une âme moins endurcie, moins corrompue que la mienne… Il n’était plus temps. Tout ce qu’elle employa pour m’adoucir ne servit qu’à m’irriter davantage… Aurais-je osé faiblir sous les yeux de Clairwil ! Après m’être fait sucer deux heures par cette belle fille, après l’avoir souffletée, battue, fustigée, après l’avoir enfin flétrie de toutes les manières, je la fis lier sur une table, et la criblai de coups de poignard, pendant que mon amie, accroupie sur moi, me chatouillait à la fois, le clitoris, l’intérieur du vagin, et le trou du cul. De mes jours je n’avais fait une aussi délicieuse décharge ; elle m’épuisa au point de m’ôter la force de reparaître au salon. J’emmenai Clairwil chez moi ; nous soupâmes et couchâmes ensemble. Ce fut là où cette charmante femme, s’imaginant m’avoir vu manquer d’énergie dans l’action que je venais de commettre, crut devoir m’adresser le conseil suivant 

:

— En vérité, Juliette, me dit-elle, ta conscience n’est pas encore où je la voudrais ; ce que j’exige est qu’elle devienne tellement tordue qu’elle ne puisse jamais se redresser ; il faudrait employer mes moyens pour en venir là ; je te les indiquerai, si tu veux, mais je crains que tu n’aies pas la force de les mettre en usage. Ces moyens, chère amie, sont de faire à l’instant, de sang-froid, la même chose qui, faite dans l’ivresse, a pu nous donner des remords. De cette manière, on heurte fortement la vertu quand elle se remontre, et cette habitude de la molester positivement, à l’instant où le calme des sens lui donne envie de reparaître est une des façons les plus sûres de l’anéantir pour jamais. Emploie ce secret, il est infaillible ; dès qu’un instant de calme laisse arriver à toi la vertu sous la forme du remords (car c’est toujours là le déguisement qu’elle prend pour nous ressaisir), dès que tu t’en aperçois, fais, sur-le-champ, la chose dont tu allais concevoir du regret : à la quatrième fois, tu n’entendras plus rien, et tu seras tranquille toute ta vie. Mais il faut beaucoup de force pour cela ; car c’est l’illusion qui soutient le crime, et il devient très difficile, pour une âme faible, de le commettre quand elle est dissipée ; le secret est pourtant certain : je dis mieux, c’est que, par vertu même, tu ne concevras plus le repentir, car tu auras pris l’habitude de faire mal dès qu’elle se montre ; et pour ne plus faire mal, tu l’empêcheras de paraître. 0 ! Juliette ! sois-en sûre, il est difficile de te donner un meilleur conseil sur cette importante matière : tu le vois, puisqu’il t’apprend à vaincre totalement la plus pénible des situations, soit que tu veuilles la combattre par le vice, soit que tu veuilles l’anéantir par la vertu

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— Clairwil, dis-je à mon amie, ce conseil est excellent, sans doute, mais mon âme a fait un tel chemin dans la carrière du vice, que je ne crois pas avoir besoin de ton remède pour lui redonner de la vigueur : sois bien assurée que tu ne me verras jamais frémir, quelle que soit l’action qu’il me faille commettre, soit pour mes intérêts, soit pour mes plaisirs

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— Cher ange, me dit Clairwil en me baisant, je t’exhorte à n’avoir jamais d’autres dieux

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A quelque temps de là, Clairwil vint me proposer une assez singulière partie. Nous étions dans le Carême

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— Allons faire nos dévotions, me dit-elle

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— Es-tu folle 

?

— Non : c’est une fantaisie fort extraordinaire que j’ai conçue depuis quelque temps, et que je ne veux passer qu’avec toi. Il y a, aux Carmes, un religieux de trente-cinq ans, beau comme le jour ; je le convoite depuis six mois ; je veux absolument en être foutue, mais par un moyen bien plaisant : nous allons aller en confesse à lui ; nous échaufferons sa tête par les plus lubriques détails ; il bandera ; je suis persuadée que, de lui-même, il nous fera des propositions ; il nous indiquera la façon de le voir, nous nous y rendrons sur-le-champ, et nous l’épuiserons… Nous n’en resterons pas là ; nous irons communier, nous recueillerons les hosties dans nos mouchoirs, puis nous reviendrons déjeuner chez toi et faire des horreurs sur ce misérable symbole de l’infâme religion chrétienne

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Ici, je crus devoir faire observer à mon amie que la première partie de ses projets me paraissait avoir plus de charmes et plus de réalité que la seconde

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— Dès que nous ne croyons pas en Dieu, ma chère, lui dis-je, les profanations que tu désires ne sont plus que des enfantillages absolument inutiles

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— J’en conviens, me dit-elle, mais je les aime ; elles échauffent ma tête ; rien, selon moi, n’enlève comme cela la possibilité du retour : on ne peut plus rendre aucune existence à des objets qu’on a traités de cette manière. Te l’avouerai-je, d’ailleurs ? je ne te crois pas encore très ferme sur toutes ces choses-là

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— Ah ! Clairwil, quelle est ton erreur, répondis-je, je suis peut-être plus rassurée que toi ; mon athéisme est à son comble. N’imagine donc pas que j’aie besoin des enfantillages que tu me proposes pour m’y affermir ; je les exécuterai, puisqu’ils te plaisent, mais comme de simples amusements, et jamais comme une chose nécessaire, soit à fortifier ma façon de penser, soit à en convaincre les autres

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— Eh bien ! mon ange, me répondit Clairwil, eh bien ! soit, nous ne les ferons que comme un plaisir : bien sûre de toi maintenant, je ne les exigerai pas d’une autre manière. Mais livrons-nous à cette plaisanterie par libertinage, je t’en conjure

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— La confession où nous séduirons le carme en est un acte bien constaté et bien délicieux, répondis-je ; mais la profanation du petit morceau de pâte rond, qui forme la ridicule idole des chrétiens, ne saurait pas plus en être un, que la rupture ou la brûlure d’un chiffon de papier

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— D’accord, reprit Clairwil, mais aucune sorte d’idée n’est attachée à ce morceau de papier, et les trois quarts de l’Europe en attachent de très religieuses à cette hostie… à ce crucifix, et voilà d’où vient que j’aime à les profaner ; je fronde l’opinion publique, cela m’amuse ; je foule aux pieds les préjugés de mon enfance, je les anéantis, cela m’échauffe la tête

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— Eh bien ! partons, répondis-je, je suis à toi

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Nous montâmes en voiture ; notre toilette simple et sans art répondit parfaitement à nos projets, et le père Claude, que nous demandâmes et qui arriva bientôt au confessionnal, ne put assurément nous prendre que pour deux dévotes

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Clairwil commença ; je m’en aperçus : le pauvre carme était déjà tout en feu quand je le pris

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— Oh ! mon père, lui dis-je, accordez-moi beaucoup d’indulgence, car j’ai de grandes horreurs à vous révéler 

!

— Courage, mon enfant, Dieu est bon et miséricordieux, il nous écoute avec bonté ; de quoi est-il donc question 

?

— De fautes énormes, mon père, et qu’un affreux libertinage me fait commettre chaque jour : quoique bien jeune encore, j’ai brisé tous les freins, j’ai cessé d’implorer l’Être Suprême et il s’est séparé de moi. Oh ! quel besoin j’ai de votre intercession près de lui ! les écarts de ma luxure vous feront frémir, j’ose à peine vous les avouer

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— Êtes-vous mariée 

?

— Oui, mon père, et j’outrage chaque jour mon époux par la conduite la plus débordée

.

— Un amant… une inclination 

?

— Le goût des hommes en général, celui des femmes, tous les genres possibles de débauche

.

— Vous avez donc un tempérament ?

— Irrassasiable, mon père ; voilà ce qui m’entraîne dans la carrière du vice… ce qui m’y plonge avec un tel acharnement, que je crains bien de succomber sans cesse, malgré tous les secours que la religion peut m’offrir… Faut-il vous l’avouer, dans ce moment-ci même, le plaisir de vous entretenir en secret vient troubler l’action de la grâce ; je cherche Dieu dans ce saint tribunal, et je n’y vois qu’un homme charmant que je suis prête à préférer à Lui

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— Ma fille… dit le pauvre moine tout troublé, votre état me fait peine… il m’afflige… De grandes pénitences pourront seules

— Ah ! la plus cruelle pour moi sera de ne plus vous voir… Et pourquoi donc les ministres de Dieu ont-ils des charmes qui distraient du seul objet qui devrait occuper ici ? Mon père, je brûle au lieu d’être apaisée ; homme céleste, c’est à mon cœur que vont tes paroles, et non à mon esprit, et je ne rencontre que de l’irritation où je voudrais trouver du calme. Voyons-nous dans un autre lieu ; quitte cet appareil redoutable qui m’effraie, cesse un moment d’être l’homme de Dieu, pour n’être plus que l’amant de Juliette

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Claude bandait comme un homme de son ordre ; une gorge blanche et ronde que j’avais adroitement découverte devant lui, des yeux très animés, des gestes qui devaient le convaincre de l’état où j’étais, tout détermina le carme ; il était hors de lui

.

— Aimable dame, me dit-il de l’air le plus ardent, votre amie, dans le même cas que vous, vient aussi de me proposer des choses… que vos yeux m’inspirent… que je brûle de faire…,vous êtes deux sirènes qui m’enivrez par vos douces paroles, et je ne suis plus en état de résister à tant de charmes : quittons l’église ; j’ai près d’ici une petite chambre… voulez-vous y venir ? je ferai tout ce qui dépendra de moi pour vous calmer

.

Puis, quittant le confessionnal et prenant la main de Clairwil 

:

— Suivez-moi, suivez-moi toutes deux, femmes séductrices, c’est l’esprit infernal qui vous envoie pour me tenter : ah ! puisqu’il fut plus puissant que Dieu même, il faut bien qu’il maîtrise un carme

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Nous sortîmes. La nuit était déjà fort sombre ; Claude nous dit de bien examiner où il entrerait, et de le suivre à vingt pas de distance. Il prit le chemin de la barrière de Vaugirard, et nous arrivâmes bientôt dans un réduit mystérieux et borgne, où le bon moine nous offrit des biscuits et des liqueurs

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— Homme charmant, lui dit ma compagne, laissons là le langage mystique ; nous te connaissons maintenant toutes les deux ; nous t’aimons : que dis-je, nous brûlons du désir d’être foutues par toi. Ris avec nous de la ruse que nous avons employée ; et satisfais-nous. Il y a pour mon compte six mois que je t’adore, et deux heures que je décharge pour ton vit. Tiens, poursuit notre libertine, en se troussant, voilà où je veux le nicher ; vois si la cage est digne de l’oiseau

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Se jetant aussitôt sur le lit, la coquine a bientôt mis le braquemart à l’air

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— Oh ! juste ciel, quel engin !… Juliette, me dit Clairwil en se pâmant d’avance, saisis cette poutre, si tes mains peuvent l’empoigner, et conduis-là ; je te rendrai bientôt le même service

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Clairwil est obéie ; l’engin disparaît bientôt dans un con qui, déjà tout humecté de foutre, bâillait depuis un quart d’heure pour le recevoir. Oh ! mes amis, qu’on a raison de citer un carme, quand on veut offrir un modèle de vit et d’érection. Le membre de Claude, semblable à celui d’un mulet, portait neuf pouces six lignes de tour sur treize pouces de long, tête franche, et cette tête redoutable, mes amis, mes deux mains l’empoignaient à peine. C’était le plus beau champignon, le plus rubicond qu’il soit possible d’imaginer. Par un miracle de la nature, uniquement accordé par elle à ses favoris, Claude était doué de trois couilles !… mais comme elles étaient pleines !… comme elles étaient gonflées ! Il y avait, de son propre aveu, plus d’un mois que le coquin n’avait perdu de semence. Quels flots il en répandit dans le con de Clairwil, sitôt qu’il en eut touché le fond ! et dans quel état cette prolifique éjaculation mit ma voluptueuse compagne ! Claude me maniait en foutant, et la manière adroite dont il chatouillait mon clitoris me fit bientôt imiter le modèle que j’avais sous les yeux. Le moine se retire ; je le patine ; Clairwil reste en attitude, la putain se chatouille en attendant qu’on la refoute. L’outil reprend sa vigueur : j’ai si bien l’art de le branler4 ! Claude, échappant bientôt de la main qui le dirige, veut s’engloutir au vagin présenté

.

— Non, non, dit Clairwil en contenant l’ardeur de son amant, Juliette, fais-le moi désirer ; branle-moi le clitoris

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Et Claude ne se prête à ces préliminaires qu’en me palpant ; pendant qu’une de ses mains entr’ouvre le con de Clairwil, l’autre me masturbe. Enfin, semblable au coursier fougueux qui se dérobe au frein de son conducteur, Claude s’engloutit dans l’antre qui lui est offert… et, me renversant à côté de Clairwil, le fripon fout l’une à tour de reins, pendant qu’il branle l’autre avec toute l’adresse imaginable

.

— Tu me crèves, scélérat ! dit Clairwil en jurant comme une forcenée. Ah ! sacré foutredieu ! je ne tiens pas à tes coups de reins : il n’en est pas un qui ne me coûte un torrent de foutre… Baise-moi donc, au moins, redoutable fouteur… enfonce ta langue dans ma bouche, aussi avant que ton vit l’est dans ma matrice… Ah ! foutre, je décharge… Ne m’imite pas, poursuit-elle en le jetant de côté d’un vigoureux coup de cul, réserve tes forces ! il faut que tu me limes encore

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Mais le malheureux, ne pouvant se contenir, déchargeait une seconde fois ; je le branlai en dirigeant sur le con tout bâillant de Clairwil les flots écumants qu’il lançait. C’était avec du foutre que je tâchais d’éteindre les feux qu’allumait le foutre

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— Ah ! double foutu Dieu ! dit Clairwil en se relevant, ce bougre-là m’a tuée… Juliette, tu ne le soutiendras pas

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Cependant, elle s’empare du moine, elle le secoue ; pour presser l’érection du serviteur de Dieu, la coquine essaye de le sucer, mais l’engin est trop gros pour entrer dans sa bouche ; usant d’un autre moyen, elle lui enfonce deux doigts dans le cul : avec des moines faits à s’enculer, un tel remède est toujours efficace

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Sur les libertines questions de Clairwil à ce sujet, Claude convient que, dans sa jeunesse, il servit de bardache à ses confrères

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— Eh bien ! nous te foutrons aussi, dit Clairwil en découvrant les fesses du moine, les lui baisant et gamahuchant le trou. Oui, nous te sodomiserons, poursuit-elle en lui montrant un godemiché : ta maîtresse va devenir ton amant. Fouts, mon ami, je vais t’enculer, et tu nous enculeras toutes deux après, si cela t’amuse. Tiens, vois ce derrière, dit-elle en montrant ses fesses au carme, ne valent-elles pas bien le con que tu viens de foutre ? Tout est bon pour des putains comme nous ; et lorsque nous venons pour être foutues, c’est dans toutes les parties de notre corps que nous prétendons l’être. Allons, scélérat ! tu bandes, fous cette charmante novice qui vient de se confesser à toi, enconne-là, jean-foutre ! pour sa pénitence, et fous-là surtout aussi roide que tu m’as foutue

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Elle m’amène ce monstre ; j’étais sur le lit, les cuisses écartées… l’autel s’offrait au sacrificateur

Mais quel que fût mon libertinage, à quelque point que je fusse accoutumée aux introductions des plus beaux vits de Paris, il me fut cependant impossible de soutenir celui-là sans préparation. Clairwil a pitié de moi ; elle humecte de sa bouche, et les lèvres de mon con et l’énorme tête du vit de Claude. Pressant ensuite mes fesses d’une main, pour avancer mon ventre sur le bélier, et rapprochant de l’autre ce terrible engin sur mon con, elle fit tant, qu’il pénétra de quelques lignes. Claude, encouragé par ce commencement de victoire, me saisit les reins avec force ; il sacre, il écume, il pourfend, il triomphe. Mais ses lauriers me coûtent du sang ; j’en perds autant que le jour où mon pucelage fut cueilli, et les douleurs sont les mêmes ; bientôt métamorphosées, néanmoins, dans les plus douces sensations de plaisir, je rends à mon vainqueur tous les coups de reins dont il m’accable

.

— Fixe un moment ces impétueux élans, dit Clairwil à mon cavalier, je ne puis saisir ton cul dans ces voluptueuses agitations, et tu sais que je t’ai promis de le foutre

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Claude s’arrête ; deux très belles fesses s’entr’ouvrent sous les doigts libertine de Clairwil : affublée d’un godemiché, la garce encule mon fouteur. Cet épisode, si précieux pour un libertin, ne sert qu’à le rendre plus agile encore, il pousse, il presse, il décharge, et je n’ai pas le temps de le rejeter : l’aurais-je pu, grand Dieu ! et ma tête égarée me l’eût-elle permis ? Ah ! pense-t-on à des dangers quand on est ivre de plaisir 

?

— A mon tour, dit Clairwil, ne le laissons pas reposer ; tiens, bougre, voilà mes fesses, encule-moi ; tu vas me mettre en sang, je le sais, que m’importe ? Prends le godemiché, Juliette, tu le sodomiseras, tu me rendras ce que j’ai fait pour toi

.

Claude, excité par mes caresses, par la perspective du beau cul que lui présente Clairwil, n’est pas longtemps à se ranimer ; je rends à mon amie ce que j’en ai reçu, ma bouche humecte son anus et le saint dard du serviteur du Christ. On ne se figure pas les peines que Claude éprouve à pénétrer : vingt fois il est hors de combat par la difficulté de l’entreprise ; mais mon amie se prête avec tant d’art, elle désire ce vit avec tant d’ardeur, qu’il s’engloutit enfin dans son cul

— Oh ! foutre, il m’estropie ! s’écrie-t-elle

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Elle veut fuir, elle veut se débarrasser du poignard monstrueux qui la sonde. Il n’est plus temps : l’engin, disparu tout entier, ne laisse plus même apercevoir sa liaison avec le libertin qui l’emploie

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— Ah ! Juliette ! s’écrie mon amie, laisse ce bougre-là, ne l’excite pas plus qu’il n’est ; j’ai bien plus besoin de ta main que son cul n’a besoin de ton godemiché ; viens me branler, car je me meurs

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Quoi qu’elle en dise, j’encule avant tout le moine, puis, allongeant mon bras, je branle mon amie : vivement chatouillée par moi, la putain soutient avec un peu plus de courage les assauts qui lui sont portés

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— J’ai trop auguré de mes forces ! s’écrie-t-elle ; Juliette, ne m’imite pas, il pourrait t’en coûter la vie

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Cependant Claude décharge ; on ne vit jamais ardeur mieux soutenue, le vilain brait comme un âne, et laisse au fond du cul de ma compagne des preuves non équivoques du plaisir qu’il vient de goûter

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Clairwil était en sang ; je brûlais de l’imiter, elle s’y opposa

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— Il ne faut pas, dit-elle, pour le vain plaisir d’un instant, risquer le bonheur de ses jours : ce n’est pas un homme que ce drôle-là, c’est un taureau ; je suis bien persuadée qu’il n’a jamais pu foutre de femmes de sa vie

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Et le pénaillon avoua qu’il n’y avait, dans tout Paris, que le cul de son supérieur qui pût résister à son vit

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— Tu l’encules donc, scélérat ? dit Clairwil

.

— Très souvent

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— Et tu dis la messe, tu confesses, avec la journalière habitude de ces désordres 

?

— Pourquoi pas ? le plus dévot des hommes est celui qui sert tous les dieux… Mesdames, poursuivit le moine assis au milieu de nous et maniant un cul de chaque main, vous imaginez-vous que nous croyons à la religion plus que vous ? Placés plus près de l’Être qu’elle suppose, nous apercevons bien mieux que d’autres tous les linéaments de la chimère. La religion est une fable sacrée dont nous avons besoin pour vivre, et le marchand ne doit pas discréditer sa boutique. Nous vendons des absolutions et des Dieux, comme une maquerelle vend des putains. Sommes-nous donc d’une autre chair que la vôtre, pour être insensibles à vos passions ? et croyez-vous que quelques actions ridicules, quelques simagrées absurdes, nous cuirassent aux dards de l’humanité ? Eh non ! « Les passions, dit un homme d’esprit, prennent une nouvelle force sous le froc ; on les porte dans le cœur, l’exemple les fait éclore, l’oisiveté les renouvelle, l’occasion les augmente : le moyen d’y résister ? » Les vrais athées sont chez les prêtres, mes chères dames ; vous ne faites, vous autres, que soupçonner le néant de l’idole : nous qui en sommes les prétendus confidents, nous sommes bien sûrs qu’elle n’existe pas. Toutes les religions révélées que l’on voit dans le monde sont remplies de dogmes mystérieux, de principes inintelligibles, de merveilles incroyables, de récits étonnants qui ne semblent imaginés que pour confondre la raison ; elles annoncent toutes un Dieu caché, dont l’existence est un mystère. La conduite que l’on lui prête est aussi difficile à concevoir que l’essence de ce Dieu lui-même : si la Divinité existait, aurait-elle parlé d’une façon si énigmatique ? Que signifierait de se révéler, pour n’annoncer que des mystères ? Plus une religion a de mystères, plus elle présente à l’esprit de choses incroyables, et plus elle plaît, malheureusement, aux hommes, qui y trouvent dès lors une pâture continuelle ; plus une religion est ténébreuse, et plus elle paraît divine, c’est-à-dire conforme à la nature d’un être caché, et duquel on n’a point d’idée. C’est le propre de l’ignorance de préférer l’inconnu, le fabuleux, le merveilleux, l’incroyable, le terrible même, à ce qui est clair, simple et vrai. Le vrai ne donne pas à l’imagination des secousses aussi vives que la fiction ; le vulgaire ne demande pas mieux que d’écouter les fables absurdes que nous lui débitons ; les prêtres et les législateurs, en inventant des religions et en forgeant des mystères, ont bien servi le peuple à son gré ; ils se sont attachés par là des enthousiastes, des femmes, des ignorants ; de pareils individus se payent aisément de raisons qu’ils sont incapables d’examiner ; l’amour du simple et du vrai ne se trouve que dans le petit nombre de ceux dont l’imagination est réglée par l’étude et par la réflexion. Non, non, mesdames, rassurez-vous, il n’est point de Dieu : l’existence de cette infâme chimère est impossible à supposer, et toutes les contradictions qu’elle renferme suffisent à la culbuter, au plus léger examen que nous daignons en faire

.

Pendant cette discussion, le moine, assis entre Clairwil et moi, ainsi que je viens de vous le dire, branlait à la fois nos deux culs

.

— Le beau derrière ! disait-il en parlant du mien… quel dommage de ne pouvoir enfiler cela !… Mais si nous essayions ?… Oh ! Madame, un peu de complaisance : avec tant de beauté, peut-on être cruelle 

?

— Scélérat, dis-je en me relevant, je ne te prêterai même plus mon con ; je me ressens encore trop du mal que tu m’as fait, pour avoir envie de m’exposer à de nouvelles douleurs. Secouons-le, Clairwil, faisons-le décharger jusqu’au sang pour qu’il n’ait plus envie de recommencer

.

Nous l’étendîmes sur le lit ; Clairwil le branlait sur ses tétons, et moi, accroupie sur son nez, je lui faisais baiser la porte du temple dont je lui interdisais l’entrée ; il le chatouillait avec sa langue, et, repassant une de ses mains sur ma motte, il me branlait le clitoris ; nous déchargeâmes encore une fois tous les deux

.

Clairwil demanda au moine s’il existait beaucoup de libertins comme lui dans son couvent ; Claude lui ayant assuré qu’il y en avait au moins trente, mon amie voulut savoir s’il serait possible d’aller faire une partie dans l’intérieur de sa maison

.

— Assurément, répondit le moine ; si vous voulez être bien foutues, vous n’avez qu’à venir l’une et l’autre, et je vous réponds qu’on vous forcera d’implorer grâce

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Alors Clairwil demanda si la partie d’impiété qu’elle désirait aurait également lieu de cette manière

.

— Bien mieux qu’ailleurs, dit le carme, nous vous ferons faire chez nous tout ce que vous voudrez

.

— Mon cher, dit Clairwil, comme nous ne voulons pas venir en vain, va demander à ton supérieur si ce que nous désirons est possible ; explique-lui bien tout ; nous attendons ta réponse

.

— Juliette, me dit Clairwil, dès que le moine fut dehors, tu sens que ce coquin-là m’a trop bien foutue pour que je ne lui désire pas la mort… et la plus affreuse, sans doute

.

— Oh, ciel ! tu complotes déjà contre ce malheureux 

?

— L’horreur que j’ai pour les hommes, quand ils m’ont satisfaite, se mesure aux plaisirs que j’ai reçus, et il y avait bien longtemps que je n’avais aussi délicieusement déchargé… Il faut qu’il meure. Deux moyens s’offrent à mon esprit pour le perdre : celui de le faire mettre in pace par son supérieur ; il ne s’agit pour cela que de faire sentir à ce chef combien il est dangereux d’avoir chez lui un homme capable de révéler, comme Claude l’a fait avec nous, tous les secrets de la maison ; mais, par ce moyen, il ne me restera plus rien de lui : et j’ai des projets sur son merveilleux engin

.

— Mais si tu le fais mourir, comment ces projets s’exécuteront-ils 

?

— Le plus facilement du monde, engageons-le à venir passer vingt-quatre heures à la terre : on verra le reste… Oh, Juliette ! quel beau godemiché que le vit de ce bougre-là 

!

Et comme mon amie ne voulut pas s’expliquer davantage, en attendant le retour du moine, nous nous amusâmes à fouiller son manoir

.

On n’a pas d’idée de ce que nous y trouvâmes d’estampes et de livres obscènes : le premier que nous aperçûmes, fut le Portier des Chartreux, production plus polissonne que libertine, et qui, néanmoins, malgré la candeur et la bonne foi qui y règne, donna, dit-on, au lit de la mort, des repentirs à son auteur… Quelle sottise ! l’homme capable de se repentir en ce moment de ce qu’il osa dire ou écrire pendant sa vie, n’est qu’un lâche dont la postérité doit flétrir la mémoire

.

Le second fut l’Académie des Dames, ouvrage dont le plan est bon, mais l’exécution mauvaise ; fait par un homme timide qui avait l’air de sentir la vérité, mais qui n’osait la dire, et d’ailleurs, plein de bavardage

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L’Éducation de Laure fut le troisième : autre production manquée net, par de fausses considérations. Si l’auteur eût prononcé l’uxoricide, qu’il laisse soupçonner, et l’inceste, autour duquel il tourne sans cesse en ne l’avouant jamais, s’il eût multiplié davantage les scènes luxurieuses… mis en action les goûts cruels dont il ne fait que donner l’idée dans sa préface, l’ouvrage, plein d’imagination, devenait délicieux : mais les trembleurs me désespèrent, et j’aimerais cent fois mieux qu’ils n’écrivissent rien, que de nous donner des moitiés d’idées

.

Thérèse philosophe figurait : ouvrage charmant du marquis d’Argens5, le seul qui ait montré le but, sans néanmoins l’atteindre tout à fait ; l’unique qui ait agréablement lié la luxure à l’impiété, et qui, bientôt rendu au public tel que l’auteur l’avait primitivement conçu, donnera enfin l’idée d’un livre immoral

.

Le reste était de ces misérables petites brochures, faites dans des cafés ou dans des bordels, et qui prouvent à la fois deux vides dans leurs mesquins auteurs : celui de l’esprit et celui de l’estomac. La luxure, fille de l’opulence et de la supériorité, ne peut être traitée que par des gens d’une certaine trempe… que par des individus, enfin, qui, caressés d’abord par la nature, le soient assez bien ensuite par la fortune pour avoir eux-mêmes essayé ce que nous trace leur pinceau luxurieux ; or, cela devient parfaitement impossible aux polissons qui nous inondent des méprisables brochures dont je parle, parmi lesquelles je n’excepte pas même celle de Mirabeau, qui voulut être libertin pour être quelque chose, et qui n’est et ne sera pourtant rien toute sa vie6

.

A la suite de nos recherches chez le moine, nous trouvâmes des godemichés, des condoms, des martinets, tous meubles qui nous convainquirent que le père Claude ne nous avait pas attendues pour se jeter dans le libertinage. Il revint

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— J’ai, nous dit-il, l’acceptation en forme de mon supérieur : vous pouvez venir quand il vous plaira

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— Ce ne sera pas long, mon ami, répondis-je, nous avons été trop bien choyées par un seul membre de l’ordre, pour ne pas merveilleusement augurer du reste : repose-toi sur nos cons fougueux, et juge, par ce que tu leur as vu faire, de ce qu’ils pourront entreprendre quand ils seront encore mieux foutus. En attendant, Claude, je t’invite à nous venir voir dans trois jours ; mon amie et moi nous te recevrons dans une terre charmante où tu nous combleras de plaisirs ; répare tes forces, et ne manque pas

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Nous voulûmes, en passant, prendre langue nous-mêmes avec le supérieur ; c’était un homme de soixante ans, d’une superbe figure, et qui nous reçut à merveille

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— Vous nous ferez le plus grand plaisir, nous dit-il ; parmi les trente moines qui sont dignes de ces orgies, je vous en promets vingt de trente à trente-cinq ans qui, membrés comme Claude et vigoureux comme des moines, vous traiteront comme des Messalines. A l’égard du mystère, vous pouvez être sûres qu’il sera plus exact qu’il ne saurait jamais l’être dans le monde. Vous avez désiré quelques impiétés ; nous savons ce que sont toutes ces petites folies, soyez tranquilles, vous serez satisfaites sur tout. Les sots disent que les moines ne sont bons à rien : nous vous prouverons, mesdames, que les carmes, au moins, sont excellents pour foutre

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Un langage aussi énergique, joint aux épreuves que nous venions de faire, ne pouvait plus nous laisser de doutes sur la façon dont nous serions reçues. Nous prévînmes ces honnêtes anachorètes que nous amènerions avec nous deux jolies filles pour aider et servir nos amusements. Mais comme différentes affaires s’opposaient à ce que cette agréable partie s’arrangeât aussi vite que nous l’aurions désiré, elle fut remise au jour de Pâques

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— Ce choix s’arrange on ne peut mieux avec nos petites impiétés, dit Clairwil ; j’aurai, quoi qu’on en puisse dire, un véritable plaisir à profaner le plus saint des mystères de la religion chrétienne, dans celui des jours de l’année qu’elle regarde comme une de ses plus grandes fêtes

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Il y avait près d’un mois jusqu’à cette époque, et comme cet intervalle est marqué par deux événements assez singuliers, je crois devoir les placer ici dans leur ordre, avant que de vous entretenir des suites de notre libertinage aux Carmes

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Le premier de ces événements fut la mort tragique de Claude. Le malheureux vint à la campagne au jour indiqué ; Clairwil s’y trouva ; nous entourâmes cet infortuné de plaisirs, et quand son vit fut dans la plus grande érection, ma scélérate amie, le faisant aussitôt captiver par cinq femmes, lui fit trancher la verge au niveau du ventre et, l’ayant fait préparer par un chirurgien, elle s’en composa le plus singulier et le plus beau godemiché qu’on ait vu de la vie. Claude expira dans d’affreux tourments, dont Clairwil nourrit sa lubrique rage, pendant que trois femmes et moi la branlions à deux pieds de la victime, et parfaitement en face d’elle

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— Eh bien ! me dit la putain après nous avoir inondées de foutre, ne t’avais-je pas dit qu’en massacrant ce bougre-là il me resterait pourtant quelque chose de lui 

?

Voici quel fut le second événement. Je doute qu’il fasse plus d’honneur à mon âme que n’en fit, à celle de mon amie, le trait que je viens de vous raconter

.

J’étais à ma toilette, entourée d’une foule de courtisans qui paraissaient attendre avec respect toute leur fortune de moi. Un de mes gens m’annonce un homme de quarante-cinq ans, dans la plus extrême misère, et qui sollicite avec ardeur la grâce de m’entretenir un instant en particulier. Je fais répondre d’abord que je ne suis pas dans l’usage de recevoir de pareilles gens, que, s’il s’agit de secours ou de recommandations auprès du ministre, on n’a qu’à me présenter un mémoire, et que je verrai ce qu’il sera possible de faire. L’ardent solliciteur insiste : plus par curiosité que par aucun autre motif, je dis enfin qu’on fasse entrer dans un petit salon où je donnais communément mes audiences secrètes ; et, après avoir ordonné à mes gens de ne point s’éloigner, je vais écouter ce nouveau personnage

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— Je me nomme Bernole, madame, me dit l’inconnu, je sais que ce nom doit être ignoré de vous : il ne le serait pas autant de la mère que vous avez eu le malheur de perdre, et qui, malgré le faste où vous vivez, ne vous laisserait pas dans le désordre et le libertinage qui vous le procurent

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— Monsieur, dis-je à cet homme en l’interrompant, le ton que vous prenez n’est guère, ce me semble, celui de quelqu’un qui sollicite des secours

— Doucement, Juliette, reprit Bernole, il est possible que je demande des secours, et très possible en même temps que j’aie avec vous des droits qui m’autorisent au ton dont vous vous plaignez

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— Quel que soit votre rang, apprenez, monsieur

— Apprenez vous-même, Juliette, que si je viens implorer des secours près de vous, je vous honore en vous les demandant ; jetez les yeux sur ces papiers, mademoiselle, et vous y verrez à la fois, et le besoin que j’ai de ces secours, et le droit que j’ai de les demander à vous

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— Oh, ciel ! que vois-je ? interrompis-je après avoir parcouru ces papiers ; quoi, ma mère !… elle fut coupable… et c’est avec vous 

?

— Oui, Juliette, je suis votre père, reprit Bernole avec vivacité… c’est moi qui vous donnai le jour ; j’étais le cousin de votre mère ; mes parents me destinaient à elle : un mariage plus avantageux se présenta, elle fut sacrifiée ; elle était déjà grosse de vous : nous osâmes tromper votre père, il s’aveugla sur votre naissance… C’est à moi seul que vous la devez ; une tache de café au-dessous du sein droit prouve ce que j’avance… Juliette, portez-vous cette marque 

?

— Oui monsieur

.

— Reconnais donc ton père, âme insensible et froide ! ou, si tu balances encore, parcours avec plus d’attention ces papiers : ils éclairciront tous tes doutes. Après la mort de ta mère… mort affreuse… fruit de la scélératesse d’un certain Noirceuil, avec lequel tu oses, quoique instruite, avoir des liaisons, et qui serait roué demain si nous avions des preuves (elles nous manquent malheureusement)… après cette mort, dis-je, toutes les infortunes possibles sont venues fondre sur ma tête : mon bien fut englouti avec celui de ta mère ; il y a dix-huit ans que je ne vis que des charités publiques. Mais je te retrouve, Juliette, tous mes malheurs sont finis

— Monsieur, dis-je, j’ai ma sœur, que des préjugés, vaincus par moi, retiennent sans doute dans la misère : est-ce aussi de vous qu’elle tient la vie 

?

— Justine 

!

— Oui, monsieur

.

— Assurément, elle est aussi ma fille, rien ne put vaincre le penchant qu’eut pour moi ta mère de tout temps, et j’ai toujours joui seul du bonheur de la rendre mère

.

— Ô ciel ! s’écria la malheureuse Justine, mon père était vivant, et je l’ignorais ! Dieu ! que ne me l’envoyais-tu ? J’eusse adouci ses peines, j’eusse partagé ma misère avec lui, et il eût, ma sœur, retrouvé dans mon âme sensible les consolations que la vôtre lui refusa barbarement, sans doute

.

— Mon enfant, dit le marquis, qu’une nuit passée avec Justine avait étonnamment irrité contre cette fille, quand on vous fait ici l’honneur de vous admettre, ce n’est point pour entendre vos jérémiades, et je prie madame de continuer

.

— J’imagine, mes amis, que vous me rendez assez de justice pour croire que je n’étais ni flattée, ni attendrie de cet événement ; aucune âme n’était moins faite que la mienne aux reconnaissances dramatiques ; je n’avais pas même versé une larme pour la perte de celui que je croyais mon père depuis ma naissance : était-il naturel que je fusse fort touchée des malheurs de celui que le hasard me rendait ? J’avais d’ailleurs, vous le savez, un profond éloignement pour les aumônes ; c’était, selon moi, l’argent le plus mal employé ; et l’individu qui se présentait avait beau se dire mon père, il n’en fallait pas moins, pour le contenter, ou diminuer mon trésor, ou implorer pour ce malheureux un ministre qui, aussi dur, aussi inflexible que moi sur ces sortes de réclamations, ne pouvait pas souffrir que je l’importunasse pour lui en faire. Assurément, je ne pouvais pas douter que le personnage dont il s’agissait ne fût l’auteur de mes jours ; j’en avais la preuve sous les yeux, mais la nature était muette : j’avais beau l’interroger, elle ne m’inspirait rien pour cet original

.

— Monsieur, lui dis-je fermement, tous les contes que vous me faites peuvent être vrais, mais je ne vois pas la plus petite nécessité à ce que je les entende ; j’ai d’invariables principes qui m’éloignent, malheureusement pour vous, de cette commisération que vous implorez ; quant aux titres de paternité que vous établissez vis-à-vis de moi, les voilà, monsieur, je vous les rends, en vous assurant que je n’en ai pas le moindre besoin : que j’aie un père, que je n’en aie pas, tout cela est pour moi d’une indifférence dont vous pourriez difficilement vous faire une idée. Je vous conseille donc, monsieur, de me débarrasser fort vite de votre présence, à moins que par un entêtement ridicule, vous ne vouliez me contraindre, en restant malgré moi, à vous faire jeter par les fenêtres

.

Et je me lève aussitôt pour sonner ; mais Bernole, se précipitant au-devant de moi

— Enfant ingrat ! s’écrie-t-il, ne me punis pas d’une faute que j’ai pleurée toute ma vie ; si ta naissance n’est pas légitime, en es-tu moins sortie de mon sang, et m’en dois-tu moins des secours ? Que les accents plaintifs de la misère et du désespoir remplacent, s’il est possible, dans ton âme endurcie, les sentiments que la nature paraît avoir oublié d’y mettre 

!

Et, se courbant à mes genoux qu’il arrose de larmes 

:

— Juliette, s’écrie-t-il, tu nages au milieu des richesses, et ce n’est que du pain que demande ton malheureux père ! Soulage les malheurs de l’amant de ta mère ! respecte le seul homme qu’ait aimé celle qui t’a portée neuf mois dans son sein, et si tu ne veux pas que le ciel te punisse, ne ferme pas ton cœur aux accents plaintifs de l’infortune 

!

Il y avait sans doute beaucoup de pathétique dans ce que m’adressait ce malheureux homme ; mais il existe des âmes qui s’endurcissent au lieu de s’émouvoir aux efforts de ceux qui cherchent à les attendrir. Semblables à cette espèce de bois que l’on met au feu pour le rendre plus dur, c’est dans l’élément même qui paraîtrait devoir les consumer qu’elles retrouvent un nouveau degré de force. Bernole, au lieu d’exciter en moi les sentiments de la compassion, était au moment d’y faire naître cette commotion lubrique, née du refus de procurer un bien : imparfaite image de celle qui arrive à nous par l’action du mal. Mes regards, qui n’étaient encore que ceux de l’indifférence, s’enflammèrent bientôt de plaisir ; ce chatouillement perfide qui nous délecte à l’idée, au souvenir ou au complot d’une mauvaise action, vint glisser sur mon cœur7 ; mes sourcils se froncent, ma respiration se presse. Et sentant que je deviens plus dure, parce que je commence à l’être avec volupté… parce que je bande, enfin 

:

— Je vous ai déclaré, mon ami, dis-je à ce manant, que je vous méconnaissais, que je vous méconnaîtrais toujours, et que je ne donne jamais rien aux pauvres ; c’est donc pour la dernière fois que je vous supplie de sortir de mon appartement, si vous ne voulez pas que je vous fasse périr dans un cachot

.

Un mouvement de rage s’empare aussitôt de cet homme : employant tour à tour les imprécations et les prières, les invectives et les mots les plus tendres, il se jette la tête contre terre, il se la brise, des flots de sang inondent mon cabinet… Ce sang est le mien, et c’est avec délices que je le vois répandre ; après avoir joui quelques instants, je sonne

.

— Qu’on prenne l’adresse de cet original, dis-je à mes gens, et qu’on le fasse aussitôt sortir de chez moi

.

On m’obéit… J’étais dans une agitation… dans un feu… Je fus obligée d’aller m’éteindre dans le sein de mes femmes, qui furent deux heures avant de pouvoir m’apaiser. Puissant effet du crime sur un cœur comme le mien ! Il était écrit, dans le livre sacré de la nature, que tout ce qui révolterait les âmes ordinaires devait délecter la mienne, et que tout ce qui devait outrager cette nature méconnue par elles, devait absolument devenir pour moi les premiers moyens du plaisir

.

Le ministre et Noirceuil dînaient tous les deux chez moi, là jour-là : je demandai à celui-ci s’il avait connaissance d’un certain Bernole, se disant l’amant de ma mère, et convaincu de m’avoir donné le jour 

?

— Oui, me dit Noirceuil, j’ai connu cela ; il avait des fonds chez ton père, perdus avec ceux de ta famille, et perdus par mes soins. Je me souviens que ce Bernole était effectivement fort bien avec ta mère, qu’il la regretta beaucoup, et que ce n’est pas sa faute si je n’ai pas été pendu… Il faut se défaire de ce drôle-là

.

— Assurément, dit le ministre, Juliette n’a qu’à dire, nous le ferons coucher ce soir à la Bastille

.

— Non, non, dit Noirceuil, il faut faire de cela une scène pathétique

.

— Assurément, répondis-je, des cachots sont trop doux pour de tels scélérats… Noirceuil et vous, Saint-Fond, vous savez à quel point vous avez travaillé mon âme, croyez qu’en cette occasion elle ne se montrera pas au-dessous de vos leçons ; puisque nous faisons tant que de commettre un crime, faisons-le bon : il faut que ce coquin-là périsse de ma main, pendant que vous jouirez de moi

.

— Oh ! Juliette, s’écrie le ministre déjà bien pris de vin de Champagne… tu es délicieuse ! (Et se déculottant) Vois comme ton idée met mon vit en courroux… Quoi ? tu auras la force de te déterminer à cela 

?

— J’en fais serment sur ce vit que j’anime ! dis-je en empoignant le redoutable membre que Saint-Fond venait de mettre au jour

.

Et Noirceuil, profitant de l’attitude penchée où me tenait mon mouvement, s’empare de mon cul en s’écriant 

:

— Oh ! foutre, ne t’ai-je pas dit, Saint-Fond, que cette créature était délicieuse 

?

Et il se donne deux ou trois coups de poignet sur mes fesses

.

— Écoute, dis-je en me remettant, il faut joindre à ceci quelques épisodes divins. Je vais me raccommoder avec Bernole, le tromper par des avances, le rendre amoureux de moi, lui faire beau jeu… Il me le mettra… Je veux plus : il faut qu’il m’encule… Il le fera. Vous, Saint-Fond, vous le surprendrez, vous tomberez sur lui au moment de la crise, et pour me punir, le poignard sur le sein, vous m’obligerez à le tuer moi-même. Confions cette idée à Clairwil, qu’elle en partage la douce exécration, et faisons de cela une scène unique

.

Le projet d’un crime est toujours sûr de plaire aux scélérats. Ces deux-ci s’échauffèrent tellement la tête de mon plan, qu’il ne fut plus possible de les contenir. Un boudoir s’ouvre ; quelques individus secondaires se joignent à nous, et mon cul reçoit la double offrande de deux monstres qu’irritait ma perfide imagination : un bon de cinq cent mille francs me fut aussitôt remis, avec promesse du double, le jour de l’exécution

.

Elle me chatouillait trop pour la reculer ; je vole à ma terre ; j’écris à Bernole que la tendresse filiale vient enfin d’entr’ouvrir mon âme. La pureté de l’air de la campagne adoucit, je crois, cette férocité dont celui de Paris souille nos cœurs, lui mandai-je ; venez me voir au sein de la nature, et vous éprouverez bientôt tout ce qu’elle m’inspire pour vous. Mon homme arrive… Vous n’imaginez pas à quel point jouissais de le tromper… J’en étais exactement dans l’ivresse. Mon premier soin est d’étaler à ses yeux tout le luxe dont j’étais environnée ; de séduisantes caresses achèvent d’étourdir Bernole

.

— Comment, lui dis-je après un excellent souper, comment réparer tous les torts que ma mauvaise tête m’a fait commettre envers vous ? Faut-il vous l’avouer, Bernole ? Je me suis crainte ; j’ai des précautions bien sévères à garder ; je suis la confidente et l’amie du ministre ; d’un mot, il peut me perdre : vous ne m’avez rien inspiré comme père, je l’avoue ; un autre sentiment mille fois plus tendre et plus délicat, en me faisant redouter la chute, m’a contrainte à ne vous montrer que de la dureté, où s’allumait le plus saint amour… Bernole, vous avez aimé ma mère, je veux que vous m’aimiez aussi ; il ne s’agit, pour être heureux ensemble, que d’une discrétion à toute épreuve ; en êtes-vous capable 

?

L’honnête et loyal Bernole frémit à ce discours

.

— Ô Juliette ! me dit-il très ému, je ne cherche à ranimer en vous que les sentiments de l’amour filial ; ceux-là seuls me sont dus ; la religion et l’honneur, dont je fis toujours profession, m’empêchent d’en accepter d’autres : ne me taxez pas d’immoralité pour avoir vécu avec votre mère ; nous n’avons jamais cru, l’un et l’autre, ne devoir respecter d’autres nœuds que ceux volontairement adoptés par nous à la face du ciel : c’est un tort, j’en conviens, mais c’est celui de la nature, et ceux que vous me proposez lui feraient horreur

.

— Quel préjugé, Bernole ! m’écriai-je, en devenant pressante au point de baiser sa bouche et de laisser tomber une main sur ses cuisses ; toi que j’adore, hélas ! poursuivis-je au redoublant de chaleur, ne te refuse pas à mon empressement ; viens rendre une seconde fois à la vie celle qui se glorifie de la tenir de toi : je dus ma première existence à l’amour, laisse-moi lui devoir la seconde ; laisse embellir par lui les jours qu’il a formés. Oh ! mon ami, je le sens, je ne puis plus exister sans toi 

!

Une gorge blanche et fraîche, qui se découvre alors comme par hasard, des yeux pleins de langueur et de volupté… des mains s’égarant au point de déboutonner la culotte paternelle et de secouer avec art l’instrument à demi bandé qui m’a donné le jour, tout réveille à la fin les passions timides de Bernole

.

— Ô grand Dieu ! s’écrie-t-il, quels assauts… et comment puis-je y résister ? Comment repousser la vivante image de celle que j’adorai jusqu’au dernier soupir 

?

— Tu la retrouves en moi, Bernole, la voilà celle que tu aimas… Elle respire, achève de la rendre à la vie, par les tendres baisers que sa bouche implore. Tiens, vois l’état où tu me mets, ajoutai-je en me troussant et me précipitant sur un canapé… oui, vois-le, cet état cruel, et résistes-y, si tu l’oses

.

Le crédule Bernole, entraîné, tombe dans le piège que je tends à sa vertu, et vient s’enivrer d’amour dans le sein de celle qui ne s’occupe, en le caressant, que de la manière perfide dont elle le fera bientôt tomber sous ses coups. Bernole, doué d’un membre sec, dur, nerveux, et surtout fort long, foutait délicieusement ; il m’échauffait, je le traitais bien, je maniais ses fesses en le pressant sur moi. Bientôt, me coulant sous lui, je pompe avec plaisir ce premier mobile de mon existence ; reprenant ensuite mon poste, je me le renfonce jusqu’aux couilles : Bernole, très échauffé de mes écarts, n’est pas long ; le coquin décharge ; je l’imite, et reçois dans mes entrailles incestueuses le germe d’un fruit semblable à celui qu’il laissa jadis dans le sein de ma mère. Telle fut l’époque de la grossesse dont je vous parlerai bientôt

.

Bernole, égaré par l’amour, oubliant, sous les lois de ce Dieu, celles de l’honneur et de la probité qui l’avaient si bien contenu jusqu’alors, me conjure de lui laisser passer la nuit avec moi. Très échauffée de la délicieuse idée de foutre avec un père que ma férocité condamne à mort, je consens à tout. Les efforts de Bernole surpassèrent mes espérances : je fus foutue sept coups, et moi, toujours brûlée de mes projets féroces, je décharge le double, à la délicieuse pensée d’enterrer le lendemain celui qui joint, au tort d’être mon père, le tort plus grand de m’enivrer de délices. Ce fut vers le milieu de ces courses que, lui dévoilant les craintes affreuses où j’étais qu’une grossesse ne vînt à trahir notre intrigue, je lui tournai le plus beau cul du monde, pour l’engager à changer de route : le crime, hélas ! était si loin du cœur de mon vertueux père, qu’il ignorait jusqu’à la manière de procéder à ces infamies (je me sers de ses expressions), auxquelles il ne consentait, me dit-il, que par prudence et par excès d’amour. Le butor m’encula trois fois : cette répétition était nécessaire à la pièce qui devait se jouer le lendemain. Ce que j’en ressentis fut si vif que je m’évanouis de plaisir

.

Il arriva, cet heureux lendemain où je devais enfin goûter les charmes indicibles d’un crime que je me désolais de ne pouvoir exécuter : la nature, que j’allais si grièvement outrager, ne m’avait jamais paru si belle ; jamais je ne m’étais trouvée si jolie, si fraîche et si bien portante ; jamais des chatouillements aussi vifs ne s’étaient fait éprouver en moi… Je me sentis, dès en me levant, d’une luxure… d’une méchanceté… J’éprouvais le besoin des horreurs, et, près de lui, le désespoir affreux de ne pouvoir les aggraver au point où je le désirais… C’est un crime que je vais commettre, me disais-je… un très grand crime, assure-t-on, mais ce n’en est qu’un : et qu’est-ce qu’un crime pour celle qui voudrait n’exister qu’au milieu du crime, ne vivre que pour lui seul et n’adorer que lui ? Je fus quinteuse, maussade, capricieuse, taquine, toute la matinée. Je fouettai deux de mes femmes, en colère ; je fis méchamment tomber par la fenêtre un enfant confié à l’une d’elles, il se tua, j’en fus enchantée : il n’y eut enfin sorte de petites cruautés, de petites lutineries auxquelles je ne me livrasse tout le jour. L’heure du souper vint enfin ; j’avais ordonné qu’il fût aussi délicieux que la veille ; et comme la veille, dès qu’il fut fini, j’entraîne Bernole sur un canapé, et c’est mon cul que je lui présente. Séduit par mes sophismes, le malheureux s’y plonge… A peine y est-il, que Clairwil, Noirceuil et Saint-Fond se jettent sur nous avec impétuosité : Bernole est garrotté de tous ses membres

.

— Juliette, me dit Saint-Fond, tu mériterais que je t’immolasse à côté de ce monstre, pour te punir d’abuser ainsi de ma confiance… Un seul moyen, perfide, peut te sauver la vie : saisis ce pistolet destiné pour ton crime, trois balles sont dedans… Il faut qu’elles fassent voler la cervelle de ce scélérat 

!

— Oh, ciel ! qu’exigez-vous ? c’est mon père 

!

— Celle qui fut à la fois sodomiste et incestueuse pourra bien être parricide

.

— Quel arrêt 

!

— Il le faut, ou vous périssez à l’instant vous-même

.

— Confiez donc cette arme à ma main chancelante… Père adoré, m’écriai-je, pardonneras-tu cette mort aux violences dont tu vois que je suis victim

e

— Monstre, répond Bernole, exécute, et souviens-toi seulement que tu ne me rends pas ici la dupe de tes fourberies et de tes crimes

— Eh bien ! papa, dit Clairwil, en éclatant de rire, cesse donc d’être dupe, puisque tu ne veux pas l’être, et sache qu’il est très vrai que ta mort est l’ouvrage de ta fille, qui, certes, n’a pas grand tort d’immoler un individu qui ne peut être qu’un grand scélérat, puisqu’il a pu donner le jour à une telle fille

.

Tout s’arrange ; Bernole est lié sur une chaise attachée par de grands clous à terre ; sa tête, à dix pas de moi, se trouve à ma portée. Saint-Fond se couche dans un canapé et me fixe sur lui par le moyen du membre qu’il m’introduit dans le derrière, Noirceuil dirige l’instrument d’une main, il se branle de l’autre ; Clairwil, à droite, baise la bouche de Saint-Fond, et chatouille mon clitoris. Je mets en joue 

:

— Saint-Fond, dis-je, attendrai-je les flots de ton foutre 

?

— Non, non, sacré nom d’un foutredieu ! non, non ! tue, garce, tue ! c’est le coup qui fera jaillir mon sperme

.

Je le lâche. Bernole, atteint au front, expire, et nous déchargeons tous les quatre en jetant des cris furieux

.

Le barbare Saint-Fond se lève et va contempler la victime ; c’était son plus grand plaisir. Il m’appelle, il veut que j’observe avec lui… il m’examine, il est content de mon sang-froid. C’est avec une curiosité méchante que Clairwil observe les contorsions de la mort sur le visage de ce malheureux

.

— Rien ne me fait bander comme cela, dit la scélérate : qui de vous trois veut me branler pendant cet examen 

?

Je m’offre, et comme je suis penchée. sur les genoux du mort, Noirceuil m’encule en cet état, pendant que Saint-Fond, prenant Clairwil à revers, la traite de même… Tout le monde décharge encore une fois, et le plus voluptueux souper est de nouveau servi sur une table, aux pieds de laquelle on veut que le corps reste

.

— Juliette, me dit Saint-Fond en me baisant avec ardeur, tiens, voilà ce que je t’ai promis. Faut-il te l’avouer ? chère fille, ce n’est en vérité que d’aujourd’hui que je te crois bien digne de nous

.

— Je ne pense pas tout à fait comme cela, dit Clairwil, et je lui trouve toujours le même défaut : elle ne commet le crime que dans l’enthousiasme, il faut qu’elle bande ; et l’on ne doit jamais s’y livrer que de sang-froid. C’est au flambeau du crime qu’il faut allumer celui de ses passions, tandis que ce n’est qu’à celui des passions que je la soupçonne d’allumer celui du crime

.

— La différence est fort grande, dit Saint-Fond, car le crime alors n’est que l’accessoire, et il doit toujours être le principal

.

— Je pense comme Clairwil, ma chère Juliette, dit Noirceuil : vous avez encore besoin de quelques encouragements ; il faut diminuer cette sensibilité qui vous perd

.

Tous les écarts où notre imagination nous entraîne, poursuivit Noirceuil, deviennent des preuves certaines de notre esprit. Sa vivacité, ses élans ne lui permettent de s’arrêter à rien ; plus il voit de digues à franchir, plus il conçoit de délices ; mais ce n’est point une preuve qu’il se déprave, comme les sots se l’imaginent : c’en est une bien plus certaine qu’il se fortifie. Vous voilà parvenue, Juliette, à l’âge où cette faculté de notre existence est dans sa plus extrême vigueur ; vous avez prévenu cette époque par de bonnes études, par des réflexions solides, par un abandon total de tous les liens et de tous les préjugée de l’enfance. Ne doutez point qu’à présent, cet espoir si bien préparé ne vous fasse culbuter toutes les bornes : un tempérament ardent et vigoureux, une santé robuste, une grande chaleur d’entrailles, un cœur très froid viennent à l’appui de cet esprit bouillant, instruit et dégagé de tous les freins. Soyons bien assurée que Juliette ira aussi loin qu’elle peut aller. Mais qu’elle ne s’arrête pas en chemin, qu’elle ne tourne jamais les yeux en arrière que pour se reprocher son peu de progrès et non pour s’étonner de la grandeur du chemin qu’elle a fait

.

— Je veux plus, dit Clairwil, je vous répète que j’exige d’elle de faire le mal, non pas pour s’exciter à la luxure, comme je crois qu’elle le fait, mais pour le seul plaisir de le commettre. Je veux qu’elle trouve dans le mal, dénué de toute luxure, l’entière volupté qui existe pour elle dans la luxure ; je veux qu’elle n’ait besoin d’aucun véhicule pour exercer le mal. Qu’une fois dans cette situation, elle y éprouve tous les attraits piquants du libertinage, à la bonne heure ! mais je ne veux pas qu’elle ait besoin de se branler pour faire un crime, parce qu’alors, il résultera de cette manière de se conduire, qu’aussitôt que son tempérament sera usé, elle n’osera plus se livrer à aucun écart ; au lieu que par le moyen que j’indique, ce sera dans le crime qu’elle retrouvera le feu des passions. Elle n’aura plus besoin de se branler pour commettre un crime ; mais en commettant ce crime, elle désirera se branler. Il est, je crois, impossible de s’expliquer plus clairement

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— C’est précisément parce que je comprends à merveille ta philosophie, ma chère, dis-je à Clairwil, que je crois devoir t’assurer que j’en adopte tous les principes, et que j’en suis l’esprit mot à mot. Je suis prête à te le prouver par telle épreuve où il te plaira de me soumettre. Si tu m’avais mieux observée que tu n’as fait, dans l’événement qui vient de se passer, tu ne m’adresserais, j’en suis sûre, aucun reproche ; j’aime à présent le mal pour lui-même ; ce n’est que dans son sein que mes plaisirs s’allument, et nulle volupté n’existerait pour moi si le crime ne l’assaisonnait. Je ne dois plus maintenant vous consulter que sur un seul point. Le remords est nul, je vous proteste que je n’en ressens pas la plus légère atteinte, quelle que soit l’horreur où je me livre : mais j’ai quelquefois de la honte ; je rougis comme Ève après son péché, il me semble, qu’excepté vous et nos amis, je ne voudrais pas que personne sût les écarts où nous nous livrons. Expliquez-moi, je vous prie, pourquoi, placée entre ces deux sentiments, j’éprouve le plus faible, n’étant plus sensible au plus actif ; quelle est, en un mot, la différence qui se trouve entre la honte et le remords 

?

— La voici, dit Saint-Fond : c’est que la honte est le fruit de la douleur d’une mauvaise action, relativement à l’opinion publique ; et le remords, relativement à notre propre conscience ; en sorte qu’il est possible d’avoir honte d’une action qui ne donne aucun remords, si cette action n’offense que les usages reçus, sans effleurer la conscience ; et qu’il est également possible d’avoir des remords sans honte, si l’action commise s’accorde avec les lois et les usages de notre pays, quoiqu’elle répugne à notre conscience. Un homme, par exemple, rougirait d’aller se promener tout nu dans la grande allée des Tuileries, quoiqu’il n’y eût rien dans cette action qui dût lui donner des remords ; et un général d’armée aura peut-être des remords d’avoir fait tuer vingt mille hommes dans une bataille, quoiqu’il n’y ait rien dans cette action qui doive lui donner de la honte. Mais ces deux mouvements fâcheux s’énervent également par l’habitude. La Société des Amis du Crime, dans laquelle Clairwil vous a fait entrer, absorbera dans vous ce sentiment pusillanime de la honte ; l’habitude que vous vous ferez d’un cynisme toujours prononcé, dissipera bientôt cette faiblesse ; et pour vous en guérir, je vous exhorte à faire parade de vos écarts, à vous montrer souvent nue en public, à affecter le plus grand désordre dans la manière de vous habiller : insensiblement vous finirez par ne plus rougir de rien. Quand la fermeté des principes se joindra aux procédés que je vous conseille, tout se dissipera, tout s’aplanira petit à petit, et vous ne sentirez plus que du plaisir où vous éprouviez jadis de la honte

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Des choses plus sérieuses succédèrent à cette discussion. Saint-Fond m’annonça que le mariage d’Alexandrine, sa fille, avec son ami Noirceuil, allait enfin se terminer, et que, d’accord avec son gendre, la jeune personne demeurerait trois mois dans ma maison pour y être instruite et formée aux goûts du nouvel être avec lequel on allait l’unir

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— Nous vous prions, Noirceuil et moi, poursuivit Saint-Fond, de mettre cette petite âme au même point que la vôtre… Ne lui refusez aucun soin, aucun conseil, aucun exemple. Peut-être Noirceuil la conservera-t-il, s’il la trouve aussi ferme que vous : à coup sûr, il ne la gardera pas longtemps, si elle est prude ou bégueule. Tâchez, Juliette, que cette éducation vous fasse honneur, et soyez bien assurée que vos peines ne seront pas perdues

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— Monsieur, dis-je au ministre, vous savez que de pareilles leçons ne peuvent se donner qu’entre deux draps

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— C’est bien ainsi que je l’entends, dit Saint-Fond

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— Moi de même, très assurément, dit Noirceuil

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— Peut-on instruire une fille sans coucher avec elle ? dit Clairwil

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— Aussi, reprit Noirceuil, notre chère Juliette couchera-t-elle avec ma femme aussi souvent que bon lui semblera

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Saint-Fond nous entretint ensuite d’un projet cruel de dévastation qu’il avait conçu pour la France

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— Nous craignons, nous dit-il, une prochaine révolution dans le royaume ; nous en voyons le germe dans une population beaucoup trop nombreuse. Plus le peuple s’étend, plus il est dangereux ; plus il s’éclaire, plus il est à craindre : on n’asservit jamais que l’ignorance. Nous allons, poursuivit le ministre, supprimer d’abord toutes ces écoles gratuites dont les leçons, se propageant avec rapidité, nous donnent des peintres, des poètes et des philosophes où il ne doit y avoir que des crocheteurs. Quel besoin tous ces gens-là ont-ils donc de talents, et quelle nécessité y a-t-il de leur en donner ? Diminuons bien plutôt leur nombre ; la France a besoin d’une vigoureuse saignée, et ce sont les parties honteuses qu’il faut attaquer. Pour parvenir à ce but, nous allons d’abord vivement poursuivre la mendicité : telle est la classe où se trouvent presque toujours les agitateurs. Nous démolissons les hôpitaux, les maisons de piété ; nous ne voulons pas laisser au peuple un seul asile qui puisse le rendre insolent. Courbé sous des chaînes mille fois plus lourdes que celles qu’il porte en Asie, nous voulons qu’il rampe en esclave, et il n’y aura sorte de moyens que nous ne mettions en usage pour y réussir

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— Ces moyens seront longs, dit Clairwil, et si vous avez besoin d’une diminution subite, il en faut de plus prompts : la guerre, la famine, la peste

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— Le premier est sûr, dit Saint-Fond, nous allons avoir la guerre. Nous ne voulons pas du dernier, parce qu’il serait à craindre que nous nous en trouvassions les premières victimes. Quant à celui de la famine, l’accaparement total des grains auquel nous travaillons, en nous comblant d’abord de richesses, va bientôt réduire le peuple à se dévorer lui-même. Nous espérons beaucoup de ce moyen

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Il est arrêté dans le conseil, parce qu’il est prompt, infaillible, et qu’il nous couvre d’or

Il y a bien longtemps, poursuivit le ministre que, pénétré des principes de Machiavel, je suis infiniment persuadé que les individus ne sont rien en politique. Machines secondaires du gouvernement, les hommes doivent travailler à la prospérité de ce gouvernement, et jamais le gouvernement ne doit travailler à celle des hommes. Tout gouvernement qui s’occupe de l’homme est faible ; il n’y a de vigoureux que celui qui se compte pour tout, et les hommes pour rien ; le plus ou le moins d’esclaves dans un État est indifférent : ce qui est essentiel, c’est que la chaîne pèse lourdement sur le peuple, et que le souverain soit despote. Rome fut languissante et faible, tant qu’elle voulut se gouverner elle-même ; elle maîtrisa la terre, quand des tyrans envahirent l’autorité. C’est dans le souverain seul que doit être considérée toute la force, et puisque cette force n’est que morale, dès que physiquement le peuple est le plus puissant, ce ne doit donc être que par une suite non interrompue d’actions despotiques que le gouvernement peut établir en lui la force physique qui lui manque : elle n’y sera jamais qu’idéalement sans cela. Lorsque nous sommes jaloux d’en imposer aux autres, il faut les accoutumer petit à petit à voir en nous ce qui foncièrement n’y existe pas, autrement ils nous verront tels que nous sommes, et nous y perdrons infailliblement

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— J’ai toujours cru, dit Clairwil, que l’art de gouverner les hommes était celui qui demandait le plus de fausseté

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— Cela est vrai, et la raison en est simple, reprit Saint-Fond : on ne gouverne les hommes qu’en les trompant ; or, il faut être faux pour les tromper ; l’homme éclairé ne se laissera jamais conduire : il faut donc le priver de la lumière pour le mener à sa guise, et la fausseté seule conduit à tous ces moyens

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— Mais la fausseté n’est-elle pas un vice ? demandai-je à Saint-Fond

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— Je la vois bien plutôt comme une vertu, répondit le ministre. Elle est la seule clef du cœur de l’homme : il serait impossible de vivre avec lui en n’employant que la franchise. Uniquement occupé à nous tromper, où en serions-nous, si nous n’apprenions pas à le tromper nous-mêmes ? La principale étude de l’homme, et surtout de l’homme d’État, est de pénétrer toujours les autres, sans se laisser démêler lui-même ; c’est son seul talent. Or, s’il n’arrive là que par la fausseté, la fausseté est donc une vertu. Dans un monde absolument corrompu, il n’y a jamais de danger à être plus gangrené que les autres ; c’est s’assurer alors toute la somme de bonheur et de tranquillité que nous procurerait la vertu dans un gouvernement moral. Mais jamais la machine qui mène le gouvernement ne pourra être vertueuse, parce qu’il est impossible de prévenir tous les crimes, de se mettre à l’abri de tous les crimes sans être criminel aussi ; ce qui mène les hommes corrompus doit être corrompu lui-même ; et ce ne sera jamais avec la vertu, qui est un mode sans action, que vous conduirez le vice, qui est un mode toujours en action. Le gouvernant doit avoir plus d’énergie que le gouverné ; or, si celle du gouverné n’est pétrie que de crimes, comment voulez-vous que celle du gouvernant ne soit pas elle-même criminelle ? Les punitions que l’on emploie pour l’homme sont-elles autre chose que des crimes ? Qui les excuse ? la nécessité de le gouverner. Voilà donc le crime un des ressorts du gouvernement. Je vous demande maintenant de quelle nécessité peut être, dans le monde, le mode que vous appelez vertu, lorsqu’il est constant que vous ne pouvez obtenir ce mode que par des crimes ? D’ailleurs, il est extrêmement nécessaire, pour le gouvernement même, que la masse des hommes soit très corrompue : plus elle le sera, plus il agira facilement. Examinez, en un mot, la vertu sous tous ses rapports, et vous la verrez toujours inutile et dangereuse. Je voudrais, Juliette, poursuivit Saint-Fond en ne s’adressant plus qu’à moi, détruire radicalement en vous tous les préjugés sur cet objet, qui feront infailliblement votre malheur ; je voudrais assurer vos opinions dans le cours de votre vie, car il est affreux d’être née avec des penchants à mal faire et de ne pouvoir s’y livrer sans frémir. Convainquez-vous bien, mon ange, que dussiez-vous troubler et déranger l’ordre de la nature dans tous les sens possibles, vous n’auriez jamais fait qu’user des facultés qu’elle vous a données pour cela… des facultés qu’elle savait bien que vous emploieriez à cela, usage qu’elle ne blâme pas, sans doute, puisque loin de vous priver d’aucune de ces facultés nuisibles, elle vous inspire à tout moment le désir de les mettre en œuvre. Faites donc tout le mal qu’il vous plaira, sans que cela trouble un instant votre repos : soyez bien sûre que, de quelque espèce que soit celui que vous inventerez, il ne sera jamais aussi violent que pourrait le désirer la nature… qu’elle veut la destruction… qu’elle l’aime… qu’elle s’en nourrit… qu’elle s’en abreuve, et que vous ne lui plairez jamais mieux que quand vos mains détruiront, comme les siennes, de même que vous ne l’outragez jamais davantage… que vous n’empiétez jamais autant sur ses droits, que lorsque vous travaillez à une propagation qu’elle abhorre… ou que vous laissez subsister sans trouble cette masse d’hommes qui nuit à ses facultés : car le crime et la mort sont les véritables lois de la nature, et nous ne la servons jamais mieux qu’en moissonnant, comme elle, tout ce que nos bras peuvent atteindre

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— Ô Saint-Fond ! dis-je à mon amant, j’adhère à tous la principes que vous venez d’établir. Une seule chose m’inquiète. Il faut, avez-vous dit, être fausse avec tout le monde : si malheureusement vous l’étiez avec moi, vous sentez tout ce que j’aurais à craindre

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— Ne redoutez point cela, dit le ministre, je ne serai jamais faux avec mes amis, parce qu’au fait, il faut avoir quelque chose de solide dans le monde ; et sur quoi pourrait-on compter, si ce n’est sur le commerce de ses amis ? Vous pouvez donc être certains, tous trois, que je ne vous tromperai jamais, à moins que vous ne me trompiez les premiers. La raison de cela est bien simple, je vais l’étayer par l’égoïsme, la seule règle que je connaisse pour se bien juger soi et les autres

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Nous vivons ensemble : n’est-il pas vrai que si vous vous aperceviez que je vous trompe, vous me le rendriez bientôt ? Et je ne veux pas être trompé. Voilà toute ma logique en amitié. C’est, dans le fait, un sentiment fort difficile entre sexe égal, impossible entre sexe différent, et que je n’estime qu’autant (ce qui est fort rare) qu’il peut être fondé sur des rapports d’humeurs et de goûts. Mais il est faux de dire qu’il faille que la vertu en soit le ciment : il deviendrait alors, si cela était vrai, un sentiment fort plat, que la monotonie détruirait bientôt. Quand les plaisirs en sont la base, chaque nouvelle idée en resserre les liens ; le besoin, seul aliment réel de l’amitié, rapproche ses nœuds à tous les instants ; d’autant plus, que tous les jours on a plus besoin l’un de l’autre : on jouit de son ami, on jouit avec son ami, on jouit pour son ami, les voluptés s’augmentent les unes par les autres, et ce n’est véritablement qu’alors qu’on peut se flatter de les connaître. Mais qu’obtiens-je d’un sentiment vertueux ? Quelques voluptés sèches, quelques jouissances intellectuelles qui se détruisent à la première épreuve, et qui donnent des regrets d’autant plus amers que l’amour-propre en demeure blessé, et qu’il n’est point de traits plus sensibles que ceux qui vont à l’orgueil

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Il était tard, on se coucha. Nous nous mîmes tous quatre dans un lit de huit pieds carrés, construit pour de pareilles scènes, et, après quelques luxures, on s’endormit. Des affaires ayant rappelé Noirceuil, à Paris, il nous quitta de bonne heure. Clairwil et moi tînmes compagnie à Saint-Fond, qui désirait passer quelques jours à la campagne

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A notre retour à Paris, Saint-Fond m’amena sa fille, dont l’appartement avait été préparé pendant notre voyage. Il était impossible de rien voir d’aussi régulièrement beau : la plus sublime gorge, de très jolis détails dans les formes, de la fraîcheur dans la peau, du dégagement dans les masses, de la grâce, du moelleux dans l’attachement des membres, une figure céleste, l’organe le plus flatteur, le plus intéressant, et beaucoup de romanesque dans l’esprit

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— Voici ma fille, me dit Saint-Fond en me la présentant, vous savez que je la destine à Noirceuil, qui ne se scandalisera pas des privautés que j’ai déjà prises et que je prends encore tous les jours avec elle. Tout n’est pas cueilli : Alexandrine est vierge d’un côté… Mais son cul… ce superbe cul, Juliette, est depuis bien longtemps effeuillé par moi… Eh ! comment y aurais-je résisté ? Regardez-le, mon ange, et dites si, de vos jours, vous vîtes quelque chose de plus délicieux

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Il était difficile, en effet, de rien voir de plus blanc et de mieux coupé

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— Il n’y paraît pas, poursuivit Saint-Fond en écartant, on ne peut se douter, ni que je la fouette tous les matins, ni que je la sodomise tous les soirs. Je vous laisse cette fille, Juliette, éduquez-la pendant quelque temps, rendez-la digne de l’ami auquel je la destine, inspirez-lui le goût de tous les crimes et la plus forte horreur pour toutes les vertus. Je vous cède mes droits sur elle ; transmettez-lui les principes que vous avez reçus de celui qui doit l’épouser ; donnez-lui tous nos goûts, communiquez-lui toutes nos pulsions. Jamais le mot de Dieu ne fut prononcé devant elle ; ce n’est pas avec vous que je crains qu’elle puisse en concevoir l’idée : je lui brûlerais moi-même la cervelle, à l’instant où je lui entendrais parler de cette exécrable chimère. D’importants objets empêchent Noirceuil et moi de nous livrer aux soins que nous vous confions : ils ne sauraient être en meilleures mains

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Ce fut à cette occasion que le ministre m’apprit la nomination de Noirceuil à l’une des places les plus importantes de la cour, et qui lui valait cent mille écus de rente

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— Il l’a obtenue, me dit Saint-Fond, en même temps que le roi vient de m’en conférer une qui me vaut le double

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Et pendant que le vice triomphait avec cette impudence, vous voyez, mes amis, comme la main du sort écrasait toutes les victimes de ces indignes scélérats… Combien ces réflexions, si fort au désavantage du bien, si singulièrement en faveur du mal, achevèrent de me captiver à jamais dans le sein du crime et de l’infamie !… Oh ! quelle horreur j’avais pour la vertu 

!

Je passai la nuit suivante avec Alexandrine. Cette jeune fille était, sans doute, délicieuse, mais j’avoue que je la vis si philosophiquement, avec des sens tellement rassis, que je ne serais pas trop en état de vous parler des voluptés que j’en reçus : il aurait fallu de l’enthousiasme, à peine y eut-il de l’émotion. J’étais si fort affermie dans mes idées, le moral dominait si bien en moi le physique, mon indifférence était telle, mon flegme si soutenu, que, soit satiété, soit dépravation, soit système, je pus, sans m’émouvoir, la tenir nue dix heures dans mon lit, la branler, m’en faire branler, la sucer, la gamahucher, sans que ma tête en fût seulement échauffée. Et voilà, j’ose le dire, un des plus heureux fruits du stoïcisme. En roidissant notre âme contre tout ce qui peut l’émouvoir, en la familiarisant au crime par le libertinage, en ne lui laissant de la volupté que le physique, et en lui en refusant opiniâtrement la délicatesse, on l’énerve ; et de cet état dans lequel son activité naturelle ne lui permet pas de rester longtemps, elle passe à une espèce d’apathie qui se métamorphose bientôt en plaisirs mille fois plus divins que ceux que lui procureraient des faiblesses ; car le foutre que je perdis avec Alexandrine, quoiqu’il ne fût dû qu’à cette fermeté que je vous peins, me procura des jouissances bien plus vives que celles qui n’eussent été le fruit que de l’enthousiasme ou des tristes feux de l’amour

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Quoi qu’il en soit, Alexandrine me parut presque aussi neuve au moral qu’au physique ; son cœur et son esprit n’avaient encore fait nuls progrès. Cependant la petite coquine avait du tempérament, et quand je cherchais à l’émouvoir, je la trouvais toujours pleine de foutre. Je lui demandai si son père lui faisait beaucoup de mal en l’enculant

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— Les premières fois, me dit-elle

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Mais elle y était si fort accoutumée, qu’elle ne souffrait plus. Sur ma demande si elle n’avait jamais vu que Noirceuil, elle me dit que son père avait exigé d’elle des complaisances pour un autre homme, et je vis, au portrait, que c’était Delcour. Mais ce Delcour l’avait-il enculée ?… Non, il l’avait seulement fouettée devant son père, et vous pouvez juger par là quelle est la trempe de l’imagination d’un père qui bande et qui décharge en faisant fouetter devant lui sa fille par un bourreau. J’appris, dès la première nuit, à mon écolière tout ce qui tient à la théorie du libertinage, et, au bout de trois jours, elle me branlait aussi bien que Clairwil. Peu à peu, néanmoins, cette petite fille parvint à me monter la tête, je l’immolais déjà dans ma perfide imagination, lorsque je demandai enfin à Noirceuil ses intentions sur cette créature

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— Je veux en faire une victime, me répondit-il, comme j’ai fait de toutes mes autres femmes

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— En ce cas, pourquoi retarder 

?

— A cause de la dot, à cause d’un enfant qu’il faut que je lui fasse, ou que je lui fasse faire, à cause de la protection du ministre qu’il faut que je conserve au moyen de cette alliance

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Ces réflexions, auxquelles je ne m’étais pas livrée, dérangèrent un peu mes idées. Et comme j’ai à vous raconter des événements plus intéressants pour moi que ceux-là, vous saurez seulement, pour ne plus revenir à Alexandrine, qu’elle épousa Noirceuil, qu’elle devint grosse, je ne sais comment, et que, comme rien dans elle ne répondit aux instructions morales que je lui avais données, elle périt au bout de fort peu de temps, victime de la scélératesse de son époux et de son père, dans des orgies, que des événements, dans le détail desquels je vais bientôt entrer, m’empêchèrent de partager

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Les filles que j’étais obligée de fournir au ministre ne me coûtaient pas toujours les soins que je recevais pour elles. Il arrivait même quelquefois qu’elles me rapportaient au lieu de me coûter : je vais vous en citer un exemple, qui ne vous donnera peut-être pas une haute idée de ma probité

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Un homme de province m’écrit un jour que le gouvernement lui doit cinq cent mille francs pour des avances dans la dernière guerre. Sa fortune, bouleversée depuis lors, le réduit, faute de cette somme, à mourir de faim, lui et une fille de seize ans qui fait la consolation de ses jours, et qu’il marierait avec une partie de cet argent, s’il pouvait en obtenir la rentrée. Le crédit qu’il me connaît auprès du ministre l’engage à s’adresser à moi, et il m’envoie toutes mes pièces. Je m’informe ; le fait est vrai : ce ne sera pas sans beaucoup de crédit qu’on aura ces fonds, mais ils sont dus très effectivement. La jeune personne dont il s’agit est d’ailleurs, m’assure-t-on, l’une des plus intéressantes créatures qu’il y ait au monde. Sans rien expliquer de mes projets au ministre, je lui demande un ordre pour retirer l’argent. Je l’obtiens à la minute ; vingt-quatre heures suffisent à me procurer ce que le bon provincial ne pouvait obtenir depuis six ans. Dès que je suis en possession de la dette, j’écris au solliciteur que tout est en bon train, mais que sa présence est absolument nécessaire, qu’une jeune et jolie personne produite avec lui dans les bureaux ne peut qu’accélérer la réussite de sa demande ; que je l’invite, en conséquence, à amener sa fille avec lui. Le benêt, dupe de mes conseils perfides, apporte lui-même sa réponse, et me présente effectivement une des plus belles filles que j’eusse encore vues. Je ne les fis pas languir longtemps après leur arrivée. Un de ces dîners ministériels que je donnais chaque semaine à Saint-Fond les mit en ma puissance. Déjà maîtresse des cinq cent mille francs, et le devenant, par cette insigne trahison, du père et de la fille, vous devinez, je crois, aisément l’emploi que je fis des uns et des autres. L’argent, qui eût fait la fortune de plusieurs familles, fut dépensé par moi dans moins d’une semaine ; et la fille, destinée à faire la félicité d’un honnête homme, après avoir été souillée par nos pollutions nocturnes pendant trois jours de suite, devint, le quatrième, victime avec son père de la férocité de Saint-Fond et de Noirceuil, qui les firent expirer tous deux dans un supplice d’autant plus barbare qu’ils y vécurent douze heures dans les angoisses les plus effrayantes

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A ces preuves de ma perfidie, je dois, pour achever de me peindre à vous, vous en donner de mon avarice. Croiriez-vous que je la portais au point de prêter sur gages ? M’en trouvant un jour pour huit cent mille francs, qui m’eussent à peine, en les rendant, rapporté le quart de la somme, je fis banqueroute et ruinai, par ce trait, vingt malheureuses familles qui n’avaient mis dans mes mains leurs effets les plus précieux, que pour se procurer une triste subsistance momentanée, et qu’ils ne trouvaient pas dans des travaux qui leur coûtaient néanmoins tant de peines et tant de sueurs

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L’époque de Pâques approchait, Clairwil fut la première à me rappeler notre partie des Carmes. Introduites dans l’intérieur du couvent avec Elvire et Charmeil, mes deux plus jolies tribades, le supérieur commença par nous demander des nouvelles de Claude. Il n’avait pas paru, nous assura-t-il, depuis l’invitation que nous lui avions faite. Nous assurâmes le bon moine que nous ignorions absolument le sort de son confrère ; mais qu’avec le libertinage que nous lui avions reconnu, il paraissait fort vraisemblable qu’il avait jeté le froc aux orties. Il n’en fut plus question. Nous passâmes dans une salle immense, et ce fut là où le supérieur nous fit faire la revue des combattants. Eusèbe les faisait tous passer les uns après les autres ; ils arrivaient entre les mains de mes deux femmes, qui les branlaient et nous montraient les vits. Tout ce qui n’avait pas au moins six pouces de tour sur neuf de long fut réformé, ainsi que tout ce qui passait cinquante ans. On ne nous en avait promis qu’une trentaine : il y eut soixante-quatre moines et six novices, tous munis d’engins dont les plus petits se trouvent dans les proportions qui viennent d’être dites, et quelques-uns de dix sur quatorze. La cérémonie commença

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Clairwil et moi, toujours dans cette même salle, nous étions étendues sur des canapés larges, élastiques et profonds, les jambes pendantes, les reins soulevés par de gros carreaux, absolument nues, et c’était le con que, dans cette première attaque, nous présentions à nos adversaires. Les tribades nous envoyaient les vits par rang de taille, de manière à ce que les plus petits commençassent ; mais ce n’était qu’aux pollutions de nos doigts qu’on adressait des vits, attendu que nous branlions de chaque main les deux successeurs de celui qui nous enconnait. Aussitôt que le con se remplissait aux dépens d’une main, il arrivait tout de suite un nouveau vit dans cette main, et nous avions toujours trois hommes chacune sur le corps. Celui qui était hors de combat se retirait dans une salle voisine jusqu’à nouvel ordre. Tous étaient nus, et tous déchargeaient dans un condom, dont leur vit était revêtu. Ils passaient successivement de Clairwil à moi : nous fûmes donc ainsi foutues chacune d’abord soixante-quatre coups. Pendant les derniers, nos femmes étaient passées dans la seconde pièce, où elles travaillaient à faire rebander les moines. La seconde course recommença… Encore soixante-quatre coups chacune. Mêmes procédés pour la troisième, mais ce fut le cul que nous présentâmes, et nos athlètes nous furent envoyés cette fois de manière à ce que nous eussions toujours un vit dans le cul, l’autre dans la bouche ; et c’est celui qui sortait de nos culs que nous sucions afin de le préparer à la quatrième attaque. Ici l’on observait l’alternative, c’est-à-dire que je suçais le vit qui se retirait du cul de Clairwil, et elle suçait celui qui sortait du mien. On redoubla, de manière qu’après cette première scène, nous avions été foutues chacune cent vingt-huit coups en con et cent vingt-huit en cul, formant deux cent cinquante-six en tout. On servit des biscuits et des vins d’Espagne, puis les groupes se formèrent

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Nous reçûmes à la fois huit hommes : nous avions un vit sous chaque aisselle, un dans chaque main, un dans les tétons, un dans la bouche, le septième en con, le huitième en cul. Ici plus de gondons ; il fallait que tous déchargeassent, afin que nous nous trouvassions arrosées de foutre sur toutes les parties de notre corps, et que, de toutes parts, on le vît bouillonner sur nous. Chaque brigade de huit redoubla, en changeant de femme et de manière de foutre, de façon que nous éprouvâmes chacune huit pareils assauts, au bout desquels nous n’exigeâmes plus rien. Toutes deux offertes à leur lubricité, nous leur déclarâmes qu’ils étaient les maîtres de choisir entre Clairwil et moi, et de jouir comme bon leur semblerait. Clairwil, de cette manière, fut encore foutue quinze coups en bouche, dix en con et trente-neuf en cul ; et moi quarante-six en cul, huit en bouche et dix en con : deux cents coups chacune au total8

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Le jour parut, et comme c’était celui de Pâques, les coquins, en nous traitant ainsi, allaient dire leur messe et en revenaient. On nous avertit pour le dîner ; nous témoignâmes au supérieur le désir de procéder avant aux petites impiétés convenues. Spectateur de nos lubricités, Eusèbe, qui n’aimait que les hommes, s’était contenté de nous disposer des vits, et d’enculer quelques-uns de ses confrères, pendant que nous en étions foutues

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— Eh bien ! nous dit-il, je vais moi-même célébrer le saint mystère dans la chapelle de la Vierge, en haut. Comment désirez-vous que cela se fasse 

?

— Il faut, dit Clairwil, qu’un autre moine célèbre à côté de vous. Ces deux messes se diront sur les cons de nos deux tribades ; un moine les foutra en bouche pendant ce temps-là, afin de présenter son cul au célébrant, et il chiera sur le ventre de la fille dès que l’hostie sera consacrée. De ce moment, le prêtre fera tenir le petit Dieu dans cet étron ; mon amie et moi irons le chercher là ; nous en brûlerons une partie ; nous donnerons des coups de couteau dans l’autre. On fera quatre parts ensuite de ce qui restera : deux de ces parts seront enfoncées à coups de vit dans le cul des deux célébrants, le reste s’introduira de même dans le cul de Juliette et dans le mien. Au bout d’un instant, le vin consacré s’introduira dans quatre petites seringues, et l’on injectera ces quatre portions dans le cul des deux prêtres et dans les deux nôtres. On nous resodomisera tous quatre, et l’on nous déchargera dans le cul. Vos plus beaux crucifix seront sous nos ventres et sous nos pieds pendant l’opération, et nous chierons dessus, ainsi que dans vos ciboires et vos calices, dès que nous aurons été foutues

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Tout se passa comme l’avait désiré mon amie

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— Allons, dit-elle, je suis satisfaite ; je sais bien que ce sont des enfantillages, des inutilités, mais cela m’a échauffé la tête : n’était-ce donc pas tout ce qu’il fallait ? Les voluptés ne sont que ce que l’imagination les fait, et la plus délicieuse de toutes n’est jamais que celle qui plaît le mieux 

:

Tous les goûts sont dans la natur

e

Le meilleur est celui qu’on a

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Eusèbe et les quatre moines qui nous avaient plu davantage furent les seuls admis au magnifique repas qui nous fut servi ; nous reposâmes deux heures, et les orgies recommencèrent

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Cette fois-ci, nos deux tribades, placées au-dessus de la tête de Clairwil, exposaient l’une son con, l’autre son cul ; moi, je devais branler les soixante-quatre vits et les introduire l’un après l’autre, d’abord dans le vagin, ensuite dans l’anus de ma compagne, qui les attendait couchée sur le dos et les jambes en l’air liées aux quenouilles d’un lit ; ils ne faisaient que s’exciter dans le con : tous étaient obligée de décharger dans le cul. Je pris la place de Clairwil ; elle me rendit le même service. Ces libertins, en jouissant ainsi de nous, avaient non seulement le plaisir de foutre de deux manières, mais même encore celui (pendant qu’ils foutaient) d’être aidés, servis par une jolie main, et de baiser une bouche, un con ou un cul, à leur volonté ; tous répandirent du foutre. A la seconde séance, chacune de nos tribades nous branlait un vit sur la figure, nous en branlions un de chaque main, et deux moines nous gamahuchaient. Nous étions assises sur le visage de celui qui nous léchait le trou du cul ; entre nos jambes, à genoux, était celui qui nous suçait le con ; le septième et le huitième attendaient nos ordres, le vit à la main, et ils nous enconnaient ou nous enculaient au moment où, suffisamment excitées par les gamahucheurs, nous leur faisions signe de s’introduire. Nous obtînmes encore huit coups de cette manière

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Ma compagne et moi étions excédées, lorsqu’il passa par la tête de Clairwil une idée bien digne de son libertinage

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— En s’y prenant, dit-elle, avec adresse, il est possible qu’une femme soit enconnée par deux hommes à la fois. Que ceux qui bandent encore m’approchent ; que le mieux fourni des deux m’enfile en me prenant sur lui ; que l’autre me le mette à l’envers en me branlant le trou du cul ; qu’un troisième vienne se faire sucer ; tout cela ne m’empêchera pas d’en pouvoir branler encore deux

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Clairwil se trouvait heureusement assez large pour l’exécution de son projet. Vigoureusement secouée par deux monstrueux engins, dont l’un se retirait pendant que l’autre s’engloutissait jusqu’au poil9, ainsi foutue en mesure pendant plus de trois heures par vingt-six moines, qui furent assez adroits pour réussir, la putain sortit de là comme une frénétique : ses yeux étincelaient, sa bouche écumait, elle était en nage. Et tout excédée qu’elle paraissait, la garce en désirait encore ; on la voyait, comme une bacchante, parcourir les rangs et sucer les vits pour tâcher d’en obtenir de nouveaux efforts. Trop jeune et trop délicate pour me permettre d’essayer même l’obscène irrégularité que ma compagne venait de mettre en couvre, je m’étais amusée pendant ces orgies à lui préparer des vits, mais il ne m’était plus possible de rien faire : j’éprouvais, dans l’une et l’autre région du plaisir, un tel feu, une cuisson si considérable, que je pouvais à peine me tenir assise

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Nous soupâmes… Il était tard. Clairwil dit qu’elle voulait coucher au couvent

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— Tu me feras mettre un matelas sur le maître-autel, dit-elle au supérieur : je veux y foutre toute la nuit. Juliette m’imitera : il fait chaud, nous serons là plus fraîchement. Ou bien elle ira dans la chapelle de cette putain qui, dit-on, fut la mère du Dieu pendu de l’infâme religion chrétienne… Juliette, tu coucheras sur cet autel, en te modelant sur le putanisme de la garce chez laquelle tu seras : au lieu des soldats de la garnison de Jérusalem, par qui la bougresse s’en faisait donner tous les jours, tu choisiras parmi ces moines ceux dans qui tu soupçonneras encore quelque vigueur

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— Ah ! je ne peux plus foutre ! m’écriai-je

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— Eh bien ! tu les branleras, ils te branleront ; tu les suceras, ils te suceront : il y aura toujours du foutre de répandu sur les autels impies de cette effroyable putain

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Pour moi, continua-t-elle, je ne te ressemble pas, il s’en faut. A quelque point que j’aie été limée, je brûle encore du besoin d’être foutue ; les flots de sperme qui m’ont inondé le cul et le con n’ont fait que m’enflammer : je brûle… Plus l’on fout, à mon âge, et plus l’on veut foutre : ce n’est que le foutre qui apaise l’inflammation causée par le foutre, et quand une femme a le tempérament que m’a donné la nature, ce n’est qu’en foutant qu’elle peut être heureuse. Le putanisme est la vertu des femmes ; nous ne sommes créées que pour foutre : malheur à celle qu’une stupide vertu enchaîne encore à de plats préjugés ! Victime de ses opinions et de la froide estime qu’elle attend presque en vain des hommes, elle aura vécu sans plaisir et mourra sans être regrettée. Le libertinage des femmes fut honoré sur toute la terre ; partout il eut et des sectateurs et des temples. Ah ! comme je deviens sa zélatrice ! comme je jure et proteste d’être putain le reste de mes jours !… Que de grâces j’ai à rendre à ceux qui m’ont aplani la carrière du vice : c’est à eux seuls que je dois la vie ! Je l’avais reçue de mes parents, souillée d’indignes préjugés : le feu des passions les a consumés tous, et puisque le jour n’est pur à mes yeux que depuis que je connais l’art de foutre, c’est de cette seule époque que j’ai reçu l’existence… Des vits oui, sacredieu ! des vits ! voilà mes dieux, mes parents, mes amis ; je ne respire que pour ce membre sublime, et quand il n’est ni dans mon con, ni dans mon cul, il se place si bien dans ma tête, qu’en me disséquant un jour on le trouvera dans ma cervelle 

!

Après ce mouvement d’effervescence, prononcé de l’air et du ton d’une énergumène, Clairwil prit deux carmes avec elle, et fut se coucher sur l’autel. Je l’imitai. M’étant bien bassinée avec de l’eau de rose, j’essayais de me prêter aux nouvelles attaques de deux superbes novices que j’avais amenés, et j’en jouissais, lorsque Clairwil, se jetant au bas de l’autel où elle s’est mise, s’écrie qu’il lui faut de nouveaux hommes

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— Que l’on soit difficile et que l’on choisisse au sein de l’abondance, dit-elle, rien de plus simple. Mais nous manquons maintenant ; ces bougres-là sont anéantis : le crois-tu, Juliette ? je viens d’être ratée… moi, qui jamais n’éprouvai cet affront. Allons, allons ! il y a d’autres vits dans ce couvent ; nous n’avons choisi que les plus beaux, tâtons les autres maintenant ; suis-moi. Si le supérieur, poursuit-elle en ordonnant qu’on aille le lui chercher, n’a pas été bon pour satisfaire individuellement mes désirs, il le sera pour les faire apaiser par ceux de ses confrères qui, reposés, frais et gaillards, et n’ayant encore rien fait avec nous, doivent avoir toutes les forces requises pour nous contenter… Allons ! lui dit-elle, dès qu’elle le vit paraître, conduis-nous dans les cellules habitées par les moines qui n’ont point paru à nos bacchanales 

!

Nous le suivons ; les portes s’ouvrent à notre approche ; et quelle que fût la conformation de ceux que nous trouvions dans ces chambres, il fallait qu’ils jouissent de nous. Tous souscrivent au marché, tous le signèrent de leur sperme ; les uns nous prenaient par-devant ; d’autres, et ce fut le plus grand nombre, ne voulaient enfiler que le cul ; et nous, ne poursuivant qu’un seul objet, celui d’être foutues, nous présentions indistinctement tout ce qu’on pouvait exiger de nous, contentes d’obtenir du foutre, dans quelque partie du corps qu’il dût couler : voilà comment doivent penser toutes les femmes. Est-il rien de plus absurde, en effet, que de supposer qu’il n’y ait pour recevoir des vits qu’une partie de notre corps, et que si malheureusement on s’écarte de la grande route, il y a aussitôt des crimes de commis ? comme si la nature, en nous formant deux trous, n’avait pas indiqué à l’homme que c’était pour les boucher indistinctement l’un et l’autre ; et que, quel que soit celui qu’il préférât, il accomplirait toujours les lois d’une mère trop sage pour avoir donné à l’une de ses plus faibles créatures le plaisant droit de l’outrager

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Très partisan de cette manière de jouir, et la préférant, sans nulle comparaison, à l’autre, je fus assez heureuse, dans cette seconde tournée, pour ne m’entendre demander que le cul, et je ne le refusai à personne

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Nous passâmes enfin chez les vieux

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— Il ne faut rien excepter, dit Clairwil ; tous les hommes sont intéressants dès qu’ils déchargent : je n’exige d’eux que du foutre

.

Quelques-uns, couchés avec des novices, nous repoussèrent

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— Vous ne nous dédommageriez pas de l’infidélité, nous dirent-ils ; dussiez-vous même nous offrir l’autel où nous sacrifions, il y aurait un voisin trop redoutable pour que nous puissions essayer l’hommage 

:

Une femme a beau faire, elle a beau se tourner

,

Ce sera toujours une femme

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MARTIAL, Épig

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D’autres nous reçurent, mais, que de peines nous eûmes seulement à les faire bander… que de complaisances… que de soins… que de lubriques attentions ! que de différents rôles à jouer ! Tour à tour victimes ou prêtresses, tantôt il nous fallait réveiller chez les uns, par de cruelles macérations, une nature épuisée, que les autres ne sortaient de la léthargie qu’en nous molestant nous-mêmes. Un de ces vieux pécheurs voulut nous fouetter, nous le souffrîmes ; nous étrillâmes les autres ; il fallut prêter nos bouches à cinq ou six, et, dupes de nos complaisances avec ceux-là, leurs forces s’y épuisèrent sans que nous puissions y rien gagner. D’autres voulurent des choses plus singulières encore ; nous fîmes tout… Tout déchargea, jusqu’au sacristain, jusqu’au portier, jusqu’aux balayeurs, qui nous foutirent deux ou trois cents coups chacune. Et après avoir couru plus de trois cents postes, soit d’un côté, soit de l’autre, nous nous retirâmes, épuisées de tous les genres de fatigue qui peuvent accabler le corps humain. Un régime exact de neuf jours, pendant lesquels nous prîmes beaucoup de bains et de petit lait, nous rendit aussi fraîches que si nous n’eussions jamais imaginé cette partie

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Mais s’il n’en restait plus de vestige à mon extérieur, ma tête n’en était pas moins embrasée ; on n’imagine pas dans quel état cette extravagance l’avait mise : j’étais exactement dans le délire de la lubricité. Je voulus, ou pour m’apaiser ou pour m’enflammer davantage, aller toute seule, une fois, à notre Société des Amis du Crime. Il y a des moments où, quelque agréable que soit la compagnie d’un être qui pense comme nous, on préfère cependant la solitude : il semble que l’on sera plus libre, que l’on inventera davantage ; on est alors dispensé de cette espèce de honte dont on a tant de peine à se débarrasser avec les autres, et rien ne vaut enfin les crimes solitaires

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Il y avait quelque temps que je n’avais paru dans ce cercle : perpétuellement entourée de plaisirs, je savais rarement auquel donner la préférence. Je n’y fus pas plus tôt entrée, que je reçus mille éloges et mille compliments nouveaux, et je me vis bientôt contrainte à n’être que victime, lorsque j’arrivais pour être sacrificateur. Un homme de quarante ans m’enconna, et, fort peu occupée de répondre à ses feux, me laissant faire comme une machine, j’observais avec bien plus d’attention un fort bel abbé, enculant alternativement deux jeunes personnes, pendant qu’on le fouettait lui-même. Il était à deux pieds de moi ; je l’excitai par des propos, et je m’aperçus promptement qu’il faisait à moi bien plus attention qu’aux individus dont il se servait. Nous étant donc promptement débarrassés de nos entours, nous nous liâmes

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— Votre façon de jouir me plaît bien plus que celle de celui où vous venez de me voir livrée, lui dis-je : je ne conçois pas comment un homme fait pour être dans cette société, ose encore s’amuser d’un con

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— Je ne l’entends pas non plus, me dit Chabert (car c’était lui, mes amis, lui qui fait aujourd’hui les délices de notre campagne, et que vous allez bientôt voir jouer un rôle dans mes aventures). C’est-à-dire, poursuivit mon aimable abbé, que ce vit que vous voyez bander encore, vous chatouillera davantage au cul qu’au con 

!

— Assurément, répondis-je

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— Eh bien ! dit-il, en emmenant avec nous celui qui le foutait, passons dans un boudoir, et je vous ferai voir là que nos goûts se ressemblent

.

Nous entrons. Le fouteur de Chabert l’avait comme un mulet, l’abbé lui-même était fort bien muni : mon cul les épuisa tous deux. Je promis à Chabert de le retrouver, et m’esquivai bientôt dans les sérails, où les stimulants que je venais de recevoir me firent entrer tout en feu. Après m’en être fait donner trois heures dans celui des hommes, je fus me chercher des victimes dans celui des femmes. Je brûlais de descendre dans ces trous pratiqués sous terre, entre les deux murs, et dans lesquels il semblait que l’on fût au bout du monde. J’y conduisis deux petites filles de cinq ou six ans, et n’ai jamais eu tant de plaisir. On criait, on déraisonnait, on battait la campagne, là, tant que l’on voulait : les antipodes nous eussent plutôt entendues que les habitants de notre hémisphère. Et après des horreurs dont vous vous doutez sans que je sois obligée de vous les peindre, je remontai seule, quoique nous fussions descendues trois

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Ce fut à quelque temps de là que je me trouvai à dîner chez Noirceuil avec un fort bel homme de quarante-cinq ans, qui fut annoncé sous le nom du comte de Belmor

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— Voilà notre nouveau président, me dit Noirceuil ; c’est aujourd’hui le jour de son entrée à la présidence, et il a promis, pour sa réception, un discours sur l’amour, que je suis charmé de te faire entendre pour prémunir ton cœur contre ce sentiment que les femmes n’ont que trop souvent l’extravagance de concevoir pour les hommes. Vous, mon ami, continua-t-il en s’adressant à Belmor, trouvez bon que je vous présente la fameuse Juliette. Vous êtes-vous rencontrés à la société 

?

— Non, dit le comte, je ne me rappelle pas avoir vu madame

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— Eh bien ! dit Noirceuil, vous ferez connaissance ici avant de partir. C’est le cul le plus blanc… et l’âme la plus noire ! Oh ! elle est bien digne de nous ! Elle viendra vous entendre cette après-midi… Voulez-vous faire quelque chose avant dîner ?… J’attends Clairwil… Mais avant que sa toilette ne soit finie, il sera quatre heures : or, comme il n’en est que trois, je vous exhorte à passer tous deux un instant dans mon boudoir ; mon valet de chambre va vous suivre

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Belmor consentit, le valet vint, et nous nous enfermâmes tous trois. La passion de Belmor était simple : il baisait, il examinait longtemps les fesses de la femme pendant que l’homme l’enculait ; puis, dès que cet homme avait déchargé, il lui branlait le vit sur le cul de la femme, lui faisait perdre une seconde fois le foutre, bien positivement au trou, et dévorait ce que venait de perdre cet homme, pendant que la femme pétait ; on le fouettait alors. Le comte remplit avec moi tous les épisodes de ses goûts ; mais, se sentant de la besogne pour le soir, il ne déchargea pas. Nous rentrâmes ; Clairwil, belle comme un ange, venait d’arriver ; on se mit à table

.

— Juliette, me dit Noirceuil, ne vous imaginez pas que le comte ait toujours des passions aussi douces que celle que vous venez de lui satisfaire : il vous a traitée comme notre amie

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— Comme un homme qui se ménage, dit Clairwil

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— Vous savez donc, madame, ce que fait monsieur dans ses moments de délire, dis-je à Clairwil en souriant ? Si cela est, dites-le moi, je vous en conjure, car il me paraît si aimable, que je ne veux rien ignorer de ce qui le concerne

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— Comte, dit Noirceuil, trouvez-vous bon qu’on le lui dise 

?

— Je ne devrais pas y consentir, cela va donner à madame une beaucoup trop mauvaise idée de moi

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— Je connais assez mon amie, dit Clairwil, pour vous amurer qu’elle ne vous estimera qu’en raison de la multitude ou de la supériorités de vos vices

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— Eh bien ! dit Noirceuil, ce scélérat a pour passion favorite de faire attacher un petit garçon de cinq ou six ans sur les épaules d’une belle femme ; on fait couler le sang de la petite victime par mille plaies différentes, mais de manière à ce que le ruisseau coule sur le trou du cul de cette femme, obligée de chier pendant cette opération. Quant à lui, agenouillé devant le derrière, il avale le sang, pendant que trois hommes s’énervent dans son cul. Vous voyez que ce que vous venez de faire avec lui n’est qu’un diminutif de sa fantaisie de choix : tant il est vrai que les petites habitudes, chez les hommes, caractérisent les plus grandes, et que le vice dominant s’annonce toujours par quelque chose

.

— Oh, foutre ! dis-je au comte, en l’embrassant de tout mon cœur, votre manie me fait tourner la tête : employez souvent, je vous prie, mes fesses à de semblables opérations, et soyez bien sûr que je ne négligerai rien de ce qui pourra perfectionner votre extase

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M. de Belmor m’assura que la journée ne se passerait pas sans cela, et il me conjura tout bas de lui réserver mon étron

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— Ah ! dit Clairwil, je savais bien que vous ne déplairiez pas à mon amie en lui annonçant votre libertinage

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— Il est certain, dit Noirceuil, que c’est une sotte vertu que la tempérance ; l’homme est né pour jouir, et ce n’est que par ses débauches qu’il connaît les plus doux plaisirs de la vie : il n’y a que les sots qui se contiennent

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— Pour moi, reprit Clairwil, je pense qu’il faut aveuglément se livrer à tout, et que ce n’est qu’au milieu de ces égarements que doit se trouver le bonheur

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— La nature, dit le comte, indique à l’homme de ne le chercher que dans les excès ; l’inconstance dont il est doué, en lui conseillant d’augmenter ses sensations chaque jour, prouve bien que les plus douces ne sont que dans les écarts. Malheur à ceux qui, contenant les passions de l’homme dans sa jeunesse, lui font une habitude des privations, et le rendent par là le plus infortuné des êtres : quels mauvais services on lui rend alors 

!

— Il ne faut pas se tromper sur le but de ceux qui se conduisent ainsi, dit Noirceuil ; ne doutons point que ce ne soit par méchanceté, par jalousie… de peur que les autres ne soient aussi heureux que ces pédants-là sentent bien qu’on peut l’être en se livrant à toutes leurs passions

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— La superstition, dit Belmor, y contribue beaucoup. Il fallait bien composer des offenses envers le Dieu que la superstition créait ; un Dieu qui ne se serait fâché de rien, devenait un être sans puissance : et où pouvait mieux se trouver le germe des crimes, que dans le jet des passions 

?

— Que de torts, dit Noirceuil, la religion a fait à l’univers ! Je la regarde, dis-je, comme le fléau le plus dangereux de l’humanité ; celui qui le premier put en parler aux hommes, dut être nécessairement son plus grand ennemi : le plus effrayant des supplices eût encore été beaucoup trop doux pour lui

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— On ne sent pas assez, dit Belmor, la nécessité de la détruire… de l’extirper, dans notre patrie

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— Ce sera fort difficile, dit Noirceuil : il n’y a rien à quoi l’homme tienne, comme aux principes de son enfance. Un jour, peut-être, par un enthousiasme de préjugés tout aussi ridicules que ceux de la religion, vous verrez le peuple en culbuter les idoles. Mais semblable à l’enfant timide, il pleurera, au bout de quelque temps, le brisement de ses hochets, et les réédifiera bientôt avec mille fois plus de ferveur. Non, non ! jamais vous ne verrez la philosophie dans le peuple : ses organes épais ne s’amolliront jamais sous le flambeau sacré de cette déesse : l’autorité sacerdotale, un instant affaiblie peut-être, ne se rétablira qu’avec plus de violence, et c’est jusqu’à la fin des siècles que vous verrez la superstition nous abreuver de ses venins

.

— Cette prédiction est horrible

.

— Elle est vraie

.

— Le moyen de s’y opposer 

?

— Le voici, dit le comte, il est violent, mais il est sûr : il faut arrêter et massacrer tous leurs prêtres dans un seul jour… traiter de même tous les adhérents, détruire à la même minute jusqu’au plus léger vestige du culte catholique… proclamer des systèmes d’athéisme ; confier dans l’instant l’éducation de la jeunesse à des philosophes ; multiplier, donner, répandre, afficher les écrits qui propagent l’incrédulité, et porter sévèrement, pendant un demi-siècle, la peine de mort contre tout individu qui rétablirait la chimère10. Mais, ose-t-on vous dire, on fait des prosélytes avec la sévérité : l’intolérance est le berceau de tous les martyrs. Cette objection est absurde : ce que l’on me dit là n’est arrivé que parce qu’on a mis, au contraire, beaucoup trop de mollesse et de douceur dans le procédé : on a tâtonné l’opération, et jamais on n’a été au but. Ce n’est pas une des têtes de l’hydre qu’il faut couper, c’est le monstre en entier qu’il faut étouffer. Le martyr d’une opinion voit la mort avec courage, parce que cette force lui est inspirée par celui qui le précède : massacrez tout en un seul jour, que rien ne reste, et vous n’aurez plus, de ce moment, ni sectateurs, ni martyrs

.

— Cette opération n’est pas aisée, dit Clairwil

.

— Infiniment plus qu’on ne pense, répondit Belmor, et je me charge de l’exécuter avec vingt-cinq mille hommes, il le gouvernement veut me les confier. Il ne faut à cela que de la politique, du secret, de la fermeté, surtout point de mollesse et point de queue : vous craignez les martyrs, vous en aurez, tant qu’il restera un sectateur à l’abominable Dieu des chrétiens

.

— Mais, dis-je, il faudrait donc détruire les deux tiers de la France 

!

— Pas même un, répondit Belmor ; mais à supposer que la destruction nécessaire fût aussi grande que vous le dites, vaudrait-il pas cent fois mieux que cette belle partie de l’Europe ne fût habitée que par dix millions d’honnêtes gens que par vingt-cinq millions de coquins ? Cependant, je le répète, ne croyez pas qu’il y ait en France autant de sectateurs de la religion chrétienne que vous semblez l’imaginer ; le triage serait bientôt fait : un an dans l’ombre et le silence me suffirait à l’établir, et je n’éclaterais que sûr de mon fait

.

— Cette saignée serait prodigieuse 

!

— J’en conviens, mais elle assurerait à jamais le bonheur de la France : c’est un remède violent administré sur un corps vigoureux : en le tirant promptement d’affaire, il lui évite une infinité de purgations qui, trop multipliées, finissent par l’épuiser tout à fait. Soyez bien certains que toutes les plaies qui déchirent la France depuis dix-huit cents ans ne viennent que des factions religieuses11

.

— A vous entendre, comte, dit Noirceuil, vous n’aimez pas infiniment la religion 

?

— Je la vois peser sur les peuples comme une des plaies dont la nature afflige quelquefois les hommes, et si je n’aimais pas autant mon pays, j’abhorrerais moins tout ce qui peut l’embraser et le détruire

.

— Allons ! dit Noirceuil, puisse le gouvernement vous confier le soin que vous désirez : je jouirais bien sincèrement avec vous du résultat, puisqu’il bannirait de dessus la partie du monde que j’habite, une abominable religion que je hais pour le moins autant que vous

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Et, comme il était tard, après le plus succulent et le plus somptueux dîner, on partit pour la Société

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Il y avait un usage fort extraordinaire à la réception d’un nouveau président. Appuyé sur le ventre, dans un canapé au bas de sa chaire, il fallait que tous les membres de la Société fussent lui baiser le cul, avant qu’il ne s’établît dans son fauteuil. Le comte se place, et chacun satisfait à l’hommage. Il monte

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— Mes frères, dit-il, j’ai promis d’entretenir aujourd’hui la Société sur l’amour, et quoique ce discours n’ait l’air de s’adresser qu’aux hommes, les femmes, j’ose vous l’assurer, trouveront de même tout ce qui leur est nécessaire pour se préserver d’un sentiment aussi dangereux

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Puis, s’étant couvert, et l’assemblée l’écoutant avec le plus grand silence, voici comme il s’exprima 

:

« On appelle amour ce sentiment intérieur qui nous entraîne, pour ainsi dire comme malgré nous, vers un objet quelconque, qui nous fait vivement désirer de nous unir à lui… de nous en rapprocher sans cesse… qui nous flatte… qui nous enivre quand nous réussissons à cette union, et qui nous désespère… qui nous déchire, quand quelques motifs étrangers viennent nous contraindre à briser cette union. Si cette extravagance ne nous entraînait jamais qu’à la jouissance prise avec cette ardeur, cet enivrement, elle ne serait qu’un ridicule ; mais comme elle nous conduit à une certaine métaphysique qui, nous transformant en l’objet aimé, nous rend ses actions, ses besoins, ses désirs aussi chers que les nôtres propres, par cela seul elle devient excessivement dangereuse, en nous détachant trop de nous-même et en nous faisant négliger nos intérêts pour ceux de l’objet aimé ; en nous identifiant, pour ainsi dire, avec cet objet, elle nous fait adopter ses malheurs, ses chagrins, et ajoute, par conséquent, ainsi, à la somme des nôtres. D’ailleurs, la crainte ou de perdre cet objet, ou de le voir se refroidir, nous tracasse sans cesse ; et de l’état le plus tranquille de la vie, nous passons insensiblement en adoptant cette chaîne, au plus cruel, sans doute, qui se puisse imaginer dans le monde. Si la récompense ou le dédommagement de tant de peines était autre chose qu’une jouissance ordinaire, peut-être conseillerais-je de le risquer ; mais tous les tous les tourments, toutes les épines de l’amour ne conduisent jamais qu’à ce qu’on peut aisément obtenir sans lui : où donc est la nécessité de ses fers ? Lorsqu’une belle femme s’offre à moi et que j’en deviens amoureux, je n’ai pas avec elle un but différent que celui qui la voit qui la désire sans former aucune espèce d’amour. Tous deux nous voulons coucher avec elle : lui, ce n’est que son corps qu’il désire, et moi, par une métaphysique fausse et toujours dangereuse, m’aveuglant sur le véritable motif qui, néanmoins, n’est autre que celui de mon concurrent, je me persuade que ce n’est que le cœur que je veux, que toute idée de jouissance est exclue, et je me le persuade si bien, que je ferais volontiers avec cette femme l’arrangement de ne l’aimer que pour elle-même, et d’acheter son cœur au prix du sacrifice de tous mes désirs physiques. Voilà la cause cruelle de mon erreur ; voilà ce qui va m’entraîner dans ce gouffre affreux de chagrins ; voilà ce qui va flétrir ma vie ; tout va changer pour moi dans cet instant : les soupçons, les jalousies, les inquiétudes vont devenir les aliments cruels de ma malheureuse existence ; et plus j’approcherai de mon bonheur, plus il se constatera, plus la fatale crainte de le perdre empoisonnera mes jours

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« En renonçant aux épines de ce sentiment dangereux, n’imaginez pas que je me prive de ses roses : je les cueillerai alors sans danger ; je ne prendrai que le suc de la fleur, j’en éloignerai toutes les matières hétérogènes ; j’aurai, de même, la possession du corps que je désire, et n’aurai pas celle de l’âme qui ne m’est utile à rien. Si l’homme s’éclairait mieux sur ses vrais intérêts dans la jouissance, il épargnerait à son cœur cette fièvre cruelle qui le brûle et qui le dessèche. S’il pouvait se convaincre qu’il n’est nullement besoin d’être aimé pour bien jouir, et que l’amour nuit plutôt aux transports de la jouissance qu’il n’y sert, il renoncerait à cette métaphysique du sentiment qui l’aveugle, se bornerait à la simple jouissance du corps, connaîtrait le véritable bonheur, et s’épargnerait pour toujours le chagrin inséparable de sa dangereuse délicatesse

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« C’est pour un être de raison, une sensation tout à fait chimérique, que cette délicatesse que nous plaçons dans le désir de la jouissance. Elle peut être de quelque prix dans la métaphysique de l’amour : c’est l’histoire de toutes les illusions, elles s’embellissent mutuellement. Mais elle est inutile, nuisible même, dans ce qui ne tient qu’à la satisfaction des sens. De ce moment, vous le voyez, l’amour devient parfaitement inutile, et l’homme raisonnable ne doit plus voir, dans l’objet de sa jouissance, qu’un objet pour lequel le fluide nerveux s’enflamme, qu’une créature fort indifférente par elle-même, qui doit se prêter à la satisfaction purement physique des désirs allumés par l’embrasement qu’elle a causé sur ce fluide, et qui, cette satisfaction donnée et reçue, rentre, aux yeux de l’homme raisonnable, dans la classe où elle était auparavant. Elle n’est pas unique dans son espèce : il peut en retrouver d’aussi bonnes, d’aussi complaisantes. Il vivait bien autrefois, avant de l’avoir connue : pourquoi ne vivrait-il pas tout de même après ? Comment l’infidélité de cette femme pourrait-elle le troubler en quoi que ce pût être ? En prodiguant ses faveurs à un autre, enlève-t-elle quelque chose à son amant ? Il a eu son tour : de quoi se plaint-il ? Pourquoi un autre ne l’aurait-il pas de même ? et que perdra-t-il en cette créature qu’il ne puisse aussitôt retrouver dans une autre ? Si elle le trompe, d’ailleurs, pour un rival, elle peut de même tromper ce rival pour lui ; ce second amant ne sera donc pas plus aimé que le premier : pourquoi, d’après cela, serait-il jaloux, puisqu’ils ne sont pas mieux traités l’un que l’autre ? Ces regrets seraient tout au plus pardonnables, si cette femme chérie était unique dans le monde : ils sont extravagants dès que cette perte est réparable. Me mettant un instant ici à la place de ce premier amant, qu’a-t-elle donc, cette créature, je vous prie, pour occasionner ainsi mes douleurs ? Un peu d’attention sur moi-même, quelque retour sur mes sentiments : l’illusion seule me prêtait de la force, c’est le désir de posséder cette femme, c’est la curiosité qui l’embellissait à mes yeux, et si la jouissance ne me les dessille pas, c’est, ou parce que je n’ai pas encore assez joui, ou, par un reste de mes premières erreurs, c’est le voile que j’étais accoutumé de porter avant de jouir qui retombe encore malgré moi sur mes yeux. Et je ne l’arrache pas ! C’est de la faiblesse… de la pusillanimité. Détaillons-la bien après la jouissance, cette déesse qui m’aveuglait avant… Saisissons le moment du calme et de l’épuisement pour la considérer de sang-froid ; passons un instant, comme dit Lucrèce, dans les arrière-scènes de la vie. Eh bien ! nous le verrons, cet objet divin qui nous faisait tourner la tête, nous le verrons doué des mêmes désirs, des mêmes besoins, des mêmes formes de corps, des mêmes appétits… affligé des mêmes infirmités que toutes les autres créatures de son sexe ; et nous dépouillant, à cet examen de sang-froid, du ridicule enthousiasme qui nous entraînait vers cet objet entièrement semblable à tous les autres du même genre, nous verrons qu’en ne l’ayant plus, nous ne perdons que ce que nous pouvons aisément réparer. Ne faisons entrer pour rien ici les agréments du caractère : ces vertus, entièrement du ressort de l’amitié, ne doivent être appréciées que par elle. Mais, en amour, je me trompe, si j’ai cru que c’était là ce qui m’avait décidé ; c’est le corps seul que j’aime, et c’est le corps seul que je plains, quoique je puisse le retrouver à tout moment : à quel point, dès lors, sont donc extravagants mes regrets 

!

« Osons le dire, dans aucun cas, la femme n’est faite pour le bonheur exclusif de l’homme. Envisagée du côté de la jouissance, assurément elle ne la rend pas complète, puisque l’homme en trouve une beaucoup plus vive avec ses semblables. Si c’est comme amie, sa fausseté, sa soumission ou plutôt sa bassesse, s’opposent à la perfection du sentiment de l’amitié. Il faut dans l’amitié de la franchise et de l’égalité ; si l’un des deux amis domine l’autre, l’amitié se détruit ; or, cette autorité de l’un des deux sexes sur l’autre, fatale à l’amitié, existe nécessairement entre deux amis de sexe différent : donc la femme n’est bonne ni pour maîtresse, ni pour amie. Elle n’est réellement bien placée que dans l’esclavage où les orientaux la tiennent : elle n’est bonne que pour la jouissance, au-delà de laquelle, comme le disait le bon roi Chilpéric, il faut s’en défaire le plus tôt possible

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« S’il est aisé de démontrer que l’amour n’est qu’un préjugé national, que les trois quarts des peuples de l’univers dont la coutume est d’enfermer leurs femmes, n’ont jamais connu ce délire de l’imagination, en remontant alors à l’origine de ce préjugé, il nous sera facile et de nous assurer qu’il n’est que cela, et d’arriver au moyen sûr de sa guérison. Or, il est certain que notre esprit de galanterie chevaleresque, qui offre ridiculement à notre hommage l’objet qui n’est fait que pour nos besoins, il est certain, dis-je, que cet esprit vient de l’ancien respect que nos ancêtres avaient autrefois pour les femmes, en raison du métier de prophétesses qu’elles exerçaient dans les villes et dans les campagnes : on passa par frayeur du respect au culte, et la galanterie naquit au sein de la superstition. Mais ce respect ne fut jamais dans la nature, on perdrait son temps à l’y chercher. L’infériorité de ce sexe sur le nôtre est trop bien établie pour qu’il puisse jamais exciter en nous aucun motif solide de le respecter, et l’amour, qui naquit de ce respect aveugle, n’est qu’un préjugé comme lui. Le respect pour les femmes augmente en raison de ce que l’esprit du gouvernement s’éloigne des principes de la nature ; tant que les hommes n’obéissent qu’à ces premières lois, ils doivent souverainement mépriser les femmes : elles deviennent des Déesses quand ils s’avilissent parce que l’homme s’affaiblit alors, et qu’il faut nécessairement que le plus faible commande quand le plus fort se dégrade : aussi le gouvernement est-il toujours débile quand les femmes règnent. Ne me citez point la Turquie ; si son gouvernement est faible, ce n’est que depuis l’époque où les intrigues du sérail ont réglé ses démarches : les Turcs ont détruit l’empire de Constantinople quand ils traînaient ce sexe enchaîné, et quand, en face de son armée, Mahomet second tranchait la tête d’Irène, à laquelle on soupçonnait trop d’empire sur lui. Il y a de la bassesse et de la dépravation à rendre le plus léger culte aux femmes ; ce culte est impossible, même au moment de l’ivresse : comment le peut-on soupçonner après ? Si de ce qu’une chose sert, devient un motif pour l’adorer, il faut donc de même adorer son bœuf, son âne, sa chaise percée, etc

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« Ce qui s’appelle amour, en un mot, n’est autre chose que le désir de jouir ; tant qu’il existe, le culte est inutile ; dès qu’il est satisfait, il est impossible : ce qui prouve que ce ne fut certainement point du culte que naquit le respect, mais du respect que naquit le culte. Jetez les yeux sur les exemples d’avilissement où ce sexe fut autrefois, où il est encore chez une grande partie des peuples de la terre, et vous achèverez de vous convaincre que la passion métaphysique de l’amour n’est nullement innée dans l’homme, mais qu’elle est le fruit de ses préjugés et de ses usages, et que l’objet qui fit naître cette passion, généralement méprisée partout, n’aurait jamais dû l’aveugler

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« Ce mépris est tel chez les Croates, plus particulièrement connus des géographes sous le nom d’Uscoques et de Morlaques12, que quand ils veulent parler de leurs femmes, de emploient cette même expression vulgaire dont se sert le peuple au sujet d’un animal vil13. Jamais ils ne les souffrent dans leur lit, elles couchent à terre, sont obligées d’obéir au moindre signe, et déchirées à coups de nerfs de bœuf à la plus légère désobéissance. Leur soumission, leur régime, leurs fatigues journalières ne s’interrompent jamais, même dans leur grossesse : on les voit souvent accoucher en pleine campagne, ramasser leurs enfants, les laver au premier ruisseau, les rapporter chez elles, et continuer leurs occupations. On a remarqué que, dans ce pays, les enfants étaient beaucoup plus sains, beaucoup plus robustes, et les femmes beaucoup plus fidèles. Il semble que la nature ne veuille pas perdre les droits que notre luxe et notre fausse délicatesse cherchent à lui ravir en nos climats, sans en recueillir d’autres fruits que d’abaisser notre sexe, en lui assimilant celui qu’elle n’a créé que pour en être l’esclave

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« Chez les Cosaques Zaporariens, les femmes sont absolument exclues des peuplades ; celles qui servent à la propagation sont reléguées dans des îles séparées, et ils vont s’en servir là quand ils en ont besoin, mais sans choix, sans distinction ; le besoin seul agit ; l’âge, la figure, ni le sang n’établissent aucune différence, en sorte que le père a des enfants de sa fille ; le frère, de sa sœur ; et point d’autres lois chez ces peuples, que celles qu’établit le besoin

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« Il y a des pays où, quand les femmes ont leurs règles, elles sont traitées comme des bêtes ; on les enferme étroitement, et on leur jette à manger de loin, comme à des tigres ou à des ours : croyez-vous que ces peuples-là soient bien amoureux de leurs femmes 

?

« Au royaume de Louango, en Afrique, les femmes enceintes sont encore plus maltraitées. Une fois dans cet état, elles n’en paraissent que plus impures, que plus difformes et plus dégoûtantes. Et qu’y a-t-il, en effet, de plus affreux qu’une femme grosse ? Pour se bien pénétrer de toute l’horreur qu’inspire ce sexe, il me semble que ce devrait être toujours à nu, et dans cet état, qu’il faudrait l’offrir à ses sectateurs

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« Les nègres de Barré n’ont de commerce avec elles que quatre ans après qu’elles sont accouchées

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« Les femmes de Maduré ne parlent de leurs maris qu’avec des circonlocutions qui expriment le profond respect qu’elles ont pour eux

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« Les Romains et les Celtes avaient sur leurs femmes le droit de vie et de mort, et ils en usaient souvent. Ce droit nous est assuré par la nature : nous lui désobéissons et nous dégradons ses lois en ne l’exerçant pas

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« Leur esclavage est affreux dans presque toute l’Afrique : elles se trouvent bien heureuses en ce pays, quand le mari daigne accepter leurs soins

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« Elles sont si maltraitées, si malheureuses, dans le royaume de Juida, que celles que l’on recrute pour compléter le sérail du souverain aiment mieux, quand elles le peuvent, se tuer que de se laisser conduire, ce prince ne jouissant jamais de ses femmes qu’en leur imposant, dit-on, d’exécrables supplices

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« Jetterons-nous les yeux sur ces magnifiques retraites de l’Asie ? Nous y verrous d’orgueilleux despotes faisant prendre leurs désirs pour des ordres, assouplir la beauté la plus pure aux sales caprices de leur imagination, et réduire à l’avilissement le plus extrême ces fières divinités que notre bassesse encense

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« Les Chinois méprisent souverainement les femmes ils disent qu’il faut se presser de les rejeter aussitôt qu’on s’en est servi

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« Lorsque l’empereur de Golconde veut se promener, douze des plus grandes et des plus vigoureuses filles de son sérail forment, en s’arrangeant les unes sur les autres, une espèce de dromadaire dont les quatre plus grandes composent les jambes ; on huche Sa Majesté sur les reins de ces filles, et elles partent. Je vous laisse à soupçonner les mœurs de ce monarque dans l’intérieur de son harem, et dans quel étonnement il serait, si l’on venait lui dire que les créatures dont il se sert pour ses besoins sont des objets de culte en Europe

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« Les Moscovites ne veulent rien manger de ce qui a été tué par une femme

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« Ah ! croyez-le, mes frères, ce n’est pas pour nous avilir par un sentiment aussi bas que celui de l’amour, que la nature a mis la force de notre côté : c’est, au contraire, pour commander à ce sexe faible et trompeur, pour le contraindre à servir nos désirs ; et nous oublions totalement ses vues, quand nous laissons quelque empire aux êtres qu’elle nous a soumis

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« Nous imaginons trouver le bonheur dans la tendresse que nous supposons aux femmes pour nous. Mais ce sentiment n’est jamais que joué, que mesuré sur le besoin qu’elles croient avoir de nous, ou l’espèce de passion que nous flattons en elles. Que l’âge vienne, ou que la fortune change, ne pouvant plus servir à leurs plaisirs ou à leur orgueil, elles nous abandonnent à l’instant, et deviennent souvent nos plus mortelles ennemies. Dans tous les cas, nous n’en avons point de plus cruels que les femmes qui même nous adorent sincèrement : si nous en jouissons, elles nous tyrannisent ; si nous les méprisons, elles se vengent, et finissent toujours par nous nuire. D’où il résulte que, de toutes les passions de l’homme, l’amour est la plus dangereuse et celle dont il doit se garantir avec le plus de soin

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« Mais faut-il autre chose que son aveuglement pour en juger la folie ? faut-il autre chose que cette illusion fatale qui lui fait prêter tant de charmes à l’objet qu’il encense ? Il n’est pas un tort qui ne devienne une vertu ; pas un défaut qui ne soit une beauté ; pas un ridicule qui ne soit une grâce. Eh ! quand l’ivresse est dissipée, et qu’éclairé sur le misérable objet de son culte, l’homme peut le considérer de sang-froid, ne devrait-il pas au moins, en rougissant de son indigne erreur, prendre de fermes résolutions pour ne plus s’aveugler à l’avenir 

!

« L’inconstance et le libertinage : voilà, mes frères, les deux contrepoisons de l’amour. Tous deux, en nous accoutumant au commerce de ces fausses divinités, font insensiblement tomber l’illusion : on n’adore plus ce que l’on voit tous les jours. Par l’habitude de l’inconstance et du libertinage, le cœur perd insensiblement de cette mollesse dangereuse qui le rend susceptible des impressions de l’amour ; il se blase, il s’endurcit, et la guérison suit de près. Eh ! comment irais-je me morfondre près des rigueurs de cette créature qui me brave, lorsque avec un peu de réflexion, je vois qu’un couple de louis peut me procurer sans peine la possession d’un corps aussi beau que le sien 

?

« Ne perdons jamais de vue que la femme qui essaie de nous captiver le mieux, cache certainement des défauts qui nous dégoûteraient bientôt si nous pouvions les connaître. Que notre imagination les voie, ces détails… qu’elle les soupçonne, qu’elle les devine ; et cette première opération, faite dans le moment où l’amour naît, parviendra peut-être à l’éteindre. Est-elle fille ? certainement elle exhale quelque odeur malsaine ; si ce n’est dans un temps, c’est dans l’autre : est-ce bien la peine de s’enthousiasmer devant un cloaque ? Est-elle femme ? les restes d’un autre peuvent, j’en conviens, exciter un moment nos désirs, mais notre amour ?… Et qu’idolâtrer là, d’ailleurs ? Le vaste moule d’une douzaine d’enfants… Représentez-vous-la quand elle accouche, cette divinité de votre cœur ; voyez cette masse informe de chair sortir, gluante et empestée, du centre où vous croyez trouver le bonheur ; déshabillez enfin, même dans un autre temps, cette idole de votre âme : seront-ce ces deux cuisses courtes et cagneuses qui vous tourneront la cervelle ? ou ce gouffre impur et fétide qu’elles soutiennent ?… Ah ! ce sera peut-être ce tablier plissé qui, retombant en ondes flottantes sur ces mêmes cuisses, échauffera votre imagination ?… ou ces deux globes amollis et pendant jusqu’au nombril ? Peut-être est-ce au revers de la médaille que votre hommage s’érige ? Et ce sont ces deux pièces de chair flasque et jaune, renfermant en elles un trou livide, qui se réunit à l’autre ; oh ! ce sont assurément ces charmes-là dont votre esprit se repaît ! et c’est pour en jouir que vous vous ravalez de la condition des bêtes les plus stupides !… Mais je me trompe, ce n’est rien de tout cela qui vous attire : de bien plus belles qualités vous enchaînent ! C’est ce caractère faux et double, cet état perpétuel de mensonge et de fourberie, ce ton acariâtre, ce son de voix semblable à celui des chats, ou ce putanisme, ou cette pruderie (car jamais une femme n’est hors de ces deux extrêmes), cette calomnie… cette méchanceté… cette contradiction… cette inconséquence… Oui, oui ! je le vois, ce sont ces attraits qui vous retiennent, et, sans doute, ils valent bien la peine de vous tourner la tête14

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« N’imaginez pas que j’outre la matière. Si tous ces défauts ne sont pas réunis dans le même être, celui que vous adorez en possède assurément une partie. Si vous ne les voyez pas, c’est qu’on vous les dérobe, mais ils existent. Si la toilette, ou l’éducation, déguise ce qui nous dégoûterait, le défaut n’en est pas moins réel ; recherchez-le avant de vous lier, vous le reconnaîtrez infailliblement, et si vous êtes sages, n’allez pas sacrifier votre bonheur et votre tranquillité à la jouissance d’un objet qui certainement vous fera bientôt horreur

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Ô mes frères ! jetez les yeux sur la multitude de peines où cette funeste passion entraîne les hommes : les maladies cruelles, fruits des tourmente qu’elle donne, la perte des biens, du repos, de la santé, l’abandon de tous les autres plaisirs ; sentez les sacrifices énormes qu’elle coûte, et, profitant de tous ces exemples, faites comme le nautonier prudent, qui ne passe point auprès de l’écueil où vient d’échouer le navire qui fendait les mers avec lui

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« Eh ! la vie ne vous offre-t-elle pas bien d’autres plaisirs sans ceux-là ?… Que dis-je ?… elle vous présente les mêmes, et elle vous les donne sans épines. Puisque le libertinage vous assure les mêmes jouissances, et ne vous demande que de les dégager de cette métaphysique à la glace qui n’ajoute rien aux plaisirs, jouissez sans liens de tous les objets offerts à vos sens. Et quelle nécessité y a-t-il donc d’aimer une femme pour s’en servir ? Il me semble que nous éprouvons tous ici qu’on s’en sert beaucoup mieux quand on ne l’aime point, ou qu’il est au moins très inutile de l’aimer pour en venir là. Qu’avons-nous besoin de prolonger ces plaisirs par une ivresse folle et ridicule ? Au bout de cinq à six heures, n’avons-nous pas eu de cette femme tout ce qu’il nous en faut ? Une autre nuit, cent autres nuits ne nous ramèneraient que les mêmes plaisirs : et d’autres objets vous en préparent de nouveaux. Quoi ! tandis que des millions de beautés vous attendent, vous auriez la folie de ne vous attacher qu’à une ? Ne ririez-vous pas de la simplicité d’un convive qui, dans un repas magnifique, ne se nourrirait que d’un seul plat, quoique plus de cent fussent offerts à son appétit ? C’est la diversité, c’est le changement qui fait le bonheur de la vie, et il n’est pas un seul objet sur la terre qui ne puisse vous procurer une volupté nouvelle : comment pouvez-vous porter l’extravagance au point de vous captiver à celui qui ne peut vous en présenter qu’une 

?

« Ce que j’ai dit des femmes, mes frères, vous pouvez le rapporter aux hommes. Nos défauts sont aussi grands que les leurs, et nous ne méritons pas mieux de les fixer : toute espèce de chaîne est une folie, tout lien est un attentat à la liberté physique dont nous jouissons sur la surface du globe. Et tandis que je perds mon temps avec cet être quelconque, cent mille autres se flétrissent autour de moi, qui mériteraient bien mieux mon hommage

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« Est-ce une maîtresse, d’ailleurs, qui peut satisfaire un homme ? Est-ce, alors qu’esclave des volontés et des désirs de sa déesse, il ne travaillera qu’à la contenter, qu’il pourra s’occuper de ses voluptés personnelles ? La supériorité est nécessaire dans l’acte de la jouissance : celui des deux qui partage, ou qui obéit, est certainement exclu du plaisir. Loin de nous cette délicatesse imbécile qui nous fait trouver des charmes, même dans nos sacrifices… Ces jouissances, purement intellectuelles, peuvent-elles valoir celles de nos sens ? Il en est de l’amour des femmes comme de celui de Dieu : ce sont des illusions qui nous nourrissent dans l’un et l’autre cas. Dans le premier, nous voulons n’aimer que l’esprit, abstraction faite du corps ; dans le second, nous prêtons un corps à l’esprit ; et dans tous deux, nous n’encensons que des chimères

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« Jouissons : telle est la loi de la nature. Et comme il est parfaitement impossible d’aimer longtemps l’objet dont on jouit, subissons le sort de tous les êtres que nous ravalons injustement au-dessous de nous, et que nous enchaînons par la force, bien plus que par la raison. Voyons-nous le chien ou le pigeon reconnaître sa compagne quand il en a joui ? Si l’amour l’enflamme un instant, cet amour n’est que le besoin, et sitôt qu’il est satisfait, l’indifférence ou le dégoût succède, jusqu’au moment d’un nouveau désir. Mais ce ne sera plus avec la même femelle : toutes celles qui se rencontreront, deviendront tour à tour l’objet des vœux du mâle inconstant ; et s’il s’élève une dispute, la favorite de la veille sera sacrifiée comme le rival du jour. Ah ! ne nous éloignons pas de ces modèles, plus rapprochés que nous de la nature ! ils en suivent bien mieux les lois ; et si nous avons reçu quelques sens de plus qu’eux, c’est pour raffiner leurs plaisirs. Du moment que la femelle de l’homme n’a, au-dessus de l’animal, précisément que ce qui forme ses défauts, pourquoi voulons-nous adorer dans elle cette portion qui ne l’en distingue que pour l’humilier ? Aimons le corps, comme fait l’animal ; mais n’ayons aucun sentiment pour ce que nous croyons être distinct du corps, puisque c’est positivement là que se trouve ce qui contrebalance le reste, et ce qui devrait servir seul à nous en éloigner. Quoi ! c’est le caractère d’une femme, c’est son esprit bourru, c’est son âme perfide, qui devraient toujours me refroidir sur l’envie que j’ai de jouir de son corps, et j’oserais dire, dans mon ivresse métaphysique, que ce n’est point le corps que je veux, mais le cœur, c’est-à-dire, précisément la chose qui devrait m’éloigner de ce corps ! Cette extravagance ne peut se comparer à rien. Et d’ailleurs, la beauté n’étant qu’une chose de convention, l’amour ne peut plus être qu’un sentiment arbitraire, dès que ces traits de beauté qui font naître l’amour ne sont pas uniformes

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« L’amour, ne devenant plus que le goût exigé par les organes, ne peut plus être qu’un mouvement physique où la délicatesse ne peut plus s’allier ; car, de ce moment, il est clair que j’aime une blonde, parce qu’elle a des rapports qui s’enchaînent à mes sens ; vous… une brune, par de semblables raisons ; et, dans tous deux, l’objet matériel s’identifiant à ce qu’il y a de plus matériel en nous, comment adapterez-vous de la délicatesse et du désintéressement à cet unique organe du besoin et de la convenance ? Tout ce que vous y mettrez de métaphysique ne sera plus qu’illusoire, fruit de votre orgueil bien plus que de la nature, et que le plus léger examen doit dissiper comme un souffle. Ne traiteriez-vous pas de fou l’homme qui, de sang-froid, vous assurerait qu’il n’aime d’un œillet que l’odeur, mais que la fleur lui est indifférente ? Il est impossible d’imaginer dans quelles erreurs on tombe, en s’attachant ainsi à toutes les fausses lueurs de la métaphysique

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« Mais, m’objectera-t-on peut-être, ce culte exista de tout temps : les Grecs et les Romains firent des divinités de l’Amour et de sa mère. Je réponds à cela que ce culte put avoir chez eux les mêmes principes que chez nous. Les femmes prédisaient aussi l’avenir chez les Grecs et chez les Romains : de là, sans doute, sont nés le respect et le culte du respect, ainsi que je l’ai fait voir. D’ailleurs, il faut très peu s’en rapporter aux Grecs et aux Romains, sur les objets de culte ; et les peuples qui adoraient la merde sous le nom du dieu Sterculius, et les égouts sous celui de la déesse Cloacine, pouvaient bien adorer les femmes, si souvent rapprochées par l’odeur de ces deux antiques divinités

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« Soyons donc sages à la fin, et faisons de ces ridicules idoles ce que les Japonais font des leurs, quand ils n’en obtiennent pas ce qu’ils désirent. Adorons, ou faisons semblant d’adorer, si l’on veut, jusqu’à l’obtention de la chose désirée : méprisons-les, dès qu’elle est à nous. Si on nous refuse, donnons cent coups de bâton à l’idole, pour lui apprendre à dédaigner nos vœux ; ou, si vous l’aimez mieux, imitons les Ostiaques qui fustigent leurs Dieux à tour de bras, aussitôt qu’ils en sont mécontents. Il faut pulvériser le Dieu qui n’est bon à rien : c’est bien assez d’avoir l’air d’y croire dans le moment de l’espérance

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« L’amour est un besoin physique, gardons-nous de le considérer jamais autrement15. L’amour est, dit Voltaire, l’étoffe de la nature que l’imagination a brodée. Le but de l’amour, ses désirs, ses voluptés, tout est physique en lui. Fuyons pour toujours l’objet qui semblerait prétendre à quelque chose de plus. L’absence et le changement sont les remèdes assurée de l’amour : on ne pense bientôt plus à la personne qu’on cesse de voir, et les voluptés nouvelles absorbent le souvenir des anciennes ; les regrets de pareilles pertes sont bientôt oubliés. Ce sont les plaisirs irrécouvrables qui peuvent en donner d’amers : mais ceux qui se remplacent aussi facilement, ceux qui renaissent à toutes les minutes… à tous les coins de rues, ne doivent pas coûter une larme

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« Eh ! si l’amour était vraiment un bien, s’il était réellement fait pour notre bonheur, un quart de la vie s’écoulerait donc sans en pouvoir jouir ? Quel est l’homme qui peut se flatter d’enchaîner le cœur d’une femme, quand il a passé soixante ans ? Il en a pourtant quinze encore à jouir, s’il est bien constitué : il doit donc renoncer au bonheur pendant ces quinze années-là ? Gardons-nous d’admettre un pareil système : si l’âge vient faner les roses du printemps, il n’éteint ni les désirs, ni les moyens de les satisfaire ; et les plaisirs que goûte le vieillard, toujours plus recherchés… toujours plus améliorés… toujours plus dégagés de cette froide métaphysique, véritable tombeau des voluptés, ces plaisirs, dis-je, seront mille fois plus délicieux, cueillis au sein de la débauche, de la crapule et du libertinage, que ne pouvaient l’être ceux qu’il procurait jadis à sa belle maîtresse : alors, il ne travaillait que pour elle, c’est de lui seul qu’il s’occupe aujourd’hui. Regardez ses raffinements ; observez comme il craint de perdre ce qu’il sait bien ne pouvoir caresser qu’une minute ; quels détails dans sa lubrique jouissance !… comme tout est pour lui, et comme il veut qu’on ne s’occupe que de lui ! L’apparence même du plaisir le troublerait dans l’objet qui le sert : ce n’est que de la soumission qu’il veut. La blonde Hébé détourne ses regards, elle ne peut cacher ses dégoûts : qu’importe au septuagénaire Philatre ? Ce n’est pas pour elle qu’il veut jouir, c’est pour lui seul ; ces mouvements d’horreur qu’il produit, tournent au profit de sa volupté même ; il est bien aise de l’inspirer. Il est obligé de contraindre, il faut presque qu’il menace, pour obtenir qu’on dirige dans sa bouche fétide une langue douce et fraîche, que la jeune beauté qui lui est sacrifiée craint de profaner par ce sale ministère : et voilà tout d’un coup l’image du viol, et, par conséquent, pour Philatre, un plaisir de plus. Jouissait-il de tous ces plaisirs à vingt ans ? On le prévenait, on l’accablait de caresses, à peine avait-il le loisir d’en désirer, et la jouissance, éteinte dans elle-même, ne lui laissait jamais aucune pointe. Est-ce un désir, que le mouvement satisfait avant que de naître ? La résistance n’est-elle donc pas la seule âme du désir : où peut-elle, en ce cas, exister plus entière qu’au sein des dégoûts ? Si donc le plaisir ne s’irrite que par la résistance, et que celle-ci ne soit réelle qu’enfantée par le dégoût, il peut donc devenir délicieux d’en causer, et toutes les fantaisies qui en donnent à une femme peuvent donc devenir plus sensuelles, et cent fois meilleures que l’amour… que l’amour… la plus absurde de toutes les folies, et dont je crois vous avoir suffisamment démontré le ridicule et tous les dangers. 

»

On imagine bien que cette dissertation ne fut pas très applaudie par les femmes ; mais Belmor, qui ne recherchait guère plus leurs éloges que leurs sentiments, fut amplement consolé par les applaudissements masculins qui partirent de tous les coins de la salle. Remettant les attributs de la présidence à son devancier, il descendit pour aller prendre connaissance des sérails et y exercer son autorité. Noirceuil, Clairwil et moi, le rejoignîmes au bout de la tribune, et nous passâmes ensemble aux harems. Un homme de soixante ans arrête Belmor comme il allait sortir avec nous de la salle, et pour lui témoigner la reconnaissance qu’il avait du discours qu’il venait de prononcer, il le supplie de lui prêter son cul. Belmor, ne pouvant refuser, se mit en posture. Le sexagénaire l’encule, et ne nous rend Belmor qu’après lui avoir déchargé dans le derrière

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— Voilà une bonne fortune, à laquelle je ne m’attendais pas, dit le comte

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— Elle est due à ton éloquence, répondit Noirceuil

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— Partisan du physique, comme vous venez de le voir, dit Belmor, j’aimerais mieux la devoir à mon cul qu’à mon esprit

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Et nous entrâmes au sérail, en riant tous de cette saillie

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Le président se fit tout ouvrir, et, pendant ce temps, personne ne put pénétrer que nous, à qui il permit de l’escorter. Vous imaginez qu’avec le genre d’esprit que vous venez de lui reconnaître, le nombre des coupables qu’il trouva fut prodigieux. Il était suivi, dans sa tournée, de quatre bourreaux, de deux écorcheurs, de six flagellateurs et de quatre geôliers. Le premier sérail qui s’ouvrit fut celui des femmes. Il en condamna au fouet trente, de cinq à dix ans ; vingt-huit, de dix à quinze ; quarante-sept, de quinze à dix-huit ; soixante-cinq, de dix-huit à vingt et un. Il y eut, dans ce même sérail, trois enfants condamnée à être écorchés vifs, de l’âge de six à dix ans ; trois de cette même classe reçurent leur sentence de mort ; dans celle de dix à quinze, il y eut six filles destinées à ce premier supplice, quatre au second ; dans celle de quinze à dix-huit, six écorchées et huit sentences de mort ; et dans la dernière, seulement quatre à la mort et cinq à être écorchées. Ces sortes d’exécutions ne se faisaient pas tout de suite. Les créatures ainsi condamnées passaient dans des chambres séparées, et c’étaient les premières qu’on livrait aux libertins qui voulaient sacrifier à ces goûts. Quatre sujets chez les femmes furent condamnée au cachot. A l’égard des flagellations, elles furent toutes subies sous nos yeux. On amenait la victime nue au président ; il l’examinait, la maniait à son aise un instant ; ensuite, un des flagellateurs s’en emparait, il la courbait vigoureusement sur ses genoux, et dès qu’elle était en position de ne pouvoir plus remuer, un second flagellateur, armé de verges ou de martinets, le tout au gré du président, appliquait le nombre de coups prescrit de même par lui. Belmor nous fit l’honnêteté de nous laisser presque toujours fixer ce nombre, et vous imaginez aisément que nous ne fûmes pas en dessous de sa sévérité. Six de ces jeunes filles reçurent une si grande quantité de coups, qu’on fut obligé de les emporter à moitié mortes. Tous les quatre, enlacés dans les bras l’un de l’autre, nous nous branlions beaucoup pendant ces lubriques opérations, et le foutre jaillissait souvent

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On passa chez les hommes. Ici Clairwil excite vivement Belmor à n’être pas plus compatissant ; et celui-ci, dont je vous ai dit que les goûts consistaient à faire massacrer des petite garçons sur lui, n’eut pas besoin de stimulant pour montrer sa férocité. Quarante-deux enfants de sept à douze ans reçurent le fouet avec la plus extrême rigueur ; il y eut dans cette clame six sentences de mort et dix d’écorchure. Soixante-quatre garçons de douze à dix-huit ans ne furent pas plus épargnés ; et là, trois sentences de mort et huit d’écorchure. Dans la dernière classe, c’est-à-dire dans celle de dix-huit à vingt-cinq ans, il y eut cinquante-six culs fouettés, deux morts et trois écorchures ; six en tout, sur le total, furent condamnés au cachot. Il y eut aussi deux matrones de fouettées pour cause de relâchement dans leur service, et ce fut Belmor qui les étrilla de sa main, jusqu’à ce qu’il eût enlevé la première peau de leurs fesses

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Je n’avais pas cessé de le branler pendant toutes ces opérations ; il bandait excessivement ; mais je dois rendre à la fermeté de son caractère la justice de dire qu’il ne déchargea pas une seule fois, et ne s’apitoya pas un instant

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— Allons, lui dit Noirceuil, occupons-nous de plaisirs maintenant : fais-nous voir ta passion, Belmor, tu nous l’as promis

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— J’y consens, dit le comte, mais comme me voilà furieusement échauffé, je prétends lui donner une extension terrible

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— A la bonne heure, dit Noirceuil, nous en jouirons mieux

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Le président, alors, révisa tous les petits garçons ; il en choisit dix de sept ans ; il lui fallait un pareil nombre de belles et grandes filles, mais, ayant désiré tenir la place de l’une d’elles, il n’en fit sortir que neuf. Elles étaient toutes de dix-huit à vingt et un ans ; je remarquai, comme une chose assez singulière, que ces neuf sujets étaient tous du nombre de ceux que sa méchanceté venait de condamner à la mort ou à l’écorchure. Dix hommes, mais uniquement choisis à la supériorité du membre, furent nommés pour le foutre pendant son opération, et voici comme elle commença

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On lia d’abord sur une fille (afin qu’avant de servir à la chose, j’eusse au moins le plaisir d’en juger), on lia, dis-je, un des enfants sur les épaules de cette fille, mais si étroitement garrotté, qu’on eût presque dit que les deux corps n’en faisaient qu’un. Alors la fille, avec son paquet sur le dos, se mit à plat ventre sur un sopha, les fesses prodigieusement exposées. Le comte examina, mordit, pinça vigoureusement le cul de l’enfant et claqua de même celui de la fille ; une autre fille, sur trois de douze ans, choisie à cet effet, s’étendit à terre entre les jambes de celle qui avait l’enfant sur le dos, et Belmor, se mettant à genoux sur un carreau, de même, entre les jambes de la fille au paquet, foutit en bouche celle qui était étendue ; on l’encula dans cette posture, et Clairwil devait enculer le fouteur. Par l’attitude du comte, sa tête se trouvait à la hauteur des fesses de la fille appuyée sur le sopha ; deux bourreaux s’emparèrent alors du corps de l’enfant lié, et, par mille différentes blessures, firent couler son sang dans l’entre-deux des fesses en face desquelles se trouvait la tête du comte

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— Allons, chiez, dit-il à la fille, dès qu’il aperçut le premier ruisseau de sang, chiez, putain ! chiez-moi dans la bouche

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On obéit, et le paillard, collant ses lèvres au trou du cul, reçut par ce moyen, à la fois, et le sang qui coulait du corps de l’enfant, et la merde qui sortait du cul de la fille. Il ne se faisait aucun changement, que la victime liée n’eût perdu tout son sang. Dès qu’il n’avait plus de vie, la fille qui le portait se relevait, et sans quitter son fardeau, elle se portait en face de l’opération, de manière à former une perspective au comte. Je fus seule dispensée de cette cérémonie ; je passai la troisième, et l’on détacha l’enfant dès que je me relevai ; tous dix furent ainsi massacrés, pendant que les dix filles chiaient, et que les trois suceuses se relayaient. Belmor déchargea une fois dans chaque bouche, et continua toujours son opération sans s’arrêter. Clairwil était excédée ; elle avait au moins distribué plus de dix mille coups de fouet sur le cul des fouteurs du comte. Pour Noirceuil, il avait examiné avec assez de sang-froid, au milieu de deux filles de seize ans, fort jolies, qui le branlaient et le suçaient tour à tour, pendant qu’il molestait leurs fesses

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— Voilà une charmante passion, dit-il à Belmor, quand celui-ci eut déchargé pour la dernière fois, mais je vais, moi, avec la permission du comte, lui faire voir qu’on pourrait, ce me semble, donner une autre tournure à cette même fantaisie. Qu’on m’amène, dit-il, dix petites filles de cinq à sept ans, et dix garçons de seize à dix-huit ; il me semble que les fouteurs du comte bandent encore : je me servirai d’eux. Voici maintenant comme je disposerai cette jouissance

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Il fit tenir droit un des jeunes gens de seize à dix-huit ans, et ce fut sur son sein qu’il lia la petite fille, en sorte qu’elle avait le con sur la bouche du jeune homme ; la ligature se fit si serrée, que le jeune homme étouffait presque

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— Vous voyez, nous dit Noirceuil, que le porteur et le porté souffrent, dans mon opération, ce qui n’est pas dans celle du comte, où la porteuse n’éprouve pas la moindre douleur ; et il me semble que de telles expéditions ne se perfectionnent qu’autant que les douleurs se multiplient

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Noirceuil s’agenouilla devant le porteur et lui suça le vit ; les bourreaux se mirent à travailler l’enfant ; les suceuses pompèrent tour à tour le vit de Noirceuil, et on le foutit ; le sang de la victime coula bientôt sur le vit que suçait Noirceuil, qui, par ce moyen, avalait à la fois et du foutre et du sang. Les victimes passèrent, et cette fantaisie barbare coûta, comme vous le voyez, la vie à vingt enfants

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— J’aime mieux la scène de cette manière, dis-je, et s’il n’était pas si tard, ce serait ainsi que je l’exécuterais dans l’instant

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Belmor, loin de combattre l’avis de Noirceuil, parut approuver

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— Mais ce qui fait pourtant, nous dit-il, que je ne changerai pas, c’est que ce sont des filles que sacrifie Noirceuil, et que j’ai, moi, le mauvais goût de n’aimer à sacrifier que des petits garçons

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— Ah ! voilà ce qui me décidera toujours pour votre genre, s’écrie Clairwil ; il n’y a rien de délicieux dans le monde comme de choisir ses victimes parmi les hommes ; qu’est-ce que le triomphe de la force sur la faiblesse ? ce qui est tout simple, peut-il amuser ? Mais qu’elles sont flatteuses, qu’elles sont douces, les victoires remportées par la faiblesse sur la supériorité

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Puis, s’adressant aux deux amis, avec cette effervescence qui la rendait si belle 

:

— Hommes féroces ! s’écria-t-elle, massacrez des femmes tant que vous voudrez : je suis contente, pourvu que je venge seulement dix victimes de mon sexe par une du vôtre

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Ici l’on se sépara ; Noirceuil et Belmor passèrent au sérail des femmes, où nous sûmes qu’ils avaient encore immolé une dizaine de créatures de toutes les manières et de tous les genres possibles. Clairwil et moi, nous restâmes à celui des hommes, dont nous sortîmes après nous être fait foutre soixante ou quatre-vingts coups chacune, et après quelques autres petites horreurs, dont vous vous doutez sans que je sois obligée de vous le dire

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Très peu de jours après les infamies où nous nous étions livrées, à la Société, avec le comte de Belmor et son amie, cet aimable président de notre assemblée vint me voir et me convaincre que Clairwil ne m’avait point trompée en m’assurant qu’il éprouvait le plus grand désir de se lier à moi. Le comte, excessivement riche, me proposa cinquante mille francs par mois, seulement pour deux soupers par semaine : rien ne s’y opposait, puisque Saint-Fond ne me gênait nullement. Je répondis au comte que je me lierais avec lui de bon cœur, mais que les cinquante mille francs qu’il me proposait ne suffiraient seulement pas à payer les frais des soupers. Le comte m’entendit, et doubla la somme, en se chargeant de payer tous les détails à part… lesquels étaient d’autant plus considérables que le libertin voulait avoir régulièrement, à chaque souper, trois superbes femmes nouvelles sur le corps desquelles il immolerait, ou ferait immoler, trois jeunes garçons. Ses meurtres consommés, il coucherait avec moi, et nous nous branlerions quelquefois encore deux ou trois heures, au bout desquelles il se retirerait chez lui. Telles étaient ses conventions ; j’acceptai

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Sans en excepter Noirceuil et Saint-Fond, il y avait peu d’hommes aussi corrompus que Belmor ; il l’était par principe… par tempérament… par goût, et sa perfide imagination lui faisait souvent inventer des choses qui surpassaient tout ce que j’avais conçu… entendu jusqu’alors

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— Cette imagination que vous vantez en moi, Juliette, me dit-il un jour, est précisément ce qui m’a séduit chez vous : on en a difficilement une plus lascive… une plus riche… une plus variée ; et vous avez dû remarquer que mes plus douces jouissances avec vous, sont celles où, donnant l’essor à nos deux têtes, nous créons des êtres de lubricité dont l’existence est malheureusement impossible. Ô Juliette ! qu’ils sont délicieux les plaisirs de l’imagination, et que l’on parcourt voluptueusement toutes les routes que nous offre sa brillante carrière ! Conviens, cher ange, que l’on n’a pas d’idée de ce que nous inventons, de ce que nous créons, dans ces moments divins où nos âmes de feu n’existent plus que dans l’organe impur de la lubricité : de quelles délices on jouit en se branlant mutuellement pendant l’érection de ces fantômes, comme on les caresse avec transport !… comme on les entoure !… comme on les augmente de mille épisodes obscènes ! Toute la terre est à nous dans ces instants délicieux ; pas une seule créature ne nous résiste ; tout présente à nos sens émus la sorte de plaisir dont notre bouillante imagination le croit susceptible : on dévaste le monde… on le repeuple d’objets nouveaux, que l’on immole encore ; le moyen de tous les crimes est à nous, nous usons de tous, nous centuplons l’horreur, et les épisodes de tous les esprits les plus infernaux et les plus malins n’atteindraient pas, dans leurs plus malfaisants effets, où nous osons porter nos désirs… « Heureux, cent fois heureux, dit La Mettrie, ceux dont l’imagination vive et lubrique tient toujours les sens dans l’avant-goût du plaisir !… » En vérité, Juliette, je ne sais si la réalité vaut les chimères, et si les jouissances de ce que l’on n’a point ne valent pas cent fois celles qu’on possède : voilà vos fesses, Juliette, elles sont sous mes yeux, je les trouve belles, mais mon imagination, toujours plus brillante que la nature, et plus adroite, j’ose le dire, en crée de bien plus belles encore. Et le plaisir que me donne cette illusion n’est-il pas préférable à celui dont la vérité va me faire jouir ? Ce que vous m’offrez n’est que beau, ce que j’invente est sublime ; je ne vais faire avec vous que ce que tout le monde peut faire, et il me semble que je ferais avec ce cul, ouvrage de mon imagination, des choses que les Dieux mêmes n’inventeraient pas

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Il n’était pas étonnant qu’avec une telle tête, le comte n’eût donné dans bien des écarts. Peu d’hommes, sans doute, avaient été aussi loin que lui, et peu d’hommes étaient plus aimables. Mais j’ai tant de choses à vous raconter encore, qu’il m’est impossible de m’arrêter aux horreurs que nous commîmes ensemble ; qu’il vous suffise de savoir qu’elles furent à leur comble, et que ce que vous pourriez concevoir ne trouverait toujours au-dessous du vrai

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Il y avait environ quatre mois écoulés, depuis que j’avais admis mon père à l’honneur de ma couche ; le moment où il m’avait vue étant critique, je mourais de peur d’être restée grosse. Cette funeste crainte ne se réalisa que trop ; il ne me fut plus possible de m’aveugler ; mon parti fut bientôt pris. J’en fis part à un célèbre accoucheur qui, nullement scrupuleux sur cette manière, introduisit adroitement une aiguille aussi longue qu’effilée dans ma matrice, en atteignit l’embryon et le perça : deux heures après, je le rendis sans la plus légère douleur. Ce remède, plus sûr et meilleur que la sabine, parce qu’il n’attaque en rien l’estomac, est celui que je conseille à toutes les femmes qui, comme moi, auront assez de courage pour préférer leur taille et leur santé à quelques molécules de foutre organisées qui, venues à maturité, feraient souvent le désespoir de celles qui les auraient vivifiées dans leur sein. L’enfant de monsieur mon père une fois dans la fosse d’aisances, je reparus avec une taille plus belle et plus dégagée que jamais

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— Écoute, me dit Clairwil un jour, j’ai l’adresse d’une femme fort extraordinaire, il faut que nous y allions ensemble ; elle compose et vend des poisons de toutes les sortes ; elle dit, de plus, la bonne aventure, et rarement elle manque la vérité

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— Et donne-t-elle, dis-je, la recette des poisons qu’elle vend 

?

— Pour cinquante louis

.

— Éprouvés 

?

— Devant soi, si l’on veut

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— Assurément, je te suis, Clairwil ; j’ai toujours aimé l’idée des poisons

.

— Ah ! mon ange, il est délicieux d’être maître de la vie des autres 

!

— Il faut absolument, dis-je, que ce soit une grande jouissance que celle-là, car, au même instant où tu m’as parlé de ce projet, j’ai senti mes nerfs tressaillir ; une flamme inconcevable embrasait leur masse, et je suis sûre que si tu me touchais, tu me verrais encore toute mouillée

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— Ah ! sacredieu, me dit Clairwil en me troussant pour vérifier, quelle tête est la tienne, ma chère !… Comme je t’aime !… tu es un dieu pour moi… Mais ne m’as-tu pas dit, ce me semble, que Saint-Fond t’avait confié une caisse entière ? Qu’en as-tu fait 

?

— Elle est consommée, et je n’ose plus lui en demander

.

— Comment, tu as usé 

?

— Tout

.

— Pour ses besoins 

?

— Un tiers au plus, le reste pour mes passions

.

— Des vengeances 

?

— Quelques-unes, mais beaucoup de lubricités

.

— Délicieuse créature 

!

— Oh ! Clairwil ! tu n’imaginerais jamais jusqu’où j’ai porté l’horreur en ce genre… les voluptés que m’ont fait éprouver ces écarts ! Une boîte de dragées empoisonnées dans mes poches, je parcourais à pied, déguisée, les promenades publiques, les rues, les bordels ; je distribuais indifféremment ces funestes bonbons ; je poussais la noirceur au point d’en donner de préférence aux enfants. Je vérifiais ensuite mes forfaits ; trouvais-je une bière à la porte de l’individu auquel j’avais administré, le jour d’avant, mes cruelles attrapes, un feu divin circulait dans mes veines… je n’étais plus à moi… il fallait que je m’arrêtasse, et la nature qui, pour mes besoins sans doute, m’organisa différemment que les autres couronnait d’une extase indicible ce que des sots auraient cru devoir l’outrager d’autant

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— Rien de plus facile à concevoir, me répondit Clairwil, et les principes dont Saint-Fond, Noirceuil et moi, t’avons nourrie depuis longtemps, doivent dévoiler à tes yeux, sur tout cela, les grands secrets de la nature. Il n’est pas plus extraordinaire d’en venir là, que d’aimer à donner le fouet ; c’est le même plaisir raffiné, et dès qu’il est prouvé que, de la commotion de la douleur éprouvée par les autres, il résulte une vibration sur la masse de nos nerfs qui doit nécessairement disposer à la lubricité, tous les moyens possibles de faire ressentir de la douleur en deviendront pour nous de goûter des plaisirs, et, débutant par les choses légères, nous arriverons bientôt aux exécrations. Les causes sont les mêmes, il n’y a que les effets qui diffèrent. Par un accroissement insensible, suite nécessaire des lois de la nature, et, plus que tout, de la satiété, on commence par une piqûre, on finit par un coup de poignard. Il y a, d’ailleurs une sorte de perfidie dans l’emploi du poison qui en accroît singulièrement les délices. Te voilà supérieure à tes maîtres, Juliette : j’en avais peut-être conçu davantage, mais je n’en avais pas tant exécuté

— Conçu davantage ! dis-je à mon amie, et que diable, je te prie, pouvais-tu concevoir de plus 

?

— Je voudrais, dit Clairwil, trouver un crime dont l’effet perpétuel agît, même quand je n’agirais plus, en sorte qu’il n’y eût pas un seul instant de ma vie, ou même en dormant, où je ne fusse cause d’un désordre quelconque, et que ce désordre pût s’étendre au point qu’il entraînât une corruption générale, ou un dérangement si formel, qu’au-delà même de ma vie l’effet s’en prolongeât encore

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— Je ne vois guère, mon ange, répondis-je, pour remplir tes idées sur cela, que ce qu’on peut appeler le meurtre moral, auquel on parvient par conseil, par écrit ou par action. Belmor et moi, nous avons raisonné sur cette matière ; il y a peu d’imaginations comme la sienne, et voici un petit calcul de sa main qui suffira à te faire voir la rapidité de cette contagion, et combien elle peut être voluptueuse à produire, s’il est vrai, comme ni moi, ni toi n’en doutons, que la sensation gagne en raison de l’atrocité du crime

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Et Mme de Lorsange montra à ses amis le même papier qu’elle avait autrefois reçu de Belmor. Le voici 

:

« Un libertin décidé à cette sorte d’action peut aisément, dans le cours d’une année, corrompre trois cents enfants ; au bout de trente ans, il en aura corrompu neuf mille ; et si chaque enfant corrompu par lui l’imite seulement dans le quart de ses corruptions, ce qui est plus que vraisemblable, et que chaque génération ait agi de même, au bout de ses trente ans, le libertin, qui aura vu naître sous lui deux âges de cette corruption, aura déjà près de neuf millions d’êtres corrompus, ou par lui ou par les principes qu’il aura donnés. 

»

— Charmant ! me répondit Clairwil, mais le projet adopté, il faut le suivre

.

— Il faut, dis-je, que non seulement le nombre des trois cents victimes soit régulièrement corrompu tous les ans, mais il faut même aider, autant qu’on le peut, à la corruption du reste

.

— Sacredieu ! dit Clairwil, si dix personnes s’entendaient pour le même plan, ce qui est extrêmement possible, le degré de la corruption, sous leurs yeux mêmes, deviendrait plus rapide que les progrès les plus violents de la peste ou de la fièvre maligne 

!

— Assurément, répondis-je ; mais quand on entreprend un tel projet, il faut employer à la fois, pour la plus grande sûreté de la réussite, les trois moyens que je viens d’indiquer : conseils, actions, écrits

.

— Comme tout cela peut être dangereux ! dit Clairwil

.

— J’en conviens, répondis-je, mais souviens-toi que Machiavel a dit qu’il valait mieux être impétueux que circonspect, parce que la nature est une femme de qui l’on ne saurait venir à bout qu’en la tourmentant. On voit, par expérience, continue le même écrivain, qu’elle accorde ses faveurs bien plutôt aux gens féroces qu’aux gens froids

.

— Sais-tu, continua Clairwil, que ton Belmor doit être délicieux 

?

— Il l’est aussi, répondis-je ; peu d’hommes sont plus aimables ; il n’en est pas de plus libertins

.

— Il aimera les emplettes que nous allons faire : il faudra les lui vendre au poids de l’or

.

— Tu crois donc qu’à quelque point que l’on aime un homme, quels que soient ses rapports avec nous, tu crois donc, dis-je, que nous devons, malgré cela, le tromper toujours également 

?

— Bien certainement, répondit Clairwil, sa seule qualité d’homme nous oblige à le traiter comme il le fait toujours quand il vit avec nous, et dès qu’il n’y a pas un seul homme de franc, pourquoi veux-tu donc que nous le soyons avec eux ? Amuse-toi des goûts de ton amant, dès qu’ils s’enchaînent avec tes caprices, jouis de ses facultés morales et physiques, échauffe-toi de son esprit, de ses talents ; mais ne perds point de vue qu’il est d’un sexe ennemi déclaré du tien, que tu ne dois jamais manquer l’occasion de te venger des outrages que ton sexe a reçus de lui, et que tu es tous les jours toi-même à la veille d’en recevoir : en un mot, il est homme, et tu dois le duper… Tu es encore d’une incroyable bonhomie sur tout cela : tu respectes les hommes, tandis qu’il ne faut que s’en servir et les tromper. Tu ne tires pas de Saint-Fond le quart de ce que j’en aurais à ta place : avec l’extrême faiblesse qu’il a pour toi, j’en obtiendrais des millions tous les jours

.

Et comme toute cette conversation se tenait dans la voiture de Clairwil qui nous conduisait chez la sorcière, les chevaux, que nous sentîmes s’arrêter, nous contraignirent à suspendre

.

C’était au bout du faubourg Saint-Jacques, dans une petite maison isolée et située entre cour et jardin, que demeurait l’aventurière que nous allions consulter. Nos gens sonnèrent ; une vieille servante s’étant informée de ce que nous voulions, nous introduisit, dès qu’elle le sut, dans une salle basse, en nous priant d’ordonner à nos gens d’aller avec notre voiture nous attendre dans un cabaret assez loin ; ce qui fut aussitôt exécuté

.

Au bout d’un quart d’heure, la Durand parut. C’était une très belle femme de quarante ans, des formes bien prononcées, étonnamment d’éclat, la taille majestueuse, une tête à la romaine, les yeux les plus expressifs, un très bon ton, des manières nobles, et généralement tout ce qui annonce des grâces, de l’éducation et de l’esprit

.

— Madame, lui dit mon amie, des personnes qui vous connaissent bien et que vous avez satisfaites, nous envoient vers vous… Il faut d’abord que vous nous disiez ce que nous prépare l’avenir : voilà vingt-cinq louis pour cela. Il faut ensuite que vous nous donniez les moyens de maîtriser cet avenir, en nous vendant une collection complète de tous les poisons que vous préparez : voilà, poursuivit Clairwil, en lui donnant cinquante autres louis, la somme que vous prenez ordinairement pour apprendre à composer ces mêmes poisons, pour faire voir votre cabinet et votre jardin de plantes vénéneuses ; soyez assurée que nous n’en resterons pas là

.

— La première chose que j’observe, répondit la Durand, c’est que vous êtes deux dames fort jolies, et qu’il vous faut subir, avant que d’être satisfaites sur les objets que vous demandez, des cérémonies préliminaires qui, peut-être, ne vous plairont pas

.

— De quoi s’agit-il, madame ? dit Clairwil

.

— Il faut, répondit la sorcière, que vous me suiviez dans un cabinet fort obscur où je vais vous faire passer, et que là, toutes les deux parfaitement déshabillées, vous soyez fustigées par moi

.

— Vigoureusement 

?

— Au sang, mes belles amies… oui… au sang : je n’accorde jamais rien sans cette complaisance préliminaire ; j’ai besoin de votre sang pour vous expliquer l’avenir, et du sang résultant d’une fustigation préalable

.

— Entrons, dis-je à Clairwil, dans de semblables circonstances, il ne faut se refuser à rien

.

Le cabinet où nous pénétrâmes était trop singulier pour ne pas mériter une description particulière, et quoiqu’il ne fût éclairé que par une lampe, nous en discernâmes assez bien les objets pour en expliquer les détails. Ce cabinet, peint en noir, avait à peu près vingt pieds carrés : toute la partie droite était remplie d’alambics, de fourneaux et autres instruments de chimie ; à gauche, se voyaient des tablettes contenant une grande quantité de bocaux et des livres ; quelques tables étaient au-dessous ; en face, un rideau noir cachait une pièce dont je parlerai tout à l’heure, et le milieu était orné d’une colonne de bois, garnie de velours noir, autour de laquelle Mme Durand nous lia toutes deux en face l’une de l’autre

.

— Alors, nous dit l’exécutrice, êtes-vous déterminées à souffrir quelques douleurs pour parvenir aux instructions que vous désirez 

?

— Agissez, répondîmes-nous, agissez madame, nous sommes prêtes à tout

.

Et la Durand, alors, nous baisa toutes deux très amoureusement sur la bouche, mania nos fesses, et nous mit un bandeau sur les yeux. Dès lors, le plus grand silence s’observa ; on s’approcha doucement de nous, et sans trop savoir qui nous frappait, nous reçûmes alternativement l’une et l’autre d’abord cinquante coups chacune ; on se servait de verges, mais elles étaient si vertes et si dures, l’on y allait d’une telle violence que, malgré l’habitude où nous étions, Clairwil et moi, de ces plaisirs, je suis bien sûre que le sang paraissait déjà. Cependant on ne disait mot, et nous n’osions nous plaindre. Nos fesses furent palpées, et certainement les mains qui les empoignèrent n’étaient pas celles de Mme Durand

.

On recommença. Ici nous ne pûmes plus douter de quel sexe était le bourreau ; un vit s’approcha de nos fesses, on le frotta sur le sang qui en coulait ; quelques soupirs, quelques gémissements voluptueux se firent entendre, et deux ou trois baisers se portèrent au trou de nos culs, une langue même y pénétra quelques instants. Une troisième reprise eut lieu, mais on ne se servit plus de verges : quoique nos culs fussent endormis, il nous fut facile de discerner que les coups qu’on nous appliquait ne pouvaient venir que de martinets très aigus ; ils devaient l’être, sans doute, puisque je sentis aussitôt mes cuisses et mes jambes inondées de sang. Le vit se rapprocha, la langue se fit encore sentir, et la cérémonie cessa. On enleva le bandeau de nos yeux, et nous ne vîmes plus que Mme Durand, une soucoupe à la main, qui, placée par elle soigneusement sous nos fesses, se remplit aussitôt de sang. Elle nous détacha, nous bassina le derrière avec de l’eau et du vinaigre, puis nous demanda si nous avions souffert

.

— Cela est égal, répondîmes-nous ; et y a-t-il autre chose à faire 

?

— Oui, répondit la Durand, il faut que l’on vous branle le clitoris ; je ne puis vous faire aucune prédiction si je ne vous ai pas vues dans le plaisir

.

Alors la sorcière nous coucha toutes deux, près l’une de l’autre, sur un canapé, de façon que nos têtes, passées derrière le rideau dont j’ai parlé, ne se trouvaient plus dans la même chambre. Ce fut dans celle-là où vint la maîtresse du lieu, qui, resserrant un cordon au-dessus de nos seins nous ôta, par ce moyen, la possibilité de nous relever et de pouvoir distinguer à qui nous avions affaire

.

Elle était assise près de nous, à moitié nue ; sa superbe gorge était presque à la hauteur de nos visages ; elle se plaisait à nous la faire baiser ; elle nous observait et regardait la soucoupe teinte de notre sang. On nous branla d’abord sur le clitoris, ensuite, avec beaucoup d’art, dans le con et au trou du cul ; on nous gamahucha à l’un et l’autre de ces orifices ; puis, relevant et rattachant nos jambes par des cordons qui les maintenaient en l’air, un vit assez médiocre s’introduisit alternativement et dans nos cons et dans nos culs

.

— Madame, dis-je à la Durand, dès que je m’aperçus de cette supercherie, êtes-vous au moins bien sûre de l’homme qui nous voit 

?

— Simple créature, répondit la Durand, ce n’est pas un homme qui jouit de vous, c’est Dieu

.

— Vous êtes folle, madame, dit Clairwil, il n’y a point de Dieu ; et s’il y en avait un, comme tout ce qu’il ferait rapprocherait de la perfection, on l’enculerait peut-être, mais il ne foutrait pas des femmes

.

— Silence ! dit la Durand, livrez-vous aux impressions de la chair, sans vous inquiéter de ceux qui vous les font sentir : si vous dites encore un mot, tout est perdu

.

— Nous ne dirons rien, répondis-je, mais réfléchissez bien, surtout, que nous ne voulons ni vérole, ni enfants

.

— Aucune de ces choses n’est à craindre avec Dieu, reprit la Durand. Encore une fois, silence, car je ne peux plus rien vous répondre

.

Et je sentis très distinctement le vit du personnage qui se servait de moi, abondamment décharger dans mon cul ; il jura même, il devint furieux ; et, sans presque nous en apercevoir, à l’instant nous fûmes enlevées, toujours sur le même sopha

.

Nous nous trouvâmes dans une chambre sans meubles, laquelle, au temps que nous avions été à monter, nous parut extrêmement haute. Là, plus de rideaux qui séparassent nos têtes de nos corps. La Durand nous avait suivies : la même trappe l’avait enlevée près de nous. Deux petites filles de treize à quatorze ans se trouvaient dans cette chambre ; elles étaient liées sur des fauteuils… A leur contenance, à leur pâleur, nous jugeâmes facilement que ces créatures devaient être nées dans la plus extrême misère ; près de là, reposaient dans un berceau deux petits garçons de neuf mois. Une grande table était dans la chambre, et sur cette table beaucoup de paquets ressemblant à ceux qui enveloppent des drogues dans une pharmacie. Il y avait aussi dans cette pièce une beaucoup plus grande quantité de bocaux que nous n’en avions vu dans l’autre

.

— C’est ici que je vais vous parler, dit la Durand, et elle nous détacha. Vous, Clairwil, dit-elle en fixant les yeux sur la coupe qui contenait son sang (et vous voyez que je sais votre nom sans que vous me l’ayez appris), vous, dis-je, Clairwil, vous ne vivrez plus que cinq ans ; vous en auriez vécu soixante, sans les excès où vous vous plongez ; votre fortune augmentera, à mesure que votre santé s’affaiblira, et le jour que l’Ours passera dans la Balance vous regretterez les fleurs du printemps

.

— Je ne vous comprends pas, dit Clairwil

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— Écrivez mes paroles, dit la Durand, et vous verrez qu’elles seront justes un jour. Pour vous, Juliette… (et qui m’a dit votre nom, je vous prie), vous, Juliette, vous serez éclairée par un songe ; un ange vous apparaîtra, il vous dévoilera des vérités incompréhensibles ; mais ce que je puis, en attendant, vous prédire, moi, c’est qu’où le vice cessera, le malheur arrivera

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Ici, un nuage fort épais s’éleva dans la chambre. La Durand tomba en syncope, elle cria, fit d’étranges contorsions, pendant lesquelles son beau corps parut tout nu, et revint à elle dès que le nuage fut dissipé. Cette vapeur avait laissé dans la chambre une odeur mêlée d’ambre et de soufre. Nos vêtements nous furent rendus. Dès que nous les eûmes repris, la Durand nous demanda quelles étaient les sortes de poisons que nous désirions

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— Votre prédiction me tourmente, dit Clairwil… Mourir dans cinq ans !

— Peut-être l’éviterez-vous, répondit la Durand, j’ai dit ce que j’ai vu, mes yeux me trompent quelquefois

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— J’embrasse cet espoir, dit Clairwil, il me devient nécessaire… Que m’importe, au reste, n’eussé-je que huit jours à vivre, il faut qu’ils soient souillés par des crimes. Allons, faites-moi voir tous les poisons que vous avez : nous voulons visiter, et vos bocaux, et toutes les plantes curieuses de votre jardin. Vous nous expliquerez les propriétés de toutes ces choses ; nous ferons mettre de côté celles qui nous plairont ; vous nous en donnerez le compte après

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— Il me faut encore vingt-cinq louis, dit la sorcière, tout le reste aura son prix à part. Si vous voulez faire des expériences, vous en serez les maîtresses ; les deux petites filles que vous voyez là sont à vos ordres : si elles ne vous suffisent pas, à cinquante louis pièce, je vous fournirai des hommes ou des femmes à volonté

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— Vous êtes délicieuse, madame ! dis-je en sautant au cou de la Durand… oui, vous êtes une femme adorable, et vous serez contente de nous

.

La sorcière, s’emparant alors d’une baguette d’ébène, et descendant à mesure tous les bocaux qui se trouvaient sur les rayons, commença l’explication des aphrodisiaques et des philtres amoureux, ainsi que des emménagogues et des électuaires anti-aphrodisiaques. Nous fîmes mettre de côté une ample provision des premiers, parmi lesquels beaucoup de cantharide, de gens-eng, et quelques fioles de la liqueur de joui, du Japon, que la Durand nous fit payer, à cause de sa rareté et de ses vertus surprenantes, dix louis la fiole

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— Ajoutez pour mon compte quelques-unes des dernières, dit Clairwil, il y a beaucoup d’hommes à qui j’en ferai prendre avec plaisir

.

— Venons maintenant aux poisons, dit la Durand ; s’il est quelquefois beau de travailler à la progéniture de l’espèce humaine, il est plus souvent délicieux d’en arrêter le cours

.

— Ne mettez donc point ces deux actions sur la même ligne, dis-je à la Durand : l’une est horrible, l’autre est divine. Ce n’est point pour travailler à la progéniture que nous achetons ces philtres, c’est pour doubler notre lubricité ; et cette progéniture, bien constamment abhorrée, c’est pour la détruire avec délices que nous allons acheter ce qui suit

.

— Embrassez-moi, dit la Durand, voilà les femmes que j’aime ; plus nous nous connaîtrons, et plus, j’espère, nous nous conviendrons mutuellement

.

Ces poisons étaient en très grand nombre, classés chacun suivant son genre. Dans la nomenclature des premiers que nous parcourûmes, la Durand nous fit remarquer particulièrement la poudre du crapaud verdier : les effets qu’elle nous en raconta irritèrent tellement notre imagination, que nous témoignâmes sur-le-champ à la Durand le désir d’en faire une épreuve

.

— Volontiers, nous dit-elle, choisissez l’une des deux filles qui nous accompagnent

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Et ayant détaché celle qui paraissait nous convenir, elle nous demanda si nous avions la fantaisie de la faire foutre par un homme, et de l’empoisonner pendant ce temps : nous répondîmes que cet épisode nous amuserait. La Durand sonna : un homme grand, sec, pâle et bilieux, d’environ cinquante ans, parut dans un assez grand désordre

.

— Voilà, dis-je tout bas à ma compagne, l’homme qui vient de s’amuser de nous

.

— Je le crois, me répondit Clairwil

.

— Alzamor, dit la Durand, il faut dévirginer cette pucelle, pendant que ces dames vont la désorganiser avec cette poudre ; bandes-tu 

?

— Abandonnez-moi l’enfant, dit Alzamor, je verrai ce que je pourrai faire

.

— Madame, dis-je à la Durand, quel est cet homme 

?

— C’est un vieux sylphe, me répondit la Durand, voulez-vous que d’un mot je le fasse disparaître 

?

— Oui, dis-je

.

La Durand prononça deux effroyables paroles qu’il me fut impossible de retenir, et nous ne vîmes plus que de la fumée

.

— Faites revenir le sylphe, dit Clairwil

.

Un mot presque pareil, et un second nuage le ramenèrent. Cette fois-ci, le sylphe bandait, et ce fut le vit en l’air qu’il s’empara de l’enfant. Cet homme était d’une vigueur prodigieuse : en deux minutes, il dépucela la jeune fille, et fit couler le sang dans la chambre. Ce fut alors que Clairwil fit avaler à la petite fille de la poudre de crapaud verdier dans un bouillon. Ses convulsions furent subites. Au milieu de ces convulsions, Alzamor la retourna promptement pour l’enculer : alors ses contorsions et ses cris augmentèrent ; elle faisait horreur à regarder. En six minutes elle creva, et le sylphe ne lui déchargea dans le cul que lorsqu’elle fut absolument sans vie. Ses angoisses furent épouvantables ; lui-même poussa des cris affreux, et ce fut à la violence de cette extase que nous achevâmes de nous convaincre que cet homme était le même qui avait joui de nous. Le mot barbare fut répété : Alzamor disparut et la victime avec lui

.

La Durand poursuivit son poison, et après nous avoir expliqué quelques instructions du second genre

.

— Voici, nous dit-elle, de la chair calcinée de l’engri, espèce de tigre d’Éthiopie : son effet est d’une subtilité qui mérite d’être observée par des dames aussi curieuses que vous

.

— Faisons donc un essai, dit Clairwil, mais sur un jeune homme

.

— De quel âge le voulez-vous ? demanda la Durand

.

— Dix-huit ou vingt ans

.

Aussitôt il en parut un beau, bien fait, porteur d’un superbe membre, mais dans un état de misère et de délabrement qui nous fit voir quelle était la classe où notre sorcière choisissait ses victimes

.

— Vous en amuserez-vous ? dit la Durand

.

— Oui, dis-je, mais nous voulons que tu sois en tiers avec nous ; il faut qu’il nous foute toutes les trois

.

— Comment ! vous avez envie de me voir foutre 

?

— La plus grande, répondis-je

.

— Je suis une scélérate, je vous effrayerais

.

— Non, garce, non, dit Clairwil en lui sautant au cou, non, tu ne nous effrayeras pas ; tu es digne de nous, et nous brûlons de te voir en action

.

Et, sans autre formalité, Clairwil vole au jeune homme ; elle l’excite pendant que je trousse la Durand, et que je dévore des yeux, des mains et de la langue, toutes les parties de son beau corps. Il était impossible d’être mieux faite, d’avoir des chairs plus fraîches, plus fermes et plus blanches ; Durand avait surtout les plus belles fesses et les plus beaux tétons qu’il fût possible de voir, et un clitoris… oh ! de nos jours nous n’en avions vu ni de si longs ni de si raides. J’avoue que je ressentis dès lors un penchant invincible pour cette femme, et je la gamahuchais déjà de tout mon cœur, lorsque Clairwil, amenant le jeune homme par le bout du vit, m’écarta pour enfoncer ce vit dans le con de la sorcière : mais elle s’y opposa avec un cri terrible

.

— Pourquoi donc exiger cette horreur de moi ? dit-elle. Je n’aime pas à foutre en con, je ne le puis, d’ailleurs : me prenez-vous donc pour une femme ordinaire 

?

Et rejetant l’homme d’un vigoureux coup de poing, elle lui présente aussitôt les fesses. Clairwil conduit le membre, qui disparaît sans préparation dans l’anus, avec la même facilité qu’il se serait englouti dans le plus vaste con. Et ce fut alors que la putain frétilla de la plus lubrique manière ; Clairwil et moi, nous nourrissions son extase en la gamahuchant, en la polluant, en la baisant, en la caressant de tous nos moyens physiques et moraux. On ne se peint point l’ardeur de l’imagination de cette femme, la saleté de ses propos, le décousu original de ses idées luxurieuses, le désordre, en un mot, qui régnait dans toute sa personne, établi par l’incroyable chaleur de ses passions. Au milieu de la crise, elle voulut baiser nos culs ; et la putain les gamahucha et les foutit comme l’eût fait un homme

.

— Empoisonnez !… empoisonnez donc ! nous cria-t-elle, au moment où le délire allait s’emparer de ses sens

.

— Non, pardieu ! dit Clairwil, il faut que ce manant-là nous encule toutes les deux avant

.

Ici la Durand jeta des cris affreux, se tordit les membres, tomba dans une affreuse attaque de nerfs, et perdit une si grande quantité de foutre, que ma bouche, qui la suçait alors, s’en trouvait pleine exactement

.

— Il n’a rien perdu, nous dit-elle en rejetant le jeune homme, empêchez-le de décharger, afin qu’il vous foute mieux

.

Et mon cul se trouvant présenté le premier, ce fut dedans que le fouteur vint élancer son sperme dont le derrière de la Durand avait si bien préparé l’éjaculation. Je continuai, pendant qu’on m’enculait, de pomper les jets de foutre jaillissant encore du vagin de la Durand, dont Clairwil langotait l’anus

.

Mon amie me remplaça bientôt et ce fut pendant que le jeune homme la sodomisait que la Durand lui fit avaler la poudre. Les convulsions lui prirent avant qu’il n’eût le temps de sortir du cul de mon amie, de manière qu’il mourut en l’enculant, ce qui jeta Clairwil dans une crise de plaisir si violente, que je crus qu’elle en expirerait elle-même

.

— Sacredieu, nous dit la bougresse, je crois que j’ai son âme et son foutre à la fois. Vous n’imagineriez pas à quel point le vit de ce coquin-là s’est grossi pendant que les convulsions le travaillaient ; on n’a pas d’idée du plaisir que donne une semblable opération

.

Ô femmes voluptueuses ! empoisonnez vos fouteurs pendant qu’ils sont dans vos culs ou dans vos cons, et vous verrez ce qu’on y gagne… Nous eûmes effectivement toutes les peines du monde à retirer le vit du mort de l’anus de ma compagne, et quand nous en fûmes venues à bout, nous nous aperçûmes que les convulsions de la mort ne l’avaient point empêché de décharger

.

— Eh bien ! dit Clairwil, ne vous avais-je pas bien dit que son âme s’était exhalée avec son foutre, et que mon cul avait tout recueilli

.

Le cadavre s’emporte, et notre examen continue

.

Ce troisième examen nous offrit, entre autres, le poison royal (celui qui, sous Louis XV, fit périr tant d’individus de sa famille) : des épingles et des dards empoisonnés, des venins mêlée des serpents connus sous les noms de cucurucu, de kokob et d’aimorrhoüs, celui de polpoch, sorte de serpent qui se trouve dans la province Jupatan

.

— La liqueur où je le tiens, nous dit la Durand, est suffisamment empreinte de ce venin pour devenir très dangereuse : jamais les épreuves que j’en ai faites n’ont manqué. Voulez-vous en voir une 

?

— Assurément, répondis-je, vous êtes bien sûre que nous ne refuserons jamais de telles propositions

.

— Quelle victime choisissez-vous 

?

— Un beau jeune homme, dit Clairwil

.

— Allons, dis-je, tu m’entraînes dans toutes les erreurs ; il faut bien que je me corrompe avec toi

.

Un simple coup de cloche fit apparaître un garçon de dix-huit ans, plus beau que le dernier, et dans le même état de misère

.

— Voulez-vous, dit la Durand, qu’Alzamor l’encule devant vous 

?

— Volontiers

.

Un nuage s’élève et le sylphe paraît

.

— Foutez ce garçon, dit la Durand, ces dames veulent éprouver sur lui la liqueur du polpoch

.

— Attendez, dit Clairwil, il faut qu’il m’encule pendant ce temps-là

.

— Et que ferons-nous, Durand et moi 

?

— Tu gamahucheras le cul d’Alzamor, Juliette ; et la Durand, sur laquelle je serai couchée, m’enconnera avec son clitoris ; rien n’empêchera ma fouteuse d’agir, et quand elle verra le jeune homme prêt à me décharger dans le cul, elle lui donnera un petit verre du poison dont nous désirons voir l’épreuve

.

Tout s’arrange au gré de mon amie ; mais, le verre avalé, le jeune homme éprouve une si forte crise que toutes les attitudes se dérangent. Nous cédons le milieu de la chambre au patient ; Alzamor branle Clairwil. Je me jette dans les bras de la Durand, qui me chatouille à ravir : on n’a ni plus d’art, ni plus d’expérience, toutes les issues de la volupté sont également parcourues par les doigts libertins de cette délicieuse femme, dont la bouche amoureuse me couvre des plus chauds baisers. Cependant la malheureuse victime chancelle comme un homme ivre ; peu à peu l’infortuné tombe, toujours sous nos yeux, dans un vertige effrayant. Les commotions ressenties au cerveau étaient si terribles, qu’il s’imaginait avoir la tête pleine d’eau bouillante. Cet état fut suivi d’une enflure générale de tout le corps ; le visage devint livide, les yeux lui sortaient de la tête, et le malheureux, en se débattant d’une manière horrible, tombe enfin à nos pieds au milieu des contorsions et des convulsions les plus bizarres, pendant que nous répandions, tous quatre, des flots du foutre le plus impur et le plus abondant

.

— Voilà la plus divine de toutes les passions dit Clairwil ; voilà celles qui me feront toujours tourner la tête, et auxquelles je me livrerai sans cesse avec délices, toutes les fois que je le pourrai sans crainte 

!

— Jamais, dit la Durand, le meurtre causé par le poison ne peut en inspirer : quels témoins vous trahiront dans ce cas ? quelles traces déposeront contre vous ? L’art du plus habile chirurgien y échoue, et il lui est presque impossible de discerner les effets du poison d’avec les causes d’une maladie naturelle d’entrailles. Niez, et soyez ferme ; que le crime soit gratuit ; que l’on ne vous trouve point d’intérêt à l’avoir commis, et vous serez toujours à couvert

.

— Poursuis, séductrice, poursuis, lui dit Clairwil, si je te croyais, je dépeuplerais, je crois, tout Paris ce soir 

!

La Durand prononça son mot barbare : le sylphe disparut

.

— Descendons maintenant au jardin, nous dit la sorcière ; je vous le propose pour vous contenter, car la rigueur du dernier hiver a fait périr toutes mes plantes : il ne me reste presque plus rien

.

Ce jardin, extrêmement sombre, ressemblait beaucoup à un cimetière. Excepté dans la partie des plantes rares, de très grands arbres l’ombrageaient partout. Notre curiosité nous porta sur-le-champ vers un coin isolé où la terre nous parut fraîchement remuée

.

— Voilà où tu caches tes crimes, est-il vrai, Durand ? demanda Clairwil

.

— Venez, venez, dit la sorcière en nous entraînant : il vaut mieux vous faire voir avec quoi l’on tue, que ce qui est tué

.

Nous la suivîmes. Après plusieurs explications qu’elle nous fit 

:

— Écoute, lui dis-je, la vue de ce cimetière, positivement à côté de nous, m’échauffe étonnamment la tête. Je voudrais que tu fisses avaler de la plante qui occasionne les crises les plus violentes à une petite fille de quatorze ou quinze ans. On ouvrirait un trou prêt à la recevoir, nous nous enfermerions dans ce cimetière, et lorsque les convulsions du venin entraîneraient naturellement la victime dans le trou préparé, on la couvrirait de terre et nous déchargerions

.

— Je suis décidée à ne rien vous refuser, nous dit la Durand. Vous voyez que j’ai prévu votre proposition, car voilà une jeune fille, et, si vous voulez bien observer le cimetière, vous y verrez, vers l’orient, une fosse toute prête. Une très jolie enfant se trouve effectivement toute nue derrière un figuier sauvage de Cayenne, et le trou qu’annonçait la Durand s’ouvrit sous nos yeux, sans qu’il nous fût possible de deviner par quelle magie

.

— Eh bien ! dit la sorcière en nous voyant pétrifiées, est-ce que vous avez peur de moi 

?

— Peur ! non : mais nous ne te concevons pas

.

— Toute la nature est à mes ordres, nous répondit la Durand, et elle sera toujours aux volontés de ceux qui l’étudieront : avec la chimie et la physique on parvient à tout. Archimède ne demandait qu’un point d’appui pour soulever la terre, et moi, je n’ai plus besoin que d’une plante pour la détruire en six minutes

.

— Délicieuse créature, dit Clairwil en la serrant dans ses bras, que je suis heureuse d’avoir rencontré quelqu’un dont les procédés répondent si bien à mes opinions 

!

Nous nous enfermâmes dans le cimetière avec la petite fille. Dès qu’elle eut avalé le venin, ses contorsions commencèrent

.

— Asseyons-nous, dis-je, sur la paille la plus fraîchement remuée

.

— Je vous entends, répondit la sorcière

.

Elle sort une boîte de sa poche, parsème le cimetière de la poudre contenue dans cette boîte, et le terrain, se bouleversant aussitôt, nous offre un sol hérissé de cadavres

.

— Oh ! foutre, quel spectacle ! dit Clairwil se vautrant sur ces monceaux de morts. Allons, sacredieu ! branlons-nous ici toutes trois, en voyant souffrir cette garce

.

— Mettons-nous nues, dit la Durand : il faut que nos chairs pressent et foulent ces ossements ; c’est de cette voluptueuse sensation que nous devons obtenir une des meilleures branches de lubricité

.

— Il y a, dis-je, une chose toute simple à faire : formons-nous des godemichés avec les os de ces victimes

.

Et Clairwil, trouvant l’idée délicieuse, se hâte de nous donner l’exemple

.

— Bien ! dis-je à ma compagne, mais il faut être assise sur des têtes, il faut que le trou de nos culs soit chatouillé de cette pression aiguë… Voyez où je me place

— Ah ! dit Durand, c’est justement sur la tête fraîche encore du dernier garçon que vous avez immolé. Attends, Juliette, je vais saisir une de ses mains, pour te branler avec

.

Que vous dirai-je… mes amis ! le délire et l’extravagance furent à leur comble, nous imaginâmes… nous exécutâmes cent autres choses plus infâmes encore, et la victime expira sous nos yeux dans d’exécrables convulsions. Les dernières l’ayant machinalement conduite vers son trou, elle y tomba ; je déchargeai dans les bras de mes deux amies qui, elles-mêmes, m’inondèrent de foutre en suçant l’une ma gorge, l’autre ma bouche. Nous nous rhabillons, et notre examen se poursuit avec le même sang-froid qu’auraient fait des sots qui viendraient de se livrer à la vertu. Après avoir parcouru le reste de son jardin, nous remontâmes

.

— Les deux enfants que vous voyez dans ce berceau, nous dit la Durand, sont les matières dont je vais, si vous voulez, me servir devant vous, pour composer le plus cher et le plus actif de mes poisons. Désirez-vous jouir de ce spectacle 

?

— Assurément, répondîmes-nous

.

— Je ne m’en étonne pas,. dit la Durand, je vous connais maintenant pour des femmes philosophes qui ne voient la désorganisation de la matière que comme une opération de chimie, et le puissant intérêt des résultats l’emporte dans vous sur le prétendu crime que trouvent les sots dans cette action… Je vais manipuler

.

La Durand saisit, l’un après l’autre, les enfants qui étaient dans ce berceau ; elle les pend au plafond par les pieds, et les déchire à coups de verges. La bouche de ces infortunés se couvre d’écume : la sorcière recueille précieusement cette mousse, et nous la vend cent louis, en nous certifiant que, de tous les poisons qu’elle compose, celui-là est le plus violent, et c’était vrai. Les enfants expirèrent, sans que la Durand, qui les laissa toujours accrochés, eût seulement l’air de s’en douter. Heureux flegme du crime ! voilà où il faut être pour vous commettre avec délices 

!

— Oh ! ma chère amie, dit Clairwil en réfléchissant sur tout ce qu’elle venait de voir, vous avez là de terribles secrets

.

— J’en ai bien d’autres, mesdames, répondit la Durand. La vie des hommes est entre mes mains. Je puis répandre des pestes, empoisonner des rivières, propager des épidémies, putréfier l’air des provinces, corrompre des maisons, des vignes, des vergers, transformer en venin la chair des bestiaux, incendier des maisons, faire mourir subitement celui qui respirera une fleur ou décachettera une lettre : je suis, en un mot, une femme unique dans mon genre, personne ne peut me le disputer

.

— Mais, madame, dis-je à la Durand, comment quelqu’un qui connaît aussi bien la nature peut-il admettre l’existence d’un Dieu ? Quand nous vous avons demandé tout à l’heure par qui nous étions foutues, vous nous avez répondu que c’était par Dieu

.

— En est-il un plus puissant que le vit ? répondit la Durand

.

— Ah ! j’aime mieux que vous me répondiez ainsi qu’autrement… Allons, de la franchise, ma chère, n’est-il pas vrai que vous ne croyez pas en Dieu 

?

— Mes amies, nous dit la Durand, plus on étudie la nature, plus on lui arrache ses secrets, mieux on connaît son énergie, et plus on se persuade de l’inutilité d’un Dieu. L’érection de cette idole est, de toutes les chimères, la plus odieuse, la plus ridicule, la plus dangereuse et la plus méprisable ; cette fable indigne, née, chez tous les hommes, de la crainte et de l’espérance, est le dernier effet de la folie humaine. Encore une fois, c’est méconnaître la nature que de lui supposer un auteur ; c’est s’aveugler sur tous les effets de cette première puissance, que d’en admettre une qui la dirige, et vous ne verrez jamais que des sots ou des fripons admettre ou croire à l’existence d’un Dieu. Le prétendu Dieu des hommes n’est que l’assemblage de tous les êtres, de toutes les propriétés, de toutes les puissances ; il est la cause immanente et non distincte de tous les effets de la nature ; c’est parce qu’on s’est abusé sur les qualités de cet être chimérique, c’est parce qu’on l’a cru tour à tour bon, méchant, jaloux, vindicatif, qu’on a supposé de là qu’il devait punir ou récompenser ; mais Dieu n’est que la nature, et tout égal à la nature ; tous les êtres qu’elle produit sont indifférents à ses yeux, puisqu’ils ne lui coûtent pas plus à créer l’un que l’autre, et qu’il n’y a pas plus de mal à détruire un bœuf qu’un homme

.

— Et votre système sur l’âme, quel est-il, madame ? demanda Clairwil, car votre philosophie s’accorde trop avec nos principes, pour que nous n’aimions pas à l’analyser

.

— Aussi matérialiste sur le système de l’âme que sur celui de la divinité, je vous avouerai, nous dit la Durand, qu’après avoir lu avec attention toutes les rêveries des philosophes sur cet article, j’en suis venue à me convaincre que l’âme de l’homme, absolument semblable à celle de tous les animaux, mais autrement modifiée dans lui, à cause de la différence de ses organes, n’est autre chose qu’une portion de ce fluide éthéré, de cette matière infiniment subtile dont la source est dans le soleil. Cette âme, que je regarde comme l’âme générale du monde, est le feu le plus pur qui soit dans l’univers, il ne brûle point par lui-même, mais, en s’introduisant dans la concavité de nos nerfs, où est sa résidence, il imprime un tel mouvement à la machine animale, qu’il la rend capable de tous les sentiments et de toutes les combinaisons. C’est un des effets de l’électricité dont l’analyse ne nous est pas encore suffisamment connue, mais ce n’est absolument pas autre chose. A la mort de l’homme, comme à celle des animaux, ce feu s’exhale et se réunit à la masse universelle de la même matière, toujours existante et toujours en action. Le reste du corps se putréfie et se réorganise sous différentes formes que viennent animer d’autres portions de ce feu céleste. Jugez, d’après cette définition, ce que doivent être, aux yeux de ceux qui l’admettent, les comiques idées de l’enfer et du paradis

.

— Ma chère, dit Clairwil, après cette manière franche de raisonner avec nous, et d’après celle dont vous nous voyez adopter vos opinions, vous devriez bien nous avouer, avec la même candeur, quel est ce Dieu par qui vous nous avez fait si bien fouetter et foutre tout à l’heure. Dès que vous révélez à nos yeux les mystères de la nature, pourquoi craindriez-vous de nous dévoiler ceux de votre maison 

?

— Parce que ceux de la nature sont à tout le monde, répondit la Durand, et que ceux de ma maison n’appartiennent qu’à moi. Je puis, d’après cela, les avouer ou les faire, suivant ma volonté : or elle n’est pas de vous les dire, et si vous persistez à me les demander, dussiez-vous me couvrir d’or, vous n’emporterez rien de chez moi

.

— Eh bien, dis-je, n’appuyons pas davantage sur un objet qu’il plaît à madame de nous cacher ; continuons seulement de lui faire quelques-unes des questions où il me semble qu’elle peut répondre… Il est certain qu’il se fait du libertinage chez vous, nous sommes payées pour en être sûres : quel est celui que vous pouvez nous faire ? car nous sommes extrêmement libertines

.

— Il n’est pas une seule passion, répondit la Durand, pas une seule fantaisie, pas un être vivant sur la terre, pas un égarement, quelque bizarre qu’il puisse être, dont vous ne puissiez vous procurer ici la jouissance. Indiquez-moi seulement, quelques heures avant, ce à quoi vous avez envie de vous livrer, et, tel extravagant, tel irrégulier, tel effroyable que cela puisse être, je vous proteste de vous le faire exécuter. Je dis plus, s’il y a quelques hommes ou quelques femmes dans le monde dont vous vouliez connaître les goûts ou les passions, je les ferai trouver ici, et sans qu’ils puissent soupçonner la trahison, vous les observerez au travers d’une gaze. Cette maison est tout entière à moi ; la facilité avec laquelle on arrive de quatre côtés sans être vu, sa position isolée, la sévérité de sa clôture, le mystérieux, en un mot, dont elle est, assure, ce me semble, à la fois, et la discrétion et le plaisir. Ordonnez donc et vous serez servies : tous les individus, toutes les nations, tous les sexes, tous les âges, toutes les passions, toutes les débauches, tous les crimes, tout… tout est à vos ordres ici. Vous payez bien, je le sais, et avec de l’argent l’on fait tout chez moi

.

— Vous ne devez pourtant pas en avoir grand besoin, madame, vos richesses doivent être immenses 

?

— Oui, répondit la Durand, mais j’ai des goûts aussi, et comme je mange presque tout ce que je gagne, je ne suis pas, à beaucoup près, aussi riche que vous pourriez le penser… Oui, madame, oui, le mystère et la distraction sont dans leur centre ici ; vous avez immolé cinq ou six victimes : vous en assassineriez cinq cents, qu’il n’en serait pas davantage. Voulez-vous renouveler quelques expériences sur des garçons, sur des filles, sur des personnes faites, sur des enfants, sur des vieillards ? Parlez, dans un instant vous serez servies

.

— Je veux, dit Clairwil, enculer, avec des godemichés de fer rouge, deux garçons de quinze ans, pendant que vous les martyriserez, et que deux beaux hommes, déjà tout empoisonnés, m’enculeront

.

— Cent louis pour chaque victime, dit la Durand, et vous serez satisfaites

.

— Vous me donnerez donc deux jeunes filles, dis-je, car je n’aime à faire que sur mon sexe ce que cette putain veut faire aux hommes. Je les enconnerai avec des godemichés semblables, et votre sylphe leur déchirera le corps avec des martinets d’acier également rouges ; on me fouettera pendant l’opération

.

— Cinquante louis par fille, dit la Durand

.

Nous payâmes, et en moins de dix minutes tout fut en train

.

Rien de plus joli comme les petites filles qu’on me donna, et rien de féroce comme les procédés du sylphe. Les malheureuses victimes expirèrent dans nos bras, et notre délire à l’une et l’autre devint impossible à peindre ; le sylphe et les cadavres disparurent, mais rien ne nous apaisait. Clairwil, échevelée comme une bacchante, écumait de luxure, et je n’étais guère plus calme. La Durand nous conjura de nous livrer à quelque autre passion, et que si cela nous plaisait, elle nous ferait, pendant ce temps-là, observer par des libertins

.

— Donnez une victime à chacune, répondîmes-nous, et les examinateurs seront contents

.

On m’amène une fille charmante, nue et garrottée ; un semblable holocauste du sexe masculin est offert à ma compagne. Nous commençâmes à les étriller avec des paquets d’orties et des martinets à pointes. Ici, la Durand, qui s’était retirée, revint doucement frapper à notre porte

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— La preuve qu’on vous regarde, nous dit-elle, c’est qu’on vous conjure de prolonger le supplice, et de vous tourner de ce côté en opérant : on veut voir vos culs, l’on n’a pu les juger encore

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— Sors, et dis qu’on sera satisfait, répondit Clairwil

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Nous continuâmes. La féroce créature ouvre le ventre du jeune garçon qu’on lui a donné, elle lui arrache le cœur et se l’enfonce tout chaud dans le con ; elle se branle avec

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— Oh ! sacredieu ! dit-elle en se pâmant, il y a un siècle que j’ai la fantaisie de me branler avec des cœurs d’enfants ! tu vas voir comme je vais décharger

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Couchée sur le cadavre de sa malheureuse victime, elle lui suçait encore la bouche en se foutant avec le cœur

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— Je veux qu’il m’entre tout entier dans le con, dit-elle

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Et pour se procurer la facilité de le retirer, elle passa une ficelle au travers, et le viscère disparut

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— Oh, foutre ! que c’est délicieux ! dit Clairwil en hurlant de plaisir ; essaye, Juliette, essaye ! il n’est pas au monde de voluptés plus grandes

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— J’ai connu, répondis-je, un homme qui avait à peu près le même goût. Il faisait un trou dans un cœur encore palpitant, y fourrait son vit et y déchargeait

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— Cela pouvait être charmant, dit Clairwil, mais moins joli que ce que je fais : tâtes-en, Juliette, je t’en conjure

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Rien de tel que l’exemple sur une imagination comme la mienne : il décide, il encourage, il électrise. J’eus promptement éventré ma victime, et son cœur palpitant fut bientôt dans mon con. Mais les voies, plus étroites que celles de ma compagne, résistèrent : je ne pus jamais l’introduire

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_ Coupe-le, me dit Clairwil en voyant mon embarras, pourvu qu’il en entre une partie, c’est tout ce qu’il faut

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J’exécute, et par les mêmes procédés que Clairwil, je m’enfonce une moitié du cœur dans la matrice. L’affreuse coquine avait raison : il n’est point de godemiché qui vaille cela ; il n’en est point qui ait autant de chaleur et d’élasticité… Et le moral, mes amis, comme il est embrasé par ces horreurs ! Oh ! oui, oui, je l’avoue, Clairwil avait une excellente idée, et depuis bien longtemps je n’avais si délicieusement déchargé. Au bout d’une heure passée dans ces infamies, nous fîmes remonter la Durand

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— Foutre ! dit-elle en voyant ces affreux débris, il ne s’agit, me semble, que de vous en faire voir 

!

— Nous en massacrerions comme cela à toutes les heures du jour, dit Clairwil ; va, ma chère, le meurtre nous est aussi familier qu’à toi… nous l’idolâtrons comme toi, et dès qu’on tue dans ta maison, tu as dans nous deux excellentes pratiques

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— Mes bonnes amies, nous dit la Durand, ce n’est pas tout, j’ai encore quelque chose à vous proposer. Voulez-vous me faire gagner cinquante louis 

?

— Assurément

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— Eh bien, ayez la complaisance de vous prêter toutes les deux un moment à l’examinateur : il brûle du désir de s’amuser avec vous, il en bande comme un furieux

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— Soit, dis-je, mais nous voulons aussi de l’argent : rien ne porte bonheur comme celui qu’on gagne au bordel. Demande-lui cent louis, nous en voulons vingt-cinq chacune

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— Je suis de l’avis de ma compagne, dit Clairwil : mais que nous fera cet homme ? Il faut se faire payer en raison des complaisances

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— Ah ! dit Durand, il vous fera beaucoup de choses, il est extrêmement libertin. Mais il sait que vous êtes des dames comme il faut, et il vous ménagera

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— Qu’il entre, dis-je, et qu’il paye bien, nous n’avons pas envie d’être ménagées : nous sommes des putains, et nous voulons être traitées comme telles

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Le personnage parut. C’était un petit homme d’environ soixante ans, gros, court, et de la tournure d’un opulent financier ; il était presque nu, on le sodomisait, son enculeur l’instrumentait tout en marchant

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— Les beaux culs… foutre !… les beaux culs ! s’écria-t-il en nous les maniant, vous avez fait des choses délicieuses… (et continuant toujours de se branler) vous avez tué… vous avez massacré : comme j’aime toutes ces choses-là ! Quand vous voudrez, nous en ferons ensemble

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A ces mots, le paillard me renverse sur le lit, et m’encule, en maniant les fesses de Clairwil. Au bout de quelques allées et venues assez grossièrement faites, il change de poste et c’est ma compagne qu’il gommorrhise, en examinant et baisant mon derrière. Ici son fouteur déchargea. Le petit homme, bien persuadé qu’il ne peut se tenir valeureusement en selle s’il n’est étayé d’un bon vit au derrière, décule aussitôt, et, s’emparant d’une poignée de verges, il ordonne à son fouteur de nous tenir, pendant qu’il va nous fouetter à la fois. Mais dans quelle posture bizarre le petit scélérat nous met ! Son homme était entre nous deux, nous étions chacune sous un des bras de cet homme, et contenues par les cheveux. Au moyen de cela, M. Mondor avait un beau vit à branler et deux superbes culs à fesser. Il se met à l’ouvrage : nos derrières, déjà très en train, reçoivent tout ce qu’il plaît à ce bougre-là de leur administrer ; l’opération devient aussi longue que sanglante, il usa six poignées de verges, et nos cuisses furent aussi maltraitées que nos fesses ; dans les intervalles, il suçait le vit de son homme, et dès qu’il l’eut fait bander, il nous fit foutre par ce superbe membre. Après avoir été aussi bien flagellées, vous imaginez facilement que nous avions besoin de ce baume. Pendant que cet homme nous foutait alternativement, le financier maniait le cul du fouteur, et y introduisait son vit de temps en temps. Quand sa passion fut bien allumée, le scélérat désira un meurtre. On lui amena un petit garçon de onze qu’il encula ; on le foutit, le vilain nous ordonna d’ouvrir la victime, d’en arracher le cœur comme nous venions de faire, et de lui en barbouiller le nez pendant qu’il déchargeait : tout s’exécuta, et le monstre, inondé de sang, perd son foutre en beuglant comme un taureau. A peine a-t-il fini, qu’il disparaît comme un éclair, sans nous adresser un seul mot. Tels sont les effets du libertinage sur des âmes timorées : le remords et la honte suivent de près l’instant du délire, parce que ces gens-là ne savent pas se faire de principes, et qu’ils s’imaginent toujours avoir mal fait, parce qu’ils n’ont pas fait comme tout le monde

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— Quel est cet original ? demandâmes-nous à la Durand

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— C’est un homme excessivement riche, nous répondit-elle, mais dont vous ne saurez pas le nom : vous ne voudriez pas que je dise les vôtres 

?

— Et ses mains quelquefois se souillent-elles de meurtres 

?

— Très souvent il opère lui-même ; il n’était pas en train aujourd’hui, et voilà d’où vient qu’il vous a chargées de l’opération ; il est timide… dévot même… il va prier Dieu quand il fait des horreurs

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— L’imbécile ! que je le plains. Quand on fait tant que de se jeter dans la carrière où nous sommes, il faut avoir franchi tous les préjugés ; il faut y marcher d’un pas ferme, ou l’on se prépare bien des maux

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Et, nous rajustant, nous fîmes un paquet de tous les poisons que nous avions achetés, payâmes largement une aussi bonne connaissance, et regagnâmes notre voiture, en nous promettant bien, l’une et l’autre, de cultiver une femme si utile, et de faire de nos emplettes chez elle l’usage le plus multiplié

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— J’en donnerai, me dit Clairwil, à toutes les créatures que je rencontrerai, dans la seule vue de commettre une action qui, je le sens, devient la plus chatouilleuse pour mes sens et la plus chérie de mon cœur

.

Je brûlais de faire connaître la Durand à Belmor, je les trouvais tous deux si dignes l’un de l’autre, que je me branlais depuis longtemps sur l’idée de voir mon amant dans les bras de cette mégère. Je lui en parlai, il ne la connaissait pas ; nous y fûmes. Je n’avais pas eu le temps d’y retourner depuis la fameuse visite que nous lui avions faite avec Clairwil. Après quelques reproches de l’avoir négligée si longtemps, elle reçut le comte à merveille. Enchanté de tout ce qu’il vit là, après un grand nombre d’emplettes, il ne put tenir aux titillations voluptueuses que lui inspirait cette belle femme. La scène, ainsi que je la voulais, se passa sous mes yeux. Après avoir sodomisé la coquine, Belmor la pria de satisfaire à sa passion de choix : je fus chargée de l’expliquer. Les victimes paraissent à l’instant, et Belmor, aidé par moi, se satisfait délicieusement

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— Cette passion est charmante, nous dit la Durand ; si vous voulez venir après demain chez moi, je vous en ferai voir une à peu près dans le même genre, quoique mille fois plus extraordinaire

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Nous n’y manquâmes pas ; mais la Durand était disparue ; la maison, bien fermée, ne s’ouvrit point ; et quelques perquisitions que je pusse faire, il me fut impossible de savoir ce qu’était devenue cette femme

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Deux ans passèrent ainsi, sans qu’il m’arrivât rien de bien singulier. Mon luxe, mes débauches se multipliaient à tel point, que je ne goûtais plus les plaisirs simples de la nature, et que s’il n’y avait pas quelque chose d’extraordinaire ou de criminel dans les fantaisies qui m’étaient proposées, j’y devenais absolument insensible. Il est vraisemblable que c’est dans cet état d’anéantissement que la vertu fait un dernier effort en nous, soit que notre épuisement nous mette dans cette situation de faiblesse où sa voix reprend son empire, soit que, par une inconstance naturelle, nous voulions, ennuyés de crimes, essayer un peu du contraire. Toujours est-il qu’il est un moment où les préjugés reparaissent, et s’ils triomphent lorsqu’on a pris la route du vice assurément ils nous rendent bien malheureux : il n’est rien de pis que les retours. Les événements que je vais raconter vous convaincront de cette assertion

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Je venais d’atteindre ma vingt-deuxième année, lorsque Saint-Fond me fit part d’un projet exécrable. Toujours entiché de ses vues de dépopulation, il s’agissait de faire mourir de faim les deux tiers de la France par d’affreux accaparements. Je devais avoir la plus grande part à l’exécution de ce dessein. Je l’avoue, toute corrompue que j’étais l’idée me fit frémir. Funeste mouvement, que vous me coûtâtes cher ! Pourquoi ne pus-je vous vaincre ? Saint-Fond, qui le surprit, se retira sans dire un mot. Et comme il était tard, je me couchai. Je fus longtemps avant de m’endormir ; un rêve affreux vint troubler mes sens : je crus voir une figure épouvantable, embrasant d’un flambeau mes meubles et ma maison ; au milieu de cet incendie, une jeune créature me tendait les bras… cherchait à me sauver, et périssait elle-même dans les flammes. Je m’éveille en songe, la prédiction de la sorcière se présente aussitôt à mon esprit : Où le vice cessera, m’a-t-elle dit, le malheur arrivera. Oh ciel ! je suis perdue ! j’ai cessé un instant d’être vicieuse ; j’ai frémi d’une horreur proposée ; le malheur va m’engloutir, cela est sûr… Cette femme que j’ai vue dans mon songe, c’est ma sœur, c’est la triste Justine avec laquelle je me suis brouillée, parce qu’elle a voulu suivre la carrière de la vertu ; elle s’offre à moi, et le vice s’affaiblit dans mon cœur. Fatale prédiction !… et toi qui pourrais me l’expliquer, tu disparais au moment où j’ai besoin de tes conseils… J’étais encore dans mon lit, affaissée de ces terribles réflexions, lorsqu’un inconnu, sans être annoncé, me remet un billet et se sauve. Je reconnais l’écriture de Noirceuil

« Vous êtes perdue, me mande-t-il ; je n’aurais jamais soupçonné de faiblesse celle que j’avais formée… celle qui s’était toujours aussi bien conduite. En vain chercheriez-vous à réparer votre tiédeur, le ministre ne serait plus votre dupe : votre premier mouvement vous a trahie. Quittez Paris dans le jour même, emportez avec vous l’argent que vous pourrez avoir, mais ne comptez plus sur autre chose. Tous les biens que vous vous êtes acquis par les largesses de Saint-Fond sont perdus pour vous. Vous connaissez d’ailleurs son crédit, sa colère, quand on lui manque : partez donc vite, et silence, surtout ; il y va de vos jours. Je vous laisse les dix mille livres de rente que je vous ai faites, elles seront payées partout sur vos quittances. Fuyez, et que vos amis ignorent tout. 

»

Un coup de foudre m’eût frappée moins cruellement ; mais je redoutais trop Saint-Fond pour ne pas prendre aussitôt mon parti. Je me lève à la hâte. Ayant déposé toutes mes richesses et toutes mes économies chez le notaire de Saint-Fond, je n’ose les aller dégager. Cinq cents louis… voilà tout ce qui me reste ; j’en fais aussitôt des rouleaux que je cache avec soin sur moi, et je sors seule… à pied, de cette maison où tant de faste m’environnait la veille… de cette maison sur laquelle je jette en pleurant les yeux pour la dernière fois. Je brûle de voir Clairwil ; je ne l’ose, on me l’a sévèrement défendu ; n’est-ce pas elle d’ailleurs qui m’a trahie ?… n’est-ce point elle qui veut usurper ma place ?… Ah ! comme le malheur rend injuste, et quel tort j’avais (vous le verrez bientôt), en soupçonnant ainsi ma meilleure amie. Allons, me dis-je, du courage ! n’attendons plus de secours que de nous-même… Je suis jeune encore… c’est une carrière à recommencer ; les fautes de ma jeunesse m’ont instruite… Ô funeste vertu !… j’ai pu me trouver ta dupe une fois ! Ah ! ne crains pas qu’on me revoie encore au pied de tes exécrables autels ; je n’ai fait qu’une seule faute, et ce sont de malheureux mouvements de probité qui me l’ont fait commettre. Absorbons-la pour jamais dans nous : elle n’est faite que pour perdre l’homme, et le plus grand malheur qui puisse arriver dans un monde tout à fait corrompu, est de vouloir se garantir seule de la contagion générale. Que de fois je l’avais pensé, grand Dieu 

!

Sans projets, et sans autre dessein que celui de me soustraire promptement à la vengeance de Saint-Fond, je me jetai machinalement dans la première voiture publique ; c’était celle d’Angers ; j’y arrivai bientôt. Étrangère dans cette ville, et n’y connaissant absolument personne, je résolus d’y prendre une maison et d’y donner à jouer. J’eus bientôt chez moi toute la noblesse du pays… Une infinité d’amants se déclarèrent ; mais l’air de pudeur et de retenue que j’affectais, persuada bientôt à mes soupirants que je ne me rendrais qu’à celui qui ferait ma fortune. Un certain comte de Lorsange, le même dont je porte aujourd’hui le nom, me parut plus assidu et beaucoup plus riche que les autres. Il était âgé de quarante ans… d’une fort belle figure, et la manière dont il s’exprimait me convainquit qu’il avait des vues plus relevées et plus légitimes que ses concurrents ; je l’écoutai. Le comte ne fut pas longtemps à me déclarer ses desseins. Célibataire, jouissant de cinquante mille livres de rente, n’ayant point de parents, si je me rendais digne de sa main, il aimait mieux, en m’épousant, me laisser sa fortune, que de la faire passer à des collatéraux inconnus ; et si je voulais être franche avec lui, ne lui cacher aucune circonstance de ma vie, dès le lendemain je devenais sa femme, et il me reconnaissait vingt mille livres de rente. De telles propositions étaient trop belles pour que je ne me rendisse pas aussitôt. Il fallait au comte une confession générale : j’osai tout dire

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— Écoutez-moi, Juliette, reprit M. de Lorsange après m’avoir entendue, les aveux que vous venez de me faire prouvent une franchise que j’aime. Celle qui avoue ses fautes avec une telle candeur est bien plus près de n’en jamais commettre, que celle qui n’a jamais connu que la vertu : la première sait à quoi s’en tenir, la seconde voudra peut-être essayer ce qu’elle ne connaît pas. J’exige de vous, madame, de vouloir bien m’écouter quelques instants. Votre conversion m’est précieuse, et je veux vous faire revenir de vos erreurs. Ce n’est point un sermon que je prétends vous faire, ce sont des vérités que je veux vous dire, des vérités que vous déguisa longtemps le bandeau des passions, et que vous trouverez toujours dans votre cœur quand vous voudrez l’écouter seul

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Ô Juliette ! celui qui put vous dire que les bonnes mœurs étaient inutiles dans le monde, vous a tendu le piège le plus cruel dans lequel il fût possible de vous prendre, et celui qui put ajouter à cela que la vertu était inutile et la religion une fable, eût peut-être mieux fait de vous assassiner tout d’un coup : dans ce dernier cas, il ne vous faisait éprouver qu’un instant de douleur ; dans l’autre, il sème la carrière de vos jours de ronces et d’infortunes. L’abus de mots a pu vous entraîner à toutes ces erreurs : sachez donc analyser avec justesse cette vertu qu’on voulut vous faire mépriser. Ce qu’on appelle ainsi, Juliette, est la fidélité constante à remplir nos obligations envers nos semblables. Or, je vous demande quel est l’être assez insensé pour oser placer le bonheur à ce qui brise tous les liens où nous enchaîne la société ? Croira-t-il, cet être-là, osera-t-il se flatter d’être le seul heureux quand il plongera tout le monde dans l’infortune ? sera-t-il assez fort, assez puissant, assez audacieux pour résister seul à la volonté de tous, et pour que la somme des volontés générales puisse céder aux irrégularités de la sienne ? se flatte-t-il d’avoir seul des passions ? si tous les autres en ont comme lui, comment espère-t-il assouplir aux siennes celles de tous les autres 

?

Vous m’avouerez, Juliette, qu’il n’y a qu’un fou qui puisse penser de cette manière. Mais à supposer que l’on lui cédât, est-il à l’abri des lois ? croit-il que leur glaive ne l’atteindra pas comme les autres ? Voulez-vous encore le mettre au-dessus de tout cela : eh bien, sa conscience ?… Ah ! croyez Juliette, qu’on n’échappe jamais à cette voix terrible : vous l’avez vu, vous l’avez éprouvé ; vous vous flattiez d’avoir étouffé cet organe à force de lui imposer silence, mais, plus impérieux que vos passions, il les a fait taire en les poursuivant

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En donnant à l’homme le goût de la société, il était nécessaire que l’être quelconque qui le lui inspirait lui donnât en même temps le goût des devoirs qui pouvaient l’y maintenir avec agrément. Or, dans l’accomplissement seul de ces devoirs se trouve la vertu. La vertu est donc un des premiers besoins de l’homme, elle est le seul moyen de sa félicité sur la terre

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Oh ! combien maintenant les vérités religieuses découlent facilement de ces premières vérités morales, et combien l’existence d’un Être suprême est facile à démontrer au cœur de l’homme vertueux ! Les sublimités de la nature, Juliette, voilà les vertus de l’Être créateur, comme la bienfaisance et l’humanité sont celles de l’être créé, et de l’enchaînement des uns aux autres naît la concorde de l’univers

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Dieu est le foyer de la sagesse suprême dont l’âme de l’homme est un rayon ; dès que vous fermez votre âme à ce feu divin, il n’y aura plus qu’erreur et infortune pour vous sur la terre. Jetez les yeux sur ceux qui ont voulu vous donner des principes différents, analysez de sang-froid leurs motifs : en avaient-ils d’autres que ceux de vous séduire et d’abuser de votre bonne foi ? en nourrissaient-ils d’autres que ceux de flatter leurs méprisables et dangereuses passions ? Et ils se trompaient encore, voilà ce qu’il y a de pis, voilà ce que le malhonnête homme ne calcule jamais : pour assurer une de ses jouissances, il en perd mille, et pour passer un jour heureux, il s’en prépare un million d’horribles. La contagion du vice est telle, que celui qui en est atteint veut empoisonner tout ce qui l’entoure ; la vertu blesse ses regards, il voudrait la cacher aux autres et le malheureux ne sent pas que tous les efforts qu’il fait pour l’anéantir deviennent du triomphes pour elle. La jouissance de celui qui fait le mal est de l’aggraver tous les jours : mais l’instant où il faut qu’il s’arrête ne lui prouve-t-il pas sa faiblesse ? En est-il de même de la vertu ? Plus il en améliore les jouissances, plus elles deviennent délicates, et s’il veut atteindre les bornes, il ne les trouve que dans le sein d’un Dieu où son existence se réunit pour revivre éternellement

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Ô Juliette ! que la vertu et la religion ont de douceurs ! J’ai vécu comme les autres hommes, vous le voyez, puisque c’est dans une maison de plaisir où j’ai l’avantage de vous connaître ; mais au milieu de toutes mes passions, au plus grand feu des travers de ma jeunesse, la vertu m’a toujours paru belle, et ce fut toujours dans les devoirs qu’elle m’imposa que je trouvai mes plus douces jouissances. Soyez de bonne foi, Juliette, comment pouvez-vous supposer qu’il puisse y avoir plus de charmes à faire couler les pleurs de l’infortune qu’à soulager les maux du misérable ! Je veux bien vous accorder un moment qu’il puisse exister des âmes assez dépravées pour admettre une jouissance dans le premier cas : croyez-vous qu’elle vaille celle du second ? Ce qui est excessif, et ce qui n’affecte qu’un instant, peut-il se comparer à une jouissance pure, douce et prolongée ? La haine et les malédictions de nos semblables, en un mot, peuvent-elles valoir leur amour et leur bienveillance ? Êtes-vous immortel, êtes-vous impassible, homme immoral et dépravé ? Ne flottez-vous pas, comme nous, sur cet océan dangereux de la vie, et, comme nous, n’avez-vous donc pas besoin de secours si vous venez à faire naufrage ? Croyez-vous retrouver les hommes, quand vous les aurez insultés ? et vous croyez-vous donc un Dieu, pour pouvoir vous passer des hommes 

?

Si vous m’accordez ces premiers principes, avec quelle facilité je vais vous conduire, en aimant les vertus, à l’adoption de l’Être qui les réunit toutes… Ô Juliette ! quel est-il donc, le funeste aveuglement de l’athée ? Ah ! je ne vous demande que l’examen des beautés de l’univers, pour vous convaincre de la nécessité de l’existence de son divin auteur. C’est le prestige des passions qui empêche l’homme de reconnaître son Dieu : celui qui s’est rendu coupable aime à douter de l’existence de son juge ; il trouve plus court de le nier que de le craindre, et il devient moins pénible pour lui de dire : Il n’y a point de Dieu, que d’être obligé de redouter celui qu’il outragea. Mais, éloignant de lui ces préjugés qui l’ont trompé, qu’il jette un coup d’œil impartial sur la nature : il y reconnaîtra, dans tout, l’art infini de son auteur

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Ah ! Juliette, la théologie n’est une science que pour le vicieux ; elle est la voix de la nature pour celui qu’anime la vertu : image du Dieu qu’il adore et qu’il sert, il serait bien fâché, celui-là, si sa consolation n’était qu’une fable. Oui, l’univers porte le caractère d’une cause infiniment puissante et industrieuse, et le hasard, triste et faible ressource des malhonnêtes gens, c’est-à-dire le concours fortuit de causes nécessaires et privées de raison, ne saurait avoir rien formé

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L’Être suprême admis, comment se refuser au culte qui lui est dû ? Ce qu’il y a de plus sublime au monde ne mérite-t-il pas nos hommages ? celui de qui nous tenons toutes nos jouissances n’a-t-il donc pas des droits à nos remerciements ? Une fois-là, combien il me deviendra facile de vous prouver que, de tous les cultes de la terre, le plus raisonnable de tous est celui dans lequel vous êtes née… Ah ! Juliette, si vous aimez la vertu, vous aimerez bientôt la sagesse du divin auteur de votre religion. Jetez les yeux sur la sublime morale qui la caractérise, et voyez s’il fut un seul philosophe de l’antiquité qui en prêchât une plus pure et une plus belle. L’intérêt, l’ambition, l’égoïsme, s’annoncent dans la morale de tous les autres : celle du Christ seule n’a d’autre vue que l’amour des hommes. Platon, Socrate, Confucius, Mahomet, attendent une réputation et des sectateurs : l’humble Jésus ne voit que la mort, et sa mort même est un exemple

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J’écoutais cet homme sensé… Juste ciel ! me dis-je en moi-même, voilà sans doute l’ange dont la Durand m’a parlé, voilà celui qui doit m’annoncer des vertus incompréhensibles… Et je serrais machinalement la main de ce nouvel ami ; des larmes coulaient de ses yeux, il me pressait dans ses bras

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— Non, monsieur, lui dis-je, je ne me sens pas digne du bonheur que vous m’offrez… j’en ai trop fait, le retour serait impossible

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— Ah ! me répondit-il, que vous connaissez mal et la vertu, et le Dieu puissant dont elle émane ! Jamais le sein de ce Dieu juste ne fut fermé au repentir ; implorez-le, Juliette, implorez-le avec ardeur, et sa grâce est à vous. Ce ne sont point de vaines formules ni des pratiques superstitieuses que j’exige de vous ; c’est de la foi, c’est de la vertu. C’est l’assemblage de toutes ces façons de vous conduire, qui peut assurer sur la terre les longues années que vous avez à y vivre, et c’est pour votre bonheur que je vous les désire. Ceux qui n’ont aimé de vous que vos vices, parce que les leurs y trouvaient un attrait de plus, étaient loin de vous parler ce langage : il n’appartenait qu’à l’ami de votre âme d’oser vous le tenir, et vous le pardonnerez, mademoiselle, au désir ardent que j’ai de vous voir heureuse

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S’il faut vous l’avouer, mes amis, le joli petit sermon de M. de Lorsange ne m’avait nullement persuadée : la raison avait fait sur moi des progrès trop grands, pour qu’il me fût possible d’entendre encore la voix du préjugé et celle de la superstition. Quels moyens employait d’ailleurs le pauvre Lorsange ! Il n’y avait rien de si ridicule que d’établir (et surtout à mes yeux) le bonheur de l’homme sur la nécessité de la vertu : d’où venaient donc tous mes malheurs, si ce n’est de ma faiblesse de l’avoir un instant écoutée ? Je vous demande ensuite si l’induction captieuse que Lorsange tirait de son système pouvait éblouir, même un instant, quelqu’un d’aussi ferme que moi. Si la vertu devenait nécessaire, disait-il, la religion l’était également, d’où il résultait qu’entassant des mensonges sur des préjugés, toutes les maximes de mon instituteur s’écroulaient aussitôt qu’on en fouillait les bases. Eh ! non, non, me dis-je, la vertu n’est point nécessaire, elle n’est que nuisible et dangereuse : n’en ai-je pas fait la fatale expérience ? et toutes les fables religieuses qu’on veut étayer sur elle ne peuvent avoir, comme elle, que l’absurdité pour principe. L’égoïsme est la seule loi de la nature ; or, la vertu contrarie l’égoïsme, puisqu’elle consiste en un sacrifice perpétuel de ses penchants au bonheur des autres : si la vertu prouve Dieu, comme l’établit Lorsange, qu’est-ce donc que le Dieu qu’on échafaude sur la plus grande ennemie de la nature ? Ô Lorsange ! tout votre édifice s’écroule de lui-même, et vous n’avez bâti que sur le sable. La vertu n’est point utile à l’homme, et le Dieu que vous établissez sur elle est la plus absurde de toutes les chimères. L’homme, créé par la nature, ne doit écouter que les impressions qu’il en reçoit, et quand il dépouillera cet organe de tous les préjugés de son existence, il n’y trouvera jamais, ni la nécessité d’un Dieu, ni celle de la vertu. Mais il faut feindre, je le dois au malheureux état où le sort me réduit ; la main de Lorsange m’est indispensable pour rentrer dans la carrière de la fortune ; emparons-nous-en, à quelque prix que ce puisse être ; que la feinte et la fausseté soient toujours mes premières armes : la faiblesse de mon sexe les lui rend urgentes, et mes principes particuliers doivent en faire la base de mon caractère

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Je m’étais fait depuis longtemps une assez grande habitude du mensonge, pour pouvoir en imposer avec facilité dans telles circonstances que ce pût être. J’eus l’air de me rendre aux conseils de Lorsange ; je cessai de recevoir du monde chez moi ; chaque fois qu’il y venait, il me trouvait toujours seule, et ses prétendus progrès sur mon âme furent tels qu’on me vit bientôt à la messe, Lorsange donna dans le piège ; vingt mille livres de rente me furent reconnues, et je l’épousai six mois après mon arrivée dans la ville d’Angers. Comme j’avais assez bien pris dans ce pays, et que mes anciennes erreurs n’y étaient sues de personne, le choix de M. de Lorsange fut généralement applaudi, et je me vis bientôt à la tête de la meilleure maison de la ville. Mon hypocrisie me redonnait une aisance que m’avait enlevée la crainte du crime… Et voilà donc encore une fois le vice au pinacle : ô mes amis ! l’on a beau dire, il y sera toujours, tant qu’il y aura des hommes

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Je ne vous parlerai point de mes plaisirs conjugaux avec M. de Lorsange : le cher homme n’en connaissait que de simples, comme son esprit. Ignorant en lubricité comme en philosophie, pendant les deux années que j’eus le malheur d’être sa femme, le pauvre diable n’imagina seulement pas une recherche. Excédée de cette monotonie, je désirai bientôt quelques distractions dans cette ville : le sexe m’était assez égal, et pourvu que je trouvasse de l’imagination, l’objet m’était indifférent. Mes recherches furent longues ; l’éducation sévère des provinces, la rigidité des mœurs, la médiocrité de la population, celle des fortunes, tout entravait mes démarches, tout mettait des obstacles à mes, plaisirs

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Une jeune personne de seize ans, fort jolie, fille d’une vieille amie de mon époux, fut la première que j’attaquai. Caroline, séduite par l’immoralité de mes systèmes, céda bientôt à mes désirs. Mais Caroline, qui n’était que belle, pouvait-elle fixer quelqu’un qui, comme moi, ne bandait que d’imagination ? La pauvre enfant n’en avait pas du tout. Je la laissai bientôt là pour une autre, et celle-ci pour une troisième. Je trouvais d’assez jolies personnes, mais des têtes d’un froid !… pas le plus léger écart. Oh ! Clairwil, que je te regrettais ! combien tu manquais à mon bonheur ! On a beau dire, celui qui aime le vice, qui le chérit depuis son enfance, ou par goût ou par habitude, celui-là, dis-je, trouvera toujours bien plus sûrement sa félicité dans la continuelle pratique de ses habitudes dépravées, que n’en pourra rencontrer celui qui n’a jamais frayé que l’ennuyeuse route de la vertu

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J’essayai des hommes : je ne fus guère plus heureuse

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J’en étais au dixième, lorsqu’un jour, me trouvant à la messe à côté de mon vertueux époux, je crus reconnaître dans le célébrant ce certain abbé Chabert avec lequel j’avais eu quelques liaisons dans la Société des Amis du Crime… garçon charmant que vous voyez encore aujourd’hui chez moi. Jamais la messe ne m’avait paru si longue : elle finit enfin. M. de Lorsange se retire ; j’affecte de rester pour quelques prières. Je fais demander le prêtre qui vient d’officier… Il vient : c’était Chabert 

!

Nous passâmes promptement dans une chapelle isolée, et là, l’aimable abbé, après s’être mille fois félicité du bonheur qu’il avait de me revoir, me dit que de gros bénéfices qu’il possédait dans ce diocèse, l’obligeait à dissimuler, mais que je ne devais pas être dupe des singeries où sa politique le contraignait ; que sa façon de penser, ma habitudes étaient toujours les mêmes, et qu’il m’en donnerait des preuves quand je voudrais. De mon côté, je lui racontai mon histoire. N’étant, lui, que depuis huit jours dans cette ville, il ignorait que j’y fusse, et il me pressait vivement de renouveler amplement notre connaissance

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— Abbé, lui dis-je, n’allons pas plus loin pour cela : fous-moi dans ce lieu même ; cette église est fermée, cet autel nous servira de lit. Hâte-toi de me raccommoder avec des plaisirs dont je pleure tous les jours la perte. Crois-tu que, depuis que je suis dans cette maudite ville, pas un des êtres auxquels je me suis livrée ne s’est avisé de regarder mon cul, moi qui ne chéris que ces attaques, et qui ne vois tous les autres plaisirs que comme les accessoires ou les épisodes de celui-là 

!

— Eh bien, livrons-nous-y ! dit Chabert en appuyant mon ventre sur l’autel, et retroussent mes jupes par derrière

Puis, admirant mes fesses 

:

— Ah ! Juliette, s’écria-t-il, ton cul est toujours le même… c’est toujours celui de Vénus !

L’abbé s’incline, il le baise. J’aime à sentir, dans mon derrière, cette langue où vient de reposer un Dieu !… Son vit la remplace bientôt… et me voilà sodomisée jusqu’aux couilles… Oh ! mes amis, comme les rechutes sont délicieuses ! je ne puis vous peindre le plaisir que j’eus : il est aussi crue] d’interrompre les habitudes du mal qu’il est délicieux de les reprendre. Depuis l’abstinence forcée de ce genre de plaisir, j’en avais éprouvé les plus violents besoins ; ils se manifestaient par des picotements dans cette partie, assez violents pour me contraindre à les apaiser avec des godemichés. Chabert me rendit à la vie : s’apercevant de l’extrême plaisir qu’il me faisait, il prolongea sa jouissance, et le fripon, jeune et vigoureux encore, me déchargea trois fois de suite dans le cul

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— Conviens qu’il n’y a que cela de bon, Juliette ! me dit-il en se relevant

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— Oh ! l’abbé, à qui le dis-tu ! quelle plus fidèle zélatrice de la sodomie pourras-tu rencontrer de tes jours ! Il faut nous voir mon cher, il le faut absolument

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— Oui, Juliette, il le faut, et je veux que vous ayez doublement à vous louer de ma rencontre

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— Comment cela 

?

— J’ai des amis

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— Et vous me destinez à être leur putain 

?

— Ce parti convient mieux à un physique comme le vôtre, que celui que vous avez pris

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— Oh ! combien m’est précieuse la justice que tu me rends ! Quel triste rôle à jouer dans le monde, que celui d’une honnête femme : ce titre seul suppose la bêtise. Toute femme pudique est une imbécile qui, manquant de force pour secouer au préjugée, y reste ensevelie par stupidité ou par défaut de tempérament, et n’est dès lors qu’un être manqué par la nature, ou qu’une erreur de ses caprices. Les femmes, machines de l’impudicité, sont nées pour l’impudicité, et celles qui s’y refusent ne sont faites que pour languir dans le mépris

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Chabert connaissait mon mari ; il me le peignit comme un bigot, et m’engagea vivement à semer quelques roses sur les épines de l’hymen. Il savait que M. de Lorsange devait aller le lendemain dans une de ses terres : il me conseilla de profiter de ce moment pour aller voir, dans une campagne où il me mènerait, un échantillon de nos débauches parisiennes

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— Ce que vous me faites ici est affreux, dis-je en persiflant, vous dérangez tous mes projets de vertu ! Devez-vous flatter mes passions ? devez-vous m’aplanir la route du crime ? devez-vous enlever une femme à son mari ? Vous en répondrez sur votre conscience ! Cessez vos entreprises, il en est temps ; ce ne sont que des projets. Je n’ai qu’à consulter un directeur moins perverti que vous : il m’apprendra à résister à des désirs aussi criminels ; il. me prouvera qu’ils ne sont les fruits que d’une âme corrompue ; qu’on se prépare, en s’y livrant, des remords éternels, et des remords d’autant plus affreux, qu’il est des sortes de maux qu’on ne peut jamais réparer… Il ne me dira pas, comme vous, que je peux tout faire… que je n’ai rien à craindre ; il. n’encouragera pas mes égarements par l’espoir de l’impunité ; il ne m’aplanira pas la route de l’adultère et de la sodomie ; il ne m’encouragera pas à tromper mon époux… un époux sage… vertueux, qui se sacrifie pour sa femme… Oh ! non, non, il m’effrayera, au contraire, par les grandes terreurs de la religion : il me rappellera, comme le vertueux Lorsange, un Dieu, mort pour me préparer la grâce éternelle16 ; il me fera sentir combien je suis coupable en négligeant de semblables faveurs… Mais, je l’avoue, mon cher abbé, celle qui est aussi libertine… aussi scélérate que tu me connus autrefois enverrait au diable celui qui lui parlerait ainsi. Elle lui dirait : Mon ami, j’abhorre la religion ; je bafoue ton Dieu et me moque de tes conseils ; maladroit enfroqué, la vertu me déplaît, le vice m’amuse, et c’est pour me délecter que la nature m’a placée dans le monde

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— Mauvaise tête, me dit Chabert en nous séparant, tu es toujours la même… toujours aussi aimable ! Et dans la solitude où nous vivons ici, je me félicite bien de t’avoir rencontrée

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Je fus exacte au rendez-vous. Il y avait quatre hommes et quatre femmes, sans compter Chabert et moi. Trois des femmes se trouvaient du nombre de celles avec qui je m’étais branlée ; les quatre hommes m’étaient charnellement inconnus. L’abbé nous fit la plus grande chère, et nous nous gorgeâmes de libertinage. Les femmes étaient jolies, les hommes vigoureux ; mon cul fut foutu par tous les hommes, mon con branlé… sucé par toutes les femmes. Je déchargeai prodigieusement. Je ne vous décrirai point cette partie, huit ou dix qui la suivirent pendant mon séjour à Angers. Vous êtes las de descriptions lubriques, et je ne vous détaillerai plus que celles que je croirai dignes de l’être par le caractère de crimes ou de singularités qu’elles porteront

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Revenons maintenant sur quelques détails essentiels. Onze mois après mon mariage avec M. de Lorsange, je lui lançai, pour fruit de son premier hymen, une petite fille charmante, à laquelle, par politique, je m’efforçai de donner le jour. Ce procédé était essentiel ; il fallait fixer sur ma tête la fortune de celui qui m’avait donné son nom : je ne le pouvais sans un enfant… Mais était-il bien de mon vertueux époux ?… Voilà ce que vous voulez savoir, n’est-ce pas, curieux importuns ?… Eh bien ! trouvez bon que je vous fasse ici la réponse de la Polignac à son mari, sur une question aussi indiscrète : « Oh ! monsieur, quand on se frotte sur un fagot de roses, comment savoir quelle est celle qui nous a piqué ? 

»

Mais que tout cela faisait-il ? Lorsange prit tout et ne refusa rien ! L’honneur et les charges de la paternité lui restèrent : en fallait-il davantage pour mon avarice ? Cette petite fille, que mon époux nomma Marianne, finissait sa première année, et sa mère sa vingt-quatrième, lorsque les plus solides réflexions m’engagèrent à quitter la France

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J’avais reçu quelques lettres anonymes qui m’avertissaient que Saint-Fond, toujours dans le plus grand crédit et redoutant mes indiscrétions, se repentait de ne m’avoir pas fait enfermer, et qu’il s’informait de moi de toutes parts. Craignant que mon changement de nom et de fortune ne me mît pas encore assez à couvert, je résolus de placer les Alpes entre sa haine et moi. Mais il fallait briser mes liens : pourrais-je exécuter ce projet, tant que je serais sous la puissance d’un époux ? Peu gênée par ce frein, je ne m’occupai plus que des moyens de l’anéantir avec autant de mystère que de sûreté. Tout ce que j’avais fait en ce genre aplanissait à mes regards un crime d’aussi peu d’importance ; je me branlai en le combinant, et l’extrême volupté dont ce complot me fit jouir me détermina bientôt à l’exécution. Il me restait six prises de chacun des poisons achetés chez la Durand : j’administrai à mon cher époux le royal, et par respect pour sa personne et parce que le temps qui devait s’écouler, depuis la prise de ce poison jusqu’à la mort de ce tendre époux, me mettait absolument à l’abri

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Rien de sublime comme la mort de M. de Lorsange. Il fit et dit les plus belles choses du monde : sa chambre devint une chapelle où tous les sacrements se célébrèrent. Il m’exhorta, me sermonna, m’ennuya, me recommanda sa prétendue petite fille, et rendit l’âme entre les bras de trois ou quatre confesseurs. En vérité, si cela avait duré seulement deux jours de plus, je crois que je l’aurais laissé mourir tout seul

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Les soins dus, à ce qu’on assure, aux moribonds, sont encore une de ces obligations sociales que je n’entends pas. Il faut tirer tout le parti possible d’une créature vivante ; mais dès que la nature, en l’affligeant par des maladies, nous avertit qu’elle travaille à réunir cette créature à elle, dans la crainte de contrarier ses lois, nous ne devons plus nous en mêler : il faut la laisser aller, aider même à ses intentions. Les malades, en un mot, doivent être abandonnés ; il faut placer près d’eux quelques objets de soulagement… se retirer ensuite. Il est contre la nature que des gens sains aillent, par un procédé qui contrarie les lois de cette même nature, respirer par anticipation l’air infecté de la chambre du malade, et s’exposer à le devenir eux-mêmes, pour faire quelque chose de criminel : rien ne l’était, selon moi, davantage que de vouloir contraindre la nature à rétrograder. En mettant toujours mes principes en actions, je proteste bien qu’on ne me verra jamais donner nuls soins à des malades, ni les soulager en quoi que ce puisse être. Qu’on ne me dise point que c’est la dureté de mon caractère qui me force à penser ainsi : cette opinion ne vient que de mon esprit, et il me trompe rarement en systèmes

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Mon très chaste époux dans la terre, je pris son deuil avec grand plaisir. Jamais veuve ne fut, dit-on, plus charmante dans ce costume, sous lequel je me fis foutre, dès le jour même, dans la société de Chabert. Mais ce que je trouvai de plus délicieux encore que ces atours lugubres, ce furent les quatre belles terres évaluées à cinquante mille livres de rente, dont je devins maîtresse, ainsi que les cent mille francs d’argent comptant que je trouvai dans les coffres de mon mari. Voici bien amplement de quoi faire mon voyage d’Italie, dis-je, en faisant passer ces rouleaux de la cassette du défunt dans la mienne

Et voilà donc la main du sort… toujours ami du crime, et le couronnant encore une fois dans l’une de ses plus fidèles zélatrices

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Par un hasard très heureux pour moi, l’abbé Chabert, longtemps en Italie, put garnir mon portefeuille des meilleures lettres de recommandation. Je lui laissai ma fille, dont il me promit d’avoir tous les soins possibles, soins nécessités bien plus par mon intérêt que par une tendresse maternelle trop éloignée de mes systèmes pour jamais être éprouvée de mon cœur. Je ne pris avec moi, pour objets de luxure, qu’un grand laquais de figure charmante, nommé Zéphyr, et dont j’étais bien souvent la Flore, et une femme de chambre, nommée Augustine, âgée de dix-huit ans, et belle comme le jour. Accompagnée de ces deux honnêtes sujets, d’une autre femme sans conséquence, et le coffre-fort bien garni, je pris la poste, sans m’arrêter, jusqu’à Turin, et je ne fis que là mon premier séjour

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Oh ! Dieu ! me dis-je, en respirant un air et plus pur et plus libre, me voilà donc dans cette partie de l’Europe si intéressante et si recherchée par les curieux. Me voilà dans la patrie des Nérons et des Messalines : je pourrai peut-être, en foulant le même sol que ces modèles de crimes et de débauches, imiter à la fois les forfaits du fils incestueux d’Agrippine et les lubricités de la femme adultère de Claude ! Cette idée ne me laissa pas dormir de la nuit et je la passai dans les bras d’une jeune et jolie fille de l’Hôtel d’Angleterre, où j’étais descendue… délicieuse créature que j’avais trouvé le moyen de séduire dès en arrivant, et dans le sein de laquelle je goûtai des plaisirs divins

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Il n’y a point, dans toute l’Italie, de ville plus régulière et plus ennuyeuse que Turin : le courtisan y est fastidieux, le citadin fort triste, le peuple dévot et superstitieux. Très peu de ressources, d’ailleurs, pour les plaisirs. J’avais, en partant, formé le projet d’une véritable libertine, et c’est à Turin que j’en commençai l’exécution. Mon dessein était de voyager en courtisane célèbre, de m’afficher partout, de joindre à ma fortune le tribut retiré de mes charmes, et de profiter, pour le compte de mon libertinage, de tout ce qui ne me serait présenté que par les mains de la jeunesse et de la vigueur. Dès le lendemain de mon arrivée, je fis dire en conséquence à la signora Diana, la plus célèbre appareilleuse de Turin, qu’une jeune et jolie Française était à louer, et que je l’engageais à me venir voir, pour prendre mes arrangements. La maquerelle ne manqua point. Je lui fis part de mes projets, et lui déclarai que, de quinze à vingt-cinq (ans), je me donnais pour rien quand on me garantissait la santé ; que je prenais cinquante louis, de vingt-cinq à trente-cinq ; cent, de trente-cinq à soixante ; et deux cents, de soixante au dernier âge de l’homme ; qu’à l’égard des fantaisies je les satisfaisais toutes, que je me prêtais même aux fustigations

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— Et le cul, ma belle reine, me dit la signora Diana, et le cul ?… C’est qu’il est bien recherché en Italie ! Vous gagnerez plus d’argent avec votre cul en un mois, si vous le prêtez, qu’en quatre ans si vous ne présentez que le con

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J’assurai Diana que, parfaitement complaisante sur cet objet, au moyen du double, je serais parfaitement aux ordres de mes sectateurs

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Je ne fus pas longtemps sans être produite. Diana me fit dire, dès le lendemain, de me trouver chez le duc de Chablais qui m’attendait à souper. Après une de ces toilettes voluptueuses où je savais si bien embellir la nature par la main savante de l’art, j’arrivai chez Chablais, pour lors âgé de quarante ans, et connu dans toute l’Italie par des recherches libidineuses dans les plaisirs de Vénus. Le maître du logis était avec un de ses courtisans, et tous deux me prévinrent que je devais m’attendre à leur faire la chouette

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— Dépouillez-vous de ces parures, me dit le duc en me conduisant dans un très élégant cabinet ; l’art cache si souvent des défauts, que désormais, avec les femmes, nous sommes déterminés, mon ami et moi, à ne vouloir que des nudités

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J’obéis

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— On ne devrait jamais être vêtue quand on possède un aussi beau corps, me dirent mes assaillants

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— C’est l’histoire de toutes les Françaises, dit le duc, leur taille et leur peau sont délicieuses : nous n’avons rien de semblable ici

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Et les libertins m’examinaient, me tournaient et me retournaient en se fixant néanmoins de manière à me laisser bientôt soupçonner que ce n’était pas sans raisons qu’on accusait les Italiens de prédilection pour les charmes méconnus de M. de Lorsange

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— Juliette, me dit le duc, il est bon de vous prévenir qu’avant d’avoir affaire à nous, vous allez nous montrer vos talents sur quelques jeunes garçons que nous allons faire passer tour à tour dans ce cabinet. Mettez-vous sur ce canapé : les hommes que je vous destine vont défiler ici l’un après l’autre ; ils entreront par cette porte et sortiront par celle qui est opposée. A mesure qu’ils arriveront, vous les branlerez avec tout l’art que vous devez avoir apporté de France, car il n’est point de pays au monde où l’on sache mieux branler des vits. Au moment où ils seront près de décharger, vous les approcherez tour à tour de la bouche de mon ami ou de la mienne, ils y perdront leur foutre. Ensuite, et également tour à tour, mon ami et moi les enculerons. Vous ne nous servirez, vous, individuellement, que quand nous serons las de ces premières voluptés, et vous saurez seulement alors les derniers devoirs qui vous resteront à remplir pour terminer cette scène de luxure

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A peine instruite, que la procession commença. Tous les jeunes gens que j’avais à branler étaient de l’âge de quatorze à quinze ans ; des trente que j’expédiai de cette manière, pas un seul ne passait cet âge, et ils étaient de la plus délicieuse figure. Tous déchargèrent, et quelques-uns pour la première fois de leur vie. Les deux amis avalèrent le foutre de tous, en se branlant eux-mêmes, et les enculèrent tous trente ! Ils se tenaient mutuellement le patient, pelotaient cinq ou six minutes dans leurs culs, et ne déchargeaient point. En sortant de cette expédition, la luxure les avait tellement enflammés l’un et l’autre, qu’ils écumaient de rage

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— A votre tour, s’écria le duc, c’est vous, belle Française, qui allez recevoir l’encens allumé par tant de jolis garçons ! votre cul, sans doute, ne sera pas si étroit que le leur, mais nous y suppléerons

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Et ils humectèrent le trou de mon cul d’une essence dont l’effet fut tel, qu’ils me déchirèrent et me mirent en sang quand il fut question de m’enculer ; tous deux y passèrent l’un après l’autre, et tous deux déchargèrent avec d’incroyables marques de plaisir. Six petits garçons les entouraient en cet instant ; deux faisaient baiser leur derrière, ils en branlaient un de chaque main, et deux se relayaient pour leur gamahucher le cul en leur chatouillant les couilles en dessous. Ils disparurent ; je restai seule dans le cabinet. Une vieille femme vint m’y reprendre, et me ramena dans mon hôtel, après m’avoir compté mille sequins. Courage, me dis-je, mes promenades en Italie ne me coûteront pas cher, et j’économiserai le bien de Mlle de Lorsange, si je trouve une pareille aubaine dans toutes les villes où je passerai ! Ah ! les fleurs ne naissent pas toujours sous les pas des courtisanes publiques ; et dès que de plein gré j’en reprenais le titre, il était juste qu’avec les bénéfices j’acceptasse également les charges : mais nous n’en sommes point encore aux dangers

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Tout dévot qu’est le roi de Sardaigne, il aime le libertinage. Chablais lui avait raconté notre entrevue : il voulut de moi. Diana me prévint qu’il ne s’agissait que de recevoir de cette main royale quelques clystères, qu’il devait s’amuser à me voir rendre pendant que je lui branlais le vit, et que j’aurais deux mille sequins pour cette opération. Curieuse de voir si les souverains déchargeaient comme les autres hommes, je ne balançai point. Le roi des ramoneurs s’abaissa au rôle humiliant d’être mon apothicaire ; je lui rendis six lavements dans la bouche ; et comme je branlais fort bien, il déchargea très voluptueusement. Il m’offrit la moitié de son chocolat, j’acceptai ; nous politiquâmes. Les droits que ma nation et mon sexe me donnaient, ceux que je venais d’acquérir, ma franchise naturelle, tout me mit à mon aise, et voici à peu près ce que j’osai dire à ce petit despote

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— Respectable portier de l’Italie, toi qui descends d’une maison dont l’agrandissement est un vrai miracle de politique, toi dont les ancêtres, naguère simples particuliers, ne se sont rendus puissants qu’en permettant aux princes extra-montains de traverser tes États pour aller s’agrandir en Italie… permission que tes habiles ancêtres ne leur donnaient qu’aux conditions de partager, roitelet de l’Europe, en un mot, daigne m’écouter un moment

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Placé au-delà de tes montagnes comme l’oiseau de proie qui attend la colombe pour la dévorer, tu commences à comprendre que dans l’état où tu te trouves, tu n’as, pour t’agrandir, que la sottise des cours ou leurs fausses démarches. Voilà, je le sais, ce qu’on te disait il y a trente ans ; mais combien le système a changé depuis lors ! La sottise des cours est maintenant autant à ton désavantage qu’au leur, et nulle de leurs fausses démarches ne peut t’apporter du profit. Laisse donc là ton sceptre, mon ami, abandonne la Savoie à la France, et restreins-toi dans les limites naturelles que t’a prescrites la nature. Voici ces montagnes superbes qui te dominent du côté de ma patrie : la main qui les éleva ne te prouve-t-elle pas, en les amoncelant ainsi, que tes droits ne peuvent dépasser ces monts ? Qu’as-tu besoin de régner en France, toi qui ne sais pas même régner en Italie 

?

Eh, mon ami ! ne propage point la race des rois ; nous n’avons déjà, sur la terre, que trop de ces individus inutiles qui, s’engraissant de la substance des peuples, les vexent et les tyrannisent sous le prétexte de les gouverner. Il n’y à rien de plus inutile dans le monde qu’un roi ; renonce à ce vain titre, avant que la mode n’en passe, et qu’on ne te contraigne peut-être à descendre d’un trône dont l’élévation commence à fatiguer les yeux du peuple. Des hommes philosophes et libres voient avec peine au-dessus d’eux un homme qui, bien analysé, n’a ni besoins, ni force, ni mérite de plus. L’oint du Seigneur n’est plus pour nous un personnage sacré, et la sagesse rit aujourd’hui d’un petit individu comme toi, qui, parce qu’il a gardé dans ses archives quelques parchemins de ses pères, s’imagine être en droit de gouverner les hommes. Ton autorité, mon ami, ne consiste plus que dans l’opinion : qu’elle change… elle en est bien près, et te voilà dans la classe des portefaix de ton empire

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Ne t’imagine pas qu’il faille grand’chose pour la faire varier : à mesure que les hommes s’éclairent, ils apprécient ce qui les éblouissait autrefois. Or, tes pareils et toi ne gagnent pas à l’opération : on commence à sentir qu’un roi n’est qu’un homme comme un autre (ce ne devrait être, tout au plus, que par sa prudence qu’il pourrait gouverner les autres), et qu’amolli par le luxe et le despotisme, il n’existe pas un seul souverain au monde qui ait les qualités nécessaires à un tel grade. La première vertu de celui qui veut commander aux hommes est de les connaître : et comment les démêlera celui qui, perpétuellement aveuglé par leurs flatteries… et toujours trop éloigné d’eux, n’a jamais pu les apprécier ni les juger ? Ce n’est pas au sein du bonheur qu’on apprend à mener ses semblables : celui qui, n’ayant jamais été qu’heureux, ignore ce qui convient à l’infortune, pourra-t-il commander à des êtres toujours grevés par le malheur ? Sire, redeviens cultivateur, je te le conseille, c’est là le seul parti qu’il te reste à prendre

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L’empereur des marmottes, un peu surpris de ma franchise, ne me répondit que par des cajoleries aussi fausses que doit l’être tout ce qui émane d’un Italien, et nous nous séparâmes

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On me mena, le soir, dans un cercle assez brillant où je vie, autour d’un tapis vert, la société réunie en deux classes : celle des fripons d’un côté, celles des dupes de l’autre. J’appris là que l’usage, à Turin, était de voler au jeu, et qu’un homme ne pouvait pas faire sa cour à une femme sans se laisser escroquer par elle

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— Voilà une assez plaisante coutume, dis-je à une des joueuses qui me mettait au fait

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— Elle est toute simple, me répondit mon institutrice. Le jeu est un commerce : donc, toutes les ruses y doivent être permises. Cherche-t-on chicane à un négociant, parce qu’il met à sa fenêtre des planches qui vous induisent en erreur, en déguisant le jour ? tous les moyens de s’enrichir sont prouvés bons, madame : autant celui-là qu’un autre

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Ici, je me rappelai les maximes de Dorval sur le vol, et je conçus qu’elles n’avaient rien qui ne pût s’appliquer à ce genre. Je demandai à la femme qui m’instruisit, comment l’on pouvait se perfectionner dans cette manière de dérober le bien d’autrui, en l’assurant que je connaissais parfaitement les autres

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— Il y a des maîtres, me répondit-elle, et si vous voulez, dès demain, je vous en enverrai un

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J’acceptai. L’instituteur parut, et, en huit jours, il me forma si bien dans l’art d’être maîtresse des cartes, que je ramassai deux mille louis pendant les trois mois que je fus à Turin. Lorsqu’il fallut payer mon maître, il n’exigea que mes faveurs, et comme c’était à l’italienne qu’il les exigeait, et que cela me convenait infiniment, après m’être bien assurée de sa santé, précaution indispensable dans ce pays-là, je le laissai jouir d’une manière convenable à un homme dont la trahison était le métier

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Sbrigani, c’était le nom de ce maître, joignait à une figure séduisante, à un très beau vit, l’âge de la force et de la santé ; trente ans au plus, beaucoup de libertinage dans l’esprit… de la philosophie, et le plus grand art de s’approprier le bien des autres, de quelque manière que cela pût être. Je crus qu’un tel homme pourrait m’être utile dans mes voyages ; je lui proposai, il accepta

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Sous quelque titre qu’un homme accompagne une courtisane en Italie, il n’y a jamais rien là de repoussant pour ceux qui la recherchent. Il est d’usage que le frère, le mari, le père, se retirent, quand paraît le chaland. Les feux de ceux-ci sont-ils amortis, le parent se remontre, se met en cercle avec vous, et repasse dans la garde-robe, s’il prend au monsieur quelques nouvelles tentations : on sait qu’il soutient le ménage, dont à son tour il est soutenu, et le complaisant Italien se prête au mieux à ces arrangements. Comme je savais assez le langage de ce beau pays pour m’en faire supposer originaire, j’assignai sur-le-champ à Sbrigani le rôle de mon époux, et nous partîmes pour Florence

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Nous marchions à petites journées ; rien ne nous pressait, et j’étais bien aise de contempler à l’aise un pays qui donnerait l’idée du ciel, si l’on pouvait le traverser sans voir les hommes. Le premier jour nous fûmes coucher à Asti. Cette ville, prodigieusement déchue de son ancienne grandeur, n’est presque plus rien aujourd’hui. Le lendemain, nous ne dépassâmes point Alexandrie : Sbrigani m’ayant assuré qu’il y avait beaucoup de noblesse dans cette ville, nous prîmes le parti d’y passer quelques jours, afin d’y trouver des dupes

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Aussitôt que nous arrivions quelque part, mon soigneux époux faisait faire une sorte de proclamation secrète, mais suffisante, néanmoins, d’après les soins qu’il prenait, pour que tous ceux qui se trouvaient en état de payer mes charmes, pussent en savoir à peu près le détail et le prix

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Le premier qui se présenta fut un vieux prince piémontais, retiré de la cour depuis dix ans ; il ne voulait, disait-il, que voir mon derrière. Sbrigani lui fit d’abord payer cinquante sequins le premier plaisir ; mais le duc échauffé de la perspective, exigea bientôt davantage. Toujours soumise à mon mari, j’annonce que je ne puis rien faire sans sa participation. Le duc, hors d’état d’entreprendre une attaque sérieuse, témoigne l’envie de fouetter : cette manie console les amants du cul, on aime à outrager le dieu dont on ne peut entr’ouvrir le temple. Au prix d’un sequin par coup, Sbrigani l’assure qu’il peut essayer, et, au bout d’un quart d’heure, j’ai trois cents sequins dans ma bourse. Mon époux voyant, à la manière coulante dont agit le grand seigneur, qu’il deviendra possible de l’attirer dans quelque piège, s’instruit de tout ce qui peut le concerner, et le prie de faire à sa femme l’honneur de souper chez elle. Tout bouffi de cette faveur, le vieux courtisan accepte

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— Respectable favori du plus grand prince d’Italie, dit mon époux, en lui présentant Augustine, à qui nous avions donné le mot, il est temps que le sang parle, il est temps que la nature agisse dans votre âme. Rappelez-vous l’intrigue que vous eûtes autrefois dans Venise avec la signora Delphine, épouse d’un noble de la seconde classe : eh bien ! Excellence, voilà le fruit de cette intrigue, Augustine est votre fille ; embrassez-la, seigneur, elle est digne de vous. C’est moi qui formai son enfance, et vous voyez si j’ai réussi ; j’ose me flatter d’en avoir fait une des plus belles et des plus savantes créatures qu’il y ait en Europe. Je vous désirais, Excellence, je vous cherchais depuis longtemps ; ayant entendu dire que vous habitiez Alexandrie, j’ai voulu me convaincre par mes yeux : je vois que je ne me trompe pas, Monseigneur ; j’espère que vous récompenserez mes soins, et que vous aurez quelques bontés pour un pauvre Italien, qui n’a d’autres richesses que la beauté de sa femme

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La taille leste et fringante d’Augustine, qui parlait aussi bien italien que moi, ses jolis yeux noirs et l’extrême blancheur de sa peau ne tardèrent pas à enflammer le duc piémontais. Et les attraits de l’inceste augmentant de beaucoup, à ses yeux, la dose de luxure qu’il attendait de cette jolie fille, après quelques explications, quelques éclaircissements parfaitement donnés par Sbrigani, le pauvre duc assura que le sang s’exprimait en lui, qu’il reconnaissait Augustine, et qu’il allait l’emmener sur l’heure pour lui assigner le rang qu’elle devait tenir dans sa famille

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— Doucement, Monseigneur, dit mon illustre époux, votre Excellence va vite en besogne ! cette fille est à moi, tant que vous ne me remettrez pas les frais immenses qu’elle me coûte : dix mille sequins les payeront à peine. Cependant l’honneur singulier que vous avez bien voulu faire à ma femme est cause que je me contenterai de cette légère somme : si vous voulez qu’Augustine vous suive, ayez la complaisance de la compter, Monseigneur, autrement je ne saurais la laisser aller

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Le duc, aussi riche que paillard, crut ne pouvoir trop payer un aussi joli morceau ; dès le même soir l’argent est donné, et ma femme de chambre suit son prétendu père. Parfaitement instruite par nous, la chère fille, pour le moins aussi adroite que moi dès qu’il s’agissait d’écorner la propriété d’autrui, ne tarda pas à faire un excellent coup. Nous étions allés l’attendre à Parme : quinze jours après elle revint, et nous raconta que le duc, éperdument amoureux d’elle, avait exigé ses couches dès le même soir. Plus elle lui avait représenté les liens qui s’opposaient à une telle intrigue, plus le paillard s’était échauffé, plus il avait désiré la jouissance, en assurant qu’on n’y regardait pas de si près en Italie. Mieux à son aise dans sa maison, plus à même d’employer des tiers ou des restaurants dont il n’avait apparemment osé faire usage chez moi, le libertin en était venu à son honneur, et le charmant cul d’Augustine, après avoir été vigoureusement fouetté, avait fini par être foutu. L’extrême complaisance de cette belle enfant avait tellement enflammé le pauvre duc, qu’il l’avait comblée de présents, et qu’il lui avait absolument donné toute sa confiance. Maîtresse de toutes les clefs, la coquine avait décampé avec la cassette, dans laquelle nous trouvâmes plus de cinq cent mille francs

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Après une telle capture, vous comprenez facilement, mes amis, que nous ne restâmes pas longtemps dans le voisinage, quoique le danger fut bien médiocre. Il ne s’agit, en Italie, que de changer de province pour être à l’abri de la justice : celle d’un État ne peut plus vous poursuivre dans l’autre ; et comme l’on change d’administration tous les jours, et souvent deux fois par jour, le crime commis à la dînée ne peut être poursuivi le soir. Rien n’était aussi commode pour des voyageurs comme nous, qui avions envie d’en commettre beaucoup en chemin

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Cependant nous quittâmes les États de Parme, et ne séjournâmes qu’à Bologne. La beauté des femmes de cette ville ne me permit pas de passer outre, sans m’en être rassasiée : Sbrigani, qui me servait à merveille, et que je couvrais d’or, me procura les moyens de satisfaire ma lubricité chez une veuve de ses amies, passionnée comme moi pour son sexe. Cette charmante créature, âgée de trente-six ans, et belle comme Vénus, connaissait toutes les tribades de Bologne : en huit jours, je me branlai avec plus de cent cinquante femmes, toutes plus jolies les unes que les autres

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Nous finîmes par aller passer une semaine entière dans une célèbre abbaye, près de la ville, où mon introductrice allait de temps en temps faire des incursions. Oh ! mes amis, le pinceau de l’Arétin ne peindrait qu’imparfaitement les inconcevables luxures où nous nous livrâmes dans cet asile sacré. Toutes les novices, plusieurs religieuses, cinquante pensionnaires, cent vingt femmes en tout, nous passèrent par les mains ; et je puis dire que de ma vie je n’avais été branlée comme je le fus là. Les religieuses bolonaises possèdent, plus qu’aucune autre femme de l’Europe, l’art de gamahucher des cons : elles font passer leurs langues avec une telle rapidité, du clitoris au con, et du con au cul, que, quoiqu’elles quittent un moment l’un pour aller à l’autre, il ne me semble pas qu’elles varient ; leurs doigts sont d’une flexibilité et d’une agilité surprenantes, et elles ne les laissent pas oisifs avec leurs Saphos… Délicieuses créatures ! je n’oublierai jamais vos charmes, ni l’inconcevable adresse avec laquelle vous savez éveiller et soutenir les titillations voluptueuses ; jamais vos savantes recherches ne sortiront de ma mémoire ; et les instants les plus lubriques pour moi, seront ceux où je me rappellerai ces plaisirs

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Toutes étaient si jolies, si fraîches, qu’il me fut impossible de faire un choix ; si quelquefois je voulais me fixer, la multitude des beautés qui venaient troubler mon attention, ne me laissait plus offrir mon hommage qu’à l’ensemble. Ce fut là, mes amis, où j’exécutai ce que les Italiennes appellent le chapelet. Toutes, munies de godemichés et placées dans une salle immense, nous nous enfilâmes au nombre de cent ; les grandes en con, les petites en cul, pour ménager les pucelages. Une des plus âgées se mettait à chaque neuvaine, on l’appelait le pater ; celles-là seules avaient le droit de parler : elles commandaient les décharges, elles prescrivaient les déplacements, et présidaient généralement à tout l’ordre de ces singulières orgies

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Elles inventèrent bientôt une autre façon de me donner du plaisir : ici, l’on ne s’occupait que de moi seule. Étendue sur un groupe de six qui m’élevaient et me rabaissaient par leurs mouvements voluptueux, toutes les autres venaient par demi-douzaine consulter mes sensations et les assouvir de lubricités : une me faisait sucer son con, j’en chatouillais une de chaque main ; une autre, à cheval sur ma poitrine, se servait du bout de mes tétons pour se branler ; celle-ci se frottait sur mon clitoris, et la sixième se polluait sur mes yeux : toutes déchargeaient, toutes m’inondaient de sperme, et jugez si le mien s’y refusait

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Enfin, je les priai de m’enculer. On plaçait un con sous ma bouche, dont j’avalais le foutre : ce con se relayait à chaque fois qu’un nouveau godemiché m’entrait dans le cul. Mon amie s’en fit faire autant dans le con, et c’était un cul qu’elle baisait

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Sbrigani, pendant ce temps-là, raccommodait, par sa profonde adresse, les folles dépenses que je faisais, et par le moyen de cinq ou six étrangers qu’il dévalisa, mes dilapidations furent réparées. Heureux talent, que celui qui apprend à n’asseoir jamais ses dépenses que sur la fortune d’autrui, et qui rajuste toutes les brèches de la sienne, au moyen de celle des autres 

!

Nous quittâmes Bologne à peu près aussi riches que nous l’étions en arrivant, quoique j’y eusse dépensé deux ou trois mille sequins en extravagances

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J’étais anéantie ; mais comme les excès du libertinage, en fatiguant le corps, n’allument que davantage l’imagination, je projetais mille nouvelles débauches : je me repentais de n’en avoir pas fait assez, je m’en prenais à la stérilité de ma tête, et ce fut alors que j’éprouvai bien que le remords qu’on a de n’avoir pas tout fait dans le crime, est supérieur à celui qu’éprouvent les âmes faibles pour s’être écartées de la vertu

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Tel était l’état de mon physique et de mon moral, lorsque nous traversâmes l’Apennin. Cette chaîne immense de montagnes, qui partage l’Italie, est du plus grand intérêt pour le voyageur curieux : il est impossible de se représenter le pittoresque des sites qui s’offrent à tout instant dans de certains endroits ; on découvre en entier, d’un côté, la vaste plaine de Lombardie, de l’autre, la mer Adriatique ; munis d’un télescope, notre vue se portait à plus de cinquante lieues

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Nous dînâmes à Pietra-Mala, avec l’intention d’en aller observer le volcan. Zélées sectatrices de toutes les irrégularités de la nature, adorant tout ce qui caractérise ses désordres, ses caprices, et les affreux forfaits dont sa main, chaque jour, nous donne l’exemple, après un assez mauvais repas, malgré les précautions que nous prenions d’avoir toujours un cuisinier en avant, nous nous avançâmes à pied dans la petite plaine sèche et brûlée où s’aperçoit ce phénomène. Le terrain qui l’environne est sablonneux, inculte et rempli de pierres ; à mesure que l’on avance, on éprouve une chaleur excessive, et l’on respire l’odeur de cuivre et de charbon de terre que le volcan exhale. Nous aperçûmes enfin la flamme, qu’une légère pluie fortuitement survenue rendit plus ardente : ce foyer peut avoir trente ou quarante pieds de tour. Si l’on creuse la terre dans les environs, le feu s’allume aussitôt, sous l’instrument qui la déchire

— C’est, dis-je à Sbrigani observant avec moi cette merveille, c’est mon imagination, s’allumant sous les coups de verges que mon cul reçoit

La terre prise dans le milieu du foyer est cuite, consumée et noire ; celle du voisinage est comme de la glaise, et de la même odeur que le volcan. La flamme qui sort du foyer est extrêmement ardente, elle brûle et consume à l’instant toutes les matières qu’on y jette, sa couleur est violette comme celle qui s’exhale de l’esprit de vin

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Sur la droite de Pietra-Mala, se voit un autre volcan, qui ne s’enflamme que quand on y met le feu. Rien ne me parut plaisant comme l’expérience que nous en fîmes : au moyen d’une bougie, nous allumâmes toute la plaine. Avec une tête comme celle dont j’étais douée, on ne devrait jamais voir de telles choses, il faut que j’en convienne avec vous, mes amis ; mais la bougie que je présentais au sol l’allumait moins vite que la flamme évaporée de ce terrain n’embrasait mon esprit

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— Oh ! mon cher, dis-je à Sbrigani, comme je forme ici le vœu de Néron ! ne t’ai-je pas dit qu’en respirant l’air natal de ce monstre, j’adopterais bientôt ses penchants 

?

Lorsqu’il a plu, et que le foyer de ce second volcan est rempli d’eau, cet élément s’élève en bouillonnant, et sans rien perdre de sa fraîcheur. Ô nature ! que tu es capricieuse !… et tu ne voudrais pas que les hommes t’imitassent 

?

Il est à craindre que tous les volcans dont Florence est environnée ne lui causent quelque dommage un jour : le bouleversement que l’on aperçoit dans toute cette partie légitime amplement ces craintes

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Ici, quelques idées comparatives se présentèrent à mon esprit. N’est-il pas très probable, me dis-je, que l’embrasement des villes de Sodome, Gomorrhe, etc., dont on nous compose un miracle, afin de nous effrayer sur le vice national des habitants de ces villes, n’est-il pas, dis-je, très possible que cet embrasement n’ait été produit que parce que ces cités se trouvaient assises sur un sol semblable à celui-ci ? Les environs du lac Asphaltite, où elles étaient situées, n’étaient que des volcans mal éteints ; c’était un sol égal à celui-ci : pourquoi s’obstiner à voir du surnaturel, quand ce qui nous entoure peut être produit par des moyens si simples ? D’autres idées, nées de l’influence du climat, se présentèrent de même à moi ; et quand je vis qu’à Sodome comme à Florence, qu’à Gomorrhe comme à Naples et qu’aux environs de l’Etna comme à ceux du Vésuve, les peuples ne chérissent et n’adorent que la bougrerie, je me persuadai facilement que l’irrégularité des caprices de l’homme ressemble à ceux de la nature, et que, partout où elle se déprave, elle corrompt aussi ses enfants17

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Alors je me crus transportée dans ces heureuses villes de l’Arabie. C’est ici où était Sodome, me disais-je, rendons hommage aux mœurs de ses habitants, et, m’inclinant sur le bord du foyer, je présentai les fesses à Sbrigani, pendant que, sous mes yeux, Augustine nous imitait avec Zéphyr. Nous changeâmes ; Sbrigani s’enfonça dans le beau cul de ma soubrette, et je devins la proie de mon valet. Augustine et moi, en face l’une de l’autre, nous nous chatouillions pendant ce temps-là

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— Voilà, certes, une charmante occupation ! nous crie tout à coup une voix terrible qui nous parut sortir de derrière un buisson… Ne vous dérangez pas, je veux plutôt partager vos plaisirs que les troubler, poursuivit une espèce de centaure en s’approchant de nous, et nous faisant voir une figure gigantesque, et telle que de nos jours nous n’en avions encore vu

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Le personnage qui nous parlait, haut de sept pieds trois pouces, ayant des moustaches énormes retroussées sur un visage aussi brun qu’effrayant, nous fit croire un moment que nous parlions au Prince des ténèbres… Surpris de la manière dont nous le considérions 

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— Comment ! s’écrie-t-il, ne connaissez-vous donc pas l’ermite de l’Apennin 

?

— Assurément non, dit Sbrigani, nous n’avons jamais entendu parler d’un animal aussi effrayant que toi 

!

— Eh bien ! nous dit l’ermite, suivez-moi tous les quatre, je vous montrerai des choses plus étonnantes encore : les occupations dans lesquelles je vous surprends me convainquent que vous êtes dignes d’observer ce que j’ai à vous faire voir, et de tout partager avec moi

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— Géant, dit Sbrigani, nous aimons les choses extraordinaires, et, pour les observer, il n’est rien que nous ne fassions, sans doute ; mais la suprême force dont il paraît que tu jouis, ne nuira-t-elle pas à notre liberté 

?

— Non, parce que je vous crois dignes de ma société, dit ce singulier personnage ; sans cela, elle y nuirait très certainement ; tranquillisez-vous donc et suivez-moi

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Déterminés à tout pour connaître les suites de cette aventure, nous fîmes prévenir nos gens de retourner nous attendre à l’auberge, jusqu’à ce que nous vinssions les reprendre. Cette précaution prise, nous nous mîmes en marche sous la direction de notre géant

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— Ne vous impatientez ni ne vous fatiguez, nous dit notre guide ; nous avons du chemin à faire, mais il y a encore sept heures du jour, et nous arriverons avant que les voiles de la nuit se soient étendus sur l’univers

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On fit ensuite le plus grand silence, et j’eus le temps d’observer la route et les abords de l’habitation où elle nous conduisait

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En quittant la plaine volcanique de Pietra-Mala, nous remontâmes, pendant une heure, une haute montagne située sur la droite. Du sommet de cette montagne, nous aperçûmes des abîmes de plus de deux mille toises de profondeur, où nous dirigeait notre marche. Toute cette partie était enveloppée de bois si touffus, si prodigieusement épais, qu’à peine y voyait-on pour se conduire. Après avoir descendu à pic pendant près de trois heures, nous arrivâmes au bord d’un vaste étang. Sur une île située au milieu de cette eau, se voyait le donjon du palais qui servait de retraite à notre guide ; la hauteur des murailles qui l’entouraient était cause qu’on n’en pouvait distinguer le toit. Il y avait six heures que nous marchions sans avoir rencontré la moindre maison… pas un individu ne s’était offert à nos regards. Une barque noire comme les gondoles de Venise nous attendait au bord de l’étang. Ce fut de là que nous pûmes considérer l’affreux bassin dans lequel nous étions : il était environné de toutes parts de montagnes à perte de vue, dont les sommets et les flancs arides étaient couverts de pins, de mélèzes et de chênes verts. Il était impossible de rien voir de plus agreste et de plus sombre ; on se croyait au bout de l’univers. Nous montâmes dans la barque ; le géant la conduisit seul. Du port au château, il y avait encore trois cents toises ; nous arrivâmes au pied d’une porte de fer, pratiquée dans le mur épais qui environne le château ; là, des fossés de dix pieds de large se présentèrent à nous, nous les traversâmes sur un pont qui s’enleva dès que nous l’eûmes passé ; un second mur s’offrit, nous passâmes encore une porte de fer, et nous nous trouvâmes dans un massif de bois si serré que nous crûmes impossible d’aller plus loin. Nous ne le pouvions effectivement plus, ce massif, formé d’une haie vive, ne présentant que des pointes et n’offrant aucun passage. Dans son sein était la dernière enceinte du château ; elle avait dix pieds d’épaisseur. Le géant lève une pierre de taille énorme et que lui seul pouvait manier ; un escalier tortueux se présente ; la pierre se referme, et c’est par les entrailles de la terre que nous arrivons (toujours dans les ténèbres) au centre des caves de cette maison, desquelles nous remontons au moyen d’une ouverture, défendue par une pierre semblable à celle dont nous venons de parler. Nous voilà enfin dans une salle basse toute tapissée de squelettes ; les sièges de ce local n’étaient formés que d’os de morts, et c’était sur des crânes que l’on s’asseyait malgré soi ; des cris affreux nous parurent sortir de dessous terre, et nous apprîmes bientôt que c’était dans les voûtes de cette salle qu’étaient situés les cachots où gémissaient les victimes de ce monstre

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— Je vous tiens, nous dit-il, dès que nous fûmes assis, vous êtes en ma puissance ; je veux faire de vous ce qu’il me plaira. Ne vous effrayez pourtant point : les actions que je vous ai vus commettre sont trop analogues à ma façon de penser pour que je ne vous croie pas dignes de connaître et de partager les plaisirs de ma retraite. Écoutez-moi, j’ai le temps de vous instruire avant le souper ; on le prépare pendant que je vais vous parler

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Je suis Moscovite, né dans une petite ville qui se trouve sur les bords du Volga. On m’appelle Minski. Mon père, en mourant, me laissa des richesses immenses, et la nature proportionna mes facultés physiques et mes goûts aux faveurs dont me gratifiait la fortune. Ne me sentant point fait pour végéter dans le fond d’une province obscure comme celle où j’avais reçu le jour, je voyageai ; l’univers entier ne me paraissait pas encore assez vaste pour l’étendue de mes désirs ; il me présentait des bornes : je n’en voulais pas. Né libertin, impie, débauché, sanguinaire et féroce, je ne parcourus le monde que pour en connaître les vices et ne les pris que pour les raffiner. Je commençai par la Chine, le Mogol et la Tartarie ; je visitai toute l’Asie ; remontant vers le Kamtchatka, j’entrai en Amérique par le fameux canal de Béring. Je parcourus cette vaste partie du monde, tour à tour chez les peuples policés et chez les sauvages, ne copiant jamais que les crimes des uns, les vices et les atrocités des autres. Je rapportai dans votre Europe des penchants si dangereux, que je fus condamné à être brûlé en Espagne, rompu en France, pendu en Angleterre, et massolé en Italie : mes richesses me garantirent de tout

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Je passai en Afrique ; ce fut là où je reconnus bien que ce que vous avez la folie de nommer dépravation, n’est jamais que l’état naturel de l’homme, et plus souvent encore le résultat du sol où la nature l’a jeté. Ces braves enfants du soleil se moquèrent de moi quand je voulus leur reprocher la barbarie dont ils usaient avec leurs femmes. Et qu’est-ce donc qu’une femme, me répondaient-ils, sinon l’animal domestique que la nature nous donne pour satisfaire à la fois, et nos besoins et nos plaisirs ? quels sont ses droits pour mériter de nous, plus que le bétail de nos basses-cours ? La seule différence que nous y voyons, me disaient ces peuples sensés, c’est que nos animaux de ménage peuvent mériter quelque indulgence par leur douceur et leur soumission, au lieu que les femmes ne méritent que de la rigueur et de la barbarie, vu leur état perpétuel de fraude, de méchanceté, de trahison et de perfidie. Nous les foutons : d’ailleurs, et que peut-on faire de mieux d’une femme qu’on a foutue, sinon de s’en servir comme d’un bœuf, d’un âne, ou de la tuer pour s’en nourrir 

?

En un mot, ce fut là où j’observai l’homme vicieux par tempérament, cruel par instinct, féroce par raffinement ; ce caractère me plut, je le trouvai plus rapproché de la nature, et je le préférai à la simple grossièreté de l’Américain, à la fourberie européenne et à la cynique mollesse de l’Asiatique. Ayant tué des hommes à la chasse avec les premiers, ayant bu et menti avec les seconds, ayant beaucoup foutu avec les troisièmes, je mangeai des hommes avec ceux-ci. J’ai conservé ces goûts : tous les débris de cadavres que vous voyez ici, ne sont que les restes des créatures que je dévore ; je ne me nourris que de chair humaine ; j’espère que vous serez contents du régal que je compte vous en faire faire, et l’on a tué pour notre souper un jeune garçon de quinze ans que je foutis hier, et qui doit être délicieux

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Après dix ans de voyage, je revins faire un tour dans ma patrie ; ma mère et ma sœur vivaient. J’étais héritier naturel de toutes deux ; ne voulant plus remettre les pieds en Moscovie, je crus essentiel à mes intérêts de réunir ces deux successions : je les violai et les massacrai dans le même jour. Ma mère était encore fort belle, aussi grande que moi, et quoique ma sœur n’eût que six pieds, c’était bien la plus superbe créature qu’il fût possible de voir dans les deux Russies

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Je recueillis ce qui pouvait me revenir de ces héritages, et me trouvant près de deux millions à manger tous les ans, je repassai en Italie avec le dessein de m’y fixer. Mais je voulais une position singulière, agreste, mystérieuse, et dans laquelle je pusse me livrer à tous les perfides égarements de mon imagination ; et ces égarements ne sont pas légers, mes amis : pour peu que nous passions quelques jours ensemble, vous vous en apercevrez, je l’espère. Il n’est pas une seule passion libertine qui ne soit chérie de mon cœur, par un forfait qui ne m’ait amusé. Si je n’ai pas commis plus de crimes, c’est faute d’occasions ; je n’ai pas à me reprocher d’en avoir négligé une seule, et j’ai fait naître toutes celles qui ne se décidaient pas avec assez d’énergie. Si j’eusse été assez heureux pour doubler la somme de mes forfaits, il me resterait de plus agréables souvenirs ; car ceux du crime sont des jouissances qu’on ne saurait trop multiplier

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Ce début va me faire passer à vos yeux pour un scélérat ; ce que vous allez voir dans cette maison, me confirmera, je l’espère, cette réputation. Vous ne vous doutez pas de l’étendue de ce logis : il est immense, et renferme deux cents petits garçons dans l’âge de cinq à seize ans, qui passent communément de mon lit dans ma boucherie, et à peu près le même nombre de jeunes gens destinés à me foutre. J’aime infiniment cette sensation : il n’en est pas de plus douce au monde que celle d’avoir le cul vigoureusement limé, pendant qu’on s’amuse soi-même de telle manière que ce puisse être. Les plaisirs que je vous ai vus goûter tantôt sur le bord du volcan, me prouvent que vous partagez cette façon de perdre du foutre, et voilà pourquoi je vous parle avec tant de franchise : je ferais, sans cela, tout simplement de vous des victimes

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J’ai deux harems. Le premier contient deux cents petites filles, de cinq à vingt ans : je les mange, quand, à force de luxure, elles se trouvent suffisamment mortifiées ; deux cents femmes de vingt à trente sont dans le second : vous verrez comme je les traite. Cinquante valets des deux sexes sont employés au service de ce nombre considérable d’objets de lubricité, et j’ai, pour le recrutement, cent agents dispersés dans toutes les grandes villes du monde. Croiriez-vous qu’avec le mouvement prodigieux qu’exige tout ceci, il n’y ait cependant, pour entrer dans mon île, que la seule route que vous venez de faire ? On ne se douterait assurément pas de la quantité de créatures qui passent par ce mystérieux sentier

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Jamais les voiles que j’étends sur tout ceci ne seront déchirés. Ce n’est pas que j’aie la moindre chose à craindre ; ceci tient aux États du grand duc de Toscane : on y connaît toute l’irrégularité de ma conduite, et l’argent que je sème me met à l’abri de tout

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Il vous faut maintenant, pour achever de me faire connaître à vous, un petit développement sur ma personne. J’ai quarante-cinq ans ; mes facultés lubriques sont telles, que je ne me couche jamais sans avoir déchargé dix fois. Il est vrai que l’extrême quantité de chair humaine dont je me nourris, contribue beaucoup à l’augmentation et à l’épaisseur de la matière séminale. Quiconque essayera de ce régime, triplera bien sûrement ses facultés libidineuses, indépendamment de la force, de la santé, de la fraîcheur, qu’entretiendra cette nourriture en lui. Je ne vous parle pas de mon agrément : qu’il vous suffise de savoir qu’une fois qu’on en a goûté, il n’est plus possible de manger autre chose, et qu’il n’est pas une seule chair, d’animaux ou de poissons, qui puisse se comparer à celle-là. Il ne s’agit que de vaincre les premières répugnances, et, les digues franchies, on ne peut plus s’en rassasier. Comme j’espère que nous déchargerons ensemble, il est nécessaire que je vous prévienne des effrayants symptômes de cette crise en moi. D’épouvantables hurlements la précèdent, l’accompagnent, et les jets de sperme élancés pour lors s’élèvent au plancher, souvent dans le nombre de quinze ou vingt. Jamais la multiplicité des plaisirs ne m’épuise : mes éjaculations sont aussi tumultueuses, aussi abondantes à la dixième fois qu’à la première, et je ne me suis jamais senti le lendemain des fatigues de la veille. A l’égard du membre dont tout cela part, le voici, dit Minski en mettant au jour un anchois de dix-huit pouces de long sur seize de circonférence, surmonté d’un champignon vermeil et large comme le cul d’un chapeau. Oui, le voici, il est toujours dans l’état où vous le voyez, même en dormant, même en marchant

— Oh ! juste ciel ! m’écriai-je, en voyant cet outil… Mais mon cher hôte, vous tuez donc autant de femmes et de garçons que vous en voyez ?

— A peu près, me répondit le Moscovite, et comme je mange ce que je fous, cela m’évite la peine d’avoir un boucher. Il faut beaucoup de philosophie pour me comprendre… je le sais : je suis un monstre, vomi par la nature pour coopérer avec elle aux destructions qu’elle exige… je suis un être unique dans mon espèce… un… Oh ! oui, je connais toutes les invectives dont on me gratifie, mais assez puissant pour n’avoir besoin de personne, assez sage pour me plaire dans ma solitude, pour détester tous les hommes, pour braver leur censure, et me moquer de leurs sentiments pour moi, assez instruit pour pulvériser tous les cultes, pour bafouer toutes les religions et me foutre de tous les Dieux, assez fier pour abhorrer tous les gouvernements, pour me mettre au-dessus de tous les liens, de tous les freins, de tous les principes moraux je suis heureux dans mon petit domaine. J’y exerce tous les droits de souverain, j’y goûte tous les plaisirs du despotisme, je ne crains aucun homme, et je vis content. J’ai peu de visites, point même, à moins que, dans mes promenades, je ne rencontre des êtres, qui, comme vous, me paraissent assez philosophes pour venir s’amuser quelque temps chez moi : voilà les seuls que j’invite et j’en rencontre peu. Les forces dont m’a gratifié la nature me font étendre très loin ces promenades : il n’y a pas de jours où je ne fasse douze ou quinze lieues

— Et par conséquent quelques captures, interrompis-je

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— Des captures, des vols, des incendies, des meurtres : tout ce qui se présente de criminel à moi, je l’exécute, parce que la nature m’a donné le goût et la faculté de tous les crimes et qu’il n’en est aucun que je ne chérisse, et dont je ne fasse mes plus doux plaisirs

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— Et la justice 

?

— Elle est nulle dans ce pays-ci ; voilà pourquoi je m’y suis placé : avec de l’argent on fait tout ce qu’on veut… et j’en répands beaucoup18

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Deux esclaves masculins de Minski, basanés et de figures hideuses, vinrent avertir que le souper était servi ; ils se mirent à genoux devant leur maître, lui baisèrent respectueusement les couilles et le trou du cul, et nous passâmes dans une autre salle

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— Il n’y a point de préparatifs pour vous, dit le géant : tous les rois de la terre viendraient me voir, que je ne m’écarterais pas de mes coutumes

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Mais le local et les accessoires de la pièce où nous entrâmes méritent quelques descriptions

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— Les meubles que vous voyez ici, nous dit notre hôte, sont vivants : tous vont marcher au moindre signe

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Minski fait ce signe, et la table s’avance : elle était dans un coin de la salle, elle vient se placer au milieu ; cinq fauteuils se rangent également autour ; deux lustres descendent du plafond et planent au milieu de la table

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— Cette mécanique est simple, dit le géant, en nous faisant observer de près la composition de ces meubles. Vous voyez que cette table, ces lustres, ces fauteuils, ne sont composés que de groupes de filles artistement arrangés ; mes plats vont se placer tout chauds sur les reins de ces créatures ; mes bougies sont enfoncées dans leurs cons, et mon derrière, ainsi que les vôtres, en se nichant dans ces fauteuils, vont être appuyés sur les doux visages ou les blancs tétons de ces demoiselles : c’est pour cela que je vous prie de vous trousser, mesdames, et vous, messieurs, de vous déculotter, afin que, d’après les paroles de l’Écriture, la chair puisse reposer sur la chair

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— Minski, observai-je à notre Moscovite, le rôle de ces filles est fatigant, surtout si vous êtes longtemps à table

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— Le pis-aller, dit Minski, est qu’il en crève quelques-unes, et ces pertes sont trop faciles à réparer pour que je puisse m’en occuper un instant

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Au moment où nous nous troussions et où les hommes se déculottaient, Minski exiges que nos fesses lui fussent présentées ; il les mania, il les mordit, et nous remarquâmes que de nos quatre culs, celui de Sbrigani, par un raffinement de caprices facile à supposer dans un tel homme, fut celui qu’il fêta le plus ; il le gamahucha pendant près d’un quart d’heure. Cette cérémonie faite, nous nous assîmes à cru sur les tétons et les visages des sultanes, ou plutôt des esclaves de Minski

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Douze filles nues, de vingt à vingt-cinq ans, servirent les plats sur les tables vivantes, et comme ils étaient d’argent et fort chauds, en brûlant les fesses ou les tétons des créatures qui formaient ces tables, il en résulta un mouvement convulsif très plaisant, et qui ressemblait aux agitations des flots de la mer. Plus de vingt entrées ou plats de rôti garnissaient la table, et sur des servantes composées de quatre filles groupées, et qui s’approchèrent de même au plus léger signal, furent placés des vins de toute espèce

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— Mes amis, nous dit notre hôte, je vous ai prévenus qu’on ne se nourrissait ici que de chair humaine ; il n’est aucun des plats que vous voyez qui n’en soit

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— Nous en tâterons, dit Sbrigani ; les répugnances sont des absurdités : elles ne naissent que du défaut d’habitude ; toutes les viandes sont faites pour sustenter l’homme, toutes nous sont offertes à cet effet par la nature, et il n’est pas plus extraordinaire de manger un homme qu’un poulet

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En disant cela, mon époux enfonça une fourchette dans un quartier de garçon qui lui parut fort bien apprêté, et, en ayant mis au moins deux livres sur son assiette, il les dévora. Je l’imitai. Minski nous encourageait ; et comme son appétit égalait toutes ses passions, il eut bientôt vidé une douzaine de plats

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Minski buvait comme il mangeait : il était déjà à sa trentième bouteille de Bourgogne, quand on servit, l’entremets qu’il arrosa de Champagne ; l’Aleatico, le Falerne, et autres vins précieux d’Italie, furent avalés au dessert

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Plus de trente nouvelles bouteilles de vin étaient encore entrées dans les entrailles de notre anthropophage, lorsque ses sens suffisamment enivrés de toutes ces débauches physiques et morales, le vilain nous déclara qu’il avait envie de décharger

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— Je ne veux foutre aucun de vous quatre, nous dit-il, parce que je vous tuerais ; mais, au moins, vous servirez mes plaisirs… vous les examinerez : je vous crois dignes d’en être échauffés… Allons, qui voulez-vous que je foute 

?

— Je veux, dis-je à Minski, qui se penchait lubriquement sur mon sein et qui paraissait avoir fort envie de moi, je veux que tu enconnes et que tu encules à mes yeux une petite fille de sept ans

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Minski fait un signe, et l’enfant paraît. Une machine fort ingénieuse servait aux viols de ce libertin. C’était une espèce d’escabeau de fer sur lequel la victime n’appuyait que les reins ou le ventre, en raison de la partie qui devait être offerte ; sur quatre branches qui retombaient en croix, à terre, se liaient les membres de cette victime… qui, par la position, offrait au sacrificateur, dans le plus grand écart possible, ou le con, si on la liait sur les reins, ou le cul, si elle était attachée sur le ventre. Rien n’était joli comme la petite créature qu’allait immoler ce barbare, et rien ne m’amusait autant comme l’incroyable disproportion qui se trouvait entre l’assaillant et la victime. Minski sort de table comme un furieux 

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— Mettez-vous nus, nous dit-il à tous quatre ; vous, poursuivit-il en désignant Zéphyr et Sbrigani, vous m’enculerez pendant que j’agirai, et vous, ajoute-t-il en touchant Augustine et moi, vous me ferez baiser vos culs réunis

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Tout se dispose ; on attache la petite fille d’abord sur le dos. Je n’exagère pas en assurant que le membre dont elle allait être perforée était plus gros que sa taille. Minski jure, il hennit ainsi que les animaux, il flaire l’orifice qu’il va perforer. Je me plaisais à diriger ce membre. Nul art n’était employé, il fallait que la nature seule fît ici les frais de l’entreprise : la putain nous servit comme elle le fait toutes les fois qu’il s’agit d’un forfait qui l’amuse, la sert ou la délecte. En trois tours de reins, l’outil est dedans, les chairs se fendent, le sang coule, et la pucelle perd connaissance

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— Ah ! bon ! dit Minski qui commençait à rugir comme un lion, bon, c’est ce que je voulais

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Oh ! mes amis, le crime s’achève, on enculait Minski, il baisait, il mordait, il gamahuchait alternativement les fesses d’Augustine et les miennes ; un cri terrible annonce son extase, il profère d’affreux blasphèmes… Le scélérat ! en déchargeant, il avait étranglé sa victime ; la malheureuse ne respirait plus

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— C’est égal, nous dit-il, elle ne se défendra plus maintenant, on n’aura plus besoin de l’attacher

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Et la retournant toute morte qu’elle est, le libertin la sodomise en étranglant de même une des filles qui venaient de servir au souper, et qu’il avait fait à dessein approcher de lui

— Eh ! quoi ! dis-je, aussitôt qu’il eut déchargé une seconde fois, vous ne goûtez donc jamais ce plaisir qu’il n’en coûte la vie à un individu 

?

— Au moins, me répondit l’ogre. Il faut qu’une créature humaine meure pendant que je foute : je ne déchargerais pas, sans l’alliance des soupirs de la mort à ceux de ma lubricité, et je ne dois jamais l’éjaculation de mon foutre qu’à l’idée de cette mort que j’occasionne

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Passons dans une autre pièce, continue cet anthropophage, les glaces, le café et les liqueurs nous y attendent ; puis, se tournant vers mes deux hommes : Amis, leur dit-il, vous m’avez parfaitement foutu ; vous avez trouvé mon cul large, n’est-ce pas ? N’importe, je suis persuadé qu’il vous a donné du plaisir : le foutre que vous y avez répandu l’un et l’autre m’en répond. Quant à vous, charmantes femmes, vos fesses m’ont puissamment délecté, et pour vous en témoigner ma reconnaissance, je vous abandonnerai pendant deux jours toutes les beautés de mon sérail, afin que vous puissiez vous gorger de voluptés tout à l’aise

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— Aimable homme, dis-je au géant, c’est tout ce que nous demandons ; la volupté doit couronner la luxure, et les récompenses du libertinage doivent être offertes par les mains seules de la lubricité

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Nous entrâmes. A l’odeur qui régnait en ce lieu, nous devinâmes bientôt quelle était l’espèce de glaces qui nous étaient offertes. Dans cinq jattes de porcelaine blanche, étaient disposés douze ou quinze étrons de la plus belle forme et de la plus grande fraîcheur

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— Voilà, nous dit l’ogre, les glaces dont j’use après dîner ; rien ne facilite autant la digestion, et rien en même temps ne me fait autant plaisir. Ces étrons viennent des plus beaux culs de mon sérail, et vous pouvez les manger en sûreté

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— Minski, répondis-je, il faut beaucoup d’habitude pour ce mets-là ; peut-être pourrions-nous l’adopter dans un moment d’égarement, mais de sang-froid, c’est impossible

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— A la bonne heure, dit l’ogre en s’emparant d’une jatte, et en dévorant le contenu, faites comme vous voudrez je ne vous contrains point. Tenez, voilà des liqueurs : pour moi, je n’en prendrai qu’après

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Rien d’aussi lugubre que l’illumination de cette salle ; elle était bien digne du reste. Vingt-quatre têtes de morts renfermaient entre elles une lampe dont les rayons sortaient par les yeux et par les mâchoires : je n’ai jamais rien vu d’effrayant à ce point. Ici, l’ogre en bandant voulut s’approcher de moi : je mis tant d’art à l’éviter que je détournai ses désirs. De jeunes garçons servaient dans cette pièce, je lui en fis enculer un de douze ans, qui tomba mort au sortir de ses bras

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Minski s’aperçut enfin qu’épuisés par la fatigue, nous n’étions plus en état, de lui tenir tête. Il nous fit conduire par ses esclaves dans une galerie superbe, où quatre niches de glaces, en face les unes des autres, contenaient les lits nécessaires à nous reposer. Un même nombre de filles avaient ordre de veiller autour de nous pour éloigner les insectes et brûler des parfums pendant notre sommeil

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Il était tard quand nous nous réveillâmes. Nos gardiennes nous firent voir des salles de bains, où, servis par elles, nous fûmes merveilleusement rafraîchis, et nous introduisant de là dans les cabinets d’aisances, elles nous firent chier d’une manière aussi commode que voluptueuse, et que nous ne connaissions pas encore. Elles trempaient leur doigts dans de l’essence de rose, puis les introduisaient dans l’anus ; elles détachaient doucement et moelleusement toutes les matières qui s’y rencontraient… mais avec un tel art et une si prodigieuse adresse, qu’on avait tout le plaisir de l’opération, sans aucune de ses douleurs. Dès que cela était fait, elles nettoyaient toutes les parties avec leur langue, et cela avec une légèreté, une dextérité sans égale

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Sur les onze heures, Minski nous fit dire que nous serions admis à l’honneur de le venir visiter au lit. Nous entrâmes ; sa chambre à coucher était fort grande, on y voyait de superbes fresques représentant dix groupes de libertinage, dont la composition peut bien passer pour le nec plus ultra de la luxure

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Au fond de cette pièce était une vaste alcôve entourée de glaces et ornée de seize colonnes de marbre noir, à chacune desquelles était liée une jeune fille vue par derrière. Au moyen de deux cordons, placés comme des cordons de sonnette au chevet du lit de notre héros, il pouvait faire arriver, sur chacun des culs qui lui étaient présentés, un supplice toujours différent, lequel durait tout le temps qu’il ne retirait pas le cordon. Indépendamment de ces seize filles, il y en avait six autres et douze jeunes garçons, tant agents que patients, qui se tenaient dans deux cabinets voisins, pour le service libertin de leur maître, pendant la nuit. Deux duègnes veillaient sur tout cela, pendant son sommeil

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La première chose qu’il fit, quand nous l’approchâmes, fut de nous faire voir qu’il bandait ; il ricana d’une manière horrible, en nous montrant son engin monstrueux. Il nous demanda le cul ; nous obéîmes ; en palpant celui d’Augustine, il assura qu’il l’enculerait avant la fin du jour : la malheureuse en frémit ; il branla beaucoup Sbrigani, et parut s’amuser de ses fesses ; ils se gamahuchèrent l’anus, et y prirent le plus grand plaisir. Il nous demanda si nous voulions voir la manière dont il pourrait blesser à la fois les seize filles liées aux colonnes. Je le pressai de nous faire voir cette singulière machine. Il tire ses funestes cordons, et les seize malheureuses, criant toutes à la fois, reçoivent toutes individuellement une blessure différente. Les unes se trouvaient piquées, brûlées, flagellées ; les autres, tenaillées, coupées, pincées, égratignées, et tout cela d’une telle force que le sang coula de toutes parts

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— Si je redoublais, nous dit Minski, et cela m’arrive quelquefois, c’est selon l’état de mes couilles, mais enfin si je redoublais, du même coup ces seize putains périraient sous mes yeux ; j’aime à m’endormir dans l’idée de pouvoir commettre seize meurtres à la fois, au plus léger de mes désirs

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— Minski, dis-je à mon hôte, vous possédez assez de femmes pour faire ce petit sacrifice : mes amis et moi nous vous conjurons de nous rendre témoins de cette charmante scène

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— J’y consens, dit Minski, mais je veux décharger en opérant : faites-moi sodomiser votre fille de compagnie, son cul me plaît, et en lui lançant mon foutre dans l’anus, vous verrez périr mes seize femmes

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— Cela en fera bien dix-sept ! s’écria Augustine en nous suppliant de ne point la livrer à ce monstre ; comment voulez-vous que je soutienne une pareille opération 

?

— Le mieux du monde, dit Minski

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Et la faisant déshabiller par ses femmes, il la plaça aussitôt dans l’attitude propice à ses désirs

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— N’ayez pas peur, continua-t-il, jamais une femme ne m’a résisté, et j’en fous tous les jours de plus jeunes que vous

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Devinant dans les yeux du Moscovite que les refus ne serviraient qu’à l’irriter, nous n’osâmes seulement pas lui témoigner la peine que nous faisait un tel désir

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— Laissez-moi faire, me dit Minski tout bas, je vous l’ai dit, cette fille m’irrite, elle a un cul qui me met en colère ; si je la tue, ou si je l’estropie, je vous la remplacerai par deux autres infiniment plus belles

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Et en disant cela, deux de ses jeunes filles qui étaient de service dans la chambre, préparent les voies, humectant l’instrument et le présentant au trou. Minski avait une telle habitude de toutes ces horreurs, que ce fut pour lui l’affaire d’un instant : deux tours de reins enfoncent le poignard au fond du cul de la victime avec une telle vitesse, qu’à peine nos yeux le virent-ils disparaître ; le vilain riait pendant ce temps-là. Augustine s’évanouit, et ses cuisses s’inondèrent de sang. Minski, aux nues, ne s’en embrase que davantage ; quatre filles et autant de garçons l’entourent : ils sont tous si bien accoutumés aux soins qu’il faut lui rendre en ce moment, qu’en une seconde tout est à sa place. Augustine est couverte, nous ne la voyons plus. L’ogre blasphème, il est près d’atteindre le but, il décharge : les cordons partent, seize différentes façons de trancher la vie dérobent le jour aux seize créatures attachées. Elles ne font qu’un cri, et toutes expirent au même instant, l’une poignardée, l’autre étouffée, celle-ci tuée d’une balle ; en un mot, pas une n’était frappée de la même manière, et toutes étaient expirées à la fois

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